COMITE VALMY

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Ce que signifie, pour la Russie, l’inaction du Kremlin
dans l’affaire ukrainienne au plan de la géopolitique, des relations internationales et de l’Union eurasienne
par Mark Sleboda

lundi 7 juillet 2014, par Comité Valmy


Ce que signifie, pour la Russie, l’inaction du Kremlin dans l’affaire ukrainienne au plan de la géopolitique, des relations internationales et de l’Union eurasienne :

En laissant de côté pour le moment la question morale et toutes les questions de sécurité nationale, le précédent que l’inaction de la Russie est en train d’établir en Ukraine, en termes de géopolitique et de politique étrangère, pour ne parler que de cela, va constituer un sérieux handicap. Que la Russie abandonne l’Ukraine à l’occident signifie inévitablement que les États-Unis ont très exactement atteint leur objectif principal, à savoir la fin du projet d’Union eurasienne et de l’espace civilisationnel russo-eurasien.

De surcroit, la Russie a maintenant établi ce précédent : elle est sans droit, capacité ou volonté politique d’agir ou d’intervenir dans l’espace post soviétique lorsqu’elle fait face à une forte opposition de l’occident. Et elle a laissé se créer cet autre précédent que les États-Unis et l’Union Européenne ont, eux, à la fois le droit et la capacité d’agir, même au point d’orchestrer un changement de régime, une guerre civile et la complète réorganisation politique intérieure ainsi que la réorientation géopolitique d’un pays dans ce qui était autrefois considéré comme « l’étranger proche » de la Russie, face à quoi la Russie reste dépourvue de la capacité et/ou de la volonté politique qui lui permettraient de contrer ou de résister en aucune façon. Elle râlera mais acceptera sans autre le nouveau statu quo afin de préserver la « paix » et une certaine conception du « business as usual » [NdT : le cours normal des affaires, les bonnes vieilles habitudes]. Ce qui veut dire : apaisement.

Les leçons que les gouvernements et les peuples de la Biélorussie, du Kazakhstan, de l’Arménie, du Kirghizistan, du Tadjikistan, de l’Ouzbékistan et de l’Azerbaïdjan vont à coup sûr tirer de l’inaction de la Russie en Ukraine sont :
(1) qu’ils ne peuvent ni avoir confiance ni compter sur la Russie pour les soutenir ou les défendre quand l’Occident viendra s’occuper d’eux, comme ce sera inévitablement le cas un jour ou l’autre, que ce soit par une guerre non conventionnelle ou une révolution de couleur, ou par une action militaire directe ;
(2) que la complète impunité avec laquelle le nouveau régime de Kiev non seulement massacre ceux qui en appellent directement à la Russie pour obtenir du secours, mais également tire ses obus sur le territoire russe, sur des postes-frontière, sur des maisons et des citoyens, cela pas moins de 9 fois en 3 semaines, proclame à l’ex-espace soviétique qu’ils n’ont besoin ni de nous respecter ni d’avoir peur de nous, de même que nous n’avons-nous-mêmes aucun respect ni aucune la volonté politique ne serait-ce que de nous défendre, que ce soit par peur d’un ostracisme de la part de l’Ouest, par sécurité économique, ou par peur d’utiliser notre propre force militaire de façon sérieuse pour défendre nos intérêts lorsque nous avons à faire face à une forte opposition de l’Occident. Respect, loyauté et crainte sont, pour les Russes et les Eurasiens, des aspects importants et tout à fait fondamentaux de leurs valeurs socioculturelles et des conceptions qu’à travers toute l’histoire ils se sont forgées du leadership et de la hiérarchie.
Sans eux, il n’y a pas de leadership et le centre ne peut tenir.

J’en devisais à voix haute avec ma femme plus tôt dans la journée, et quand nous sommes arrivés à la maison, elle est tombée par hasard sur les commentaires de certains blogueurs politiques arméniens de premier plan qui se moquaient sans vergogne du Kremlin et raillaient sa paralysie en des termes à peu de chose près semblables à ceux que je viens d’utiliser, ce qui confirme mes craintes.

Si l’inaction de Poutine face à ce qui se passe en Ukraine continue beaucoup plus longtemps, cela signifiera non seulement la perte de l’Ukraine au profit de l’Occident, mais dans le long terme, le suicide des propres plans que Poutine formait en vue d’une nouvelle consolidation du cœur même de l’espace post-soviétique, en particulier sous la forme de l’Union eurasienne, ainsi que la fin des rêves d’une civilisation eurasienne plus large, ou d’un « monde russe ». Dans tout cela, les États-Unis auront atteint leur objectif principal, les horizons géopolitiques de la Russie se rétréciront davantage pour se restreindre à ses seules frontières (ou même pas), et, à la vérité, elle fondra et se trouvera réduite au simple rôle et à la seule forme de n’importe quel autre « état-nation normal », ainsi qu’en ont longuement disserté des hommes de la cinquième colonne comme Dmitri Trenin s’exprimant au Carnegie. « La fin de l’Eurasie », comme il l’a formulé en une certaine occasion. Avec vérité …

Le Saker,
le 5 juillet 2014

Source : What the Kremlin’s inaction over the Ukraine means for Russia’s geopolitics, international relations, and the Eurasian Union
The Vineyard of the Saker


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