COMITE VALMY

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Euro
Hourra, le château de cartes s’effondre !
Jean-Yves Crevel

vendredi 4 novembre 2011, par Comité Valmy


L’accord du 27 octobre va-t-il dépasser toutes nos espérances ? Va t-il se révéler être l’entourloupe de trop, celle qui fait s’effondrer le château de cartes ? Il aura suffit de décréter une contribution volontaire des banques à la réduction de la dette grecque pour enclencher une réaction en chaîne, dont le projet de référendum grec n’est qu’un épisode.

Euro vs monnaie mondiale

Les dirigeants politiques européens ne sont pas forcément de bonne foi. Dernièrement, on peut même raisonnablement considérer qu’ils disent plus souvent le contraire de ce qu’ils pensent que l’inverse. Ainsi, quand Sarkozy, Merkel ou d’autres prétendent vouloir sauver l’euro à tout prix, sans avoir vraiment d’autres remèdes que la méthode Coué, il est très probable qu’ils ne cherchent en réalité qu’à contrôler l’explosion pour en tirer le bénéfice maximum et créer les conditions les plus favorables à l’étape suivante : la création d’une monnaie mondiale sous contrôle d’un gouvernement mondial tel que le préconise le Vatican. [1]

Ainsi on comprend mieux pourquoi les dirigeants européens se réjouissent des multiples « secours » très intéressés du FMI, de la Chine, des USA, du Qatar, du Brésil et autres BRICS et pourquoi ces pays et organismes sont soudainement si solidaires du vieux continent, au point de s’empresser à venir y déverser des centaines de milliards dans le tonneau des Danaïdes. Ni les européens ni personne ne veulent sauver l’euro ni ne croient que ce soit réellement possible mais tous placent leurs pions pour la mère des batailles, celle qui répartira les rôles et qui mettra en place les instruments du fascisme mondial sur les ruines fumantes de l’Union européenne et de sa pseudo monnaie. Et pour passer à l’étape suivante, il faut impliquer tout le monde dès maintenant dans la crise.

Euro vs Dollar

Notons également que la dette étasunienne ne s’est jamais aussi bien vendue alors qu’elle a déjà été dégradée par les agences de notation. Sachant que cette dégradation a eu pour effet automatique - par la référence à cette note dans des millions de contrats de prêts et de produits structurés - de remettre sur le marché une énorme quantité de dette américaine, le maintien du statut de valeur refuge qui permet d’emprunter à des taux viables en période de crise n’a pu se faire qu’en déstabilisant les autres économies pour éviter qu’elles puissent emprunter à des taux inférieurs.

L’impossible contribution privée

L’accord du 27 octobre est un pacte suicidaire : engager la France à couvrir, quoi qu’il arrive, 20,38% de 1000 milliards d’euros au FESF [2] crée de facto une hypothèque supplémentaire de 204 milliards d’euros qui entache encore la solvabilité de la France et, par voie de conséquence, qui augmente encore le taux de ses emprunts actuels. Voilà l’explication à l’envolée des CDS sur la dette souveraine française, l’envolée des taux devenus insupportables et qui font de nous les futurs grecs.

Pour dissimuler cet énième mauvais tour joué à notre pays, Nicolas Sarkozy avait besoin d’un leurre. Angela Merkel avait, elle, absolument besoin de mettre la Grèce en faillite pour contenter son opinion publique qui se révolte de la dilapidation du patrimoine allemand et des milieux économiques empressés de faire de juteuses affaires à l’occasion des privatisations imposées. L’entente franco allemande se réalisa à la conjonction de ces deux intérêts sous la forme d’une participation « volontaire » des banques privées à la réduction de la dette grecque privée. Les deux dirigeants annoncèrent triomphalement qu’ils étaient parvenus à un accord par lequel les banques privées créancières renonçaient « volontairement » à 50% de leurs créances...

100 milliards de ristourne "volontaire"

Il fallait précédemment s’assurer que cette opération ne déclencherait pas le paiement des contrats d’assurances sur la dette grecque, les fameux CDS, sauf à faire exploser tout le système financier mondial. Le côté « volontaire » de la réduction de la dette devait être suffisamment crédible pour être entériner et accepter par l’Institut de référence des contrats CDS, celui qui détermine souverainement si cette réduction constitue ou non un « évènement de crédit », l’ISDA, association financière basée au cœur de la finance internationale, le premier paradis fiscal du monde, la City.

Par son communiqué du 27 octobre [3], l’ISDA annonça immédiatement qu’elle considérait que la réduction étant « volontaire », elle ne constituait pas un évènement de crédit, que les primes prévues par les contrats CDS ne seraient donc pas payées. L’institut eut la prudence de préciser que ceci n’était qu’une appréciation informelle à l’occasion d’un communiqué de presse, donc sans valeur juridique, que seul l’engagerait la décision de son comité qui ne devait se réunir qu’en janvier 2012...

Ce communiqué était de la même eau que celui qui suivait le sommet du 21 juillet où les états européens avaient également acceptés une réduction « volontaire » de leurs créances mais il concernait cette fois des acteurs privés, tenus à ne faire aucune faute de gestion dans une pure logique capitaliste apolitique. Ainsi, le côté « volontaire » n’était définitivement pas crédible et les détenteurs de contrats CDS se voyaient purement et simplement floués : ils avaient payé fort cher des contrats dans le but d’être indemnisé en cas de faillite - totale ou partielle - de la Grèce, cet évènement se réalise et l’ISDA leur signifie qu’ils n’auront pas un kopeck parce qu’il a été politiquement préférable de prétendre, contre la plus élémentaire des logiques, que la réduction était « volontaire » !

Le château de cartes s’effondre

D’un seul coup, c’est toute la cohérence de la finance internationale qui s’écroule : à quoi servent les CDS si on ne paie pas les primes prévues ? A quoi sert l’ISDA si elle tente de faire prendre des vessies pour des lanternes au point d’imaginer des banquiers volontaires pour renoncer à 100 milliards d’euros ? Que vaut ce droit international de la finance qui s’autorise contractuellement tout et son contraire en se plaçant au dessus du droit des états ? Si ce droit perd sa crédibilité, ne va-t-on pas voir les états profiter de l’occasion pour reprendre le contrôle de la finance en se basant sur leurs droits nationaux, celui qui a été écarté mais qui n’a pas failli ?

La maîtrise du calendrier

Conscients de cette contradiction, les dirigeants de l’ISDA ont trouvé comme seule solution de remettre à début janvier 2012 la décision réellement engageante pour l’institut, laquelle décision ne pouvant être prise qu’à l’occasion de la réunion de son comité de détermination, seul habilité à décréter un « évènement de crédit ».

On comprend alors pourquoi Georges Papandréou tenait à ce que son référendum ne se tienne que fin janvier, pourquoi il devait porter sur l’accord du 27 octobre 2012 et pourquoi Sarkozy et Merkel exigeaient précisément l’inverse : un référendum le plus vite possible portant sur la sortie de l’euro, et en attendant, l’application immédiate de l’accord.

En planifiant son référendum APRÈS la réunion du comité de l’ISDA, le Premier ministre grec créait une incertitude sur le remboursement de la dette restante et il devenait alors impossible au comité de ne pas donner à la remise de 50% incluse dans l’accord du 27 octobre le statut d’évènement de crédit, [4] déclenchant les CDS et, très certainement, une réaction en chaîne qui aurait amener les états à reprendre la main sur une finance internationale en trains de s’auto-détruire.

Papandréou mutualisait ainsi la crise qui ne concernait plus que son seul pays, tandis que Sarkozy et Merkel veulent, eux, en faire la victime expiatoire susceptible de dissuader tout autre peuple qui envisagerait de s’évader de l’euro et de l’UE.

Encore une occasion ratée

Papandréou ouvrait aussi une autre voie, celle qu’il faudra bien un jour emprunter, celle du retour au droit [5] et à la raison : interdire l’achat, la détention et la vente de CDS à nu, rendre aux états le droit de la finances en limitant le droit contractuel, démonétiser les agences de notation en interdisant par une loi d’ordre public les références à ces agences dans les contrats de prêts et les prospectus des produits structurés, séparer nettement les banques de dépôts et banques d’affaires, réguler sérieusement les places boursières, se réapproprier l’émission monétaire, etc. tout un ensemble de mesures simples qui auraient été prises depuis belle lurette si nos dirigeants en avaient eu simplement la volonté, et le courage d’aller contre les intérêts des banquiers, seuls bénéficiaires d’un système en déroute. Mais ils auraient fallu que ces dirigeants privilégient l’intérêt des pays à celui de leurs amis financiers. Nous savons désormais à quoi nous en tenir. Quelle que soit l’issue de la tragédie grecque, l’eurosystème a vécu et ses jours sont comptés.

S’il est vrai que c’est plus l’effondrement de l’ultra-libéralisme financier que de la zone euro, il est incontestable que l’euro est le piège qui empêche de quitter ce système de non droit. Le retour à un ordre financier cohérent et au service de l’économie réelle passe par un retour à la prééminence du rôle des états et des droits nationaux, ce qui ne peut se faire qu’en se réappropriant le droit essentiel de battre monnaie.

Que 27 référendums s’épanouissent !

Jean-Yves CREVEL

Comité Valmy


Reproduction autorisée avec le lien : DECAPACTU - Hourra, le château de cartes s’effondre !

Notes

[1] PDF : CONSEIL PONTIFICAL « JUSTICE ET PAIX » - Pour une réforme du système financier et monétaire international dans la perspective d’une autorité publique à compétence universelle - CITÉ DU VATICAN 2011

[2] La clé de répartition étant de 20,38% pour la France

[3] extrait du communiqué du 27 octobre : Déterminer si l’opération de la zone euro à l’égard de la Grèce est un événement de crédit selon la documentation CDS sera faite par le Comité EMEA de détermination de l’ISDA lorsque la proposition aura été formellement signée, et si un participant au marché demande une décision du comité. Sur la base de ce que nous savons, il ressort des nouveaux rapports préliminaires que la restructuration obligataire est volontaire et non contraignante sur tous les détenteurs d’obligations. Ainsi, il ne semble pas probable que la restructuration va déclencher les paiements en vertu de contrats de CDS existants.

[4] Peu importe maintenant, que le référendum ait lieu, la démonstration a été faite que la remise de 50% de la dette ne garantit en rien le paiement de la dette restante. Comme disait, sur ce sujet, Karl Albrecht Schachtschneider le 5 juillet 2011 devant de Tribunal Constitutionnel fédéral de KarlsRuhe : "Ce qui est faux économiquement ne peut être juste juridiquement"

[5] Charles de Gaulle décrivait l’effondrement moral de l’Allemagne de 1918 en ces termes : L’Allemagne se reprenait à douter. La presse de gauche accueillait avec une aigreur caractéristique un discours frénétique de l’Empereur au Quartier général, où il déclarait : « Nous allons décider par ces batailles quelle conception du monde doit triompher : la conception prussienne allemande germanique du Droit, de la Liberté, de la Morale, ou bien la conception anglo saxonne de l’Argent. L’une des deux doit écraser l’autre. »

La Gazette de Francfort protestait : « Ce n’est point jusque là que le peuple allemand veut combattre. » Et une feuille socialiste d’écrire sentencieusement : « Que chacun mesure ses paroles, en haut et en bas, sur le trône comme à l’atelier. »(La discorde chez l’ennemi)


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