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A lire absolument GABRIEL GALICE : DU PEUPLE-NATION…
Par Richard Labévière

lundi 25 septembre 2017, par Comité Valmy

Dans le Manifeste communiste, Marx et Engels prévoyaient en substance que "le moment viendrait où la classe ouvrière s’érigerait en classe nationalement dirigeante, deviendrait elle même la nation"...
Le Comité Valmy, considérant que de nos jours le capital financier n’a plus de patrie, estime le peuple laborieux incarne la nation. La souveraineté nationale et la souveraineté populaire rejetées par l’oligarchie financière supranationale, tendent à se confondre. Le monde du travail doit rétablir la souveraineté populaire, reprendre en main le drapeau de l’indépendance nationale et conquérir l’appareil d’État.
Depuis plusieurs années le Comité Valmy, influencé notamment par cet ouvrage de Gabriel Galice a adopté cette vision de peuple-nation qui nous paraît très pertinente. Claude Beaulieu


A lire absolument
GABRIEL GALICE :
DU PEUPLE-NATION…

Trop en avance sur leur temps, certains livres - abandonnés à la critique rongeuse des souris -, retrouvent nécessairement leur pertinence originale et une notoriété objective à la faveur du croisement de plusieurs actualités. On découvre alors un peu tard, mais tout de même… qu’ils sont de vrais événements en ce sens qu’ils constituent autant de nouveaux outils pour mieux comprendre, sinon transformer notre actualité.

Le livre de Gabriel Galice 1 est de ceux là, dans une période où s’entremêlent les déglingues économiques et sociales, les guerres asymétriques, les menaces terroristes et une fuite généralisée du sens. Ce remarquable essai est une relecture salutaire, très documentée et opérationnelle du fait national, de ses filiations en histoire, en économie, en diplomatie et géopolitique. A sa lecture, on redécouvre en somme, que l’Etat-nation constitue encore l’une des entités les plus sûres pour résister aux entropies de notre temps : économiques, politiques, militaires et culturelles.

L’Etat-Nation et nous.

D’une actualité extrême, sinon critique, il montre comment la construction des identités nationales par quelques peuples d’Europe, inscrit ces entités devenus des Etats-nations à part entière, dans notre monde élargi/rétréci, comme autant d’obstacles aux régressions morbides de la modernité, de la mondialisation et du marché. Interrogeant les chercheurs étrangers et la presse en Allemagne, en Italie, en Espagne, au Royaume-Uni et en Belgique, Gabriel Galice effectue une merveilleuse leçon d’anatomie du fait national - l’habitus des peuples -, en distinguant soigneusement les élites soucieuses du peuple des oligarchies dédaigneuses : « l’illusion sociale revient à renvoyer dans les ténèbres d’une inconnaissable boîte noire, dos à dos, l’hyper-classe tout en haut, et le bas peuple en dessous. L’élusion évacue le peuple comme corps politique. Peuple sociologique et peuple politique sont voués au populisme et à l’archaïsme par des élites auto-désignées et auto-référencées ».

Inutile ici de refaire le bilan des affaires ayant ponctué le quinquennat de Nicolas Sarkozy, la fabrication réfléchie du « vote Front national » comme celui de la « République exemplaire » d’un François Hollande qui prétendait que « le changement, c’est maintenant », pour considérer pleinement comment et pourquoi la question nationale fonctionne non seulement comme révélateur de nos démissions domestiques mais aussi comme le symptôme de nos lâchetés internationales. Ce fil rouge permet ainsi de mettre en lumière nombre de dysfonctionnements, sinon d’impostures au service d’intérêts économiques et stratégiques dominants contre les Peuples.

L’Exemple algérien.

« L’exemple algérien », écrit Gabriel Galice, « illustrerait trop bien cette opposition nationale entre un gouvernement militaire et l’opposition islamiste. Les Etatsuniens, chrétiens et modernes, soutinrent en Afghanistan les Taliban, religieux intégristes de la plus pure espèce, et préfèrent, à tout prendre, les Ayatollahs iraniens aux militaires irakiens. Questions de géopolitique et de priorité ». Aux côtés des Etats-Unis, au cœur de cette alliance occidentale imbibée de pétrole et de gaz contre les régimes arabes laïcs, l’auteur aurait pu ajouter l’Arabie saoudite et les autres monarchies du Golfe.

Mais l’exemple algérien dévoile aussi un autre paradoxe de taille : pendant plus de dix ans, les appareils d’Etat algériens ont lutté pied à pied contre une insurrection islamiste des plus sanguinaires sans beaucoup émouvoir nos démocraties exemplaires. Quelques journalistes et intellectuels parisiens en déshérence inventaient même la fiction du « Qui tu qui ? », imputant - ce fût le comble ! - l’ensemble des crimes jihadistes à… l’armée algérienne ! Bien que les historiens aient tordu le coup à cette manipulation scandaleuse, les partisans de cette falsification de l’histoire n’ont pas complètement désarmé et poursuivent leur travail de dé-légitimisation des réponses « nationales » aux différentes menaces terroristes. Quoiqu’on puisse penser des méthodes de lutte antiterroriste employées à l’époque, songeons deux secondes à ce que serait l’ensemble du Maghreb d’aujourd’hui, l’ensemble du bassin méditerranéen, si l’Algérie n’avait pas tenu le coup ! Somalie, Afghanistan, Irak et Libye répondent à cette incontournable question.

En dernière instance, l’exemple algérien nous rappelle que les tueurs actuels de Dae’ch sont les héritiers - en ligne directe - des égorgeurs du GIA (Groupe islamique armé) algérien qui ont donné naissance aussi à d’autres Katiba meurtrières (AQMI, Ansar Eddine, Mujao, Boko-Haram, Shebab, etc.) qui écument, aujourd’hui la bande sahélo-saharienne, des côtes de Mauritanie à celles de Somalie et du Yémen jusqu’au cœur de l’Asie centrale.

Enfin, comme il a fallu l’effondrement des deux tours du World Trade Center de New York pour que le monde découvre - par l’intermédiaire des caméras de CNN -, la réalité de l’horreur islamiste, il aura fallu aussi attendre qu’un journaliste américain soit exécuté devant les objectifs de Dae’ch pour que la « communauté internationale » se mobilise à nouveau contre une idéologie qui a commis des centaines de milliers de victimes dans de nombreux pays du monde arabo-musulman depuis le début des années 1990 ! Face à ces évolutions morbides, seuls les Etats-nations et leur peuple - le Peuple-nation - sont en mesure de résister efficacement et durablement. C’est l’une des conclusions gramsciennes de Gabriel Galice alliant le pessimisme de l’intelligence à l’optimisme de la volonté !

Vive la République.

« Le Peuple-nation est construction permanente. La liberté, en Europe et dans le monde, se construit par lui. « Pas de liberté du peuple sans souveraineté du peuple, c’est-à-dire sans République », écrivait l’historien Marc Bloch. A l’issue d’une somme, dont les références et la documentation sont impressionnantes, Gabriel Galice reconstruit brillamment une évidence fondatrice et opérationnelle mais trop souvent oubliée, - le Peuple-nation constitue l’outil indispensable de nos régulations intérieures, celles du Contrat social, mais aussi celles de nos échanges internationaux : « chaque Peuple joue son instrument dans la partition du monde, chacun appose les couleurs de sa palette sur la fresque d’ensemble. Chacun cherche à prolonger ses valeurs et ses intérêts, ses habitus et ses alliances. Chacun veut accroître sa liberté et son influence, à défaut limiter celles des autres… »

Certes, la mondialisation contemporaine signe le retour du grand Léviathan et de sa « guerre de tous contre tous », mais ceux qui préservent et consolident leurs souverainetés seront toujours mieux armés que les autres…

1 On peut dire la même chose de la Chine, ce qui réservera bien des surprises.…

Par Richard Labévière
Date de parution : 4/12/2014


RICHARD LABÉVIÈRE

Richard LabévièreRédacteur en chef
Grand reporter à la TSR, rédacteur en chef à RFI et de la revue Défense de l’IHEDN. Il est aujourd’hui consultant en relations internationales. Collaborateur du mensuel Afrique-Asie, il est l’auteur d’une quinzaine d’ouvrages dont "Les dollars de la terreur", "Le grand retournement / Bagdad-Beyrouth", "Quand la Syrie s’éveillera" et "Vérités et mythologies du 11 septembre".

Mise en ligne CV : 5 décembre 2014


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