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Point de vue

Copenhague : l’échec ! Oui et alors où est le problème ? (1) - Gilles Mercier

lundi 8 février 2010, par Comité Valmy


J’avais dans un précédent article (les idées dominantes sont celles de la classe dominante) affirmé que Copenhague serait un échec. La Chine, l’Inde comme d’autres pays n’accepteraient jamais de voir leur développement entravé. Le maniaco-dépressif, locataire de l’Elysée, avait pourtant mouillé sa chemise, les gouvernements européens avaient fait de la de surenchère dans les déclarations d’intention de réduction de C02, la myriade d’ONG avait depuis des années préparé le terrain avec un discours catastrophique digne des peurs de l’an mil. Tout ce monde n’avait cessé de décliner jusqu’à plus soif le discours bien pensant de la science officielle normalisée du GIEC. Et malgré tout cela, la grande messe s’est réduite, pour ne pas perdre la face, à une déclaration d’intention !

De deux choses l’une. Ou le catastrophisme du GIEC est fondé ou il ne l’est pas ! Tout, absolument tout repose sur le GIEC. Or, le GIEC n’est pas une société savante, c’est une création politique, créé sous l’égide de l’ONU, dans un contexte politique donné. Son président l’indien Rajendra Pachauri n’a pas grand-chose à voir avec la science. Il est un grand feudataire du capitalisme vert. Il est membre du cabinet conseil de « Chicago Climate Exchange » la bourse américaine des crédits carbone, il préside le groupe de consultants de la Banque de Développement Asiatique. Il est le directeur de l’Institut des ressources et de l’énergie (nouveau nom de l’Institut Tata (le groupe automobile Indien) de recherche énergétique). Il est président de l’Association Internationale des économies d’énergie, membre du cabinet international de conseil de Toyota Motors, de la Deutsche Bank, de la fondation Rockfeller, etc ... J’arrête l’énumération, je remplirai la page. Nous sommes bien loin de la recherche scientifique.

Kyoto, le Grenelle de l’environnement, Copenhague, procèdent d’une même logique : développer le capitalisme vert. La connivence est grande entre les dirigeants des groupes financiers et industriels, les fonctionnaires des instances internationales, les classes dirigeantes des pays capitalistes développés, et les grandes ONG. Ces réseaux d’exploitation de la peur engendrée par une propagande effrénée veulent nous faire croire que le monde court au devant de cataclysmes climatiques s’il n’applique pas les solutions préconisés par eux. Il s’agit d’une féodalité moderne qui cherche à imposer ses choix politiques et économiques, à travers les instances internationales en utilisant notamment un certain nombre d’ONG qu’elles financent, comme vecteurs idéologiques.

Le consensus politique est absolu de l’UMP au NPA, tout le monde est aligné sur les thèses du réchauffement d’origine humaine Il est invraisemblable que les dirigeants du PCF, la direction de la CGT qui s’est vautrée dans le Grenelle de l’environnement relaient cette idéologie catastrophiste. Je ne parle même pas de la rédaction du journal l’Humanité qui n’est qu’une des cages de résonnance de l’idéologie dominante. Rappelons pour les sourds, les malentendants et les aveugles, qu’il n’y a aucun consensus scientifiques ni sur l’amplitude, ni sur la durée ni sur les causes du réchauffement climatique. Les bourgeoisies valorisent un point de vue de scientifiques en en faisant une science officielle, parce que cela recouvre des objectifs idéologiques et politiques majeurs. L’origine du réchauffement climatique est une question fondamentale. Si à l’aube du 21e siècle, le réchauffement est du à l’activité humaine, cela signifie que le développement de l’Humanité est terminé. Les peuples d’Asie, d’Afrique, d’Amérique du Sud, ne doivent pas arriver à notre niveau de développement, et rester dans l’état qui est le leur. Les peuples des pays développés, doivent intégrer la nécessité de s’adapter de modifier leur mode de vie, d’accepter l’arrêt de la croissance.

Il faut se restreindre pour empêcher le thermomètre de monter. « L’écologie signe la fin du progrès, elle est ordonnée au conservatisme des valeurs comme à la préservation du milieu naturel » Alain de Benoist (1994) qui s’y connaissait en matière de conservatisme. La préservation de la Nature idéalisée, sanctifiée, est une idéologie de la suffisance, de la frugalité, de sacrifice. Accepter de se restreindre pour sauver ce qui nous est commun.

La bourgeoisie des pays développés n’a plus aucune perspective à proposer. L’Europe politique dans les années 90 avait constitué une idéologie fédératrice comme solution à la crise. L’Europe politique est construite et ne cesse de s’élargir, l’union économique et monétaire est réalisée. La disparition des barrières étatiques qui limitaient les mouvements du capital ont entrainé un accroissement du chômage une désertification des régions, un désarroi social. Ces conséquences ont été amplifiées avec la mondialisation. Les bourgeoisies européennes n’ont plus d’idéologie fédératrice liée à une stratégie de développement. Les capitalistes européens s’affrontent sur d’autres marchés que l’Europe. La mondialisation de leur activité se fait essentiellement au détriment de leur implantation européenne. L’écologisme est l’idéologie de la stagnation européenne.

Avec l’écologisme, l’Humanité n’a plus confiance en elle-même, en sa capacité à créer l’avenir, à résoudre les défis qu’elle se lance. Tout ce que l’Humanité créé, perturbe le climat, la Nature. Il faut que nous en restions là. L’Avenir n’existe pas.

Cette idéologie véhiculée par la totalité des moyens d’information finit par introduire des contradictions au sein même des forces dominantes. Le supplément du 6-7 novembre 2009 du journal « Les Echos » intitulé « L’Illusion Ecolo » en était l’illustration. Sans remettre en cause, le discours du GIEC, il remettait en cause le Grenelle de l’Environnement. Dans une série d’articles intitulée « Gare à l’illusion verte », le journal posait la question « La croissante verte serait elle un paradis artificiel ? ». Aucun des objectifs de Kyoto n’ayant été atteint, comment croire que ceux de Copenhague pouvaient l’être ? En suivant la bible du GIEC suivant laquelle le C02 produit par l’activité humaine est le seul responsable de l’augmentation de la température, il faudrait investir 10 000 milliards $ d’ici à 2030 soit 1,1% du PIB mondial auxquels il faudrait ajouter 200 milliards de $ pour les pays émergents à partir de 2020 et une aide supplémentaire de 215 milliards de $ de la part des pays de l’OCDE afin de ne pas dépasser les 2°C d’augmentation des températures.

Dépenses colossales, mais pour quelle efficacité ? Nous avons au dessus de nos têtes 2 800 milliards de tonnes de C02, en 2050 il y en aura 5 000 milliards à moins que les pays émergents cessent leur développement. Vouloir diviser par 2 les émissions de gaz à effet de serre en 2050 comparé à leur niveau actuel et stabiliser la concentration de C02 dans l’atmosphère en 2015 au niveau actuel est totalement irréaliste. Il faudrait arrêter tout de suite le développement de la Chine de l’Inde et du Brésil et décider que l’Humanité laisse inutilisées les ressources de son sous sol. Les émissions européennes sont de 4 milliards de T CO2 /an, les émissions mondiales 30 milliards de T/an. Les objectifs européens de réduction de 20 % réduisent la production de C02 de 800 millions de T soit 2/10 000 à 3/10 000 du stock. Soit au bout de 10 ans une réduction du stock de 3/1000, c’est-à-dire rien.

Quel est le but de nos gouvernants ? Développer le capitalisme vert, c’est-à-dire créer de nouveaux marchés sur la base des économies d’énergie, de la production réduite de CO2, mais pour produire quoi ? La voiture électrique ? Lorsque les problèmes d’autonomie et de temps de charge auront été résolus, il y aura à résoudre le problème de l’alimentation de l’ensemble du parc automobile. Combien de centrales nucléaires seront nécessaires pour remplacer les pompes à essence. Les écolo sont contre le nucléaire, il faudra donc que l’électricité alimentant les voitures soient produites par des centrales à énergie fossile grande productrice de C02 ! Le chauffage au bois paré de toutes les vertus ? Seulement la combustion du bois produit des poussières fines, du monoxyde de carbone, des composés organiques volatiles, des hydrocarbures aromatiques polycycliques. Les lampes basse consommation ? Super, elles éclairent deux fois moins à puissance égale que les lampes à incandescence et contiennent du mercure dont le recyclage est un coup pour la société. L’éolien et le photo voltaïque ? Une imposture, pire une arnaque. La « norme très basse consommation » du bâtiment. Imposée aux bâtiments neufs elle en renchérit le coût, la rénovation des bâtiments anciens constitue un coût considérable. Certes, l’amélioration des performances énergétiques des bâtiments engendre des économies. Mais au-delà d’un certain seuil celles-ci sont sans commune mesure avec les dépenses à engager. Dépenser inutilement notre argent ne peut que retarder les progrès de l’économie. Subventions pour les éoliennes, les panneaux solaires, l’isolation des bâtiments etc se chiffrent en dizaines de milliards d’euros/an et vont continuer à croitre sans fin si les orientations du Grenelle continuent d’être mises en œuvre.

Une fraction de la bourgeoisie commence à s’interroger sur le bien fondé de cette politique. Des moyens financiers considérables sont engagés pour des marchés qui sont des impasses n’étant porteurs d’aucun développement, contribuant à enfoncer encore plus l’Europe dans la crise.

La France a voulu être leader dans la croissance verte, l’économie décarbonée (mot à la mode vide de sens) afin d’imposer les normes de ses entreprises dans un marché à construire. D’où le Grenelle de l’environnement. Mais le marché doit correspondre à des besoins objectifs. Etre présent sur un marché où la concurrence est faible et qui ne vit essentiellement que de subventions n’est pas porteur d’avenir. Sans subvention massive de l’Etat, il n’y a pas de capitalisme vert car ce marché est artificiel. La taxe carbone n’est qu’un moyen déguisé de transfert supplémentaire des salariés au capital via l’Etat. Les écolo bobo trouve que son montant n’est pas assez dissuasif, mais dissuasif de quoi ? De vivre tout simplement et même pour certains de survivre. La sanction du conseil constitutionnel oblige le gouvernement à étendre la taxe aux entreprises, ce qui va diminuer leur compétitivité dans un système concurrentiel entièrement dérégulé. Elles se rattraperont sur leurs salariés en accroissant leur exploitation. Plus les pays passent sous les fourches caudines de l’écologisme, plus ils plongent. Le monde réel ne pouvait que s’imposer à Copenhague.

Les prix de l’énergie d’origine fossile, sont appelés à augmenter du fait des investissements de plus en plus lourds pour la recherche et l’extraction de nouveaux gisements. Qu’avait-t-on besoin de s’entendre à Copenhague. Les Etats étaient prêts à s’engager sur des principes de réduction d’émission, mais pas à déléguer à l’ONU ou à toute autre organisation la gestion d’un système de contrainte régulant leur croissance. Il était hors de question de déléguer ses choix économiques, le cœur de la souveraineté d’un Etat. Tous les Etats en pleine croissance s’y sont refusés ainsi que les USA pour qui il était hors de question de se voir imposer quoique ce soit ! C’est l’Europe et en particulier la France qui s’est retrouvée GrosJean comme devant.

La stratégie de contrôler la croissance des pays émergents et de leur imposer des normes et des choix économiques sous couvert de lutte contre le réchauffement a échoué. L’impérialisme vert vient de subir un échec cinglant. Dans le courant des années 1970 s’est forgé le concept de l’écodéveloppement puis en 1980 celui du développement durable. C’était le début des sommets environnementaux patronnés par l’ONU dans lesquels les multinationales écologiques jouaient un rôle de plus en plus structurant. Il s’agissait sous couvert de l’ONU de contrôler le développement des PVD sous le prétexte de protection de la nature. Copenhague marque la fin de cette période.

A suivre…

Gilles Mercier

Travailleur scientifique

Syndiqué CGT

1 Message

  • Dans ce "point de vue", on retrouve (hélas) la frénésie productiviste que certains marxistes (n’ayant rien appris depuis un siècle) partagent joyeusement avec les capitalistes (pour qui la croissance du PIB est indispensable à celle de la plus-value).

    Il n’est sans doute pas faux que le "capitalisme vert" est une tentative de reprendre la main sur les économies émergentes, en essayant de leur imposer des normes qu’elles n’ont (peut-être) pas les moyens d’assurer.

    Mais dans le même temps, les capitaux occidentaux savent très bien où aller pour ne pas se soumettre à ces mêmes normes (voir la délocalisation prévue en Arabie saoudite de la raffinerie Total de Dunkerque). Et il n’y a donc rien d’étonnant à ce que les pseudo-négociations à grand spectacle sur le CO2 aient échoué.

    Le sommet de Copenhague au niveau mondial, comme le "Grenelle de l’environnement" en France, ne furent rien d’autre que des opérations d’enfumage médiatique pour faire croire au bon peuple que l’on se préoccupe de l’environnement. Alors que, rassurons le camarade de la CGT, il n’en est rien.

    Et surtout, du point de vue idéologique, il s’agit de présenter un substitut peint en vert, pour empêcher à tout prix que les peuples du monde entier se mettent à douter de la religion du progrès, de la croissance et de la consommation. Et qu’ils commencent à imaginer une vie où l’on produirait, consommerait, commercerait et circulerait MOINS mais MIEUX.

    Les chiffres et prévisions du GIEC sont peut-être faux ou biaisés. Mais s’imaginer qu’on pourrait continuer éternellement sur la lancée du XIXe siècle industriel, et fournir le même niveau de consommation-gaspillage aux 6 (bientôt 9) milliards d’humains sur une planète limitée est tout simplement du délire.

    La vérité, c’est qu’on ne peut pas avoir le beurre ET l’argent du beurre. Si l’on veut faire croître la qualité, il faudra faire décroître la quantité ! Ou vice-versa...


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