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Voile à l’école :
la réponse de Malika Sorel à Najat Vallaud-Belkacem

dimanche 23 novembre 2014, par Comité Valmy


Voile à l’école :
la réponse de Malika Sorel à Najat Vallaud-Belkacem

FIGAROVOX/ENTRETIEN - Auditionnée par l’Observatoire de la Laïcité le 21 octobre 2014, la ministre de l’Éducation nationale souhaite autoriser les mamans avec voile dans les sorties scolaires. Malika Sorel réagit en exclusivité pour FigaroVox.

Malika Sorel-Sutter est ancien membre du collège du Haut Conseil à l’Intégration et de sa mission Laïcité. Elle est notamment l’auteur d’ « Immigration, intégration : le langage de vérité ». Fayard/Mille et une nuits, 2011. »


Auditionnée le 21 octobre dernier par l’Observatoire de la laïcité, Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l’Éducation nationale, a estimé que les mères voilées pourront accompagner les sorties scolaires. « L’acceptation de leur présence doit être la règle », a-t-elle déclaré. S’agit-il, selon vous, d’un geste d’apaisement et de tolérance ou d’une nouvelle entorse à la laïcité ?

Malika Sorel : Pour que les Français comprennent bien les défis dans lesquels ils ont été entraînés malgré eux, je souhaite rappeler que le voile, comme l’avait longuement développé l’islamologue Abdelwahab Meddeb dans une tribune publiée en décembre 2009 dans le Monde, n’est pas un simple bout de tissu. Il constitue, pour citer ses mots, « une atteinte au principe de l’égalité et de la dignité partagées entre les sexes (…) et qu’il convient de situer la prescription du voile dans une société phallocratique, misogyne, construite sur la séparation des sexes, sur une hiérarchie des genres. » La question que vous me posez dépasse donc, et de loin, celle de la laïcité puisque ce sont les fondements de la société française qui se trouvent ici questionnés. Certes, le voile n’est pas une exclusivité de l’islam puisqu’on en trouve la présence dans d’autres religions au travers des âges, mais les Français, et leurs combats en témoignent, ont su faire évoluer leurs pratiques depuis déjà fort longtemps. De surcroît, la société française a toujours été mixte, y compris dans les campagnes reculées, et la féminité objet d’éloge et non de rejet, comme en témoignent la peinture et la sculpture.

Si l’on souhaite restreindre la discussion à la seule laïcité, et en particulier à la loi de 2004 puisque c’est elle qui est concernée par les accompagnements scolaires, je dirai que ces sorties sont partie intégrante du projet pédagogique et qu’elles sont placées sous le sceau de l’école de la République. Il n’y a strictement aucune ambiguïté sur ce point et si nous avions disposé d’une véritable élite politique et administrative, le ministre Luc Chatel n’aurait pas eu à préciser les choses. Il l’a fait - et c’est tout à son honneur - pour protéger le personnel scolaire qui est en première ligne et parce que des tensions commençaient à se produire sur le terrain, comme nous avons pu nous en rendre compte au Haut Conseil à l’Intégration.

La vérité, c’est que nos élites politiques, pour beaucoup,
et pour ce qu’il m’a été donné d’observer,
ne défendent plus l’intérêt général.

Derrière la question des mamans voilées, le gouvernement cherche-t-il à promouvoir, sans l’assumer, un modèle multiculturel de type anglo-saxon ?

Nous sommes en effet toujours dans la logique du rapport Tuot, qui avait précédé les fameux rapports sur la refonte de l’intégration qui avaient fait polémique en décembre 2013. La vérité, c’est que nos élites politiques, pour beaucoup, et pour ce qu’il m’a été donné d’observer, ne défendent plus l’intérêt général. Elles sont promptes à capituler à la moindre offensive. Nous sommes dans un classique rapport de forces et nos élites, qui ne craignaient pas le peuple français, se sont mises - et cela ne date malheureusement pas d’aujourd’hui - à prendre la France et sa République comme variables d’ajustement, d’où le sacrifice de la laïcité et de normes culturelles qui régissaient pourtant le vivre ensemble. Réduire toute l’analyse à une simple question d’attribut vestimentaire serait une erreur, comme l’a très bien décrypté l’islamologue Gilles Kepel : « les dirigeants des organisations islamiques politiques issues des Frères musulmans, focalisés sur la controverse du hijab à l’école qui leur paraissait la plus propice à faire émerger en France une communauté militante sous leur houlette, ne montraient pas d’intérêt pour les enjeux trop complexes du halal (…) » ; il parle ici de l’affaire du voile de Creil en 1989. Comme j’ai eu l’occasion de le développer dans mes ouvrages, la classe politique promeut le modèle anglo-saxon en premier lieu par abdication sur les fondamentaux, et non parce qu’elle serait convaincue de la supériorité d’un modèle qui a déjà par ailleurs lamentablement échoué.

Une femme qui se voile devient pour les autres
musulmanes une leçon de morale ambulante

Najat Vallaud-Belkacem peut-elle se risquer à abroger la circulaire Chatel ?

Ce n’était pas nécessairement le cas il y a vingt ans, mais nos hommes et femmes politiques ont depuis parfaitement pris conscience de la réalité des enjeux. Ils savent également qu’une femme qui se voile devient pour les autres musulmanes une leçon de morale ambulante qui peut ouvrir la voie à l’exercice, sur ces dernières, d’une pression de leur entourage ; d’où la prolifération des voiles que l’on observe. Le voile n’est donc pas neutre et peut se muer en instrument d’amputation de liberté pour un certain nombre de femmes. Par ailleurs, comme le mettent en évidence nombre d’enquêtes sur les signes religieux - la dernière en date étant celle du Crédoc, les Français se sentent de plus en plus dérangés par ces signes, et sont 81 % à souhaiter les voir interdits dans les entreprises privées. Je ne vois donc pas en quoi la décision de Najat Vallaud-Belkacem pourrait être assimilée à un quelconque geste d’apaisement ou de tolérance.

Maintenant, cela fait malheureusement bien longtemps que notre classe politique ose tout et risque tout, y compris la déstabilisation des fondations de la maison France, sans vraiment prendre garde aux conséquences : il y a fort à parier que le peuple français n’est pas mort, ne s’est pas suicidé et qu’il est en train de sortir, peu à peu, de sa longue anesthésie.


Publié le 29 octobre 2014


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