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Défense de la langue
Les Français montent (enfin !) au créneau
Richard Le Hir

vendredi 13 janvier 2012, par Comité Valmy


Non à l’extermination culturelle et au totalitarisme de la langue unique

Richard Le Hir

Tribune libre de Vigile


« Il y a plus de mots anglais désormais sur les murs de Paris qu’il n’y avait de mots allemands à l’époque de l’Occupation. »
Michel Serres, philosophe français

Vers le milieu des années des années 2000, ayant eu l’occasion de faire plusieurs séjours rapprochés en France sur une période assez courte, j’avais été stupéfait de constater l’envahissement de l’anglais dans toutes les sphères d’activité, au point d’écrire au président Chirac pour lui faire part de mon trouble et mon inquiétude devant cette situation.

À peine venais-je de recevoir un accusé de réception de son chef adjoint de cabinet m’informant que ma lettre avait été transmise pour réponse au ministre de la Culture et de la Communication que le Figaro publiait un article de Maurice Druon intitulé « Non assistance à langue en danger » dans sa chronique « Franc-parler », confirmant non seulement mes propres observations, mais rajoutant en plus des éléments d’information que j’ignorais et qui permettaient d’établir un portrait encore plus sombre.

J’entrepris alors d’écrire de ma plus belle plume à Maurice Druon (ce n’est pas tous les jours qu’on écrit à un membre de l’Académie française dont il était de surcroît alors secrétaire perpétuel honoraire !) pour lui faire part de mon incrédulité et de ma conviction que l’Académie avait sûrement de gros moyens d’action pour entreprendre une vaste campagne de sensibilisation. À ma grande surprise, Druon me répondit très rapidement pour m’apprendre que

« C’est une erreur de croire que l’Académie française a les moyens d’organiser de vastes campagnes. Je crois avoir exposé dans mon article que l’État ne lui en donne pas les fonds et que, d’autre part, les grands médias ne lui portent pas une suffisante attention. »

Ceux d’entre vous que cet échange de correspondance pourrait intéresser en trouveront les pièces ici.

J’avais par la suite continué à observer avec tristesse la situation se dégrader en me demandant de plus en plus s’il n’y avait pas une stratégie délibérée du gouvernement français de favoriser une transition progressive du français à l’anglais. Cette impression avait été particulièrement renforcée par la parution en France en mars 2010 d’un ouvrage intitulé « Mainstream » sous la signature d’un olibrius du nom de Frédéric Martel.

Je n’allais en prendre connaissance que quelques mois plus tard en lisant Le Point. J’avais immédiatement écrit pour Vigile un commentaire intitulé « Colonisé, cocu et content » que je me permets ici de reprendre au complet tant il est pertinent dans le contexte d’événements actuels.

« Nous y voilà ! L’anglomanie rampante se montre maintenant à visage découvert, et la France, terre des « Lumières », semble en pleine panne de courant au moment où Flammarion publie « Mainstream », une « enquête sur la culture mondialisée » , comme si une telle chose pouvait ne pas être une autre Tour de Babel dont la bible nous raconte justement le sort pitoyable.

Ce

brûlot, car c’en est bien un, propose rien de moins que l’abandon du français au profit de l’anglais, sans l’usage duquel « il n’est plus possible d’exister dans le monde d’aujourd’hui ». Et l’auteur, un certain Frédéric Martel, qui s’est d’abord fait connaître au cabinet de l’ancienne ministre socialiste Martine Aubry, qui a été attaché culturel à l’ambassade de France à Washington et animateur sur France Culture, de nous citer une série de faits et de statistiques désolantes pour démontrer que la bataille pour la défense du français est ringarde et illusoire, tant la supériorité de l’anglais est avérée.

Dire que ce zigoto a été attaché culturel dans une ambassade de France ! C’est un cheval de Troie à lui tout seul, et le pauvre imbécile, en extase devant sa « découverte » et dont on se serait cru en droit de s’attendre à un niveau d’érudition un peu plus élevé, ne semble même pas se rendre compte de tout ce que sa proposition comporte d’aliénation, de soumission, de capitulation, de reddition et de sujétion à un impérialisme dominant qui de toute façon tire à sa fin.

Au Québec, confrontés depuis deux siècles et demi à la menace de perdre notre langue, notre culture et notre identité (c’est dans cet ordre que se fait le passage dans le tordeur), nous sommes autrement plus vigilants que les Français et nous connaissons le caractère insidieux et répétitif des assauts de l’anglais (dernière cible en date : la chanson). Nous connaissons aussi le chant des sirènes de l’assimilation qui, à coups de mots comme « in », « cool », « trendy », « mainstream », « soft », « hard », « light », et autres, tentent de nous faire renoncer à ce que nous sommes pour nous réduire au seul état qui les intéresse, celui de consommateurs des produits qu’ils fabriquent ou qu’ils nous vendent.

Pourtant, depuis que le monde est monde, nous devrions avoir appris qu’à chaque fois que nous renonçons à quelque chose, c’est au bénéfice de quelqu’un d’autre, et comme ce quelqu’un d’autre n’est pas nous, nous sommes nécessairement les dindons de cette mauvaise farce qui n’est en fait rien d’autre qu’une escroquerie (relire Le corbeau et le renard de LaFontaine).

Et cet imbécile de Frédéric Martel tente de nous vendre que la France serait encore la France sans le français... C’est comme de dire que le Québec serait encore le Québec sans le français. Le Québec de quelqu’un peut-être, mais pas le nôtre. »

C’est donc avec un certain soulagement que j’ai pris connaissance de cet appel lancé en France ces jours derniers à l’occasion du 600e anniversaire de Jeanne d’Arc, relayé par le Comité Valmy et Vigile. Leur analyse correspond en tous points à la mienne avec, en prime, une flopée d’exemples puisés dans le bêtisier politique français qui illustrent à l’épouvante l’abîme de servilité dans lequel les « carpettes de service » sont tombées. Voyez plutôt :

« Les choses en sont désormais au point que l’actuel gouvernement, si soucieux de défendre l’ « identité nationale » menacée comme on sait par le terrassier sénégalais ou par la serveuse « musulmane » francophone (sic), n’a ni yeux, ni langue ni oreilles pour faire respecter la loi et la constitution françaises. Et nos supermarchés peuvent impunément se rebaptiser Simply Market, Carrefour City, Carrefour Planet, nos « services publics » peuvent illégalement promouvoir leurs « produits » Speed, TGV Family, TGV Night, Rail Team (SNCF), leurs Flying Blue, leur AirFrance by Regional, leur Everywhere ajustable (France Telecom, sans trait d’union ni accents s’il vous plaît !) sans que leurs ministères de tutelle respectifs rappellent jamais ces contrebandiers de l’Oncle Sam au respect de la loi Toubon votée en 1994 par le parlement unanime ! Mais comment compter pour cela sur Lady Lagarde, qui pilotait notoirement son ministère des finances en anglais, sur Borloo, qui veut faire de l’anglais une langue maternelle bis en France, sur Luc Chatel qui veut soumettre step by step, selon sa forte expression, les enfants de maternelle à un « bain linguistique » permanent en anglais, alors qu’à cet âge-là la langue maternelle française est loin d’être acquise ? Un Chatel qui étend illégalement l’enseignement en anglais dans le secondaire (« le français est la langue de l’enseignement », stipule la loi Toubon)… Évoquons à peine l’Université et les Grandes Écoles où la Constitution est allègrement piétinée, notamment par Sciences Po (dont tous les enseignements se délivrent en anglais dans la nouvelle antenne de Reims, sans doute pour rapprocher les futurs élus de la « France d’en bas »…). Le comble de l’odieux est atteint par J.-F. Copé : mariant comme personne l’islamophobie et l’autophobie nationale, le patron de l’UMP exige que la télévision publique projette chaque soir des films américains sous-titrés de manière à forcer nos compatriotes à ingurgiter, non pas la langue de Joyce et de London, mais l’idiome mutilant et mutilé de Rambo et de l’American Way of Life ; en guise de piètre compensation pour les francophones attardés, Sir Copé voulait même initialement substituer le français à l’arabe liturgique dans… les mosquées ! Faut-il citer aussi Gérard Longuet, qui ne voit aucun inconvénient à ce que des prises d’armes de l’armée française s’effectuent en anglais, ou Valérie Pécresse, dont la politique universitaire conduit à privilégier la publication d’articles dans les revues anglophones comme critère majeur pour la promotion des chercheurs ?

Et le ministre de la culture n’est pas en reste : ses services subventionnent sans états d’âme les mal-nommées « Francofolies » (sic) qui, de manière provocatrice, ont jugé plaisant de ne programmer que des chanteurs anglophones le… 14 juillet 2011 ! Avant même que n’aient lieu tous ces débordements honteux, l’ancien ministre socialiste H. Védrine s’était publiquement interrogé à propos de cette déferlante américano-maniaque : « le français survivra-t-il à un tel traitement. Peut-être… » !

La question se pose alors à tout citoyen conscient : que devient l’État de droit tant vanté quand des ministres « français » et de prétendus services publics s’assoient à ce point sur la Constitution qui stipule que la langue de la République est le français ? Où en est la démocratie quand cette politique d’arrachage linguistique est cachée au peuple, quand elle est soustraite au débat public, quand les résistants au tout-anglais sont exclus des médias audiovisuels, quand les milliers de citoyens manifestant à Paris contre le tout-anglais le 18 juin 2011 sont censurés par les chaînes nationales qui leur préfèrent, en prime time, un rassemblement de motards en courroux ? Et à quel rôle indigne d’accompagnement l’opposition parlementaire s’abaisse-t-elle quand Mme Aubry remporte haut la main le Prix de la Carpette anglaise 2010 pour son effort acharné visant à substituer le bien-pensant Care anglo-saxon aux notions révolutionnaires de droits sociaux et de fraternité républicaine ? »

Je profite de l’occasion pour signaler à certains d’entre nous ici même sur Vigile que cette situation prévaut en dépit de l’existence d’une loi qui impose l’usage du français (la Loi Toubon) et de la Constitution française qui stipule que la langue de la République est le français. Face à la mauvaise foi, il n’y a ni loi ni Constitution qui tiennent, et il faut se garder d’investir toute sa confiance dans des mécanismes juridiques qui ne valent ni mieux ni plus cher que ceux qui ont la charge de les administrer.

Et ceux d’entre nous qui hésitent à se mobiliser pour la cause du français sous prétexte que ce combat n’est plus d’actualité et revêt même un petit côté ringard feraient bien de méditer cette conclusion :

« Résumons-nous : l’extermination en cours du français et des autres langues nationales n’a rien d’une « mode » anodine : il s’agit d’une guerre d’extermination culturelle portée par l’oligarchie des affaires et relayée par une partie de la fausse gauche : en France, en Europe, à l’échelle du monde, il s’agit d’établir, officieusement d’abord, officiellement ensuite, le monopole du business globish. Et la fonction insidieusement totalitaire de cette langue unique est de consolider la pensée unique, le marché unique, la monnaie unique, l’économie unique, la politique unique et la sous-culture unique dont rêve le « monde des affaires ».

Les effets de cet arrachage linguistique, - que d’aucuns osent présenter comme une « ouverture à la diversité » alors même que les bacheliers britanniques sont dispensés d’étudier une langue étrangère ! – sont prévisibles : effacement programmé des nations comme espaces publics d’une possible souveraineté populaire, alignement des droits sociaux sur les « standards » régressifs des pays anglo-saxons, arasement de la diversité culturelle mondiale, promotion d’une élite euro-mondialisée de locuteurs mother tongue english régnant sur les milliards d’individus non anglophones, semi-anglophones (et omni-« jargophones » !) qui hanteront les bas-fonds de la planète. »

Voyez-vous maintenant comment tous les combats sont inter-reliés et combien il est devenu urgent de nous mobiliser pour éviter d’être ramenés au Moyen-Âge et réduits au servage ? Loin d’être ringard, le combat pour la défense et l’affirmation de notre langue et de notre identité en est un pour notre dignité et notre droit à la différence et au progrès. Un progrès qui nous convienne et nous ressemble, et non le progrès des autres, défini par eux selon leurs valeurs, leurs intérêts, et leurs priorités.

Dimanche 9 janvier 2012

Richard Le Hir est ancien ministre du Gouvernement du Québec

http://www.vigile.net/Les-Francais-montent-enfin-au

1 Message

  • Tout à fait d’accord, mais "que faire ?"

    Je propose de demander

    que l’anglais ne soit pas proposé comme cours de langue vivante dans les collèges,

    que les interruptions musicales en anglais sur France Inter soient interdites en attendant que les anglo-saxons acceptent de passer en réciprocité un même pourcentage d’interruptions musicales en français.


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