COMITE VALMY

Accueil du site > - ANTI-IMPERIALISME - Solidarité entre les peuples et nations (...) > La crise qui dissout, la crise qui résout Par Hélène Nouaille

La lettre de léosthène, le 4 février 2009, n° 458/2009

La crise qui dissout, la crise qui résout Par Hélène Nouaille

jeudi 5 février 2009, par Comité Valmy


“ Nous sommes pris entre le marteau et l’enclume des diverses temporalités qui s’entrechoquent : le temps lent des changements systémiques voire culturels et le temps haché des variations conjoncturelles ou fluctuations boursières ”. Et Paul Dembinski, directeur de l’Observatoire de la finance, d’ajouter : “ Que faire au temps des incertitudes et de paradigmes qui se fissurent : agir certes, mais aussi – et peut-être surtout – réfléchir (1).

Réfléchir ? Qui aujourd’hui se livre à l’exercice ? Où sont les enjeux ? La consultation du Littré, est intéressante : le mot appelle à la fois à “ renvoyer en arrière, en retour, par un choc ”, “ rejaillir, être renvoyé, répercuté ” et “ penser mûrement et plus d’une fois à quelque chose ”. Avec une illustration : “ Nul ne réfléchit l’habitude” (Mirabeau). Encore mieux. Par curiosité, regardons la définition d’une crise : “ moment périlleux et décisif ”. Décisif ? “ Le moment décisif, le moment dans lequel les choses se décident, se terminent ”, le péril étant un “ état où il y a quelque chose de fâcheux à craindre ”. Eh bien nous voilà équipés.

Si nos dirigeants politiques ont été surpris (“ Sentiment qu’on éprouve en face de l’inattendu, étonnement, trouble ”) par l’effondrement brutal du système qui régissait les finances mondiales, la conscience leur vient que la chose est sérieuse – périlleuse. Nous en avons des témoignages. Ainsi, M. Sarkozy est-il “ ressorti très préoccupé de sa conversation téléphonique avec Barack Obama, lundi 26 janvier”, nous dit le Monde. “ Le lendemain, devant les leaders de la droite, il a expliqué que la crise bancaire en était plus à ses débuts qu’à sa fin ” (2). C’est que M. Obama, cité par le même quotidien, le lui avait dit sans détours : “ "Le désastre se poursuit pour les familles travailleuses." Le chiffre de la croissance américaine au quatrième trimestre 2008 venait de tomber, ce vendredi 30 janvier : - 3,8 %”.

En écoutant ce qui s’est dit à Davos, on voit que d’autres avaient progressé dans leur réflexion, compris que le désordre, fâcheusement, gagnait en force et en ampleur : Tony Blair en évoquant (3) une “crise évolutive” (This is an Evolving Crisis) et Vladimir Poutine une “ tempête parfaite, qui décrit une situation où les forces de la nature convergent en un point de l’océan et accroissent leur potentiel destructif de manière considérable ”. Certes, son rappel n’a pas plu : “ Je voudrais simplement vous rappeler qu’il y a juste un an, des délégués américains parlant sur cette estrade soulignaient la stabilité fondamentale de l’économie US et ses perspectives sans nuages. Aujourd’hui, les banques d’investissement, fierté de Wall Street, ont virtuellement cessé d’exister. En seulement douze mois, elles ont affiché des pertes supérieures aux profits qu’elles avaient fait en 25 ans. Cet exemple seul reflète, mieux que toute critique, la situation réelle ” (4).

Mais lui, avec d’autres, (le premier ministre chinois Wen Jiabao, ne s’en est pas privé) avaient posé les faits, première étape d’une réflexion, quand nombre de chefs d’entreprise, éditorialistes, experts de tout poil se tiennent avec entêtement au système qui s’effondre, s’obstinant à lui donner une apparence de raison. Tous ? Non. “ Si nous en sommes là, c’est parce que nous nous sommes trop focalisés sur le profit ” » C’est Henry Kravis (fortune personnelle : 5,5 milliards de dollars), le fondateur du fonds de « private equity » KKR, qui parle. Personne ne se frotte les yeux, personne ne s’étrangle (...) “ Comment a-t-on pu être aussi stupides ? ”, se sont demandés toute la semaine les banquiers à Davos ”, rapportent les Echos (5) sous un titre évocateur, Davos ou la fin des certitudes.

Certitudes ? “ Conviction qu’a l’esprit que les objets sont tels qu’il les conçoit ” nous dit le Littré. L’ensemble du monde des affaires et des politiques étaient-ils donc si détermines à croire, au sens religieux du terme, qu’ils ont refusé l’évidence ? Les signes d’une récession se multipliaient – les Etats-Unis y sont officiellement entrés en décembre 2007. Mais certains les auraient-ils notés (l’étonnement de Nicolas Sarkozy à l’avertissement de Barack Obama laisse méditatif), lesquels pouvaient s’élever contre un ensemble de “vérités” uniformément admises ? Bien sûr, il y a eu l’esprit de lucre – peu de peine, beaucoup de profit – le divertissement du jeu, aussi, de celui qui a été admis au mystère des algorithmes magiques de la finance, qui est introduit au secret des affaires.

Mais, plus que tout peut-être, faut-il revenir à la remarque de Mirabeau : “ Nul ne réfléchit l’habitude ”. Eh bien puisque nous sommes au moment décisif où les choses se décident, se terminent, regardons où sont les enjeux. Car il ne s’agit pas seulement de haute finance, des profits de ceux qui manient l’argent des affaires ou de ceux qui le possèdent. Il s’agit de la société des hommes, qui sont atteints, dans chaque famille, par le chaos induit. Et puisque la mondialisation est au fond une espèce de de contrat d’association formé entre les nations, voilà qui concerne tous les continents et les rapports qu’ont entre eux leurs habitants – voilà qui vient, timidement encore, à la conscience de quelques-uns, miracle, c’est du bien-être de tous qu’il s’agit sur une planète unique, voilà bien l’enjeu, appelez-le comme vous voudrez, il s’imposera, avec ou sans violence, partout. La tempête est parfaite sur un monde globalised.

Tiens ! La mondialisation fragilise le monde. On pouvait se douter qu’imaginer un seul système pour régir la planète avait comme revers, entre autres choses, que l’on tomberait malades ensemble si les mécanismes se grippaient. C’est fait. Ah qu’un peu de diversité aurait été bienvenue ! Un peu d’indépendance, d’autonomie, un peu moins de subordination à un mécanisme unique ! Sans le dire (protectionnisme est un gros mot chargé d’histoire mythique) et prudemment, les dirigeants ont commencé à prendre soin d’eux-mêmes, de la fortune, des intérêts de leur pays et de ceux qui les font rois, leurs électeurs. Le moyen de faire autrement ? Pour les plus puissants, ils savent et disent cependant que les aventures militaires ne résoudront pas la crise. Bonne nouvelle. Pour les solutions, ils sont pragmatiques, ils tâtonnent, ils y pensent mûrement et plusieurs fois, bad bank un jour, bad idea le lendemain, mais savent qu’elles seront, au-delà des égoïsmes, pour une part collectives.

Ont-ils peur ? Certainement, mais nous avons vu jusqu’ici plus de courageux que de poltrons – enfin parmi les politiques dont on comprend bien le regain de légitimité, et de responsabilité quand il faut réfléchir l’habitude, secouer les conformismes, faire face à l’inconnu. Que partageons-nous de ce fardeau ? De savoir que la mécanique de la crise emporte un monde, que ses effets étonnants sont encore à venir, qu’à écouter les prophètes (ceux qui avaient eu raison dans le désert) ils nous vaudront un monde bouleversé dans son organisation et dans le jeu des forces qui l’animent. Comme on l’imagine, le changement de forme en une autre sera douloureux – parce qu’il est imposé, irrémissible. Comme on l’imagine, ce sera, en se gardant des leurres, aux citoyens d’exister et de dire, d’exiger que l’ordre nouveau privilégie un état de fortune convenable pour chacun, le bien commun, le bien public, comment disaient, déjà, ces rêveurs de 1789 ? Ah oui. Pour le bonheur de tous.

Au fait, le Littré donne une autre définition de la crise : “ Qui résout, qui donne la solution ”. Ainsi soit-il.

Hélène Nouaille

Notes :

(1) Le Temps, le 2 février 2009, Paul H. Dembinski, Contre la crise, les solutions techniques ne suffisent pas http://www.letemps.ch/Page/Uuid/44474f3c-f0aa-11dd-b87c-1c3fffea55dc/Contre_la_crise_les_solutions_techniques_ne_suffisent_pas

(2) Le Monde, le 31 janvier 2009, Arnaud Parmentier, Paris s’inquiète de la fragilité de la zone euro http://www.lemonde.fr/la-crise-financiere/article/2009/01/31/paris-s-inquiete-de-la-fragilite-de-la-zone-euro_1148999_1101386.html

(3) CNBC, Vidéo, Interview de Tony Blair à Davos par Maria Bartimoro le 30 janvier 2009, http://www.cnbc.com/id/15840232 ?video=1017529079

(4) WSJ, le 28 janvier 2009, transcription du discours de Vladimir Poutine à Davos (en anglais), http://online.wsj.com/article/SB123317069332125243.html ?mod=

(5) Les Echos, le 2 février 2008, Davos ou la fin des certitudes. http://www.lesechos.fr/journal20090202/lec1_l_enquete/4825652.htm

(6) Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen du 26 août 1789 (France), Préambule. http://www.leosthene.com/spip.php ?article537 “ Les représentants du peuple français, constitués en Assemblée nationale, considérant que l’ignorance, l’oubli ou le mépris des droits de l’homme sont les seules causes des malheurs publics et de la corruption des gouvernements, ont résolu d’exposer, dans une déclaration solennelle, les droits naturels, inaliénables et sacrés de l’homme, afin que cette déclaration, constamment présente à tous les membres du corps social, leur rappelle sans cesse leurs droits et leurs devoirs ; afin que les actes du pouvoir législatif et ceux du pouvoir exécutif, pouvant être à chaque instant comparés avec le but de toute institution politique, en soient plus respectés ; afin que les réclamations des citoyens, fondées désormais sur des principes simples et incontestables, tournent toujours au maintien de la Constitution et au bonheur de tous ”.

Léosthène, Siret 453 066 961 00013 FRANCE APE 221E ISSN 1768-3289. Directeur de la publication : Gérald Loreau (gerald.loreau@neuf.fr) Rédactrice en chef : Hélène Nouaille (helene.nouaille@free.fr) Copyright©2009. La Lettre de Léosthène. Tous droits réservés.

1 Message

  • La crise qui dissout, la crise qui résout

    7 février 2009 00:00, par BA

    Le 24 avril 2004, aux Etats-Unis, le ministre de l’Economie, des Finances et de l’Industrie Nicolas Sarkozy prononce un discours devant l’organisation American Jewish Committee :

    « Certains en France m’appellent Sarkozy l’Américain. J’en suis fier. Je suis un homme d’action, je fais ce que je dis, et j’essaie d’être pragmatique. Je partage beaucoup des valeurs américaines. »

    Le 4 avril 2009, Sarkozy l’Américain replacera la France dans les structures militaires intégrées de l’OTAN.

    Lisez cet article :

    La France parachève son retour dans l’OTAN.

    Nicolas Sarkozy et ses conseillers sont dans la phase finale d’un processus qui mettra fin à plus de quatre décennies d’une "exception" française au sein de l’Alliance atlantique. L’Elysée prépare, ainsi que le chef de l’Etat l’avait annoncé à l’été 2007, le retour de la France dans les structures militaires intégrées de l’OTAN.

    En 1966, c’est par une lettre adressée au président américain Lyndon Johnson que le général de Gaulle avait signifié le retrait de la France de ces structures, afin d’affirmer l’autonomie nationale en pleine guerre froide, et en s’appuyant sur l’acquisition de l’arme nucléaire.

    Le virage voulu par M. Sarkozy doit être scellé début avril à Strasbourg et Kehl, lors du sommet marquant les 60 ans de l’OTAN, auquel participera Barack Obama.

    Voir en ligne : http://www.lemonde.fr/archives/arti...


Suivre la vie du site RSS 2.0 | Plan du site | Espace privé | SPIP | squelette