COMITE VALMY

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Source : Point de vue publié dans Le Monde du 8 décembre 09

Identité = souveraineté, par Georges Sarre

mardi 8 décembre 2009, par Comité Valmy


Dans la République, l’identité nationale se confond avec la citoyenneté, impliquant l’exercice en commun de la souveraineté. Si celle-ci est ignorée, livrée à quelque instance supranationale, si donc la nationalité est déconnectée de la citoyenneté, il ne reste plus que l’ethnicité. Voilà pourquoi le débat sur l’identité nationale, proposé par le président de la République, piège tous ceux qui acceptent le traité de Lisbonne, et par-là même atteint son objectif premier, son objectif politicien. Mais voilà aussi pourquoi ce débat peut se retourner contre son initiateur, si les républicains sont suffisamment forts pour y faire entendre la conception française de la nation, pour isoler les quelques tenants de la conception allemande, qui se situent à l’extrême droite de l’éventail politique.

Une trop grande partie de la gauche est paralysée de peur devant le mot "nation", oubliant qu’il est à la racine même d’"internationalisme". Et l’internationalisme, loin d’être la négation des nations, est la coopération entre les nations, mais entre des nations souveraines, des nations dans lesquelles les peuples s’expriment librement. Cette gauche craintive croit pouvoir dissoudre les nations dans des ensembles plus ou moins artificiels, dans lesquels les peuples sont sommés de voter conformément aux exigences de couches dirigeantes cooptées. Si un peuple n’obtempère pas, il est condamné soit à revoter jusqu’au moment où il se conforme, comme en Irlande, quitte à lui faire quelques concessions formelles, soit il est contourné, comme en France. Ainsi, la volonté du peuple français exprimée le 29 mai 2005 a été bafouée par le Congrès le 4 février 2008.

A partir du moment où la France n’est plus l’expression d’une volonté politique souveraine, à partir du moment où l’objet même de l’espace public devient flou, les Français, quelles que soient leurs origines culturelles et géographiques, ne trouvent plus dans la citoyenneté le support à leur intégration dans la collectivité nationale. Pour légitimement se donner une identité qui dépasse leur propre personne, ils sont contraints de puiser dans leur sphère privée, faisant appel à la religion, à l’origine ethnique ou à tout autre critère qui, en France, appartient au particulier de chacun. Alors, les nouveaux Français, et les anciens, ne voient plus que les différences, souvent les plus superficielles, qui les séparent entre eux. Il ne leur reste plus que le repli communautariste. Pour les Français immigrés ou de parents immigrés, ce communautarisme permet de combiner leurs liens avec leurs "compatriotes de là-bas" et un étroit localisme limité au lieu d’habitation.

Si la souveraineté inclut la coopération sous forme intergouvernementale, elle exclut la démarche européenne dite communautaire. Dans la République, pour qu’une décision s’impose au peuple français, il faut que les instances qu’il a démocratiquement désignées à cet effet aient dûment et librement approuvé ladite décision. Une directive européenne devrait pouvoir être amendée par le Parlement français. Les décisions des cours de justice supranationales devraient être indicatives, et non impératives.

Mais il ne suffirait pas que les citoyens aient enfin retrouvé leur capacité à agir sans contrainte extérieure dans l’espace public. Il faut encore qu’ils soient fiers de leur citoyenneté, qu’ils soient fiers de la nation à laquelle ils appartiennent, non pas au détriment des autres, mais en connaissant l’histoire dont ils sont les héritiers. La fierté républicaine ne repose pas sur le sang, sinon sur le sang versé pour la liberté. La fierté républicaine repose surtout sur la culture, dont les citoyens doivent être les promoteurs et les défenseurs. Cette culture dont tout citoyen français est l’héritier simplement parce que juridiquement il est citoyen français. Or, précisément, en ce moment même, le gouvernement porte un nouveau coup à l’enseignement de l’histoire, la discipline qui permet de comprendre que l’identité nationale, en France, ne repose pas sur la génétique, mais sur le politique. Pour appréhender le débat public, sinon y participer, un citoyen doit au moins se percevoir dans une continuité temporelle, qui lui permet d’envoyer son arbre généalogique dans sa sphère privée.

Il faut donc ouvrir les portes de ce débat sur l’identité nationale, ne pas les laisser coincées dans l’opération électoraliste où voudrait les confiner le président de la République, ne pas laisser la patrie, notre bien commun le plus précieux, dans des marécages peu ragoûtants. Au contraire, la question nationale doit prendre toute son ampleur pour interroger et modifier la politique française dans son ensemble, pour la remettre à l’endroit, pour maintenir l’intime fusion entre identité nationale et identité républicaine. Alors, seront traitées dans un même mouvement la question nationale et la question sociale, parce que le problème des quartiers dits sensibles est à la fois celui du chômage et celui de la culture. Et la France ne retrouvera le chemin de l’emploi que par une politique volontariste de réindustrialisation, politique qui demande que les nouvelles productions, quelles qu’elles soient, soient protégées, au moins dans un premier temps. Le grand emprunt n’a de sens que s’il sert à investir dans des industries permettant d’assurer l’avenir et de rééquilibrer la balance commerciale.

Mais, alors, il faut remettre en cause les dogmes libre-échangistes du FMI, de l’OMC et de l’Union européenne. Mais, alors, il faut que le peuple français retrouve sa pleine souveraineté. Ainsi donc, ce débat sur l’identité nationale est soit une politicaillerie qui confine à la canaillerie, soit à l’inverse, si les républicains s’en emparent, le prélude à une véritable modernisation de la France.

Georges Sarre est ancien ministre, adjoint au maire de Paris, chargé de la sécurité et de la prévention.

8 Messages de forum

  • " La fierté républicaine ne repose pas sur le sang, sinon sur le sang versé pour la liberté. "

    Est-il déjà temps d’arroser l’arbre de la Liberté Monsieur le Ministre ?

    • Identité = souveraineté, par Georges Sarre 12 décembre 2009 20:26, par Christian Caminade
      Monsieur le Ministre, Je ne m’étonne guère de retrouver sous votre plume des mots, des phrases qui m’ont souvent valu les qualificatifs de souverainiste, de populiste voire même de nationaliste, et cela venant parfois de membres, quelquefois éminents, du MRC. Il est vrai que je suis allé parfois beaucoup plus loin, concernant notamment le rôle joué par la bourgeoisie dans certains accidents historiques de la République. Vous dénoncez fort justement le détournement, par un vote parlementaire, de la volonté populaire exprimée le 29 mai 2005 avec un pourcentage (56%) proche de celui d’une récente votation suisse qualifié de raz de marée (57%). Mais vous oubliez que le principal partie de gauche avec lequel vous collaborez à la Mairie de Paris a apporté son soutien, plus ou moins réticent, selon les députés, à cette trahison. Qu’attendez-vous pour dire que c’est bien de défendre la République, mais pas n’importe laquelle et pas n’importe comment ? Et que la Nation a commencé avant la République...
      • Identité = souveraineté, par Georges Sarre 13 décembre 2009 23:55, par Domart Jean-Marc
        ... dommage qu’au Conseil d’arrondissement du 16 novembre dernier, Mr Georges Sarre, ex-maire de l’arrondissement, ait plaidé pour la vidéosurveillance (dite "vidéo-protection"), balisant spécialement dans cet arrondissement populaire les parcours des manifs (bien plus que les endroits connus de délinquance...), dont le programme est décidé par le préfet de Police, approuvé et mis à la charge des contribuables parisiens par Mr Delanoë... Est-ce vraiment républicain et français d’imiter ainsi l’Angleterre et les USA dans leurs dérives liberticides, la liberté et la sûreté faisant partie des Droits de l’Homme et du Citoyen ?
  • Réponse à Georges Sarre sur l’identité nationale

    13 décembre 2009 02:02, par Laurent Dycha- Gers
    Mais non, ce n’est pas de souveraineté dont il est question , ni de l’identité de notre nation, mais bien de la "nouvelle identité" ! L’identité française n’a pas besoin d’être débattue car elle est inscrite dans nos pierres : "liberté, égalité, fraternité". Elle était inscrite sur notre devise il n’y pas encore si longtemps. Aujourd’hui, nous pouvons lire sur la nouvelle devise de notre Europe "UEM", pour "union monétaire européenne" (voir pièce française de 2 euros de 2009). Ainsi les valeurs de la monnaie remplace celle de l’humanité pour devise. Quant au débat, nous avons tous compris à quoi il sert... Rajoutons la réforme territoriale qui éloignera encore plus le citoyen de la "décision" et nous obtenons la "nouvelle" souveraineté encore plus éloigné de celle voulu par ce que doit être normalement une République. Elle sera bientôt en accord complet avec la "nouvelle" devise... Oui, si nous continuons ainsi à laisser faire, nous pouvons craindre le pire. Espérons juste que la masse populaire se remette à s’occuper de ce qui la regarde, se remette à faire de la politique et à exiger la remise en place d’une vrai République, tant qu’il en est encore temps.

    Voir en ligne : La nouvelle identité nationale

    • Bien sûr que si, M. Dycha, la souveraineté est la clé de l’identité comme le dit Georges Sarre. D’ailleurs, vous-même, avoir l’avoir contesté, exprimez des craintes concernant la souveraineté populaire, la seule légitime à mes yeux. Il ne suffit pas que "Liberté, Egalité, Fraternité" soit gravé aux frontons de nos Mairies. Je suis d’une commune où il c’est aussi inscrit au fronton de l’église car son premier maire fut aussi curé constitutionnel de la paroisse. Aujourd’hui, c’est Noël Mamère !
  • Identité = souveraineté, par Georges Sarre

    13 décembre 2009 23:12, par berthierch
    Identité nationale : sortir du flou et oser engager un combat actuel ! Certes,le débat lancé par Sarkozy sur l’identité nationale recoupe ceux sur le contenu de la citoyenneté et de la souveraineté républicaine, mais, Georges Sarre, comme beaucoup d’autres à gauche, ne donne pas de contenu politique concret à la défense de la citoyenneté et de la souveraineté nationales. Or, Sarkozy a lancé ce débat au moment ou il dépose des projets de loi sur les "territoires" et le "grand Paris". Le lien est évident et il est très regrettable qu’il ne soit pas souligné. Regettable que la défense concrète et actuelle des assemblées élues communales, départementales, régionales, celle de leurs moyens propres et de leur "compétence générale" soit oubliée ou tue après les oppositions formelles des congrès des élus départementaux et communaux. Oubli et silence d’autant plus incompréhensibles pour les électeurs qui sont appelés à voter pour des assemblées régionales que le pouvoir cherche à opposer aux assemblées communales et départementales. D’autant plus incompréhensibles aussi les silences des élus "opposés" à une Union Europeenne défenderesse des régions contre les états unitaires. Incompréhensible enfin, l’absence de la revendication d’un assemblée constituante à élire en France pour "refonder la république" et donc pour cette fameuse "identité nationale".
  • Identité = souveraineté, par Georges Sarre

    14 décembre 2009 12:03, par Francis SCHWAN

    Je ne comprends pas pourquoi les citoyens de l’U.E. seraient plus "sommés de voter conformément aux exigences des couches dirigeantes" que les citoyens d’un Etat-nation dès lors que lesdits dirigeants sont nommés par un même processus démocratique. L’idée même de l’Etat-nation repose sur un mythe. La France jacobine est elle-même une construction artificielle créée à coup de canon et par l’écrasement des minorités régionales ou confessionnelles. Aurions-nous oublié les guerres de religion et la St Barthélémy ?

    Ce n’est pas parce que "nationalisme" et "internationalisme" ont la même racine que le premier perd son caractère dominateur et agressif. Le remplacement du terme "nation" par celui d’ "ethnie" ne réduirait pas l’idée d’un repli identitaire et d’un tribalisme du troisième millénaire.

    • Identité = souveraineté, par Georges Sarre 5 janvier 2010 14:59, par GB

      Là, cher monsieur, vous avez bien tort de ne pas comprendre l’impact neutralisateur de l’UE.

      Je ne me suis jamais beaucoup fait d’illusion sur L. Jospin. Mais il a fait voter la taxe Tobin...qui ne serait appliquée que si les autres pays européens l’adoptaient. On attend toujours mais si la France avait été indépendante, cette petite mesure serait en place.

      Idem à la CGT : quand les représentants de la CGT ont négocié au sein de la CES, impossible de remettre la négociation en cause, même si elle comporte des points inacceptables.

      Toute remise en cause d’un compromis européen se solde par l’accusation de "mettre en péril l’Europe". Et cette accusation est puissante (surtout couplée à celle de nationalisme). Il ne faut pas contrarier les partenaires européens (ce fut l’argument de J Lang pour voter pour le traité de Lisbonne) quand bien même celui est Berlusconi ! Mais cela repose sur la culture du compromis et non sur celle du rapport de force. Qu’un pays, la France ou en autre, refuse une directive et fasse sauter l’Europe, nous serons tous satisfaits.


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