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The Vineyard of the Saker

Compte-rendu de situation, Ukraine, 11 juillet 2014 :
Des développements importants pour la Résistance

samedi 12 juillet 2014, par Comité Valmy


Compte-rendu de situation, Ukraine, 11 juillet 2014 :
Des développements importants pour la Résistance

Outre l’attaque apparemment dévastatrice sur une colonne blindée ukie, plusieurs développements importants ont eu lieu récemment, et j’ai le sentiment qu’ils doivent être signalés ici :<P/>

Alexandre Khodakovsky

Vladimir Antiufeev
1) Avec le retour de Strelkov à Donetsk, l’ordre et l’unité de commandement dans les forces de la Résistance ont apparemment été restaurés, et les désaccords entre Strelkov et Alexander Khodakovskii (ex-commandant de l’unité « Alpha » de Donetsk) réglés.

2) Lors d’une conférence de presse conjointe, Igor Strelkov, Alexandre Borodaï et Vladimir Antiufeev (respectivement en charge des affaires militaires, des affaires politiques et de la sécurité de l’État) ont annoncé la création d’un conseil des commandants militaires qui aura la charge de toutes les unités militaires de Novorossia. À la même conférence de presse, ils ont également annoncé une vaste opération d’évacuation (volontaire) des civils de la banlieue de Donetsk. Il est clair que la ville se prépare à une attaque majeure, suivie d’un siège.

Sergei Kurginian
3) Une violente dispute a opposé Igor Strelkov et Sergei Kurginian, lequel a accusé Strelkov d’avoir abandonné Slaviansk, et a prétendu que les Novorossiens recevaient à présent beaucoup plus d’aide – et une aide bien meilleure – de la Russie que par le passé. Tandis que Borodaï a de son côté accusé Kurginian de propager la propagande ukie ou étasunienne. Je crois personnellement que le rôle de Kurdinian est de rassurer l’opinion publique russe en lui donnant à entendre que la société civile russe (personne n’a jamais mentionné aucune aide du gouvernement russe) en fait suffisamment. Quoi qu’il en soit, Alexandre Borodaï a mis fin au différend quand il a rapporté que ses consultations à Moscou avaient connu « un grand succès, et je compte beaucoup sur l’aide de la Fédération de Russie dans l’avenir le plus proche possible. En l’état, le peuple russe, nous apporte déjà, à l’heure actuelle, une énorme assistance, tant en termes de volontaires qu’en termes d’aide humanitaire. Et je m’attends à ce que cette aide continue à croître ». De toute évidence, une sorte de marché a été conclu entre les dirigeants de Novorossia et le Kremlin, même si bien sûr les détails en resteront secrets, et même si cette assistance sera présentée comme provenant du « peuple russe », par opposition au gouvernement russe (- : même si l’on peut, bien entendu, se demander pourquoi Borodaï avait besoin de consultations à Moscou pour obtenir de l’aide de la part du peuple russe :- )

4) Les Ukies ont apparemment renforcé leur artillerie le long de la frontière avec la Crimée, mais il y a consensus pour estimer que si ces systèmes ont bien une portée suffisante pour frapper les villes de Crimée, la réponse russe à d’éventuelles frappes serait tellement rapide et tellement dévastatrice qu’elle rendrait un tel coup parfaitement suicidaire pour les Ukies. Avec une grande constance et très rapidement, l’armée russe a maintenant renforcé ses capacités en Crimée, lesquelles capacités comprennent dès à présent une couverture totale de l’espace aérien par la dernière version des systèmes de défense aérienne S-300 et un redéploiement des chasseurs-bombardiers russes. Même Sergueï Lavrov, qui s’exprime en général d’une voix douce, a lancé un avertissement plutôt brutal, en précisant qu’il ne conseillait à personne de tenter de s’attaquer à la Crimée parce que la Russie userait de représailles.

5) La Force aérienne ukrainienne continue de perdre très régulièrement des avions ; aujourd’hui encore un Su-25 ukie a été abattu près de Lugansk.

6) Autre développement récent fort intéressant : Igor Strelkov a annoncé qu’à partir de maintenant, les soldats combattant pour les forces de défense de la Novorossia se verraient verser un salaire plus que suffisant au regard des normes ukrainiennes. De toute évidence, un autre signe que « quelqu’un » finance désormais la Résistance.

Ma conjecture est que Porochenko va déclarer que les lance-roquettes multiples Grad qui ont aujourd’hui détruit une grande partie de la 79e Brigade tiraient depuis la Russie. La première raison pour laquelle je crois qu’il va faire une telle affirmation est que cela va lui permettre et, plus important encore, va permettre à ses patrons américains, de relancer l’hystérie russophobe. La deuxième raison est que si ces Grad se trouvaient en Russie, alors les unités ukies qui sont positionnées loin de la frontière russe sont en relative sécurité. Tandis que si le tir de Grad est le fait de la résistance de Novorossia, cela signifierait qu’absolument toutes les unités ukies en Novorossia pourraient bien devenir à leur tour la cible de semblables frappes. [NdT : sans le dire explicitement, c’est effectivement ce à quoi le « président » ukrainien a fait allusion au cours de la conférence de presse qu’il a tenue dans l’après-midi, parlant de « l’usage de Grad BM-21 russes ».]

Quel que soit l’origine de la frappe, nous avons ici à choisir entre deux options : soit la Russie a finalement décidé d’offrir aux Ukies un petit avant-goût de sa médecine personnelle, tout en leur faisant payer leurs nombreuses attaques contre des postes-frontières russes, soit la résistance a vraiment mis la main sur un nombre suffisant de systèmes Grad pour mener elle-même à bien une telle attaque. Dans ce dernier cas, la provenance de ces Grad est fichtrement évidente, même si, bien sûr, personne n’admettra quoi que ce soit.

La frontière entre la Russie et l’Ukraine est-elle poreuse ? Oui, bien sûr. Mais pas au point de permettre le passage de convois de lance-roquettes multiples sans que le gouvernement russe en ait eu connaissance et ait donné son accord. Se pourrait-il que Strelkov et ses forces aient « nationalisé » quelque d’argent saisi dans les banques de Kolomoiskii ? Oui, bien sûr. Mais pas assez pour financer une guerre. Des volontaires russes (y compris des oligarques russes) auraient-ils envoyé de l’argent afin d’aider les Novorossiens ? Oui, bien sûr, mais pas sans que le FSB ne le sache et ne le permette. Dès lors, ce à quoi nous assistons est clairement ce qui suit : le *gouvernement* russe n’envoie aucune assistance militaire « officielle » à la Novorossia, mais c’est au contraire la *société* russe qui le fait, avec la pleine connaissance et avec la bénédiction du gouvernement russe. D’où le sourire de contentement sur le visage de Borodaï quand il a parlé de ces « consultations » à Moscou.

Le Kremlin ne prend-il pas un gros risque avec cette stratégie ? Je ne le pense pas. Cette aide reste suffisamment réduite pour offrir la possibilité de ce que la CIA appelle une « plausible dénégation », mais comme elle est d’autre part suffisamment continue, elle suffit à faire une différence cruciale. De surcroit, tout ce que le Kremlin fait *vraiment *, en fait, c’est ne pas entraver l’aide ; ce qui est une position passive pour laquelle il existe, en cas de besoin, des explications commodes, du genre « nous essayons », « c’est difficile », « vous connaissez nos problèmes de corruption », etc.

Enfin, je vais hasarder une hypothèse. Mon sentiment est que les intégrationnistes atlantistes au Kremlin et autour du Kremlin ne sont pas du tout satisfaits de l’aide que fournit la Russie, et qu’il y a une forte chance que Poutine utilise là ses anciens contacts avec les services secrets afin de faire avancer les choses. Quand je regarde les dernières actions de Strelkov, Borodaï et Antiufeev, j’ai la forte impression que cette récente « consolidation » du pouvoir a sur elle comme « un parfum typiquement KGB ». Non d’ailleurs que ce soit une mauvaise chose dans les circonstances actuelles.

Strelkov, Borodaï, Antiufeev

Il existe, en russe, un mot qu’il est difficile de traduire, mais qui signifie plus ou moins « près de/autour des cercles du Kremlin » (околокремлевские круги). Il s’agit pour l’essentiel de ce qui constitue la base du pouvoir pro-Poutine ; elle reste « silencieuse » mais elle a une grande influence politique, quoiqu’elle ne fasse pas officiellement partie de la structure du gouvernement. Ces cercles – qui sont la bête noire des libéraux russes – ont accès au Kremlin, et ils soutiennent le président, mais ne faisant pas officiellement partie de l’administration présidentielle, du gouvernement ou de quelque autre entité de l’Etat, ils ne peuvent être officiellement contrôlés par personne, sauf le FSB, bien sûr. Mon sentiment est que ces cercles, qui sont farouchement anti-américains et anti-nazis, se sont organisés de manière informelle pour créer un réseau d’assistance à la Novorossia. Il ne faut jamais sous-estimer leur puissance et leurs capacités. Par exemple, sous le régime pro-américain d’Eltsine, non seulement ils ont organisé une aide secrète à la Transnistrie, mais ils ont même trouvé le moyen d’affréter leur propre avion militaire pour y effectuer un vol, sans qu’il leur soit besoin, à aucun moment de leur voyage, de s’identifier auprès de qui que ce soit. Je le sais parce que je me suis moi-même vu proposer de participer à un tel vol, et qu’à cette occasion l’on m’a dit : « nous allons vous donner un uniforme et personne ne vous posera de question ». C’était en 1993. Je ne peux qu’imaginer ce que ces gars-là peuvent faire aujourd’hui, maintenant qu’ils ont accès au Kremlin…

Quel genre de personnes trouve-t-on dans ces milieux ? Des militaires, bien sûr, pour la plupart anciens des forces spéciales, des agents du FSB qui ne se soucient pas de le nier, des agents du GRU qui le nieront jusqu’à leur dernier souffle, mais aussi des hommes d’affaires, des journalistes et même certains « entrepreneurs » plus ou moins liés à la mafia russe. C’est un mélange éclectique d’idéalistes et de gens qui savent que le « pouvoir de l’ombre » de ces cercles peut aussi s’avérer très utile pour leurs propres intérêts.

En conclusion, je dirai que si tout ce qui précède constitue certainement de bonnes nouvelles, les choses sont très très loin d’être terminées. Les intégrationnistes atlantistes sont encore puissants, Poutine a parlé ouvertement d’une « cinquième colonne », et ils vont résister avec tout ce qu’ils ont. Quant à Poutine, il est engagé dans un numéro d’équilibriste aussi difficile que dangereux, où tout ce qui va mal lui sera reproché à lui personnellement. Il comprend cela et s’efforce d’apparaître aussi complètement en dehors que possible de la dure réalité des combats en Novorossia. Ses adversaires aussi comprennent qu’avec cette guerre en Novorossia, ils tiennent une occasion idéale pour l’affaiblir ou même pour le discréditer, mais cette fois depuis une position en apparence bien « patriotique » (puisque la position pro-américaine est en ce moment fondamentalement vouée à l’échec). Pour simplifier à l’extrême, je dirais que cette lutte, c’était « grosses fortunes contre services secrets », et que jusqu’ici en tout cas, ce sont ces derniers qui semblent avoir pris le contrôle de la situation, ce qui est bon pour la Novorossia. Mais il est encore très possible que cela vienne à changer en fonction de l’évolution de la situation.

Le Saker version française

Source : :
July 11th Ukraine SITREP : important developments for the Resistance

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