COMITE VALMY

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Hollande et son programme
Descartes

dimanche 29 janvier 2012, par Comité Valmy



Cette semaine a encore été marquée par la séquence hollandaise. Après son show de dimanche dernier - que j’ai commenté dans mon papier précédent - nous avons eu droit jeudi à la présentation de son "projet présidentiel" - chiffré, s’il vous plaît - puis à sa prestation dans l’émission "des paroles est des actes" sur France 2. Si ça continue, je vais me ruiner en chocolat et détruire ma ligne...

Le "projet présidentiel" d’abord (1). En fait, utiliser les mots "projet" ou "programme" pour désigner ce genre de document revient à travestir leur signification à la limite du supportable. Un "programme", c’est un document qui décrit des mesures concrètes y compris dans leurs conditions de réalisation. Un "projet" implique une vision globale, cohérente, hiérarchisée et chiffrée. Le document publié par l’équipe Hollande ne fait ni l’un ni l’autre. Comme celui du Front de Gauche, il s’agit d’un catalogue de mesures (2). Un catalogue qui n’établit aucune hiérarchie entre les propositions, une mesure de réforme radicale coûtant des milliards et nécessitant des années pour être réalisée peut côtoyer une reforme purement symbolique affectant quelques centaines de personnes. Un catalogue qui n’aborde que rarement la manière comment les propositions pourraient être mises en oeuvre (3). Mais qui, fidèle à la technique marketing des "groupes cible", contient une proposition pour faire plaisir à chacun : aux antinucléaires, la fermeture de Fessenheim, aux amis du nucléaire, la "modernisation de l’industrie nucléaire" et la continuation de l’EPR de Flamanville. Aux homosexuels le mariage et l’adoption, à la maffia culturelle le "plan national d’éducation artistique", aux handicappés on "garantira l’existence d’un volet handicap dans chaque loi" (4), aux régionalistes la "ratification de la charte des langues régionales ou minoritaires". Et bien entendu, à la population qui n’a pas la chance d’être homosexuelle, handicappée ou d’appartenir à telle ou telle communauté, on promet mondes et merveilles : santé, éducation, logement, ce sera Bizance.

Mais sous cet oecumenisme de façade, le "projet présidentiel" est le fruit d’un choix résolument girondin. Car il y a une catégorie qui a été oubliée dans la distribution : les "républicains" plus ou moins jacobins. Pour eux, il n’y a rien. Par contre, le "projet" contient tout ce qu’ils détestent : les concessions aux particularismes régionaux (ratification de la charte des langues régionales et minoritaires, constitutionnalisation du régime particulier de l’Alsace-Moselle...), réduction des compétences de l’Etat ("nouvelle étape de la décentralisation" donnant "plus d’autonomie" aux collectivités locales), transfert de nouvelles pouvoirs et compétences vers les institutions européennes. Sous le discours qui prétend réconcilier la gauche du "non" et la gauche du "oui", se cache en fait le choix d’ignorer olympiquement l’une de ces deux composantes.

Quant au chiffrage proposé en annexe au texte, c’est de la poudre aux yeux. Cela ne coûte pas cher de remplir un tableau avec des "hypothèses de croissance" ou des "objectifs de désendettement". Ce qui est compliqué, et que le texte ne fait pas, c’est de montrer comment ces hypothèses et ces objectifs seront remplis. En fait, le "chiffrage" se limite à une pétition de principe : toutes les mesures proposés seront financées par des économies ailleurs. Des économies qu’on se garde bien, dans beaucoup de cas, de préciser. Par exemple, il est écrit que la dépense publique n’augmentera pas, et qu’on crééra 60.000 postes d’enseignant et 5.000 postes dans la police et la gendarmerie. Ce qui suppose donc que ces 65.000 postes soient pris ailleurs. Ou ? Le texte ne le dit pas. Ce n’est pas sérieux.

Ce qui permet de faire une belle transition pour commenter la prestation du candidat socialiste à l’émission "des paroles et des actes". Au cours de l’émission, la question précise de l’origine de ces postes lui fut posée par deux fois. Et par deux fois, le candidat a essayé de noyer le poisson en parlant des départs à la retraite des fonctionnaires qui permettraient de libérer les postes nécessaires, faisant mine d’ignorer qu’un départ à la retraite ne permet de créer un poste d’enseignant à effectif total constant que dans la mesure où il n’est pas remplacé dans son administration d’origine. Interrogé sur ce point, Hollande a refusé plusieurs fois d’indiquer quelles seraient les administrations ainsi affectées. Il a tout juste consenti à dire que ce ne serait pas pôle-emploi...

En fait, tant le document comme la prestation télévisée aboutissent au même constat : le candidat n’a pas de "projet". Il n’a pas une vision globale des problèmes et des solutions qu’il entend apporter. Il a une vision parcellaire, qui associe à chaque "communauté" un problème, et à chaque problème une solution. Solution qui peut être assez précise sur les sujets sociétaux ("légalisation du mariage gay") mais qui devient floue dès qu’on aborde les questions économiques, sociales, et institutionnelles. Dans ces domaines, on se limite souvent à proposer "une réforme" sans aucune indication du sens qu’une telle réforme pourrait prendre.

Pour le reste de l’émission avait un côté étrange. Comme lors du meeting du Bourget, François Hollande a presque toujours tenu un discours artificiel, cartonné, rempli des formules creuses que ses communiquants semblent apprécier et dont il nous avait gratifié pendant son discours de dimanche dernier. Il n’est redevenu véritablement naturel que lors de son échange avec Alain Juppé : ce n’est qu’à ce moment-là qu’il a quitté son discours en carton-pâte pour s’engager dans un véritable débat de niveau ENA, de haute qualité sans doute mais fondamentalement incompréhensible pour le commun des électeurs. Elle est triste, cette société médiatique où des hommes doivent cacher leurs qualités intellectuelles et feindre l’imbécillité pour avoir une chance d’obtenir l’appui du peuple. Pompidou se permettait de citer Eluard de mémoire, et Giscard de parler de son passage par l’école Polytechnique et l’ENA devant les journalistes. Et ces gestes, loin de leur faire perdre des voix, contribuaient à leur stature présidentielle. Trente ans de discours anti-intellectuel et anti-élitiste dans le sillage de mai-68 ont fait qu’un candidat à la présidence de la République hésite, dans son portrait personnel, à parler de son passage par l’ENA.

Hollande a d’ailleurs un gros problème dans sa présentation personnelle. Il est tout simplement incapable de produire un récit - vrai ou inventé, peu importe - d’un épisode, d’un événement qu’il considère formateur et emblématique de sa personnalité. Pour Séguin ou pour Mélenchon, il y a une enfance difficile, dans un pays différent, puis le rapatriement en métropole. Pour Chirac, il y eut le service militaire en Algérie. Pour Cohn-Bendit, mai 1968. Mais quelle est l’expérience fondatrice de François Hollande, celle qui a forgé son caractère ? Sa vie de couple avec Ségolène, peut-être ?

L’incapacité d’Hollande à produire un récit épique de sa propre vie (5) est peut-être le trait le plus inquiétant du candidat. Son obsession avec la "normalité", son refus de présenter chez lui le moindre trait qui pourrait le rendre exceptionnel devraient, dans un système politique sain, être pris comme des signes qu’il n’est pas qualifié pour exercer les plus hautes fonctions. La modestie est certainement une vertu, mais pas de celles qu’il faut exiger d’un chef d’Etat. Pour incarner la grandeur, il faut la désirer.

Descartes

Vendredi 27 janvier 2012

(1) Le texte complet est consultable ici.

(2) Madamina, il catalogo è questo / Delle belle che amò il padron mio / un catalogo egli è che ho fatt’io / Osservate, leggete con me. Je dis ça pour ceux de mes lecteurs qui aiment les devinettes...

(3) Et lorsqu’il les aborde, c’est souvent d’une manière tellement maladroite que c’en est comique. Le comble est la mesure N°46 ("inscrire les principes fondamentaux de la loi de 1905 dans la constitution"). Pour une fois, la proposition contient le moyen de sa mise en oeuvre : "à l’article 1er, un deuxième alinéa ainsi rédigé : « La République assure la liberté de conscience, garantit le libre exercice des cultes et respecte la séparation des Églises et de l’État, conformément au titre premier de la loi de 1905, sous réserve des règles particulières applicables en Alsace et Moselle. »". Ce serait une révolution en matière constitutionnelle : ainsi la constitution, qui est la norme suprême, ferait référence à un texte juridique de rang inférieur... Que deviendrait cet article constitutionnel si le titre Ier de la loi de 1905 était modifié, voire abrogé, par un vote du Parlement ?

(4) Une obligation qui pourrait donner des résultats comiques. Pour prendre un exemple réel, quel pourrait être le "volet handicap" de la loi interdisant l’exploitation des gaz de schiste par fracturation hydraulique, récemment votée ?

(5) Point n’est besoin que le recit soit vrai. Beaucoup d’hommes politique se sont forgés, à partir d’une enfance et d’une jeunesse assez quelconque, une légende fait d’événements vrais et fantasmés. Ce récit n’est pas à proprement parler un mensonge. C’est une manière de présenter à l’électeur non pas son moi, mais son surmoi, non pas ce qu’on est, mais ce qu’on aurait aimé être. Et ces légendes nous disent bien plus sur les hommes qui les ont inventées qu’une biographie rigoureuse.


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