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Bandar à Moscou…
anticipe les changements en Arabie
Par Hussein Hamiyi

jeudi 8 août 2013, par Comité Valmy


Bandar à Moscou…anticipe les changements en Arabie

Par Hussein Hamiyi

Vladimir Poutine et Bandar Ben Sultan se connaissent parfaitement. Le premier était responsable au sein du KGB. Le second, ambassadeur de l’Arabie Saoudite à Washington. Leur connaissance mutuelle n’était pas nécessairement d’ordre personnel, mais plutôt pratique. L’émir saoudien joua un rôle primordial dans la défaite dure de l’Union Soviétique en Afghanistan, où il avait parrainé une alliance contre-nature entre les groupes extrémistes et la CIA. Ce fut la guerre américaine par procuration, au terme de laquelle l’armée russe a déserté Kaboul.

Poutine, grâce à sa fonction au KGB dans les années 80, était au courant des manœuvres de Bandar dans le but d’épuiser l’économie russe. Ce dernier avait en effet convaincu le monarque saoudien de renoncer aux projets de développement prévus par le royaume en Russie. Il avait de même inondé les marchés internationaux par le pétrole saoudien. Le prix du baril de pétrole avait dramatiquement reculé pour atteindre les 11$. Ce fait a privé l’Union Soviétique d’énormes recettes et pavé la voie à la Perestroïka. Les investissements occidentaux ont envahi la Russie. Les ressources naturelles de ce pays furent pillées.

Certains s’interrogent en ce moment sur les dessous de la récente visite de Bandar à Moscou. Les points de vue des analystes n’ont point convergé sur la teneur des pourparlers entre Poutine et Bandar. Mais ce dernier connait parfaitement les détails du consensus américano-russe autour de la crise syrienne. Il est conscient du fait que ce consensus ne consiste pas au partage du Moyen Orient entre ces deux puissances, ni à conclure une nouvelle édition de l’accord de Yalta, signé en 1945. Il réalise que ce consensus est basé sur le retranchement du rôle américain dans la région. Tout ce qui se passe au Qatar, en Égypte et prochainement en Turquie, en Lybie et en Arabie, est prévu dans cette entente.

Le Premier ministre turc, Recep Tayyep Erdogan, avait demandé à Washington de lui sauver la face. La réponse fut l’arrangement d’une rencontre avec Poutine. Mais Erdogan avait exagéré dans ses demandes. Il est actuellement en pleine concurrence avec son ami Abdallah Gul. Cette concurrence sera clôturée en faveur du dernier.

Bandar est sûr que les Russes fouilleront dans les anciens dossiers. Ceux d’Afghanistan, de la guerre des étoiles, de la guerre tchétchène et de la division de Yougoslavie. Cette révision coïncide avec des préparatifs en cours en Arabie pour des changements au sommet du pouvoir. D’ailleurs, le silence observé dernièrement par Saoud el-Faysal fut retentissant, après qu’il était un fer de lance dans la crise syrienne. Par contre, Bandar supervise l’escalade contre le président Bachar Assad et le Hezbollah. Une escalade domptée par l’administration américaine pour demeurer sous le plafond de l’entente américano-russe.

De surcroit, les porte-paroles libanais de la politique saoudienne reproduisent les divergences en cours entre les palais des émirs saoudiens.

D’ailleurs, Tammam Salam, désigné pour satisfaire les Saoudiens, se trouve en pleine confusion en face de la hausse du ton de certains émirs saoudiens à l’égard des Chiites Libanais. Il y perçoit une tentative de bloquer sa mission de former le gouvernement.

L’abstention de Saad Hariri de répondre à la main tendue de sayed Hassan Nasrallah ou à l’initiative du président Nabih Berri, illustre les positions saoudiennes. Tout comme les positions contradictoires des responsables du Futur à l’égard de l’armée libanaise.

Bandar réalise que le temps joue en faveur du président Assad : les préparatifs de la bataille d’Alep sont finalisés. Plusieurs exploits militaires ont été réalisés sur le terrain par l’armée syrienne au rif de Damas. Les lacunes militaires frontalières au Liban nord et à Ersal seront traitées, même au prix d’incursions par l’armée syrienne dans le territoire libanais. En effet, les Russes s’étaient engagés à couvrir une telle mesure militaire au niveau de la communauté internationale. Ces faits expliquent la disposition du président de la Coalition syrienne à mener des négociations, sans conditions préalables avec le régime, le recours d’un grand nombre d’opposants à la réconciliation avec leur entourage et le nombre croissant des demandes avancées par les officiers de l’ASL pour regagner les rangs de l’armée syrienne.

Bandar n’a guère discuté de la crise syrienne avec Poutine. Il reconnait son inaptitude à modifier, d’un iota, les convictions du président russe à ce titre. Il avait bien lu le ton ferme et tranchant du discours de Poutine lors du sommet du G8. Bandar, tout comme Erdogan, a abordé avec Poutine son avenir au sein de la nouvelle structure du pouvoir en Arabie, à la lumière des mutations en cours dans la région.

Source : Al-Ahed,
traduit par l’équipe du site

08-08-2013


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