COMITE VALMY

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TRIBUNE PARUE DANS LE QUOTIDIEN LA CROIX LE 18 SEPTEMBRE 2003

LA LAICITE : LES PRINCIPES QUI NE SONT PAS NEGOCIABLES

lundi 30 juin 2014, par Comité Valmy

SIGNATAIRES : Jean-Pierre ALLIOT (journaliste), Claude BEAULIEU (président du Comité Valmy), André BELLON (ancien président de la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale), Alexandre DORNA (universitaire), Emmanuel DUPUY (responsable associatif), Samuël TOMEI (universitaire).


L’installation d’une commission de réflexion sur la laïcité en France est une nouvelle réjouissante au moment où les principes fondateurs de la République sont menacés par plusieurs décennies de négligences, voire de remises en cause.

Puisque le rôle de la Commission est de rassembler la réflexion sur ce thème essentiel, nous voudrions apporter notre contribution au débat sur la nécessité de trancher par la loi la plus juste le nœud de contradictions induit par le caractère aporétique de l’avis du Conseil d’État de 1989.

Petit à petit, en effet, les évolutions de la pensée et des pratiques ont en partie vidé la laïcité de sa substance, lui faisant perdre sa force morale, sous couvert d’un éventuel compromis à trouver entre des positions divergentes. Qui plus est, au prétexte d’intégrer des populations de culture et de religion différentes, une certaine pensée demande la remise en cause de cet instrument de paix et de vie commune qu’est la laïcité et qui mit justement fin à des siècles d’affrontement entre religions et communautés.

La laïcité n’est ni un contrat ni un pacte entre des parties qui préexisteraient à l’association politique, elle n’est pas un courant de pensée parmi d’autres, elle n’est pas non plus un dogme, mais le refus de fonder l’espace public sur des vérités révélées, le principe fondateur d’un espace de liberté, le principe constitutif du lien politique en France.

En effet, un certain nombre de principes ne nous paraissent pas négociables :

La garantie de la liberté individuelle de conscience et d’expression

La laïcité assure à l’individu le droit d’exercer le culte de son choix ou le droit de n’en exercer aucun. Elle garantit, plus largement, la liberté d’expression dans les limites qu’impose le respect de l’ordre public.

L’impartialité des pouvoirs publics

La liberté de penser implique l’absence de dogme officiel et suppose donc la séparation des sphères temporelle et spirituelle. La laïcité implique la séparation des Églises et de l’État, les religions devant s’abstenir de toute immixtion dans les affaires publiques et l’État s’interdisant de faire de la théologie. La laïcité suppose également l’absence d’idéologie officielle. L’État laïque, ainsi impartial, connaît éventuellement des religions, mais il n’en reconnaît et n’en subventionne aucune, il n’est ni religieux ni athée mais agnostique.

Le règne du droit commun

La République laïque n’est pas anti-religieuse ; dans un discours du 27 septembre 1872, Gambetta disait déjà : " Ne dites donc pas que nous sommes les ennemis de la religion, puisque nous la voulons assurée, libre et inviolable. " La République est seulement hostile à toute forme d’oligarchie, aussi bien religieuse, qu’administrative, politique ou économique... Autrement dit, la République laïque assure la liberté d’expression aux différents groupes qui composent la société mais ne tolère aucune dérogation au droit commun en leur faveur. La République laïque, c’est le règne du droit commun pour des citoyens égaux en droit indépendamment de leur(s) appartenance(s), ce que résume la formule selon laquelle la République reconnaît le droit à la différence mais pas la différence des droits.

Ces principes fondent notre identité républicaine.

Ils expliquent pourquoi, en France, l’école est au cœur du dispositif républicain. A travers elle, la laïcité se fait valeur nationale. Le but de l’école républicaine est moins d’adapter les élèves à la société telle qu’elle est, que de les en émanciper pour qu’ils puissent, à terme, la transformer. C’est à cet effet que l’école est obligatoire, gratuite et laïque. Les dogmes religieux, sous quelque forme que ce soit, n’ont pas droit de cité au sein de la classe car l’école laïque est l’école de tous, sans distinction de sexe, d’origine, de confession... Elle est donc mixte et neutre.

De plus, la laïcité scolaire ne concerne pas que l’élément religieux ; elle suppose en effet une triple séparation : celle d’avec les religions, celle d’avec la société, mais aussi celle d’avec la politique. Croyances, préjugés et politique partisane doivent rester à l’écart de l’école - censée ouvrir à l’universel. Comme le disait déjà Ferdinand Buisson au congrès radical de 1903 : " Pour faire un républicain, il faut prendre l’être humain […] et lui donner l’idée qu’il faut penser par lui-même, qu’il ne doit ni foi ni obéissance à personne, que c’est à lui de chercher la vérité et non pas de la recevoir toute faite d’un maître, d’un directeur, d’un chef, quel qu’il soit, temporel ou spirituel. "

C’est la seule condition qui permette à l’école laïque de faire non de serviles consommateurs ou des croyants serviles, mais de former des citoyens autonomes, c’est-à-dire capables d’échapper à leurs déterminismes, et des citoyens critiques, c’est-à-dire aptes à réformer sans cesse une République toujours à parfaire.

Septembre 2003

2 Messages de forum

  • SAUVEGARDONS LA REPUBLIQUE

    24 octobre 2008 00:02, par CHAPON Anne

    Dans le cas d’une révision de la constitution,pour la sixième République.

    Ne pourrait-on pas insérer l’alinéa suivant :

    Le caractère laïc de la République ne peut faire l’objet d’une révision de la constitution.

    Cela permettrait de "verrouiller" le caractère laïc de la République et de protéger notre pays de toute tentative de braquage constitutionnnel des institutions de la République.

    Je suis très émue de voir cet appel à la Résistance. Enfin un vent d’air frais souffle sur notre pays. Je m’y associe de tout coeur.

    Je souhaite faire partie des Résistants du XXIème siècle pour protéger notre Nation. Je souhaite que nous gardions la tête haute pour faire honneur à tous nos amis qui ont versé leur sang pour que nous puissions vivre dans la dignité les valeurs d’Egalité, de Fraternité et de Liberté qui sont les nôtres.

    Je suis républicaine de gauche et je ne souhaite pas que tout l’héritage du conseil national de la résistance soit bradé par nos élites européennes et supranationalistes qui pourraient trahir notre pays.

    Je refuse que mon pays implose sous l’effet de l’assaut des communautarismes. Il faut sauvegarder notre cohésion nationale et apprendre à vivre ensemble. D’où que nous venons,et qui que nous soyons, dès lors que nous aimons notre pays, construisons des passerelles républicaines entre nous pour construire la France de demain, une France dynamique et solidaire.

    Je suis une femme de 35 ans qui n’oublie pas le combat de nos aînés, je souhaite me battre à leurs côtés pour leur faire honneur.

    Mon coeur bat pour la France.

    vive la Démocratie, Vive la République. Vive la France.

    • Absolument d’accord avec les principes de laïcité évoqués !

      Je ne rajouterais pas vive la France c’est tout ! mais vive la République tout court (ça doit être mon côté universaliste qui ressort !).

      Ah si...ne pas "verrouiller" !! La liberté c’est oser, et risquer !

      Et je me battrai toute ma vie pour qu’à chaque fois, nous ayons le courage de la remise en cause !

      Frédéric


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