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Y a-t-il un gaulliste dans la salle ?
Par Louis Denghien

mardi 14 août 2012, par Comité Valmy


Dis-nous qui te paie, nous te dirons ce que vaut ta parole...

Ces derniers jours le parti politique héritier (ruiné) du gaullisme, l’UMP, s’est beaucoup manifesté sur la Syrie… pour surenchérir sur Hollande et Fabius. De Nicolas Sarkozy, s’affichant aux côtés de l’escroc polyvalent BHL et du président des fantoches du CNS, à François Fillon sommant l’Élysée de détacher Poutine de Bachar, en passant par Brice Hortefeux, Jean-François Copé, Nathalie Kosciusko-Morizet de la gauche caviar ou Thierry Mariani de la droite populaire, les différentes « sensibilités » de l’UMP se rassemblent autour la démagogie belliciste anti-syrienne.">

On aimerait penser qu’il s’agit là d’un simple opportunisme de politique intérieure, tout étant bon aux vaincus du printemps pour attaquer le nouveau président et sa majorité. Il y a certainement de ça, mais il n’est pas moins évident que c’est le ralliement des dirigeants post-gaullistes à la pensée unique atlantiste-sioniste qui leur dicte ces inepties irresponsables. Inepties, car la France est militairement incapable de s’engager seule en Syrie – et l’Europe aussi du reste ; inepties car la moindre intervention conduirait à embraser la région ; inepties enfin parce que les Français, ravis de voir les soldats revenir d’Afghanistan sont à plus de 60% hostiles à une telle implication de leur pays dans le conflit syrien.

Tout cela, les « têtes » de la droite (sauf l’ignarissime Sarkozy) le savent au fond. Mais ces prises de positions unanimes ne sont que l’énième démonstration de ce que les politiques de droite et de gauche veulent moins coller à l’opinion publique et aux réalités géopolitiques qu’à l’opinion médiatique et à ses fantasmes. N’ayant pour la plupart aucune des idées gaullistes qu’ils revendiquent, ou n’ayant aucune suite dans ces idées, les « ténors » et « godillots » de l’UMP ont avalisé la réintégration de la France dans l’OTAN, les traités fédéraux européens, la sale guerre contre la Libye, alors pourquoi pas le ralliement à la politique pro-islamiste des Américains en Syrie ? De Gaulle aurait été exclu dix fois de l’UMP, sur le seul chapitre de la politique étrangère !

Un escroc nommé Villepin

On savait qu’il n’y avait aucune authenticité gaulliste, aucun courage ou lucidité politiques à attendre de la part de politiciens cyniques et formatés comme les deux rivaux Fillon et Copé, ou d’un voyou pro-américain comme Sarkozy. En revanche, certains continuent de faire plus ou moins illusion sur ce terrain, à condition de ne pas aller les regarder et les écouter de trop près. Et là nous pensons bien sûr à Dominique de Villepin.

Depuis vingt ans, depuis certain discours effectivement historique et conjoncturellement audacieux prononcé à la tribune de l’ONU à la veille de la deuxième agression américaine contre l’Irak, en 2003, l’ex-conseiller et ministre des Affaires étrangères de Chirac vit sur sa réputation de mousquetaire du non alignement, d’héritier et dernier défenseur de la vraie foi diplomatique gaulliste.

Bien sûr, tout le monde, dans l’hétéroclite camp anti-OTAN, a aimé le discours de Villepin. Mais tout le monde, même alors, ne pouvait croire en lui : on pressentait en lui un homme de coups et de postures, d’intuitions politiciennes et non de convictions politiques. Villepin avait senti que l’air français du temps était anti-Bush et anti-guerre. Il a donc surfé là-dessus, pour donner un supplément d’âme et de hauteur à son patron Chirac qui certes en avait cruellement besoin. Pour se « positionner » pour plus tard, comme on dit chez nos élites politico-médiatiques.

Dix ans après son (unique) éclat politique, Dominique de Villepin rivalise, à propos de la Syrie, de déclarations « citoyennes » et bellicistes avec un BHL. Ces derniers mois on l’a notamment entendu dire que ce qui se passait en Syrie l’empêchait de dormir (rires). En tous cas, comme par hasard, la Syrie lui permettait de débiner encore son ennemi favori Sarkozy. Aujourd’hui, c’est-à-dire pas plus tard que dimanche dernier sur Europe 1, M. de Villepin prend à nouveau la pose et tance cette fois François Hollande : « La France ne doit pas rester les bras croisés et attendre un hypothétique effondrement du régime syrien » ! Il est certain, Dominique, que cet effondrement tend à devenir hypothétique, au grand dam des islamistes, des sionistes et des Américains. Mais alors que faire ?

Eh bien, explique le ci-devant opposant n°1 à la guerre contre l’Irak et à l’unilatéralisme américain, il faut « garder l’option militaire ouverte « . Car, »rien ne nous dit que nous ne serons pas amenés, à un moment ou à un autre à intervenir« . Or, parler d’intervention possible, c’est suggérer qu’elle est inévitable. D’ailleurs, au micro d’Europe 1, le visionnaire Villepin imagine déjà un large « déploiement aéronaval » franco-allié au large des côtes syriennes. Pour commencer…. Et puis, il ne faut pas « laisser en paix » sur le sujet les Russes et les Chinois : avec des gaullistes comme ça, Hillary Clinton n’a certes plus besoin d’atlantistes !

Quelle mouche a donc piqué de Villepin ? Eh bien c’est très simple, l’animal vient du Qatar : maitre de Villepin a en tant qu’avocat une clientèle qatari – ce serait même avec ce type de clients que son cabinet ferait l’essentiel de ses affaires – et il est du reste invité permanent de l’émirat. Ce n’est pas plus compliqué – ni moral – que ça. Et l’on peut très raisonnablement penser que ce sont en partie des fonds du Qatar - évidemment pas ses sympathisants – qui ont financé la campagne présidentielle avortée du grand homme : ce ne serait pas le premier gaspillage financier des al-Thani, qui sont prêts à payer des milliards pour débaucher un ministre ou un général syriens, ou versent leur pétro-dollars dans le tonneau des Danaïdes de l’ASL/CN S

Quand on lit dans la presse engagée que le Qatar a acheté tout ou partie de la classe politique française, ce n’est pas qu’une figure de polémique, c’est aussi une réalité consternante : des voyages tous frais payés aux petits cadeaux politico-financiers, l’émirat-prédateur s’est constitué une solide clientèle française. Et c’est ainsi que la pensée américano-wahhabite rayonne au pays de de Gaulle et de Voltaire, depuis la place de l’Étoile (où le Qatar est luxueusement représenté).

De ce point de vue, de Villepin n’est pas différent de ses pairs de la classe politicienne. Aussi soumis et acheté. Sauf que ni Rachida Dati, ni Claude Guéant, ni Ségolène Royal, ni Bertrand Delanoë, ni Jean-Louis Debré, ni Hervé Morin, ni Jack Lang – on arrête là la liste non exhaustive des habitués des palais de Doha – n’ont prononcé le discours que l’on sait à l’ONU…

Il fut un temps où des Français mouraient pour Louis XIV, Napoléon, ou la France. On est effaré et scandalisé que certains puissent mourir un jour à cause d’imposteurs et de corrompus comme Dominique de Villepin !

Le 13 août 2012

InfoSyrie


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