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LA RÉGIONALISATION AU BANC DES ACCUSÉS - Par Robert CLAVIJO

jeudi 1er mars 2012, par Comité Valmy


D’abord les faits :

La Révolution française a inventé et nous a légué une organisation territoriale comparable à une pyramide de 3 étages :

1- Au rez-de-chaussée, 36.000 communes 2- A mi-hauteur une centaine de départements 3- Au sommet l’État national.

Cette organisation simple et rationnelle a fonctionné à la satisfaction générale pendant 2 siècles. Pourquoi, ces dernières années, a-t-on inséré dans la pyramide de nouveaux étages, si nombreux que l’édifice a pris l’allure d’un mille-feuille ? C’est que l’intégration de la France dans l’immense espace européen puis dans la mondialisation a déclenché une course au gigantisme. Pour être compétitif dans le marché européen, et à plus forte raison dans le marché mondial, il faut être le plus gros possible :

1 - Au-dessus des communes, vouées à disparaître, on a fabriqué des communautés de communes (en zone rurale), des communautés d’agglomération (autour d’une ville centre) et des communautés urbaines (à partir d’un demi-million d’habitants). Même nos métropoles régionales sont jugées lilliputiennes. Georges Frêche déplore que Montpellier, capitale en plein essor du Languedoc-Roussillon, pèse peu face à ses rivales : Marseille, Lyon, Toulouse, Barcelone. Il essaie d’agrandir l’agglo de Montpellier en y englobant tout l’espace entre Nîmes et Sète. Même Paris est jugé trop petit. Pour l’emporter dans la concurrence sans frontières entre mégalopoles on veut un « grand Paris » qui engloberait les départements voisins. Pas moins.

2 - Les départements doivent disparaître au profit des régions elles-mêmes priées de grandir le plus possible en fusionnant entre elles. Dans un premier temps nos 22 régions françaises ne seraient plus que 15 et moins encore ensuite. Pour mieux effacer la conscience nationale on s’efforce de fabriquer des eurorégions à cheval sur 2 ou 3 nations. Ainsi vient de naître l’eurorégion Alpmed (Alpes-Méditerranée) qui rassemble 3 régions italiennes (Piémont, Ligurie, Val d’Aoste) et 2 régions françaises (PACA et Rhône-Alpes). La « communauté de travail des Pyrénées » regroupe 3 régions françaises (Aquitaine, Midi-Pyrénées, Languedoc-Roussillon), 4 régions espagnoles (Aragon, Catalogne, Euskadi, Navarre) et la principauté d’Andorre.

3 - Les États nationaux doivent disparaître au profit d’un État européen qui fédérerait non plus des nations (disparues) mais des régions. L’Europe des régions remplacerait ainsi progressivement, sournoisement l’Europe des nations. Dans cette évolution les euro-régions jouent un rôle stratégique et la régionalisation (ou transfert de pouvoir aux régions) s’accentue.

L’Union européenne se juge elle aussi trop petite pour affronter la mondialisation. C’est pourquoi elle ne cesse de s’élargir. Jusqu’où ? Après la Turquie et Israël, sera-ce l’Afrique du Nord (avec laquelle a été conclu à cette fin un accord d’« Union pour la Méditerranée ») ou l’espace nord-américain avec lequel des négociations de libre-échange sont engagées ? On ne voit aucune limite à cette folle course au gigantisme.

Critique :

A la pyramide que nous a léguée la Révolution française, les partisans de l’euromondialisation sont en train de substituer une nouvelle pyramide elle aussi de 3 étages :

Au rez-de-chaussée, les communes disparaissent au profit de structures supracommunales.

A mi-hauteur les départements s’effacent au profit des (euro)régions

Au sommet les États nationaux se suicident au profit d’un État européen fédérant des régions. A chacun des 3 niveaux les lieux de décision s’éloignent des citoyens. Or la démocratie dite « de proximité » est la seule démocratie possible : il n’existe pas de démocratie d’éloignement. La souveraineté populaire vit de proximité et meurt d’éloignement. Quand le territoire à gérer s’agrandit, les niveaux de décision s’éloignent des citoyens et la délégation de pouvoir devient inévitable. Dans une petite commune les élus, très proches de leurs électeurs et donc sous contrôle populaire, ne peuvent contrecarrer la volonté de la population. Mais dans une communauté urbaine composée de plusieurs dizaines de communes fusionnant autour d’une capitale régionale, plus rien n’est à échelle humaine. Les citoyens, contraints de déléguer leur souveraineté à des politiciens, à des gestionnaires professionnels, n’exercent plus sur eux de contrôle efficace. Les lobbies industriels et financiers prennent alors le relais des citoyens, entourent les élus et font prévaloir leurs intérêts particuliers au détriment de l’intérêt général. Par simple éloignement le pouvoir passe irrésistiblement du peuple aux firmes multinationales. La course au gigantisme, l’Europe et la mondialisation sont incompatibles avec la souveraineté des peuples.

Ceux qui nous gouvernent admettent à mi-voix que la réorganisation territoriale, depuis la destruction des communes jusqu’à la mondialisation est un complot des « élites » imposé à la masse ignorante des citoyens. Ces « élites » prétendent savoir mieux que nous ce qui nous convient. C’est pourquoi elles agissent de plus en plus sans nous consulter. Elles n’hésitent même plus à contrecarrer ouvertement la volonté populaire en s’asseyant cyniquement sur des référendums. Aux gouvernements démocratiques succède la « gouvernance des élites » autoproclamées. L’Occident, père de la démocratie, est entré dans l’ère post-démocratique.

Or aucune « élite » n’a jamais gouverné pour le plus grand nombre. Même la dictature du prolétariat, qui s’estimait porteuse de l’intérêt général, a trahi ses promesses. C’est pourquoi le principe de la République française, contenu dans l’article 2 de notre Constitution, est : « gouvernement du peuple, pour le peuple et par le peuple ». En effet seul un pouvoir exercé par le peuple peut servir l’intérêt du peuple.

Les Français ne voient pas à quel abattoir on les mène parce qu’aucun parti ne le leur explique. Les souverainistes eux-mêmes ne semblent pas mesurer la malfaisance de cette course au gigantisme dans laquelle notre peuple est entraîné sans qu’on lui demande son avis.

Conclusions :

Le mille-feuille territorial doit être simplifié, nous assurent ceux qui l’ont complexifié. Soit. Mais alors, ce qu’il faut supprimer, ce sont les nouvelles strates et ce qu’il faut garder, c’est la triade d’origine, la triade de proximité : communes, départements, État national.

Les candidats aux élections régionales nous amusent avec l’habituelle rivalité droite/gauche. Leurs empoignades cachent mal que droite et gauche ont le même projet de société, le même projet eurorégional. En Languedoc-Roussillon, c’est pire : les citoyens sont invités à voter uniquement pour ou contre la personnalité truculente de Georges Frêche. Mais aucun candidat, aucun journaliste ne s’oppose à la course au gigantisme, aucun ne s’interroge sur la légitimité des régions, sur le rôle des élections régionales dans l’émergence de l’Europe des régions. Le scrutin est dépolitisé. C’est le degré zéro de la politique.

En ce qui me concerne je ne vote jamais pour quiconque aux élections européennes. Je suis citoyen français. Je ne veux pas être citoyen d’un État européen supranational incompatible avec le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Dans le même esprit je ne voterai pour personne aux élections régionales. Vive les départements ! A bas les régions et l’Europe des régions !

Robert CLAVIJO

Écologiste

Février 2010- auteur de « Et si la France quittait l’Union Européenne » F-X de Guilbert - 2005

Mise en ligne 1 mars 2010

2 Messages de forum

  • Bravo Robert, tu as dit clairement ce que je dis à tout le monde. Je ne veux toujours pas de cette Europe qu’on veut m’imposer en douce. Nous faire voter aux régionales est une façon détournée de nous faire accepter leur UE que nous avons pourtant rejetée.

    Je n’irai pas voter non plus. NON c’est NON une fois pour toutes !!!

  • LA RÉGIONALISATION AU BANC DES ACCUSÉS - Par Robert CLAVIJO

    28 février 2010 00:09, par Jacques Kotoujansky
    Oui, très bien. Toutefois, pour être moi-même conseiller municipal et délégué à l’intercommunalité d’une petite commune de l’Yonne, je crois que la structure en voie d’abandon dénommée "pays" a une certaine cohérence et répond à une vraie attitude des gens dans la vie quotidienne (achats, collège) et devrait donc être développée contrairement aux intercommunalités fictives ou trop grandes. Ces "pays" pourraient envoyer leur élu sièger dans une structure plus proche du département que de la grande Région, mais néanmoins plus grande que le département actuel. C’est une proposition à mûrir en vue des prochaines élections cantonales. JK

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