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Cinéma

Le sang neuf de La fille du quatorze juillet (Antonin Peretjatko, 2013)
Valentin Martin

samedi 17 août 2013, par Comité Valmy


Le sang neuf de La fille du quatorze juillet
(Antonin Peretjatko, 2013)

Vêtue de bleu blanc rouge, la jolie Vimala Pons fait flotter un drapeau rouge dans le vent. On croit avoir mal vu. Depuis quand ces couleurs n’avaient-elles pas été associées sur un écran de cinéma ? Il faudrait peut-être remonter à la Marseillaise de Jean Renoir. Et pourtant, le rouge et le tricolore sont bien les couleurs dominantes qui teintent l’ensemble de cette comédie.

La fille du quatorze juillet débute par une partie de chaise musicale. Sur une musique de cirque, Sarkozy s’assoit dans la tribune du défilé militaire, puis se fait remplacer par une autre marionnette : notre actuel président. Tout sourire, Hollande brandit devant les armées le drapeau de l’Union Européenne. C’est alors que l’on entend la voix fraîche de Truquette : « Achetez le journal La Commune. Anniversaire du 14 juillet 89 ». La jeune fille apparaît en robe tricolore, ponctuée de cocardes. Certes, son discours est peu entendu et elle fait une piètre récolte de pièces de « zéro euros » ! Mais peut-être son appel sera-t-il mieux entendu des spectateurs.

Le lendemain, fraîchement diplômée, la jeune fille pousse la porte d’une agence d’intérim. Dans les locaux d’ « Eurolabor », on saisit quelques paroles d’une interview radio en bruit de fond : « - Comment relancer la compétitivité ? - Ben y a qu’à virer tout le monde... » Truquette ne trouvera pas de travail. Elle en profite pour partir en vacances avec Hector, un jeune gardien du Louvre. En quittant la capitale, ils jettent un dernier regard au musée national dont les murs sont transformés en immenses panneaux publicitaires.

Brutalement, leurs vacances sont interrompues par le gouvernement qui décide d’amputer les congés d’un mois : « Fin des festivités estivales » titre un journal, tandis que Libé titre : « pas de vacances pour la crise » (ce qui aura valu au film une mauvaise critique de la part du quotidien). « Les banques ont mis le pays en crise, et ils nous demandent de travailler plus », commente Hector. La guerre civile éclate, et Hector ironise : « L’Europe va nous virer ». Anticipation drôle et lucide de ce que pourrait très vite devenir les vacances en Union Européenne, le patronat allemand couvant depuis 2010 un projet de réduction des congés payés.
(http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2010/08/20/04016-20100820ARTFIG00473-allemagne-les-pme-veulent-quatre-semaines-de-vacances.php)

Un autre personnage original mérite aussi d’être mentionné : c’est la guillotine. Comme un refrain elle revient à plusieurs reprises, au défilé, dans les fêtes foraines, dans les soirées mondaines, d’abord sous forme de jouet puis sous sa forme naturelle. Sa principale victime est un jeune banquier dont la seule réplique est : « 89 n’a pas eu que du bon ». Effectivement, le spéculateur n’arrivera pas à apprivoiser ce drôle de jouet. C’est d’abord un de ses doigts qui tombe, puis une main, et – c’était le coup de trop -, la tête. On oserait donc écrire que dans ce premier long-métrage d’Antonin Peretjatko coule un certain sang neuf.


V.M


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