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La Nation, la République et la question sociale au cœur du problème européen.
Claude Beaulieu

jeudi 15 juin 2017, par Comité Valmy

Nous publions ici un texte datant de 2004 qui présente l’intérêt d’illustrer le processus de réflexion au sein du Comité Valmy.


Voir en ligne : Vers une insurrection populaire, républicaine, pacifique et démocratique ? Claude Beaulieu

La Nation, la République et la question sociale
au cœur du problème européen.

La construction européenne supranationale que les peuples subissent depuis des décennies a été, pour l’essentiel, conçue par une oligarchie financière internationale et atlantiste, manifestement peu sensible aux exigences sociales. Depuis son origine elle entend, de façon masquée pendant une longue période, ouvertement depuis Maastricht, supprimer pour chaque peuple et nation concernés, le droit pourtant inaliénable à disposer d’eux-mêmes et à maîtriser leurs destins. Ce déni de la souveraineté populaire et nationale est global et concerne tous les domaines, économique et social, culturel et idéologique, militaire et politique. Il implique même, cela est devenu évident aujourd’hui, la déconstruction de la République et la disparition de la France en tant que nation indépendante.

Il n’est pas inutile de rappeler que la création, le 4 avril 1949, de l’Alliance atlantique coïncide chronologiquement avec la création du Conseil de l’Europe, le 5 mai 1949. En avril 1948 la création de l’OECE (Organisation européenne de coopération économique), qui avait pour but de répartir les fonds du plan Marshall d‘aide américaine à la reconstruction de l’Europe, a d’une façon que l’on peut certes discuter, contribué à celle-ci. Mais ce fut aussi, historiquement, un véritable cheval de Troie du renforcement économique, politique, culturel et idéologique de l’hégémonie US sur notre continent ainsi que de la promotion de l’ « american way of life ».

On ne peut ignorer non plus que dès l’institution de la CECA (Communauté européenne du charbon et de l’acier), toute la construction européenne s’est élaborée sans l’aval des peuples, autour d’une logique supranationale et dans une perspective fédérale. Ses initiateurs et principaux soutiens furent recrutés parmi les milieux atlantistes et pro-américains les plus affirmés de la démocratie chrétienne, rapidement rejoints par les dirigeants du Parti socialiste.

Blum, Byrnes et Jean Monnet 1er janvier 1946


En fait, dès janvier 1946, Léon Blum, qui négociait à Washington les accords Blum-Byrnes, y prononça un discours modéré sur la forme mais dont le sens profond ne fait aucun doute. « Je sais bien que la France ne vous laisse pas indifférents. Je crois qu’aujourd’hui encore elle conserve un pouvoir d’influence spirituelle et d’orientation politique pour l’ensemble du continent européen, et je ne crois pas me montrer trop présomptueux si j’affirme qu’en Europe, la France est encore aujourd’hui, comme elle l’était jadis, la position stratégique dominante de la démocratie et que sur le plan mondial, sa coopération active est et restera un élément indispensable pour cette organisation pacifique du monde où votre pays a pris l’initiative principale et dont il a assuré la principale responsabilité. » (« La Revue socialiste », janvier 1951).

A aucun moment, en dehors de la parenthèse gaulliste malheureusement trop courte pour les défenseurs de l’indépendance nationale, ce caractère, à la fois très libéral et antisocial d’une part, antinational et atlantiste de l’autre, n’a cessé d’être le contenu essentiel de la démarche d’intégration européenne.

Certes, un premier obstacle sérieux fut dressé par notre pays contre cette politique supranationale et atlantiste avec l’échec de la CED, première tentative d’abandon du caractère national de la défense (et de la politique étrangère) de la France. A l’Assemblée nationale, une majorité de députés, unissant pour l’essentiel gaullistes et communistes, mirent en échec le 30 août 1954 le projet de Communauté européenne de défense concocté par le parti de l’étranger qui rassemblait, là encore, la social-démocratie et une partie notable de la droite, inconditionnellement atlantistes.

De même, de mai 1958 à avril 1969, sous la présidence du général de Gaulle, la France s’employa cette fois résolument à mener une politique d’indépendance nationale et donna un coup de frein provisoire à cette fuite en avant dans la supranationalité. Dans ce contexte, le « Compromis de Luxembourg » (janvier 1966) imposa l’unanimité dans le processus de décision européen, permettant à un Etat, au nom de ses intérêts nationaux essentiels, de s’opposer efficacement à tel ou tel projet ou décision communautaire contraire à ses intérêts. Cette politique a permis à notre pays un essor économique et un progrès industriel et agricole remarquables, mais dont les retombées sociales ne furent pas à la hauteur des possibilités existantes. On sait même que la présence pesante, dans les gouvernements et l’appareil d’Etat, de forces hostiles au progrès social empêcha le général de Gaulle de mettre en pratique l’élément emblématique de sa politique sociale : la Participation. Celle-ci resta pour l’essentiel lettre morte, ce qui ne fut probablement pas sans conséquences, notamment sur les événements de mai 68.

1973, loi Pompidou Giscard et Cie

Quoi qu’il en soit, à partir des années 1970, la fuite en avant dans la voie de la supranationalité reprend son cours et devient un objectif primordial. Il s’agit de prendre de vitesse la progression dans la conscience populaire du caractère délétère de cette construction européenne et de ses conséquences économiques et sociales. Dans cette même logique, l’un des objectifs est de rendre irréversible l’engrenage supranational. Pourtant, pendant des décennies les partisans du fédéralisme avanceront masqués, afin de mettre les nations et les peuples, à chaque étape, devant le fait accompli.

D’autre part et parallèlement, la préoccupation purement économique, aux dépens des problèmes sociaux, devient au cours de cette même période largement dominante. Elle était certes déjà présente dès le Traité de Rome, qui s’assignait pour objectif de jeter les bases, par la libéralisation des échanges, d’un Marché Commun (ou unique) des six pays fondateurs, mais elle était alors encore assortie d’un certain nombre de considérations contraires à la notion du libéralisme intégral, dues notamment au rapport des forces à l’intérieur de la France ainsi qu’au niveau international.
En revanche, la vision purement économiste sera plus que jamais affirmée à partir de 1977, passant du libéralisme à l’ultra-libéralisme et amenant la construction européenne à intégrer pour l’essentiel la « mondialisation », dont l’épicentre se situe, chacun le sait, aux Etats-Unis. Soumise aux impératifs des grandes entreprises et de la finance mondialisée, qu’ils soient exprimés dans le cadre de l’OMC, du FMI ou de la Banque mondiale, cette construction européenne en est devenue, en dépit des apparences et des professions de foi, un outil sur notre continent.

Le traité de Maastricht (février 1992) prétend même rendre cet état de fait irréversible, puisqu’il stipule que « les Etats membres de l’Union agissent dans le respect d’une économie ouverte où la concurrence est libre ». La France et son peuple seraient ainsi condamnés à l’ultra-libéralisme à perpétuité. Le projet de Constitution qui résulte de la « convention » présidée par Giscard d’Estaing confirme cette prétention, réaffirme la règle de la concurrence libre et non faussée et prévoit d’interdire tout choix éventuel d’une politique contraire à ces pratiques.

L’obligation du passage à l’euro, effectué sans aucun référendum en dépit des promesses faites expressément par le Président de la République, le pacte de stabilité et l’installation totalement anti-démocratique d’une Banque centrale européenne indépendante de tout pouvoir politique, traduisent la même philosophie, en même temps qu’elles instituent un jalon décisif vers l’instauration d’un pouvoir supranational très centralisé.

Il convient de mesurer les conséquences sociales de ce voyage, que les néo-libéraux voudraient sans retour, dans le capitalisme sauvage. Comment ne pas voir, pour commencer, son impact sur le chômage, plaie de notre société, la casse des entreprises, les délocalisations devenues quasi systématiques, entraînées par la liberté totale des échanges, le souci de la compétition et la politique de dérégulation de la Commission européenne.

Cette progression du chômage est impressionnante, + 6% en 2003, plus de 7,2% pour les jeunes ; il frôle la barre des 10% et peut-être davantage, les statistiques officielles étant sujettes à caution tandis que le travail précaire devrait être aussi pris en compte. Certes, une telle tragédie pour les victimes de la déstructuration du tissu social ne peut être mise exclusivement au débit des institutions de Bruxelles, mais celles-ci ne font que renforcer, à l’échelle nationale, cette conséquence du néo-libéralisme mondialisé.

Selon l’Insee le chiffre de l’inflation est de 2,2 % pour 2003. Toujours selon cette statistique, il est de 5,8 % pour les trois dernières années. Mais le mode de calcul de l’Insee est loin d’être crédible et il est même contesté par un dossier daté du 31 janvier 2003 du Figaro Magazine, qui n’a pas la réputation d’être un bulletin de la CGT : « En 2002, juste après la mise en circulation de l’Euro, les associations de consommateurs s’étaient d’ailleurs emparées du sujet. Plusieurs enquêtes, menées durant deux ans dans les grandes surfaces, toujours sur les mêmes produits, avaient alors été publiées. Avec des conclusions sans appel : + 118 % en deux ans sur les produits frais, + 38 % sur les rayons « hygiène et beauté », + 42 % sur l’épicerie … Encore plus frappant : la comparaison entre les relevés de prix réalisés par les inspecteurs de l’Insee et ceux opérés par les gérants de grandes surfaces au cours de l’été 2001, juste avant le « pacte de stabilité des prix », une période cruciale au cours de laquelle beaucoup de marques s’étaient empressées d’augmenter leurs prix. L’enquête des distributeurs menée sur 150 000 produits vendus dans 1 500 hypers et supermarchés de France, concluait à la plus forte hausse des prix depuis cinq ans, dont + 5,2 % rien qu’entre juillet et août 2001 sur les 1500 produits les plus vendus. Tandis que pour la même période, au poste « alimentation », l’Insee trouvait un minuscule 0,2 % ».

Pendant ce temps, du côté des salaires, la règle générale est la régression des rémunérations, en tout cas en terme de pouvoir d’achat. Selon la CGT pour prendre un exemple chiffré, la baisse cumulée de celui–ci serait à la SNCF de 22 % depuis 1982 (alors que, dans cette entreprise nationale et de service public, la productivité a fortement augmenté tandis que de nombreux emplois sont méthodiquement supprimés). Le ministre délégué au budget Alain Lamassoure s’était même fixé, pour la période 2005-2007, de faire baisser la masse salariale et les crédits des administrations de 9,5 milliards d’euros…

Par contre, il n’est pas question d’austérité du côté du patronat et des actionnaires. La part des dividendes reversée aux actionnaires des entreprises du CAC 40 représente la moitié de leurs bénéfices…
Quant au montant des retraites par rapport à celui du coût de la vie, il recule aussi, année après année. La durée de cotisation permettant le départ à la retraite s’allonge de façon continue, et ce, en raison de décisions supranationales. Lors du Conseil européen de Barcelone (15 et 16 mars 2002), il a été décidé – en présence et avec l’accord du Président de la République et de son Premier Ministre socialiste – entre autres mesures antisociales, de repousser de 5 ans l’âge de la retraite. Cette décision, cyniquement contraire à la souveraineté populaire, ignorait les citoyens à quelques semaines de l’élection présidentielle. Durant la campagne de cette élection, le peuple français a été manipulé, au nom du débat droite-gauche, sur des questions déjà tranchées à Barcelone ou à Bruxelles. Il est probable que ce mépris du peuple exprimé par le sommet de Barcelone explique pour une part les résultats du 21 avril.

L’Europe des ethnies déjà prévue par les Waffen SS en 1944

Globalement immergée dans la logique néo-libérale de la mondialisation, l’édification d’une Europe fédérale des « Länder » (régions) a dans notre pays un autre ennemi prioritaire : les entreprises nationalisées et tous les services publics. Son attaque systématique contre le secteur public et nationalisé français est à la fois antinationale et antisociale.

Les privatisations sont en effet d’abord une attaque contre l’une des principales bases économiques de l’indépendance nationale. Cet aspect est souvent ignoré, incompris, voire nié par certains amis qui se qualifient de « souverainistes ». « L’Etat n’a pas à vendre des voitures » répète souvent l’un d’eux, en approuvant la privatisation de Renault. Cette question, au delà des réflexes idéologiques, semble pourtant mériter une réflexion urgente. Et l’on peut ici paraphraser Marx en soulignant qu’aujourd’hui : le Capital financier n’a pas de patrie.

La politique d’indépendance nationale du général de Gaulle avait pu s’appuyer sur la partie « nationale » du capitalisme en France, laquelle est considérablement affaiblie de nos jours. Il est hautement souhaitable en conséquence, de reconstituer les bases économiques et sociales de l’indépendance de la France. De ce point de vue, la défense et la reconquête stratégique d’un secteur public et nationalisé, certes limité mais suffisamment solide, est nécessaires, ainsi que le maintien et la promotion d’entreprises contrôlées par des capitaux nationaux.

Une économie comportant une part de mixité combinant public et privé, dynamisme, efficacité économique et progrès social, correspond cependant aux nécessités et possibilités actuelles de la France. Ce serait une alternative crédible au néo-libéralisme maastrichtien et une réponse à la mondialisation. Les méfaits de celle-ci, les guerres dites préventives qu’elle génère, rendent perceptible par le plus grand nombre le fait que les destructions de ce capitalisme sauvage ont dépassé le seuil du socialement tolérable et conduisent le monde au chaos. Les Nations, les Etats et les peuples devront, au minimum, se donner les moyens de placer le marché en liberté conditionnelle et de mettre l’économie au service de la société.

Le service public a la confiance du peuple qui lui est très attaché. Il favorise la solidarité nationale et l’égalité. Il est efficace même s’il peut être amélioré, y compris de manière paritaire dans sa gestion. Souvent il a démontré sa capacité à être un facteur de progrès social. Ainsi que le rappelle un responsable de la CGT de la fédération des Postes et télécommunications, « En France, le service public est lié à l’histoire de la Nation. Depuis plusieurs siècles, une volonté politique s’est manifestée pour que l’Etat soit partie prenante de l ‘organisation de la réponse aux besoins collectifs, et ce, avant même la Révolution française (qu’on songe à Colbert, par exemple). Mais le contenu le plus fort du service public a été promu lorsque c’est le peuple qui est intervenu : l’exemple le plus marquant, c’est la période de la Libération » (A.Gautheron, « Bastille République Nations », décembre 2003).

Il n’y pas d’argumentation sérieuse, même économique, en faveur du démantèlement du secteur nationalisé et du service public. Son origine est essentiellement idéologique, c’est la sacralisation dogmatique, au nom d’intérêts de classe, de la propriété privée. Les exemples foisonnent qui démontrent qu’en termes de sécurité ou même d’efficacité le dogme de la privatisation n’est en rien une panacée ni une garantie d’efficacité. Les chemins de fer britanniques ou encore le secteur de l’électricité aux USA, en sont des cas d’école. En Belgique, l’explosion catastrophique d’Ath (juillet 2004), due à une fuite de gaz et qui a fait 140 victimes dont au moins 18 morts, nous rappelle, que dans ce pays la gestion du réseau de gaz est réalisée par une société privée : la société Fluxys du Groupe Suez. En France, la privatisation de GDF, qui est à l’ordre du jour, apparaît plus que jamais inopportune.

Pour cette même raison, l’ensemble des républicains et des défenseurs de la souveraineté nationale et populaire ne peut accepter la mise en place de ces soi-disant « services d’intérêt collectif » voulus par Bruxelles, qui conduiraient en fait à la destruction de tous les secteurs et services publics.

Un autre des objectifs majeurs des dirigeants européistes néo-libéraux (de droite comme de gauche) et du MEDEF confondus, est de mettre le feu au Code du travail. Sous prétexte de permettre l’émergence d’un « droit du travail plus efficace », ainsi préparent-ils un retour à des conditions de travail dignes du 19ème siècle. Une nouvelle illustration de cette dérégulation brutale vient d’apparaître : les affaires Bosch en France et Daimler-Chrysler en Allemagne indiquent que le patronat européen entend maintenant utiliser plus systématiquement, plus cyniquement encore le chantage aux délocalisations, pour casser la législation relative au temps de travail et diminuer les salaires.

Il ne peut être question ici d’établir un catalogue de la régression sociale qu’apporte la nature ultra-libérale de cette Europe, qui n’est pas réformable et dont les fondations même devront être éliminées. De nombreux autres exemples pourraient être abordés : quasi-abandon de la recherche fondamentale publique, dont le budget diminue de manière drastique, mise en cause du droit de grève, dégradation inexorable dans le domaine de la santé et de la Sécurité sociale, misère chronique des hôpitaux, etc…

Conséquence de cette véritable situation d’insécurité sociale, le mécontentement s’approfondit dans la Nation. La classe ouvrière, le peuple, font de plus en plus la liaison de cause à effet entre cette Europe et la généralisation des difficultés sur le plan économique et social.
Manifestement, certains dirigeants syndicalistes freinent le mouvement social. C’est le cas à la CFDT qui porte une lourde responsabilité par rapport au monde du travail. Mais elle n’est pas la seule à avoir des dirigeants défaillants ou capitulards. Il est devenu urgent que la base syndicale et populaire ne se laisse plus désorienter par des responsables qui ne veulent pas lutter car ils se sont placés dans une perspective stratégique totalement illusoire, celle de la quête incantatoire d’une « Europe sociale » qui constitue l’objectif démagogique et de façade de la social-démocratie fédéraliste et de ses satellites.

Nous devons faire confiance au peuple et en particulier au peuple laborieux. Car c’est bien le peuple de France, et lui seul, qui a la capacité de rétablir sa souveraineté, de réaffirmer la République une et indivisible, l’indépendance de notre pays et de reprendre en main la définition d’une politique économique et sociale conforme aux intérêts de la Nation. Cette politique doit être décidée à Paris et non à Washington, Berlin, Bruxelles ou ailleurs.

Le mouvement social, le combat des patriotes, qui dans leur masse sont des républicains véritables, riches de leurs sensibilités diverses, celui de tous les citoyens attachés à l’indépendance, sont convergents sur l’essentiel. Dans des limites évidentes, leurs acteurs sont des alliés objectifs, même si la conscience de cette réalité concrète est bien loin d’être générale chez les uns ou les autres.

Cette question des alliances est plus que jamais fondamentale.
On entend parfois dire que la sensibilité de nos concitoyens attachés à la France serait le plus souvent de droite, que celle-ci serait davantage porteuse des valeurs nationales (notion très contestable actuellement et qui fut totalement fausse pendant la Résistance), et qu’une alliance entre la droite « souverainiste » et l’extrême-droite nationaliste (mais en réalité souvent pétainiste) pourrait permettre de rétablir la souveraineté nationale. Nous avons affaire ici à un mirage et cette démarche est totalement contre-productive. Elle est contraire à une politique nécessaire de rassemblement du peuple de France. Celui-ci est maintenant une perspective crédible et serait la voie la plus sérieuse, la plus efficace et la moins coûteuse selon le Comité Valmy, car elle correspond aux intérêts directs de l’immense majorité des citoyens de notre pays qui, l’avenir le démontrera, est viscéralement patriote.

La patrie est en danger. La République aussi qui, dans la perspective d’Europe fédérale des « Länder », doit être démantelée ; son unité est déjà mise en cause sous prétexte de régionalisation et de décentralisation. La vie économique et sociale se détériore rapidement en raison de l’ultra-libéralisme mondialiste de cette Europe. Par exemple, les Restaurants du cœur, ces soupes populaires du 21ème siècle, ont distribué 61,5 millions de repas à 610 000 personnes en 2003, enregistrant, ainsi que les autres organisations de solidarité, une hausse de 10 % de leur fréquentation. Le peuple de France est gravement pénalisé. Il voit ses conditions d’existence régresser brutalement et la pauvreté exploser.

A partir de ces réalités, il s’agit maintenant de trouver le chemin le meilleur pour une contre-offensive populaire convergente que l’on peut estimer dès maintenant potentiellement majoritaire. Pour conduire à la victoire, ce chemin passe par l’union de notre peuple et la recherche d’un compromis historique qui pourrait prendre la forme d’un front uni républicain, patriotique et de progrès social. Ce rassemblement sera opposé à un autre front, celui des fédéralistes, que ceux-ci se réclament de la droite ou se prétendent de gauche et qui sont, en pratique, hostiles à la nation ainsi qu’à la République une, indivisible, laïque et sociale.
Ainsi, en cette période historique décisive pour l’avenir de la France, notre peuple doit travailler à s’ unir sur ces trois axes solidaires et essentiels que sont la souveraineté populaire et nationale, la République et la question sociale.

Notre référence est le rassemblement de la Résistance en France, pendant la deuxième guerre mondiale, ainsi que le programme national, républicain et de progrès social du Conseil National de la Résistance. Aujourd’hui, il apparaît comme nécessaire et urgent, dans son esprit et de manière pluraliste, d’élaborer une Charte Nationale et Républicaine et de convoquer des Assises de la République. Nous en sommes persuadés : cette démarche de convergence, d’alliance et de front uni peut permettre d’ouvrir une perspective nouvelle et crédible, pour assurer la pérennité du destin de la France.

L’actuelle construction européenne supranationale n’est pas amendable car elle nie les peuples, les nations et même la démocratie. Une autre Europe reste-t-elle possible, qui ne déboucherait pas inéluctablement sur la supranationalité et le fédéralisme ? Certains le souhaitent et la question reste ouverte, mais elle ne pourrait certainement pas se réaliser sur des fondations telles que posées à Maastricht.

La seule voie réaliste nous semble devoir passer par des alliances stratégiques entre Etats dans le respect des souverainetés et des peuples.

Dans cette logique, le Comité Valmy estime qu’une alliance européenne stratégique, non atlantiste et exempte de volonté hégémonique ou de création d’un nouvel empire concurrent, est souhaitable probablement pour une longue période historique. Elle s’enracinerait sur le développement de la solidarité ainsi que sur la souveraineté des peuples et des nations ; sur la conjugaison de leurs intérêts réciproques et sur la définition méthodique de leurs objectifs communs, économiques, sociaux et politiques. En tout premier lieu, cette Europe des nations serait au service de la défense de la paix dans le monde, menacée d’abord par la volonté hégémonique et par la stratégie de guerres préventives de l’Empire américain, et également par divers fanatismes religieux et politiques qui se stimulent réciproquement.

Cette alliance contraire à la logique mondialiste, constituée autour de ces réalités objectives que sont les nations et les peuples, permettrait de créer un puissant pôle anti-impérialiste, favorisant le nouvel équilibre mondial aujourd’hui nécessaire. Une ligne Paris- Moscou- Berlin pourrait en être l’épine dorsale naturelle. Cela impliquerait que l’Allemagne ait abandonné son actuelle volonté d’hégémonie plus ou moins « douce » sur l’Europe.

Cette alliance rechercherait des relations d’entente et de coopération avec des pays tels que la Chine, l’Inde, le Brésil et les autres peuples du monde, notamment ceux d’Afrique et de l’arc méditerranéen. Naturellement, les pays de la Francophonie pourraient, dans la mesure où ils le souhaiteraient, être associés en priorité à cette démarche de paix, de solidarité et de progrès pour un monde multipolaire.

Claude Beaulieu, président du Comité Valmy.

Contribution à l’ouvrage collectif La Tragédie européenne et la France, sous la direction du Général Pierre-Marie Gallois et de Pierre Maillard, Ambassadeur de France - Editions François-Xavier de Guibert, Paris, 2004


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