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"La Rafle" du Vel’ d’Hiv, d’hier à aujourd’hui - Par Jean Lévy

mercredi 10 mars 2010, par Comité Valmy


A propos de la "Rafle"

Hier, 9 mars, Antenne 2 consacrait sa soirée à l’évocation de la rafle de la population d’origine juive, française et immigrée, rassemblée au Vel’d’Hiv, le 16 juillet 1942, avant de prendre le chemin des camps de la mort.

A l’occasion de la sortie en salles du film, « La rafle », sensé rappeler ce tragique évènement, étaient réunis autour de la réalisatrice et de ses acteurs principaux, de rares survivants, ainsi que des historiens. Leurs paroles, entrecoupées de séquences du film, devaient permettre aux générations d’aujourd’hui, d’apprendre ou de se remémorer une page sombre de notre histoire.

L’objectif a-t-il été atteint ?

Certes, l’horreur, générée par cet acte barbare, était bien au rendez-vous. De même qu’apparaissait la responsabilité des autorités politiques, du maréchal Pétain à Pierre Laval, de René Bousquet, le chef de la police de Vichy aux collaborateurs antisémites de l’Occupant.

Mais comment un Etat, dit « français » en est –il venu à prêter la main à de tels actes ?

La question fut posée sur l’antisémitisme et la xénophobie, en France, avant la guerre. La réponse fut incomplète, citant des vecteurs de cette idéologie-là, réduisant leur audience à une minorité d’exaltés.

Il faut donc rétablir un certain nombre de faits.

Oui, il y avait, dans notre pays, un courant très large d’hostilité aux étrangers, qualifiés « d’indésirables », jusqu’au niveau du pouvoir de l’époque. Il en est toujours ainsi, en période de crise économique : les classes dirigeantes, les patrons en premier lieu, font des immigrés le boucs émissaires du chômage. Dès le début des années trente, les gouvernements, y compris de « gauche », parlaient ‘quota’ et la grande presse de l’époque ne manquait pas de faire chorus.

Avec la prise du pouvoir de Hitler en Allemagne, à l’appel du grand capital, du fait de la profonde crise plombant le pays, et la généralisation de régimes fascistes en Europe, nombre de réfugiés politiques arrivent en France. Et parmi eux, beaucoup sont d’origine juive, et, de ce fait, doublement persécutés et terrorisés.

Cette vague d’immigration est alors stigmatisée par une violente propagande xénophobe, antisémite et anticommuniste, relayée par la presse d’extrême droite, largement diffusée*, mais aussi par les journaux à grand tirage, quotidiens et hebdomadaires, qui se faisaient l’écho des « horreurs » commises par « la tourbe étrangère » sur notre sol.

Il n’y avait donc pas seulement les émules du fascisme à répandre quotidiennement la haine des « étrangers » et des Français, les communistes pour la plus part – les « Rouges » - qui s’en trouvaient solidaires.

C’est ainsi que dès 1938, le gouvernement Daladier (issu pourtant de la majorité de Front populaire élue en 1936), développe une violente offensive antisociale et prend des décrets-lois instituant les premiers camps de concentration en France. Ouverts dès janvier 1939, neuf mois avant la guerre, ces camps regroupèrent les fameux « étrangers indésirables », avant « d’accueillir » les Républicains espagnols, défaits par les forces de Franco, largement appuyées par les troupes de Mussolini et de Hitler.

Dès fin août 1939, à la veille de la guerre, la répression politique du gouvernement Daladier, soutenue par la droite, mais aussi par les socialistes de la SFIO, s’en prend aux communistes, dont le parti est dissous, la presse interdite et ses élus mis en prison. Ils le resteront avec le régime de Vichy

Et l’occupant nazi y trouvera nombre d’otages, qui seront fusillés.

Ainsi, il n’y a pas eu de rupture entre la Troisième République et l’Etat français.

Ce sont les « élites », dites « républicaines » qui sont passées naturellement de l’une à l’autre, les élus « du peuple » votant massivement le 10 juillet 40, à Vichy, la mort de la République.

L’historienne, Annie Lacroix Riz, montre clairement dans ses ouvrages la trahison de la bourgeoisie, banquiers et industriels, qui ont, tout au long des années trente, « joué » délibérément la défaite, pour organiser la collaboration économique de la France au sein d’une Europe allemande.

Et pour qui, Vichy et l’Etat français en sont l’aboutissement.

C’est ce qui explique le rôle d’un Bousquet, haut fonctionnaire de la République, mettant sans état d’âme, la police au service des nazis, l’attitude des juges et des hauts fonctionnaires, qui jureront, dans leur grande masse, fidélité à Pétain.

Quant aux industriels et aux banquiers, dont beaucoup d’entre eux accéderont aux plus hautes marches du pouvoir, ils se retrouveront dans les « comités d’organisation » européens aux côtés de leurs homologues d’outre Rhin.

C’est dans ce cadre qu’il faut replacer la « rafle du Vel’d’Hiv », les « statut des Juifs », la collaboration entre polices française et allemande.

Il a fallu Stalingrad et les victoires de l’Armée rouge pour que tout ce beau monde apeuré change de camp et de protecteurs étrangers. La bannière étoilée remplace alors la croix gammée**

Certains aujourd’hui posent la question : pourquoi tant de « représentants de l’autorité », du haut au bas de l’échelle, ont-ils accepté de se faire les auxiliaires de la barbarie ?

Pour les mêmes raisons qu’aujourd’hui, ils traquent les « sans-papiers », ils harcèlent les jeunes des « quartiers », ils se croient tout permis dans les contrôles d’identité : ils représentent la loi du moment.

Alors devrait venir l’interrogation : « Qui t’a fait « loi ? »

En allant voir « la Rafle », n’y a-t-il pas lieu, aujourd’hui, de s’interroger ?

* Tirage de la presse xénophobe et antisémite en 1939 :

QUOTIDIENS /

L’Action française, royaliste 45.000

La Croix, catholique 140.000

Le Jour, extrême- droite 183.000

Le Matin, dit d’informations 312.000

Le Petit Journal (du colonel de la Rocque) 178.000

D’autres quotidiens dits « d’informations » relayeront les mêmes thèmes xénophobes, tel Le Petit Parisien (plus d’un million d’exemplaires)

HEBDOMADAIRES d’extrême droite :

Candide 340.000

Gringoire 580.000

Je suis partout 45000

Tous ce journaux paraîtront sous l’Occupation, soit à Vichy, soit à Paris

** Marcel DEAT, un des leaders de la collaboration, écrira dans

ses Carnets, parlant des « gens de la banque Worms », très présents dans

le gouvernement de l’amiral Darlan (1941-1942) :

« Ils sont aussi collaborationnistes que nous, mais, eux, n’ont pas mis leurs œufs dans le même panier », faisant ainsi allusion aux intérêts de la banque aux Etats-Unis

3 Messages de forum

  • Bonjour

    Je suis d’accord avec 90 % de votre article ... En effet il ne faudrait pas oublier que les sources du fascisme en France remontent en effet à bien avant la guerre : si vous lisez Zeev Sternhell vous comprendrez aisément que le fascisme en France se déclenche dès la fin du XIX è avec des gens comme Drumont ,Barrès, mais aussi d’anciens leaders de la Commune comme Alexandre Zévaès, André Allemane ou comme l’ancien anar Gustave Hervé qui se rallie dès 1913 au social patriotisme puis fonde un groupe d’extrême droite après la guerre. Après 1930 il y eut bien sûr Marcel Déat l’ancien socialiste , et surtout celuis que tu oublies dans ton article Doriot le stalinien ... Sur tous ces évènements vous pourrez lire mon livre paru fin 2008 : "La servitude volontaire hier et aujourd’hui". ( En vente à la librairie Résistances 4 villa Compoint Paris 17è ...12 euros.

    Avec mes remerciements et toute mon attention je vous envoie mes salutations cordiales.

    Jean Baumgarten

  • Merci de rappeler que " Ce sont les « élites », dites « républicaines » qui sont passées naturellement de l’une à l’autre, les élus « du peuple » votant massivement le 10 juillet 40, à Vichy, la mort de la République. L’historienne, Annie Lacroix Riz, montre clairement dans ses ouvrages la trahison de la bourgeoisie, banquiers et industriels, qui ont, tout au long des années trente, « joué » délibérément la défaite, pour organiser la collaboration économique de la France au sein d’une Europe allemande." Et quand les hommes politiques croient durs comme fer qu’ils sont aptes à gouverner je préfère les anarchistes qui nous informent que la démocratie représentative n’est pas la démocratie et que l’économie mise en place n’est qu’au bénéfice de quelques uns. Donc , nous avons à tout reconstruire à partir des territoires, des personnes et des outils que nous avons fabriqués. Sans compter que la diversités des parcours, la variétés des sensibilités, la différences des talents, les nuances des compétences nous permettent d’espérer une juste adéquation avec le vivant !
  • Vous dites : Certains aujourd’hui posent la question : pourquoi tant de « représentants de l’autorité », du haut au bas de l’échelle, ont-ils accepté de se faire les auxiliaires de la barbarie ?"

    Les représentants de l’autorité était sous l’autorité du gouvernement de pétain, chef de l’etat français... autorité collaborationniste, où tous les agents de l’état, quelque soit l’échelle qu’ils occupaient dans la hiérarchie, faisait parti d’un état soumis à l’occupant par la volonté de pétain. Donc le 1er responsable, est le 1er des collaborateurs, pétain ; les autres obéissaient, avec plus ou moins de zèle, les moins motivés à l’obéissance étant les plus honorables... mais, les individus ne naissent pas tous héroïques, tant s’en faut... certains n’ont pas le courage de renoncer au "confort" du salaire, aussi minime soit-il... tout le monde n’a pas le sens de l’honneur au point de se sacrifier ainsi que sa famille. LE PLUS SALAUD DE TOUS C’EST PETAIN... ET BIEN SUR, SON GOUVERNEMENT, QUI ONT MIS TOUTE L’ADMINISTRATION FRANCAISE DANS LA SITUATION D’ETRE COLLABORATIONNISTE... ET CELA MERITAIT 12 BALLES DANS LA PEAU !

    Je vous renvoie au vote du Congrès de Versailles, en 2008, où la représentation antinationale a voté contre le vote du peuple pour l’adoption du torchon de Lisbonne, par discipline parlementaire ; je ne vous dis pas ce que je leur souhaite !

    Geneviève


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