COMITE VALMY

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Source : Marianne2

Voilà pourquoi notre gauche est muette JP Chevènement

vendredi 13 mars 2009, par Comité Valmy

Nous diffusons cette tribune intéressante de Jean Pierre Chevènement parue dans Marianne, en soulignant qu’à notre point de vue, si "le PS a sacrifié ses valeurs au capitalisme financier", cela s’est toujours également traduit, depuis les années qui suivirent la Libération, par un atlantisme forcené. Quand il ne sont pas muets, comme aujourd’hui sur la réintégration de la France dans l’Otan, les dirigeants du parti social -ibéral parlent généralement américain ou germano-américain.

Claude Beaulieu Comité Valmy


La Tribune de Marianne :

Jean-Pierre Chevènement répond au philosophe Paul Thibaud qui avait évoqué la « stérilité de la gauche » dans le Marianne n°618. Pour l’ancien ministre et actuel président du Mouvement Républicain et Citoyen, le PS a sacrifié ses valeurs au capitalisme financier. Et reste incapable de réinventer un système de valeurs collectives.

Paul Thibaud incrimine l’immobilisme idéologique, celui du programme commun contre le « mouvement d’émancipation culturelle et générationnelle » de 1968 débouchant sur le vide politique. C’est la raison pour laquelle la victoire politique de 1981, celle d’un « volontarisme politique artificiel », se serait révélée « creuse ». La gauche serait toujours aujourd’hui sur la ligne mitterrandienne (« la foi sans les œuvres », d’où un « immobilisme agité, velléitaire, dangereux, qui déprime les Français »).

Certes, il y a du vrai dans la description de Paul Thibaud : François Mitterrand n’était pas porté sur l’autocritique, mais de Gaulle non plus. Il s’est servi de l’Union de la gauche pour venir au pouvoir, mais surtout il a substitué au projet de transformation sociale de 1981 – non sans hésitation, d’ailleurs – une Europe technocratique et libérale tournant le dos aux aspirations populaires.

La relance par de Gaulle de l’histoire nationale, après 1962, s’est exprimée dans des choix (des institutions stables, la dissuasion, la sortie de l’Otan, l’indépendance de notre politique extérieure) beaucoup plus que dans une modernisation économique entamée, elle, par la IVe République, sur la base du programme du Conseil national de la Résistance, programme d’union nationale mais marqué par la gauche. Pour relancer de nouveau l’histoire nationale, en 1981, la gauche devait rebattre les cartes en matière économique et sociale.

Ce n’est pas la passion de la revanche (passion bien ordinaire) qui a nourri l’immobilisme idéologique de la gauche, c’est son incapacité à rendre compte du tournant qu’elle a opéré dans les années 80, en cédant au vent néolibéral qui soufflait d’Amérique : revalorisation de la Bourse, réhabilitation du profit et d’abord dans le partage de la valeur ajoutée, sacralisation du principe de la concurrence à travers l’Acte unique, libération des mouvements de capitaux et enfin, et peut-être surtout, dévalorisation de la nation à travers le mythe européen. Cette incapacité à « refonder » va de pair avec le choix libéral et européen qui renvoie la nation aux oubliettes. La vision instrumentale de l’Union de la gauche a relégué à l’arrière-plan l’effort conceptuel qui avait été fait pour donner à la gauche un projet moderne : politique et restructurations industrielles à travers les nationalisations, priorité à la recherche et à sa valorisation, modernisation du « dialogue social », etc. Cette politique a été bel et bien torpillée par l’ouverture de la « parenthèse libérale » en mars 1983.

Naturellement, on peut discuter à l’infini de la faisabilité d’une « autre politique ». Constatons simplement où a conduit « la seule politique possible » : à l’éloignement des couches populaires à l’égard de la gauche et à la crise actuelle de la mondialisation libérale à laquelle le PS a sacrifié l’originalité de son projet et de ses valeurs. Relancer le destin national ? De Gaulle n’y pouvait parvenir seul dans les années 60 avec l’appui d’une droite qui se méfiait de lui. La translation opérée de droite à gauche à travers la stratégie d’union de la gauche était alors le seul moyen de sauver ce que la Ve République apportait de fondamentalement positif (des institutions stables, une défense moderne reposant sur la dissuasion, une politique extérieure indépendante). Mais cela supposait aussi que la gauche fût capable d’innover par une politique industrielle et par un projet national adaptés.

La stérilité actuelle de la gauche procède de son autotrépanation de 1983, de son incapacité à avoir su devancer la crise (bien au contraire elle a contribué – en pratique et en théorie – à installer le capitalisme financier dans notre pays) et de son absence de réponse face à ses développements. Elle s’est réfugiée dans une vieille incantation (Europe ! Europe ! Europe !) plutôt que de chercher dans une vision moderne de la République, en France et en Europe, le moyen de refonder un système de valeurs et de croyances collectives. C’est pourquoi le PS se trouve pris à contre-pied par la crise au moment même où il vient de ratifier le traité de Lisbonne et d’officialiser son ralliement au libéralisme. Et voilà pourquoi « notre gauche » est muette.

Je partage cependant la conclusion de Paul Thibaud : « C’est encore à la gauche de renouer avec l’éthique de responsabilité, le devoir de faire société, de retrouver la capacité de synthèse qui donne espoir à un peuple, à une nation. » Mais peut-être lui faudrait-il d’abord se réconcilier avec la nation, dans sa conception républicaine, évidemment…

8 Messages de forum

  • Voilà pourquoi notre gauche est muette JP Chevènement

    13 mars 2009 16:36, par BENBARA Abdallah
    Chévénement est un vrai patriote ,qui a perdu son pari de transformer la vieille SFIO en parti authentiquement de Gauche.Il est vrai que les Roccard et autres Delors lui ont mis des batons dans les roues ! La seule issue aujourd’hui c’est selon moi de faire le Front de Gauche avec le PCF et Mélanchon qui me semble honnéte et avec tous les républicains qui ont porté le non victorieux à l’Europe des technocrates. Vive la REPUBLIQUE et Vivent LA FRANCE ET L’ALGERIE
    • La plaie de la gauche -la vraie = la gauche anti-capitaliste- c’est son jacobinisme forcené. Son centralisme aveugle en devient anti-démocratique, donc anti-socialiste. Elle ne répond pas aux aspirations des "provinces" qui ne sont plus (et ne l’ont jamais été, d’ailleurs) les nids de primitifs et de fanatiques pourfendus si longtemps par les élites politiques parisiennes... L’objectif du socialisme n’est-il pas de responsabiliser les administrés pour qu’ils maîtrisent leur propre destin ? Libérer les individus , c’est bien... mais les collectivités auxquelles ils appartiennent n’ont-ils pas aussi à être "libérées" ? Le socialisme en demi-teinte et en demi-mesure n’existe pas. La France de Dunkerque à Tamanrasset et de la Guyane à la Nelle Calédonie uniforme et "je ne veux voir qu’une seule tête", c’est du passé totalement archaïque... vive le fédéralisme !
      • Voilà pourquoi notre gauche est muette JP Chevènement 14 mars 2009 17:26, par Michel Ferlens
        Le raisonnement de Txakal est impeccable ! Le jacobinisme a été infoutu de proposer autre chose que le tout ou rien en Algérie comme déjà il est infoutu de trouver une solution Outre Mer (y compris en Corse).Le patriotisme de JP Chevenement force l’estime mais hélas son référentiel jacobin le conduit nécessairement à se méfier des libertés et finalement de la liberté. Michel Ferlens
      • Voici l’archétype du libéral avec une étiquette "de gauche" : ou comment faire la promotion du capitalisme en prétendant lutter contre. En jetant la Nation aux orties (sous prétexte de "fédéralisme"),en faisant de l’individu un électron "libre" sous couvert de "maîtriser son propre destin" (comme si celui-ci n’appartenait à aucun pays, logique de marché transfrontalier oblige).Bref, sous des prétextes divers de "liberté" et de "responsabilité des individus" (ça sonne toujours bien), on transforme de fait cet indiividu en nomade égocentrique uniquement capable de voir son "intérêt bien compris" pour pratiquer in fine la guerre de tous contre tous.

        Voilà pourquoi la gauche est aujourd’hui capitaliste (véritables Républicains de type Chevènement exceptés, mais ils sont rares), probablement plus que la droite encore. Et cela durera tant que les Txakals continueront de pratiquer aussi admirablement ce qu’il fauit bien appeler "la double pensée" (voir l’indispensable ouvrage de Jean-Claude Michéa sur le sujet).

    • Pour répondre à Abdallha, Le "Front de gauche" pourquoi pas ? Mais quel est le contenu de cette alliance pour l’instant seulement électorale ? Il ne suffit pas de refaire le Non du traité constitutionnel pour que la dynamique unitaire fonctionne. La dynamique ne se nourrit pas seulement de refus mais surtout de perspectives claires. Les prochaines élections sont les européennes ; Y-a-t-il une position commune sur le rôle des nations et l’articulation avec les instances européennes ? Contrôler la BCE est encore un peu court. Au-delà souhaite-t-on qu’un grand parti unisse toute la gauche après avoir tiré les leçons du congrès de Tours et du parcours depuis lors de ses deux principales composantes ? Il y a aujourd’hui historiquement la place pour ça, les carcans idéologiques sont moins serrés, chacun a son propre ménage à faire ; et ce ménage peut devenir un ménage commun.
  • L’analyse faite sur les raisons du « choix de la défaite » des élites socialistes reste remarquable historiquement et structurellement et rend compte de l’impossibilité, pour ces mêmes élites (trop médiatisées)de reprendre une saine conscience de ce qu’est une politique de gauche aujourd’hui. Cela fait longtemps que ces "ténors" ont oublié les enseignements de Jaurès. Le titre de l’entretien assimile P.S et "gauche" ; n’y a-t-il pas là une erreur à éviter dans l’avenir ? La conclusion de Chevènement m’apparaît particulièrement optimiste (on sait qu’un responsable politique ne peut prôner la désespérance !)car lorsqu’on voit le sort minable que les médias (et la presse en général) ont fait au rassemblement du Zénith le week-end dernier, on devine que le Front de Gauche a encore bien des obstacles à franchir. Pourtant, il ne peut être question de résignation, alors...
  • Nous pouvons toujours rêver à une gauche reconstruite et plus ça, à une droite plus çi, mais tout cela ne sont qu’incantations, tant que la France sera intégrée dans l’Europe, dirigée par ce conglomérat euroatlantique !

    Commençons donc par sortir de l’Europe afin de retrouver notre indépendance... ensuite nous choisirons comment et par qui nous voulons être gouvernés.

    Sans indépendance nationale et populaire, point de salut, point de choix de société !

    Pour passer ce message, haut et fort, commençons donc par boycotter les élections européennes !

    Elections inutiles, simulacre et alibi de démocratie.

  • Voilà pourquoi notre gauche est muette JP Chevènement

    16 mars 2009 21:45, par Roquefornication

    Le propos de Chevènement est bel et bon, mais pourquoi ne l’a t-il pas tenu plus tôt ?...

    Depuis quand s’est-il démarqué des politiques néo-libérales menées par Jospin, avec privatisations maximales et rejet du social de plus en plus marqué ?

    Prendre les enfants du bon dieu pour des canards oublieux ne trompe que les écervelés.