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Tendances de l’Orient - Lundi 7 janvier 2013 no116

Le plan "syrien et souverain" de Bachar al-Assad :
à bon entendeur salut
Par Pierre Khalaf

mardi 8 janvier 2013, par Comité Valmy


Le plan "syrien et souverain" de Bachar al-Assad :
à bon entendeur salut

Par Pierre Khalaf

Le timing choisi par le président Bachar al-Assad pour proposer un plan de sortie de crise n’est pas anodin. Il a coïncidé, d’abord, avec les défaites successives des groupes armés, ce qui a détruit les illusions des Etats-Unis et de leurs auxiliaires européens et arabes, faussant tous leurs calculs ; et, ensuite, avec les informations sur une prochaine réunion russo-américaine, à la mi-janvier, pour discuter des résultats de la dernière visite en Syrie de l’émissaire international, Lakhdar Brahimi. Ce dernier avait d’ailleurs entendu de la bouche du président Assad les grandes lignes des principes qu’il a développés dimanche à la Maison de la Culture et des Arts, dans un discours prononcé en direct en présence de centaines de partisans enthousiastes. A la tête de ces principes inaliénables figurent les points suivants : la souveraineté et l’indépendance politique de la Syrie ne sont pas négociables, par conséquent, Damas n’acceptera aucune condition imposée de l’extérieur ; toute solution devra refléter la volonté des Syriens ; pas de dialogue avec les terroristes.

Dans sa première allocution depuis le 3 juin 2012, M. Assad s’est montré inflexible, assurant que le conflit n’opposait pas le pouvoir et l’opposition mais "la patrie et ses ennemis" qui souhaitent sa partition et son affaiblissent. Affirmant ne pas avoir trouvé jusqu’à présent de "partenaire" pour cela et refusant de négocier avec "des gangs qui prennent leurs ordres de l’étranger", il a proposé un plan en trois étapes. Mais avant tout dialogue, les pays finançant les "terroristes" devront "s’engager à arrêter" et "les hommes armés" devront mettre fin à leurs "opérations terroristes", a-t-il précisé, dénonçant "un état de guerre dans tous les sens du terme".

Ce n’est qu’une fois ces engagements pris, que l’armée cessera immédiatement ses opérations, "tout en conservant le droit de répliquer", a-t-il ajouté.

Dans ces conditions seulement s’ouvrira "une conférence de dialogue national", a-t-il poursuivi. Cette conférence devra rédiger une "Charte nationale" qui sera soumise à référendum, tandis qu’un nouveau Parlement et un nouveau gouvernement émergeront des urnes. Toute transition doit "se faire selon les termes de la Constitution", a-t-il insisté, en faisant référence à des élections.

Le plan Assad prévoit donc trois étapes, qui devraient être prochainement présentés officiellement par le gouvernement afin d’être inscrits dans une "Charte nationale" qui sera rédigée par toutes les parties, avant d’être soumise à référendum :

Etape 1 : Les pays armant les terroristes s’engagent à arrêter de les financer. Arrêt des opérations "terroristes" pour permettre le retour des réfugiés ; l’armée syrienne met aussitôt fin à ses opérations, tout en conservant le droit de répliquer en cas de menace contre la sécurité nationale ; mise en place d’un mécanisme permettant de surveiller l’engagement des parties, notamment en ce qui concerne le contrôle des frontières.

Etape 2 : Tenue, sous l’égide du gouvernement, d’une conférence de dialogue national auquel participeront toutes les forces, rédaction d’une Charte nationale défendant la souveraineté de la Syrie, son unité et son intégrité territoriale, et rejetant l’ingérence, le terrorisme et la violence ; cette charte doit ensuite être soumise à un référendum ; organisation d’élections législatives suivies de la formation d’un gouvernement élargi à toutes les composantes de la société, conformément à la Constitution, en charge de faire appliquer la Charte nationale.

Etape 3 : Formation d’un gouvernement conformément à la Constitution, tenue d’une conférence nationale de réconciliation et amnistie générale pour toutes les personnes détenues en raison des événements, reconstruction des infrastructures.

Comme s’y attendait le président Assad, la soi-disant opposition représentée par la Coalition nationale syrienne a aussitôt rejeté ce plan, accusant le chef d’Etat de vouloir choisir ses interlocuteurs et de chercher à se maintenir au pouvoir. Le porte-parole de la Coalition, Walid al-Bounni, a affirmé à l’AFP à Beyrouth que l’opposition souhaitait "une solution politique, mais l’objectif pour les Syriens est de sortir (M. Assad)".

Le président Assad avait déclaré que de toute façon, ce plan ne s’adressait pas à "ceux qui vont le rejeter d’emblée mais aux vrais patriotes qui ont à cœur l’intérêt de la Syrie".

"Cela ne sert à rien de discuter avec ceux qui prennent leurs ordres de l’étranger, il vaut mieux parler directement avec le maitre et non pas avec l’esclave", a-t-il dimanche.

L’initiative du président Assad intervient alors que les Etats-Unis semblent s’être résignés devant l’échec de toutes les pressions, sanctions et offensives militaires pour obtenir le départ du chef de l’Etat syrien. Le 29 décembre, la Russie a indiqué que M. Assad entendait rester au pouvoir jusqu’au bout de son mandat et qu’il était impossible de l’en dissuader.

Lors de sa visite fin décembre à Damas, Lakhdar Brahimi a évoqué un plan "basé sur la déclaration de Genève", prévoyant un cessez-le-feu, la formation d’un gouvernement aux pleins pouvoirs et des élections. La déclaration de Genève datant de juin 2012 prévoyait un gouvernement de transition mais n’évoquait pas le départ de M. Assad.

M. Brahimi a jugé ce plan susceptible d’être accepté par la communauté internationale. Damas a réagi en se disant favorable à toute initiative passant par le dialogue.

Après plusieurs rencontres entre Moscou et Washington, et plusieurs tournées de M. Brahimi, le ballet diplomatique s’intensifie dans la région.

Riyad et Le Caire ont appelé à "une issue pacifique" dont les termes doivent être définis par les Syriens eux-mêmes. Le chef de la diplomatie iranienne se rend pour sa part le 9 janvier au Caire pour voir les Égyptiens et M. Brahimi.

Toutes ces activités diplomatiques interviennent alors que sur le terrain, l’armée syrienne a enregistré des succès importants dans les régions de Daraya, Moadhamiyya et la Ghouta orientale, où des centaines de rebelles, dont des combattants étrangers, ont été tués. La soi-disant "offensive pour la libération de Damas", lancée fin novembre, a encore une fois tourné au désastre pour les rebelles, qui ont perdu des milliers d’hommes sans parvenir à réaliser le moindre succès sur le terrain. Dans la région d’Alep, les ligne de fronts se sont stabilisés. Lentement, l’armée est en train de reprendre le contrôle des quartiers de la grande métropole encore occupés par les qaïdistes du Front al-Nosra. Idem à Homs, où les derniers rebelles sont totalement encerclés dans un petit réduit.

Tendances de l’Orient

New Orient News (Liban)
Rédacteur en chef : Pierre Khalaf
khalafpierre@gmail.com
Tendances de l’Orient No 116 lundi 7 janvier 2013.
Bulletin hebdomadaire d’information et d’analyse, spécialisé dans les affaires de l’Orient arabe.


Déclarations et prises de positions

Hassan Nasrallah, secrétaire général du Hezbollah

« C’est grâce à la position du gouvernement et de notre parti que le conflit syrien n’a pas été importé au Liban. Si nos adversaires étaient au pouvoir, il est certain qu’il y aurait eu un conflit interne au Liban et un conflit armé entre le Liban et la Syrie. Il existe deux approches face à la situation en Syrie. La première consiste à appeler au dialogue et à refuser l’importation du conflit, alors que la seconde est basée sur la provocation et la propagation de cette crise au Liban. Notre position fondamentale est le refus de toute forme de partition ou de tout appel à la division et au découpage de n’importe quel pays arabe ou musulman et nous appelons à préserver l’unité de chacun de ces pays. Du Yémen à l’Irak, en passant par l’Égypte et même la Libye, jusqu’à la Syrie plus que jamais menacée. Il faut un règlement politique en Syrie. Si la solution militaire perdure, la guerre sera longue. Il devrait y avoir une action politique sérieuse allant dans le sens de pressions et d’une aide pour aboutir à une solution politique en Syrie, un dialogue et un règlement politique.

« Certains cherchent à importer les combats au Liban, dans plusieurs régions. D’autres ont tenté en vain de jouer la carte de la provocation au niveau de la rue. Au sein du gouvernement il existe des divergences sur la question syrienne, les ministres ne s’entretuent pas pour autant. Il ne faut pas politiser le dossier des réfugiés syriens. Il faut l’aborder d’un point de vue humanitaire uniquement. Les réfugiés syriens devraient être traités de la même façon, qu’ils soient pro-régime ou anti-régime. Il est impossible de fermer les frontières entre le Liban et la Syrie. Nous devons œuvrer pour régler le dossier des réfugiés le plus vite possible. Les Libanais devraient accueillir les familles syriennes dans leurs maisons, malgré la crise économique qui frappe le pays. Ceux qui sont responsables de l’afflux de réfugiés sont ceux qui alimentent la crise, que ce soit en Syrie, sur la scène régionale ou sur la scène internationale (...)

« La classe politique libanaise devrait mettre en place une stratégie nationale pour préserver et protéger les nouvelles ressources pétrolières et gazières du Liban en Méditerranée. II s’agit d’une opportunité nationale et historique. Ces ressources appartiennent à tous les Libanais et non pas à un parti politique ou à des individus. Israël a immédiatement pris des mesures pour protéger les ressources énergétiques qui ont été découvertes, qu’avons-nous fait depuis cette découverte ? Nous serons confrontés à plusieurs défis en 2013. Les Israéliens et les Américains tentent de nous encercler dans le monde entier. Ils font pression pour que le Hezbollah soit inclus sur la liste européenne des organisations terroristes. Certains pays arabes œuvrent aussi pour donner une image diabolique de la résistance, mais ils ne réussiront pas. Notre force ne réside pas dans nos armes mais dans notre volonté et notre foi. Vos menaces ne nous font pas peur. »

Michel Aoun, leader du Courant patriotique libre

« Le régime du président Assad ne tombera pas. Nous savons analyser la conjoncture internationale. Les États-Unis ont choisi la Syrie comme terrain de bataille afin de saper l’influence russe dans la région, de démanteler l’axe du mal et de séparer la Syrie de l’Iran et le Liban de la Syrie, cela dans le but d’affaiblir tous les protagonistes. C’est la raison pour laquelle nous avons appelé au dialogue, afin d’épargner à la Syrie les destructions (...) Je n’ai pas d’objection à m’entretenir avec le député Walid Joumblatt, ou une autre personnalité, parce qu’on fait face à une crise nationale. Le fait de refuser le dialogue est un crime contre la patrie et l’alternative du dialogue est le combat. Pour entamer le dialogue, il faut que la majorité convienne sur les thèmes et elle sera prête ensuite à en débattre avec l’autre partie. Le dialogue se fait entre des personnes aux opinions différentes. C’est la logique des choses. Une rencontre entre les responsables chrétiens devrait se tenir prochainement à Bkerké. Je suis prêt à entamer le dialogue avec tout le monde et cela pour parvenir à une solution. »

Salim Hoss, ancien Premier ministre du Liban

« Je ne crois pas que les protagonistes parviendront à s’entendre sur une loi électorale, tant leurs positions semblent opposées. Il me semble difficile d’organiser les législatives sur base de la loi de 1960 en raison des sérieuses critiques formulées au sujet de cette loi (…) Les pays du Golfe jouent un rôle négatif dans les révolutions arabes. Ce qui se passe en Syrie est très profond et dépasse la simple révolution démocratique. La crise syrienne est désormais au cœur d’enjeux stratégiques internationaux et régionaux. Mais en dépit de ce qui se dit, le conflit n’est pas devenu confessionnel et religieux. Le sentiment national des Syriens est trop fort pour qu’ils acceptent que leur pays soit divisé en entités confessionnelles ou soit victime d’une partition. Si la crise doit se prolonger, nul ne peut dire que le Liban pourra continuer d’être à l’abri des troubles. »

Jamil Sayyed, ancien chef de la Sûreté générale au Liban

« Si Samir Geagea proclame son innocence dans l’assassinat de Dany Chamoun et de sa famille et de de l’ancien Premier ministre Rachid Karamé, et de l’attentat contre l’Eglise de Notre-Dame de Délivrance en 1994, et s’il considère que les accusations qui ont été retenues contre lui durant la période de son incarcération étaient infondées, pourquoi n’a-t-il pas intenté un procès contre les responsables, dont Jamil Sayyed, qui selon lui l’ont injustement condamné ? Il n’existe aucune excuse logique ou morale qui explique l’abstention de Geagea d’engager des poursuites judiciaires afin de faire prévaloir la vérité. Les ministres qui ont été chargé du portefeuille de la justice depuis qu’il a été amnistié il y a sept ans lui étaient inféodés. Mais Geagea n’a pas eu recours à la justice parce qu’il est satisfait de l’amnistie politique dont il a bénéficié. Autrefois, on disait qu’accepter l’amnistie revient à reconnaître son péché. »


Evénements

•Le quotidien libanais Al-Akhbar a rapporté dans son édition du vendredi 4 janvier que le chef des ravisseurs des otages libanais en Syrie, Omar el-Dadeikhi, plus connu sous le nom d’Abou Ibrahim, n’a plus donné signe de vie depuis qu’il a été blessé dans une bataille dans la province d’Alep. Certaines informations affirment qu’il a été transporté en Turquie pour y être soigné.

Le quotidien Al-Akhbar rapporte dans son édition du jeudi 3 janvier qu’une patrouille des forces de sécurité a saisi, il y a deux jours, dans la voiture d’un député du Liban-Nord des mitrailleuses de calibre moyen de type BKS et une mitrailleuse lourde de calibre 12,7 mm. Le chauffeur du député a été remis en liberté et la voiture rendue à son propriétaire. La cargaison d’armes a été saisie.

•Les familles des neuf pèlerins libanais toujours retenus en Syrie ont observé mercredi 2 janvier un sit-in devant les locaux de la Turkish Airlines, dans le centre-ville de Beyrouth, et ont empêché les employés de la compagnie d’aviation turque d’accéder à leurs bureaux. Les proches des neuf otages avaient observé le 23 décembre un sit-in devant l’ambassade de Turquie à Rabieh, au nord de Beyrouth. Lors du rassemblement, les manifestants avaient publié un communiqué dans lequel ils avaient fait assumer la responsabilité de l’enlèvement des leurs à la Turquie. Selon le communiqué, les familles affirment que la partie turque n’a pas été sérieuse dans le suivi de leur cause. « S’il faut que des Turcs soient enlevés pour que nos fils reviennent, nous y sommes prêts », avaient-elles martelé. Les familles ont décidé de lancer une campagne de boycottage des produits turcs pour exercer des pressions supplémentaires et menacé de paralysie, à partir du 1er janvier, des intérêts turcs au Liban.

•L’AFP a rapporté que l’Armée libanaise a saisi une cargaison d’armes aux frontières nord avant qu’elle ne soit introduite en Syrie. L’opération a eu lieu dans la région de Wadi Khaled, au nord du pays. Les armes, dissimulées dans une voiture et une camionnette, comprenaient des obus de mortier, des mitrailleuses et des munitions. Les chauffeurs des véhicules, deux Libanais originaires de Wadi Khaled, ont été arrêtés par l’Armée. La télévision Al-Manar du Hezbollah, a indiqué que la cargaison a été saisie dans le village de Mejdel.


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