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A ne pas manquer : un texte historique de Jacques Duclos

POUR UN PUISSANT FRONT NATIONAL UNI
Jacques Duclos (octobre 1952)

lundi 8 mai 2017, par Comité Valmy

La nation veut l’indépendance et la paix.
Le 3 octobre 1952, ce texte de Jacques Duclos, « Pour un puissant front national uni », a ouvert à Montreuil les travaux du Comité Central du Parti Communiste Français. Celui-ci a adopté l’appel que ce rapport comportait.
Il s’agit d’un document historique rare, qui confirme que Jacques Duclos (dont il convient de rappeler qu’il a dirigé la Résistance nationale et antinazie du PCF pendant l’Occupation) avait compris la nécessité de barrer la route à l’impérialisme étasunien et à ses agents en France. A la tête de ceux-ci, se trouvaient déjà les dirigeants socialistes.

Pendant 7 ou 8 mois, cette stratégie politique particulièrement lucide et pertinente, liant les questions sociale et nationale, sera celle du PCF. Le 10 avril 1953, à son retour de Moscou où il se soignait, Maurice Thorez était-il porteur de « critiques soviétiques » ? En tout cas, cette voie privilégiant le maintien de l’indépendance nationale et de la souveraineté – alors que les dirigeants socialistes ont déjà ouvertement fait acte d’allégeance envers les dirigeants étasuniens – est abandonnée dès la deuxième partie de 1953. En 1954, le XIIIe Congrès du PCF préconise à nouveau la recherche de l’unité avec ces socialistes, malgré leur vassalisation et leurs responsabilités dans les guerres coloniales.

Après bien des péripéties, ce choix stratégique de la direction du PCF conduira à la catastrophique ligne politique d’union de la gauche, à l’élection de François Mitterrand, à Maastricht, à l’euro et à l’euro-dictature, c’est-à-dire à la régression sociale, à la trahison nationale et à la perte de la souveraineté du peuple nation…Elle continue à nous entrainer aujourd’hui vers la fusion euro-transatlantique, les guerres à répétition pouvant entrainer une troisième guerre mondiale.

L’appel de Jacques Duclos était, l’histoire l’a démontré, totalement justifié. La politique dont il était potentiellement porteur était certainement difficile à concrétiser, mais l’exemple de la Résistance et du CNR encore très proche indiquait un chemin possible.

En 1966, le Centre Marxiste-Léniniste de France avait retrouvé et repris cet appel de Jacques Duclos et du Comité Central du PCF en soulignant son actualité.

Dans les ouvrages du PCF concernant son histoire, cet appel est quasiment effacé, un peu comme si cette démarche politique n’avait jamais existé, alors qu’aujourd’hui encore nous pensons qu’il indique, en substance, la voie de l’union du peuple de France, qui seule permettra de rétablir l’indépendance nationale, la souveraineté populaire, la démocratie et le progrès social. Le Comité Valmy s’est depuis de longues années prononcé pour la création d’un front patriotique de progrès…

L’expérience du Comité Valmy, qui depuis 1991 rassemble des militants de sensibilités diverses, et notamment des gaullistes et des communistes, confirme le caractère réaliste de cette démarche politique. Nous sommes heureux de pouvoir remettre en lumière cet appel « oublié » (et si difficile à trouver) sur le site du Comité Valmy.

Claude Beaulieu


Voir en ligne : MAURICE THOREZ ET LA TRADITION NATIONALE

POUR UN PUISSANT
FRONT NATIONAL UNI

La nation veut l’indépendance et la paix

Dans les circonstances présentes, alors qu’il s’agit de sauver le pays, d’empêcher qu’il ne sombre dans la ruine et la honte d’une politique de trahison, le devoir qui s’impose est d’unir la classe ouvrière et de rassembler avec elle, en un puissant Front national uni, l’immense masse des Français et Françaises qui « sont résolus à lutter pour la paix et l’indépendance de la patrie sans aucune distinction d’opinions politiques, de croyances religieuses ou de situation sociale ».

De plus en plus nombreux sont ceux qui en arrivent à penser que la situation actuelle, conséquence de la politique du gouvernement Pinay, ne peut plus durer, que le plan Schuman et la mainmise américaine, tant politique qu’économique, sur notre pays, ont des conséquences désastreuses auxquelles il faut mettre un terme, que le réarme¬ment de l’Allemagne de l’Ouest, avec les menaces qu’il comporte pour la sécurité de la France, est inacceptable.

Il faut dire en effet et répéter que l’action des masses, si elle atteint un degré de puissance suffisant, peut non seulement faire triompher telles ou telles revendications économiques, atteindre tels ou tels objectifs politiques immédiats comme, par exemple, le dégonflement du complot, mais elle peut aussi aboutir à des victoires bien plus grandes.

L’action des masses peut imposer non seulement un changement de gouvernement, ce qui ne serait rien si la même politique devait être poursuivie avec un autre gouvernement plus ou moins semblable, mais elle peut imposer aussi, et c’est cela qui est important, un changement de politique.

L’intérêt de la classe ouvrière et de l’ensemble du peuple, l’intérêt de la France, exigent que tout soit mis en œuvre pour imposer le départ du gouvernement actuel et pour rendre inefficaces les intrigues de ceux qui, comme les dirigeants socialistes, font semblant de combattre Pinay tout en manœuvrant pour assurer sa survie ministérielle ou tout au moins la continuation de sa politique.

Pour ne citer qu’un exemple de l’état d’infériorité et de dépendance dans lequel la politique gouvernementale place notre pays, il suffit de comparer la situation actuelle de la sidérurgie française avec les prévisions que la Commission de modernisation de la sidérurgie faisait en novembre 1946, c’est-à-dire avant la marshallisation de la France dont le socialiste Ramadier fut le sinistre initiateur.

Cette commission prévoyait une production pour 1949 de 10 millions de tonnes d’acier, de 12 millions pour 1951 et de 15 millions par la suite.

De telles ambitions n’étaient nullement au-dessus des possibilités françaises, mais avec la politique de marshallisation le développement économique de la France devait être forcément entravé.

C’est si vrai que pour 1951, la production de la sidérurgie française, tributaire de l’Allemagne occidentale pour ses approvisionnements en coke sidérurgique, n’a été que de 9.800.000 tonnes, cependant que la sidérurgie allemande produit déjà 13.500.000 tonnes et atteindra 22 millions de tonnes en 1957.

Les trusts allemands sont entrés avec une supériorité évidente dans le pool charbon-acier qui va verser 350 mil¬lions de marks au criminel de guerre Krupp, et cette supériorité va être encore accrue par le règlement de la question de la Sarre, quelle que soit la solution adoptée.

Ce sont donc les trusts allemands qui vont être les grands bénéficiaires de l’opération de trahison des intérêts français que constitue le plan Schuman. Εt des usines françaises dont le développement était prévu par la Com¬mission de modernisation de la sidérurgie, sont vouées à la disparition avec le chômage qui en résultera et avec l’affaiblissement de la France qui en sera la conséquence.

Notre pays est ainsi réduit à une situation mineure, ce qui ne peut manquer de provoquer des mécontentements non seulement dans les rangs de la classe ouvrière, mais jusque dans les milieux de la bourgeoisie lésés dans leurs intérêts.

Ainsi se manifestent les contradictions qui minent le système impérialiste. Ces contradictions sont la consé¬quence inévitable de l’action des forces économiques internes du capitalisme, la conséquence de sa décadence générale.

Ces contradictions sont aggravées à la fois par la politique agressive du capital monopoliste américain et par la résistance active des masses à cette politique.

Comme on le sait, la politique des États-Unis vise à réduire la France au rôle d’une puissance de second rang et l’armée européenne sous commandement américain, avec les divisions de l’Allemagne occidentale comme élément de choc, est destinée non seulement à faire la guerre à l’U.R.S.S. et aux démocraties populaires, mais aussi à poursuivre l’asservissement de l’Europe occidentale et, en premier lieu, l’asservissement de la France.

Tout dernièrement, la presse italienne a fait état d’un accord secret entre Washington et Bonn prévoyant le transfert de troupes fascistes allemandes en France et en Italie, en cas de nécessité.

En présence d’une telle situation et des réactions qu’elle provoque inévitablement, la réalisation d’un Front national uni pour la reconquête de l’indépendance nationale et la défense de la paix, apparaît non seulement comme une impérieuse nécessité, mais elle doit pouvoir, grâce à d’audacieux et persévérants efforts, devenir une possibilité proche.

C’est seulement l’existence d’un puissant Front national développant son action de masse à travers le pays qui peut imposer les changements correspondant aux exigences de la situation et faire triompher une politique nouvelle.

Le changement de politique et ses conditions

Nul ne saurait contester que des millions de Français et de Françaises ont l’ardent désir de voir disparaître le gouvernement Pinay, de mettre fin à sa politique et de voir se constituer un gouvernement répondant à leurs vœux et à leurs préoccupations immédiates.

Εt nul ne saurait prétendre que le problème de la constitution éventuelle d’un tel gouvernement laisse indifférents les travailleurs, les démocrates, les patriotes, mais ce qu’ils doivent savoir, ce que nous leur disons avec force, c’est que tout dépend d’eux, c’est-à-dire de nous tous.

C’est seulement dans la mesure où notre action unie sera assez forte pour exercer une pression suffisante jusque dans les milieux parlementaires que cette éventualité deviendra une possibilité.

Sans doute y a-t-il en ce moment un nombre important de Français qui n’approuvent pas entièrement le programme communiste que nous considérons, quant à nous, comme répondant seul pleinement aux besoins et aux intérêts présents et à venir de notre pays, mais beaucoup de ces Français sont cependant d’accord avec nous sur un certain nombre de points et peuvent constituer avec nous un puissant Front national uni qui se fixerait des objectifs politiques et économiques répondant aux exigences de l’heure.

Le Front national uni rassemblant des hommes et des femmes de toutes opinions, de toutes croyances et de toutes conditions sociales pourrait sans aucun doute, avec l’assentiment de tous, se fixer pour tâches de rétablir l’indépendance de la France, d’imposer l’abrogation du plan Schuman, de s’opposer résolument à la remilitarisation de l’Allemagne occidentale, de lutter pour aboutir à une solution pacifique du problème allemand et de mettre fin à la guerre du Viêt-Nam.

Le Front national uni pourrait aussi, avec l’accord de tous, se fixer pour tâche de promouvoir une politique éco¬nomique, financière et sociale assurant, dans le cadre d’une économie de paix, le relèvement de l’industrie et de l’agri¬culture françaises, la satisfaction des revendications les plus pressantes des masses laborieuses, l’épanouissement de relations commerciales fructueuses avec tous les pays, la mise en œuvre de grands projets de reconstruction et de construction de maisons d’habitation.

Le Front national uni pourrait aussi, fort d’une approbation unanime, s’assigner pour tâche d’assurer la défense des libertés démocratiques contre toutes les attaques de la réaction et du fascisme.

Ainsi donc la constitution d’un puissant Front national uni plongeant ses racines dans les profondeurs de la nation et entraînant les masses à l’action peut rendre possible ce que certains s’acharnent à proclamer irréalisable pour justifier leurs agissements favorables à la poursuite de la politique de Pinay.

Seul un Front national réalisant l’union de tous les patriotes avec les communistes peut promouvoir une politique conforme aux intérêts du pays et imposer la formation d’un gouvernement décidé à appliquer cette politique.

Un changement de politique n’est possible, en effet, qu’avec le concours des communistes qui, eux, veulent l’unité d’action la plus large au sein d’un puissant Front national uni, pour ιimposer ce changement.

Et les tenants de l’anticommunisme doivent être considérés par tous ceux qui veulent ce changement, comme travaillant pratiquement en faveur de la continuation de la politique actuelle.

Cela, il faut le faire comprendre au pays, en démasquant le rôle joué par les dirigeants socialistes en tant que soutiens de la politique de Pinay.

Nous devons montrer clairement aux masses que c’est seulement par leur union et leur action au sein d’un Front national uni fort du soutien des Français et des Françaises dignes de ce nom, qu’elles peuvent s’assurer la possibilité de mettre un terme à une politique malfaisante qui conduit à France à la ruine, de barrer la route au fascisme, à la guerre, de promouvoir une politique répondant aux intérêts de la nation, au rétablissement de l’indépendance nationale, à la sauvegarde de de la paix et d’imposer la constitution d’un gouvernement véritablement français qui fera enfin une politique française.

Aidons au succès
de la Conférence nationale paysanne pour la paix

Cela dit, je tiens à préciser que la mobilisation des masses populaires pour la défense de la paix se pose devant notre Parti d’une manière très concrète pour la prochaine période.

Il s’agit, en effet, de préparer la Conférence nationale paysanne pour la paix qui se tiendra à Paris les 22 et 23 novembre et le Congrès mondial des peuples pour la paix qui, je le répète, se réunira le 5 décembre à Vienne.

Notre Parti a pour devoir de participer activement à la préparation de ces deux assemblées qui porteront de nouveaux coups aux plans criminels des fauteurs de guerre.

Le Comité national d’initiative qui a convoqué la Conférence nationale paysanne, dont fait partie notre camarade Waldeck Rochet, ardent défenseur des paysans de France, est composé d’agriculteurs, de membres de l’enseignement et de la recherche agronomiques, d’ingénieurs et de techniciens de l’agriculture.

Dans son appel pour la convocation de la Conférence nationale paysanne pour la paix, le Comité national d’initiative souligne avec raison :

« que la paix ne s’attend pas, mais se gagne et que la paysannerie peut jouer un rôle important dans la défense de la paix ».

C’est parfaitement juste et chacun peut comprendre aisément qu’on pourra d’autant plus sûrement faire reculer la guerre si à la lutte résolue de la classe ouvrière contre les chercheurs d’aventures, s’ajoute une résistance opiniâtre des paysans qui, en cas de guerre, constitueraient la piétaille sacrifiée d’avance par les fauteurs de guerre américains et qui verraient leurs villages et leurs hameaux disparaître dans les horreurs de la terre brûlée, de la guerre atomique et bactériologique que Ridgway réserve à la France.

D’ailleurs, les paysans ne voient pas seulement le danger de guerre sous l’angle des destructions qu’entraînerait un nouveau conflit si, par malheur, nous ne parvenions pas à l’empêcher.

Les paysans sont à même de constater chaque jour les effets désastreux que comporte pour eux la politique de préparation à la guerre avec les milliards qu’elle engloutit, tandis que la situation de l’agriculture ne cesse de s’aggraver.

Les personnalités agricoles de diverses opinions qui composent le Comité d’initiative départemental du Loir-et-Cher pour la Conférence nationale paysanne de la paix ont, comme nous l’apprend « La Terre », tenu à souligner cet état de choses en précisant dans leur appel aux agriculteurs de leur département :

« Nous savons que si l’on a manqué de moyens efficaces pour lutter contre la fièvre aphteuse et si l’on a supprimé 20 milliards de crédits à l’équipement rural, c’est parce que l’on engloutit, toujours plus d’argent dans les dépenses militaires. »

Et ces personnalités ajoutent ensuite :

« Nous savons que si tous les produits sont frappés de multiples taxes et impôts (ce qui explique l’écart croissant entre les prix à la production et les prix à la consommation), c’est encore pour alimenter le budget de la guerre. »

Ainsi, la solution des problèmes économiques d’importance vitale pour eux, est vue par les paysans en rapport direct avec l’action politique de masse indispensable pour imposer qu’un terme soit mis à l’actuelle politique de guerre.

Et ce ne sont pas les récentes promesses faites par Pinay en vue de semer de nouvelles illusions qui changeront quoi que ce soit à la situation des paysans, légitimement mécontents. La démagogie gouvernementale ne changera rien au fait qu’il n’est pas possible de dépenser des sommes fabuleuses pour la guerre sans réduire d’autant les crédits nécessaires à l’équipement du pays et au développement de son activité pacifique.

Il est indispensable que partout les communistes prennent une part active à la préparation de la Conférence nationale paysanne pour la paix, qu’ils contribuent à assurer le succès des assemblées de village où les paysans discuteront de l’action à mener pour combattre la politique de guerre poursuivie par le gouvernement et pour promouvoir une politique de paix.

Au cours de toutes ces discussions où toutes les opinions s’exprimeront en pleine liberté, les communistes pourront, montrer le véritable visage de notre parti et exposer sur les problèmes en discussion la position exacte de notre parti que la propagande ennemie s’emploie à déformer.

Ils pourront travailler, efficacement à réaliser dans les villages l’union la plus large des masses paysannes pour telles ou telles actions, sans jamais oublier que c’est seulement l’action qui rend l’union féconde et durable.

La préparation de la Conférence nationale paysanne pour la paix va contribuer de toute évidence à préparer le Congrès mondial des peuples pour la Paix dans les campagnes françaises.

Les organisations du parti dans les villages, les communistes militant dans les organiserions paysannes ont pour devoir de déployer une très grande activité pour assurer le succès de cette Conférence et pour en faire une nouvelle et grande victoire de la cause de la paix.

Participons activement à la préparation
du Congrès des peuples pour la paix

Et, partout, les organisations et militants du parti doivent consacrer de très grands efforts pour qu’une vaste consultation populaire soit á la base de la préparation du Congrès mondial des peuples pour la paix, qui peut être chez nous un puissant facteur d’unification de toutes les énergies nationales.

Les communistes ne sauraient manquer de participer activement avec l’ensemble des partisans de la paix au placement massif de la carte éditée à l’occasion du Congrès et, il ne s’agit pas là d’une opération destinée seulement à recueillir des fonds : il s’agit en réalité d’une activité politique qui, grâce au porte-à-porte, peut permettre de toucher des gens qui restent en dehors du champ d’action de la propagande des défenseurs de la paix et à qui il est possible d’ouvrir des horizons nouveaux.

Avec beaucoup d’audace et d’esprit de résolution, nous devons nous engager dans la voie d’un travail de masse qui ne manquera pas d’être fructueux pour la cause de la paix.

Il est vrai, comme l’a indiqué Frédéric Joliot-Curie dans sa lettre aux Comités nationaux de la paix que :

« de nouveaux milieux s’élèvent à la conscience du péril - des hommes et des femmes de toutes tendances et de toutes opinions voient plus clairement le nécessité de lutter pour la paix. En les entraînant dans l’action, nous pouvons faire triompher la paix. »

En faisant connaître à l’immense masse des Français et des Françaises les solutions proposées par le Conseil mondial de la paix aux problèmes angoissants de l’heure, il est sûr que nous trouverons des échos favorables dans des milieux qui, jusqu’à présent, sont restés fermés à la pénétration de nos arguments.

Quand le Conseil mondial de la paix préconise le règlement pacifique du problème allemand, la cessation immédiate de la guerre de Corée, la réduction rigoureusement contrôlée de tous les armements, l’interdiction des armes atomiques, chimiques et biologiques, et la signature d’un pacte de paix entre les cinq grandes puissances, il va sans aucun doute au-devant des pensées et des préoccupations de l’immense masse de nos compatriotes.

Au cours des discussions qui vont se dérouler pour préparer le Congrès des peuples, les militants communistes sauront écouter avec attention les opinions des autres et ils ne marqueront pas de montrer fraternellement ce qu’est la politique de paix de notre grand Parti.

Ils contribueront, par cela même, à faire tomber des opinions erronées sur notre compte et ils contrecarreront aussi l’activité malfaisante des fauteurs de guerre qui tendent à diviser des hommes et des femmes qu’un même désir de paix doit unir dans un même effort pour barrer la route aux fauteurs de guerre.

Les communistes doivent donc être d’actifs participants au mouvement de la paix, aux côtés d’hommes et de femmes de bonne volonté, de toutes opinions et de toutes croyances. Ils doivent être aux premiers rangs des organisateurs de Comités de la paix dans les entreprises, dans les localités.

Et la participation active des organisations et des militants du parti à l’action des masses pour la préparation du Congrès des peuples pour la paix ne doit nullement empêcher le parti d’appeler les travailleurs à l’action contre la guerre sur ses propres mots d’ordre qui peuvent n’être pas ceux du mouvement de la paix.

Renforçons les efforts en direction des militants
et des organisations de base du parti socialiste

Dans la lutte de masse pour la défense de la paix, nous devons faire de très grands efforts en direction des militants et des organisations de base du parti socialiste.

Le fait qu’un certain nombre de travailleurs socialistes se sont dressés contre le complot témoigne de possibilités grandissantes d’unité d’action à la base entre communistes et socialistes.

Il est aisé de faire comprendre que les attaques dirigées contre les libertés démocratiques par le gouvernement Pinay ne peuvent se séparer de la préparation à la guerre qu’il poursuit sous l’égide des impérialistes américains.

Et comment ne pas voir que la volonté de Pinay d’éliminer les communistes de la vie publique pour pouvoir plus aisément poursuivre la politique de guerre dictée par le gouvernement de Washington est le prolongement de l’opération faite en 1947 par les dirigeants socialistes qui, par ordre des Américains, éliminèrent les communistes du gouvernement pour pouvoir adopter le plan Marshall et s’engager dans la voie de l’aliénation de notre indépendance nationale ?

Rien ne devrait pouvoir empêcher les communistes et les travailleurs socialistes de s’unir pour lutter en commun et c’est parce que les dirigeants socialistes le savent fort bien qu’ils imposent d’en haut une criminelle politique de division contraire aux intérêts des travailleurs socialistes, et de l’ensemble de la classe ouvrière.

Nous devons dénoncer vigoureusement cette politique en montrant aux travailleurs socialistes que leurs dirigeants font le jeu de Pinay dont la force est faite de la division des victimes de sa politique, qu’ils font le jeu des exploiteurs capitalistes dont Pinay est le chargé d’affaires, qu’ils font le jeu des fauteurs de guerre et de leurs chefs de file, les impérialistes américains.

Et, en même temps, il est indispensable que les organisations du parti fassent des propositions d’action commune aux organisations de base du parti socialiste, dont trop souvent on ne se préoccupe pas.

C’est dans cette voie qu’il faut agir avec beaucoup d’audace et de ténacité sans perdre jamais de vue qu’il faut toujours voir le problème de l’unité sous l’angle de propositions d’actions communes, car le front unique, c’est l’ac¬tion, et c’est seulement dans l’action que l’unité peut trouver les éléments, d’un développement fructueux pour tous.

Le développement de l’action unie des masses
est indispensable

J’ai tenu à insister beaucoup dans ce rapport sur le développement indispensable de l’action des masses pour la défense de la paix, parce que du développement de cette action dépend la possibilité de mettre fin à la politique de trahison, de guerre, de misère et de fascisme qui conduit la France à la ruine, à la servitude et à la catastrophe.

Et maintenant, en conclusion, je veux souligner la nécessité pour notre parti de se mobiliser et de se lancer résolument dans un travail de grande envergure pour alerter les masses laborieuses des villes et des campagnes et prendre part activement, dans tous les domaines, à leurs luttes contre la politique de misère, de fascisme et de guerre poursuivie par le gouvernement Pinay.

Les plus grands efforts doivent être déployés afin que facticité des cellules d’entreprise et des cellules locales corresponde aux nécessités de l’heure, afin que les sections, les fédérations soient à la hauteur des événements.

Et, si la lutte contre le complot a déterminé des travailleurs, des démocrates, des patriotes à rejoindre les rangs de notre grand Parti, il est hors de doute que le développement de notre action à la tête des masses pour défendre les revendications des populations laborieuses, pour sauvegarder les libertés démocratiques, pour sauver la paix et pour imposer, par la manifestation de la volonté du peuple, les changements politiques dont notre pays a un pressant besoin, aura pour conséquence de susciter de nouvelles adhésions au parti de Maurice Thorez.

En intensifiant au maximum le travail de masse de notre parti, nous mettrons complètement en échec les plans criminels des comploteurs, nous renforcerons nos positions et nous serons à même de remplir avec honneur les taches qui nous incombent.

Armés de la doctrine invincible de Marx-Engels-Lénine-Staline, notre grand Parti, le grand Parti de Maurice Thorez saura améliorer sans cesse son travail en faisant preuve d’un grand esprit de responsabilité et sans jamais perdre de vue que le contentement de soi, l’insouciance sont des sentiments étrangers à l’esprit révolutionnaire des communistes.

Notre parti saura, en mobilisant toutes ses forces, jouer un rôle déterminant dans l’organisation de l’action unie des masses. Il saura s’inspirer de l’exemple du glorieux Parti Communiste (bolchévik) de l’U. R. S. S. à propos duquel l’hebdomadaire « Pour une paix durable, pour une démocratie populaire », écrivait récemment :

« L’expérience du glorieux Parti Communiste de l’Union Soviétique a une importance inappréciable pour tous les partis communistes et ouvriers. Durant toute son histoire, toujours et dans toutes les circonstances, le parti des bolchéviks a orienté ses organisations, ses membres vers le travail parmi les masses, vers la conquête de la confiance des masses, et c’est la raison de ses succès et de son invincibilité. Le parti des bolchéviks ne s’est jamais replié étroitement sur lui-même, il s’est fondu avec les masses et, après avoir écrasé tous ses ennemis, les ennemis du peuple, il a remporté des victoires historiques d’importance mondiale. »

Camarades, nous pouvons envisager l’avenir avec confiance et nous pouvons avoir la certitude que, grâce à nos efforts incessants, se constituera un puissant Front national uni qui, en développant l’action des masses d’un bout à l’autre du pays, changera le cours des événements, sauvera la France de la misère, de la ruine, du fascisme, rétablira la patrie dans son indépendance et assurera la victoire de la paix. (Applaudissements prolongés.)

***

LA RÉSOLUTION
DU COMITÉ CENTRAL

Le Comité Central du Parti Communiste Français, réuni à Montreuil les 3 et 4 septembre 1952, approuve le rapport présenté par le camarade Jacques Duclos sur « l’action du Parti Communiste Français dans le rassemblement des masses populaires pour la défense de la paix ».
Le Comité Central appelle les organisations et les militants du Parti à s’inspirer de ce rapport, avant tout pour réaliser l’unité d’action de la classe ouvrière, pour établir le contact avec les travailleurs socialistes et chrétiens ainsi qu’avec leurs organisations de base.
Cette unité d’action de la classe ouvrière est le meilleur gage de la victoire dans le grand combat pour les revendications des masses laborieuses et des classes moyennes à la ville et à la campagne, pour le succès du Congrès des Peuples pour la Paix et la réalisation du Front national uni de lutte pour l’indépendance du pays et pour la paix
.

Voir aussi :
"NOUS CONTINUONS LA FRANCE".
" Au service de l’esprit "
Un texte de Paul Vaillant-Couturier (1936)

Mise en ligne : 15 décembre 2014


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