COMITE VALMY

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Tribune publiée dans Libération du 26 février 2008

SAUVER LA LAÏCITE

lundi 3 mars 2008, par Comité Valmy

La défense et la promotion de la laïcité est à l’ordre du jour afin de combattre les attaques fondamentales, ouvertes ou insidieuses et masquées, dont elle est redevenue l’objet permanent. Nous répercutons ici, une Tribune parue dans Libération et dont notre ami André Bellon est l’un des signataires.

SAUVER LA LAÏCITE

Tribune publiée dans Libération le 26 février 2008

La laïcité est en péril. Ce n’est plus, cette fois, le résultat d’attaques détournées, mais une remise en cause violente et globale. Le président de la République, déjà inspirateur de la commission Machelon, mène l’offensive avec la plus grande brutalité. Nul procès d’intention de notre part, mais de simples constats :

 Proclamer la supériorité de la religion sur les autres types de convictions, c’est détruire la laïcité. On bafoue ainsi l’égalité de traitement des citoyens. Aux uns, la reconnaissance publique de leurs convictions, avec les éventuels privilèges financiers que cela entraîne. Aux autres l’assignation de leurs convictions à la seule sphère privée. Une telle discrimination renie la devise républicaine.

 Affirmer une telle hiérarchie est inacceptable de la part d’un président de la République dans l’exercice de ses fonctions. Nul n’a donné mandat au Président pour fixer une norme en matière de conviction personnelle. La laïcité n’est pas le seul modèle politique dans lequel la liberté de conscience est assurée. Mais elle se distingue des autres Etats de droit par le silence auquel doit se tenir la puissance publique sur les différents types de conviction. Elle seule garantit ainsi un égal respect à tous. En rompant ce silence, le président de la République introduit une inégalité morale entre les citoyens et enfreint la Constitution qui fait de la France une République laïque.

 Prétendre que l’instituteur ne peut éclairer la distinction du bien et du mal comme le fait le pasteur ou le curé, c’est disqualifier l’autonomie de jugement dont l’école laïque assure la promotion. Une telle autonomie a évidemment un sens moral et civique autant qu’intellectuel. Elle est gage de lucidité – et n’a donc rien à envier à la direction de conscience religieuse. Insinuer que la République est muette sur les valeurs est tout aussi inacceptable. Son souci de promouvoir la liberté, l’égalité et la fraternité ne passe certes pas par un catéchisme. Mais elle fait le pari de la conscience éclairée pour développer ces valeurs. Miser sur l’autonomie des personnes en la fondant sur la maîtrise du savoir et s’interdire tout endoctrinement, tel est l’honneur de la république laïque et des enseignants qui la font vivre dans les écoles.

 Brouiller la distinction entre culturel et cultuel afin de rétablir le financement public des religions, c’est détruire la laïcité. Outre ses résonances communautaristes contraires à l’universalisme républicain, l’amalgame entre culture et religion est un prétexte. Il est conçu pour contourner la loi qui réserve le financement public à ce qui est d’intérêt commun. La culture a une portée universelle, le culte une portée particulière. Payé par tous, l’impôt doit être dépensé pour tous. Le détournement des fonds publics ainsi envisagé est d’autant plus inacceptable que dans le même temps les missions de service public de l’Etat sont remises en cause par une privatisation croissante. Va-t-on sacrifier ce qui est d’intérêt universel sur l’autel du particulier ?

Face à une offensive sans précédent depuis longtemps, la plus large mobilisation pour la laïcité est à l’ordre du jour. L’enjeu est de taille : assurer la coexistence sereine de personnes issues des traditions les plus diverses en émancipant la loi commune de tout particularisme. Avant toute chose une parfaite clarté sur les objectifs s’impose. Bien sûr, il faut réaffirmer la liberté de conscience, premier des principes laïques. Mais celle-ci doit aller de pair avec l’égalité de traitement des convictions, second principe rendu possible par la neutralité de la République et la loi qui sépare l’Etat des autorités religieuses. Selon le troisième principe, les institutions publiques ne doivent pas avoir d’autre but que l’intérêt de tous. Le moment est venu de réaffirmer ces trois principes et de les défendre comme un tout face aux empiètements dont la laïcité ne cesse de faire l’objet. Et de rappeler fermement que ces empiètements ne sauraient faire jurisprudence.

Non à toute réécriture de la loi du 9 Décembre 1905 ! Non à son contournement insidieux par quelque voie réglementaire que ce soit ! Non au tarissement de l’action publique à finalité universelle ! Non à la généralisation des entorses multiformes à la laïcité !

Le mouvement laïque saura s’unir pour empêcher toute régression de la laïcité, qui signerait une régression de la république elle-même.

André Bellon, écrivain, ancien parlementaire Caroline Fourest, journaliste Catherine Kintzler, philosophe Jean-Claude Milner, philosophe Henri Pena-Ruiz, philosophe Jean Riedinger, Observatoire chrétien de la laïcité Jean-Paul Scot, historien Bruno Streiff, écrivain et metteur en scène

Point de vue :

Je saisis l’occasion de la diffusion par « Valmy » de cette prise de position, pour exprimer en bref une conviction dont toute la gravité ne m’est apparue que récemment, à travers le débat actuel entre les organisations laïques. La laïcité est en péril. Avec leur caractère provocateur, grotesque et méthodique les attaques fondamentales et extrêmement graves du Président de la République ne représentent que la partie la plus visible d’une offensive anti-laïque en effet globale, dont Sarkozy et ses amis n’ont pas le monopole. Cette offensive a une composante en grande partie souterraine. Son aspect peut-être le plus dangereux à terme, est masqué, insidieux et subtil. Une sorte de Cheval de Troie est installé au cœur du camp laïque et républicain. Outil de l’intégration euro-atlantiste, il est destiné à instiller le communautarisme, le multiculturalisme et « l’ethnicisme » dans un monde dit « global » et dans lequel les peuples sont invités à accepter leurs chaînes, les nations la vassalité puis leurs disparitions. La « multitude » des citoyens destinés à devenir des sujets devrait quant à elle, dans cette démarche que beaucoup ne perçoivent pas encore, être formatée progressivement pour adopter une vision anglo- saxonne des séquelles de la laïcité. Au lendemain de la trahison de Versailles les dogmatiques de la disparition de la nation, afin de construire l’Europe fédérale des länder de leurs fantasmes, s’attaquent maintenant plus résolument encore, à la République. Dans la droite classique comme dans la social démocratie et ailleurs, les contre révolutionnaires anti-laïques avec des partitions diverses, ont entrepris de façon convergente, de saper la laïcité qui en est l’un des fondements essentiels. Voir aussi sur ce site, l’appel (censuré) du Comité Valmy : « sauvegardons la laïcité ( et ) la République ». Il est également à signaler que la Libre Pensée dans un communiqué, vient de rappeler certainement pas par hasard, « son opposition résolue au communautarisme dont le multiculturalisme est l’instrument ». Brutus.

1 Message

  • SAUVER LA LAÏCITE

    5 mars 2008 22:11, par Instit

    Régis Ravat est le président de l’Association FRancophonie AVenir (A.FR.AV). Encore un qui se sent trahi par Nicolas Sarkozy ! Il adresse une longue lettre ouverte à Sarkozy pour l’accuser de trahison. Je recopie un passage de cette lettre ouverte.

    Dans un premier temps, Régis Ravat commence par rappeler toutes les belles phrases que Sarkozy a prononcées en faveur de la francophonie pendant sa campagne électorale. Il avait notamment dit un beau discours en faveur de la francophonie : c’était dans la ville de Caen.

    Dans un second temps, Régis Ravat compare les belles phrases de Sarkozy à la réalité :

    " Hélas, loin de ces belles phrases, force est de constater, que seulement quelques mois après l’exercice de votre mandat, entre votre discours de Caen et la réalité, un fossé s’est creusé, et qu’un gouffre même est en train d’apparaître.

    Pour preuve, la très honorable Académie de la Carpette anglaise — qui décerne chaque année le Grand Prix de l’incivilité linguistique à un membre des « élites françaises » qui s’est particulièrement distingué par son acharnement à promouvoir la domination de l’anglo-américain en France au détriment de la langue française —, a nommé cette année pas moins de 6 candidats issus des membres du Gouvernement.

    La gagnante a été Christine Lagarde, ministre de l’Économie et des Finances coupable de communiquer en anglais avec ses services de Bercy.

    Les autres récipiendaires ne sont pas en reste non plus :

    Valérie Pécresse et Jean-Pierre Jouyet, respectivement ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche et secrétaire d’État chargé des Affaires européennes auprès du ministre des Affaires étrangères et européennes, coupables d’avoir fait la promotion du protocole de Londres dans un article commun (« Le brevet européen, maintenant ! »), publié en juillet 2007 dans Le Monde.

    Jean-Marie Bockel, secrétaire d’État à la Francophonie ( !), coupable d’avoir célébré les futurs bienfaits du protocole de Londres dans un article publié en septembre 2007 dans Le Monde (« Ratifions le protocole de Londres ! »).

    Xavier Darcos, ministre de l’Éducation nationale coupable de faire la promotion du bilinguisme en France (sous entendu bilinguisme français-anglais) en déclarant « Le Président m’a donné mission de faire de la France une nation bilingue », déclaration contraire avec la politique suivie, jusqu’à maintenant, favorisant le plurilinguisme et l’apprentissage de deux langues étrangères vivantes.

    Christine Albanel, ministre de la Culture et de la Communication coupable d’avoir lancé une « réflexion » sur les synergies possibles entre TV5 Monde, France 24 et RFI (Radio France international), sans y avoir associé nos partenaires suisse, belge et canadien acteurs essentiels de TV 5 Monde.

    Ajoutons aussi à cette liste des promus à la Carpette anglaise 2007, l’UMP Jacques Barrot, vice-président de la Commission européenne, commissaire responsable du Transport, coupable d’avoir favorisé la mise en place d’une directive imposant dans le transport aérien, l’anglais à partir de mars 2008 dans toutes les communications aériennes même entre Français en France !

    Bref, pourquoi, alors que vous dites dans tous les médias que vous avez été élu pour appliquer le programme que vous avez présenté aux Français lors de votre campagne électorale, pourquoi en matière de langue française, de francophonie et de lutte contre le tout anglais, vous semblez avoir perdu la mémoire ?

    Pourquoi tous ces ministres anglolâtres autour de vous, pourquoi de tels capitulards linguistiques aux commandes de notre pays ?

    [...]

    Régis Ravat Président de l’A.FR.AV (http://www.francophonie-avenir.com/)

    http://www.lapetition.be/en-ligne/ptition-pour-demander-au-prsident-de-la-rpublique-nicolas-sarkozy-de-respecter-ses-engagements-lectoraux-en-matire-de-langue-franaise-de-francophonie-et-de-lutte-contre-le-tout-anglais—1896.html


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