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POINT DE VUE : La Lettre de Léosthène 24 janvier 2009, n° 455/2009

Davos, l’année d’après Par Hélène Nouaille

samedi 24 janvier 2009, par Comité Valmy


“ Redessiner le monde de l’après crise” : tel est, en toute modestie, le thème de la 39ème édition du Forum économique mondial qui se tiendra dans les Alpes suisses, à Davos, du 28 janvier au 1er février prochains. Et l’on se presse pour retrouver ses collègues, en nombre. Ainsi, 43 chefs d’Etats seront présents, le double des années précédentes – et 2500 invités. “ Moins « bling-bling », plus sobre, Davos 2009 fera son mea culpa, selon son directeur général, André Schneider ” rapporte la Tribune de Genève. “ « Dans la crise actuelle », a-t-il ainsi déclaré hier, en dévoilant les personnalités attendues, « Davos sera une sorte de sanatorium pour l’économie mondiale. Nous tenterons de lui apporter un peu d’optimisme. » Convalescence d’une crise de folie ou thérapie d’une tuberculose financière ? On ne sait pas très bien ”.

Une réunion “ comme d’habitude ” ? Pourquoi les chefs d’Etat y sont-ils cette année en si grand nombre ?

Du premier ministre russe Vladimir Poutine (qui ouvrira les débats) à Wen Jiabao, son homologue chinois, de Gordon Brown à Angela Merkel, du japonais Taro Aso au mexicain Felipé Calderon, du Secrétaire général de la ligue arabe, Amre Moussa au président israélien Simon Peres, de Manuel Barroso au Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies, Ban Ki-moon, avec 96 pays représentés au total (presque) tout le monde sera là. Presque ? Barak Obama excepté, il se fait représenter par Lawrence Summers, son conseiller économique, et, curieusement, par le général James Jones, conseiller à la sécurité nationale de Etats-Unis (NSC) et ancien commandant Suprême des forces alliées en Europe (SACEUR), de 2003 à 2006. Il pourrait être rejoint par Timothy Geithner, nouveau Secrétaire d’Etat au Trésor et successeur d’Henry Paulson.

Bien sûr il y a aussi le gotha des dirigeants d’entreprises, avec toutefois, remarque Le Temps helvétique, des rangs clairsemés chez les banquiers (“ il faut particulièrement décortiquer la liste des « business leaders » pour leur trouver des collègues ”) et des vedettes comme Nouriel Roubini, économiste et universitaire américain qui s’était échiné, en vain, à prévenir les acteurs du monde politique et économique que les choses n’allaient pas aussi bien que les précédentes réunions de Davos le proclamaient. Davos tient (tenait ?) sa légitimité de la puissance des acteurs économiques dont la réunion symbolise les progrès de la mondialisation, dont ils sont les artisans et les bénéficiaires. “ Dans la perspective de l’économie globale, les quelques centaines des plus grandes entreprises mondiales sont les véritables puissances commerciales du moment puisque, selon quelques rares estimations, les deux tiers des flux commerciaux de marchandises dépendent d’elles ” écrivait en 2006 Paul Dembinski, professeur d’économie à l’Université de Fribourg et directeur de l’Observatoire de la finance (1).

“ Les 800 plus grandes entreprises non financières du monde (cotées en Bourse) représentent près des deux tiers de la capitalisation mondiale des Bourses. Elles sont donc – avec les gouvernements aux budgets déficitaires – le pivot et la raison d’être des marchés financiers (...). Du point de vue de l’emploi, le groupe des méga-entreprises apparaît comme très peu important puisqu’il n’emploie que 1% de la population mondiale en âge de travailler, soit environ 30 millions de personnes. Pourtant, cette force de travail contribue directement à un peu plus de 10% du produit mondial, soit autant que 1 milliard des personnes en âge de travailler habitant les 140 pays les plus pauvres de la planète ”. Au début de cette année 2009, il suffit d’un coup d’oeil sur les bourses et sur les chiffres du chômage pour comprendre l’ampleur de leur malaise.

Pour les marchés financiers en déroute, le moment est grave. “ Soudain, le secteur bancaire semble revenu quatre mois en arrière. Comme lors de la faillite de Lehman Brothers (le 15 septembre 2008) chaque journée est rythmée par son lot de nouvelles désastreuses (...). Et comme en septembre, la rumeur devient poison mortel (...). Cette rechute des « subprime » intervient alors que les gouvernements croyaient pouvoir maintenir à flot leurs banques à coup d’injections massives de fonds publics ” (2) écrit le Temps du 20 janvier. On en parle de plus en plus, ajoute le New York Times, “ Les gouvernements auront-ils à acheter les actifs toxiques pour les réunir dans une “ mauvaise banque ” (bad bank) ou une “banque de regroupement” (aggregator bank) qu’ils financeraient ? (...) Les banques pourraient ne pas vouloir de cette ouverture, parce qu’évaluer précisément leurs actifs toxiques pourrait en obliger certaines à enregistrer de lourdes pertes, à admettre leur insolvabilité et à fermer boutique ” (3).

Notons que les plus responsables du maelström actuel sont les plus absents : la crise financière est partie des Etats-Unis, mais Barak Obama travaille chez lui, elle entraîne l’économie réelle mais les banquiers restent chez eux. Et que ceux à qui revient in fine la charge financière et politique d’une déroute qui bouleverse le monde et la vie des populations sont les politiques – eux, très présents – , ceux-là mêmes auxquels financiers et acteurs économiques déniaient ces dernières années, au sein du Forum économique mondial, la légitimité d’interférer dans les affaires économiques. Ils n’étaient pas les seuls. Qu’avons-nous vu en effet ? Le développement progressif d’associations d’intérêts privés revendiquer une légitimité parallèle (organisations non gouvernementales, églises, groupes d’influence informels) et non subordonnée à celle des Etats – c’est-à-dire, au moins en démocratie, des élus, de ceux qui représentent le bien commun.

La bourrasque a emporté – pour l’instant – les discours sur les “nouvelles légitimités”, “l’effacement du politique” et le “moins d’Etat”. Et si 43 chefs d’Etat ont choisi d’assister cette année au Forum, c’est avec l’autorité retrouvée de ceux qui détiennent les cordons d’une bourse très sollicitée, celle des nations qu’ils représentent, celle de leurs électeurs, celle de ceux qui vont régler la note au final. Note pharaonique. Les banquiers absents en ont creusé la plus grande part. Mais les acteurs économiques sont bien présents, eux, avec la multiplication des “plans de relance” qui leur sont vitaux. Et là, le problème est complexe : faut-il privilégier les secteurs anciens (l’automobile, par exemple), vecteurs de croissance jusqu’ici et porteurs de millions d’emplois par le passé – quand nous changeons d’ère et de comportements ? Comment assurer la transition avec demain ? Comment s’assurer des outils de l’échange (monnaies, système financier) adéquats ?

Il n’est donc pas mauvais que ceux qui auront la responsabilité politique – la légitimité – de ces choix rencontrent, écoutent, travaillent avec les acteurs économiques qui ne peuvent pas seuls “redessiner le monde de l’après crise” quoiqu’en disent (encore !) certains des experts adeptes des algorithmes magiques de la finance – ou leurs confrères nostalgiques, appelant de leurs voeux un retour à l’avant crise. Nous ne doutons pas que les chefs d’Etat présents ont à l’esprit quelques exemples terribles, comme la faillite de l’Islande, la déroute de l’Irlande et de la Grande Bretagne, le naufrage américain, les craquements de l’Asie, les tensions sur les monnaies, pour faire court. Et qu’ils ont parfaitement entendu les rues résonner des cris de révolte (Grèce, Lituanie, Bulgarie, Chine...) auxquels ils avaient été sourds (5) il y a peu (émeutes de la faim). Il est bon aussi qu’ils se rencontrent (ce qu’ils n’avaient pas fait à cette échelle en 1929) quand ils ont ensemble à charge de redessiner, eux, un ordre mondial cohérent.

Cette fois, l’urgence exclut la paresse. Le G20 (85 % du PNB mondial) se réunira à Londres, en présence cette fois de Barak Obama, le 2 avril prochain. Il s’agira, en continuation de la réunion du 15 novembre dernier, de réformer le système financier international, et de prendre des mesures à “haute priorité” selon le Premier ministre britannique qui préside le groupe depuis le 1er janvier. En espérant que le cours, l’observation des choses et le travail accompli entre temps les aient instruits et aidés à surmonter leur désarroi initial. Parce qu’ils ont, eux, la responsabilité de leurs actes, dont ils devront rendre compte, ce qui n’est pas le cas des “chats gras” (fat cats) qui ont fait bombance dans les neiges de Davos depuis presque quarante ans – avec beaucoup d’arrogance pour les résultats que l’on voit.

Davos l’année d’après : convalescence d’une crise de folie ou thérapie d’une tuberculose financière ? On ne sait pas très bien. Un diagnostic, peut-être ?

Hélène Nouaille

Notes :

(1) Observatoire de la Finance, le 25 janvier 2006, Paul H. Dembinski, Mesurer la légitimité de Davos par rapport aux autres légitimités existantes http://www.obsfin.ch/documents/about-press-letemps-jan06.htm

(2) Le Temps, le 20 janvier 2009, Pierre-Alexandre Sallier, Violent retour de flamme de la crise bancaire internationale http://www.letemps.ch/template/economie.asp ?page=9&article=248162

(3) The New York Times, Edmund L. Andrews, le 21 janvier 2008, As Bank Crisis Deepens, Obama Has No Quick Fix http://www.cnbc.com/id/28768197

(4) Les Echos, le 23 janvier 2009, Nicolas Barré, Quand l’Asie craque, http://www.lesechos.fr/info/analyses/4822556-quand-l-asie-craque.htm “ Cette Asie si commerçante se recroqueville sur elle-même, littéralement à vue d’oeil. Chacun a en tête le spectacle fascinant des ports de Shanghai, Yokohama, Singapour ou Hong Kong grouillant d’activité. La mer couverte d’une multitude de cargos. Les mouvements incessants du commerce. Cela n’est plus qu’un souvenir. Il faut savoir qu’aujourd’hui entre le tiers et la moitié de ces cargos ont disparu du paysage : les exportations du Japon vers la Chine ont chuté de 35 %, le trafic maritime entre la Chine et l’Australie s’est effondré, les échanges entre les deux rives du Pacifique ont fondu d’un tiers. Cela en quelques mois ”.

(5) Voir Léosthène n° 388/2008 Emeutes de la faim : l’autre crise ou la même ? (accès libre) http://www.leosthene.com/spip.php ?article827

Léosthène, Siret 453 066 961 00013 FRANCE APE 221E ISSN 1768-3289. Directeur de la publication : Gérald Loreau (gerald.loreau@neuf.fr) Rédactrice en chef : Hélène Nouaille (helene.nouaille@free.fr) Copyright©2009. La Lettre de Léosthène. Tous droits réservés.

1 Message

  • Davos, l’année d’après Par Hélène Nouaille

    25 janvier 2009 19:04, par Jean Baumgarten ( jean Verger )

    bonjour ! Je vous propose ici un article écrit pour Internet il y a quelques semaines et qui sera suivi d’un livre que j’écris sur la crise d’aujourd’hui ... J.B.

    La crise économique la plus grave depuis l’avènement du capitalisme il y a 500 ans !

    La crise actuelle a démarré au début de l’année 2007 et elle se poursuit , en s’intensifiant, avec, tous les jours des informations sur le rôle joué par les spéculateurs, les banquiers joueurs, les financiers agressifs, les traders mal-éduqués c’est-à-dire malhonnêtes... Ainsi le 15 décembre cette nouvelle étonnante sur le dénommé Madoff qui a fait perdre 50 milliards de dollars aux banques... et aux particuliers : c’était parait-il un "courtier honnête et estimé de ses pairs" ! Kerviel et les traders de la Société Générale étaient vraiment des petits garçons ! On pensait généralement - on essayait de nous faire penser - (les grands économistes émules de Friedman et Hayek), que la crise de 1929 ne se reproduirait plus, qu’il y avait de nouvelles règles, que le capitalisme avait atteint un rythme de croisière et que rien ne pourrait plus l’arrêter : cette fois les travailleurs du monde entier, tous ceux atteints par la crise, le chômage, la misère, vont enfin comprendre que la crise actuelle, la plus grave que le capitalisme ait connue, devra être combattue par des actes concrets, par les peuples sortis enfin de leur léthargie et des soixante dix ans de stalinisme qui les ont tétanisés ...

    Les économistes "bon teint" analysent la crise à son début :

    Nous ne prendrons que quelques exemples significatifs car tous les économistes "bon teint" se sont évidemment trompés sciemment ou inconsciemment . Commençons par le cercle « des trente économistes » qui publièrent sous la direction de Bertrand Jacquillat en avril 2008 ( livre donc terminé en février 2008) « Hedge funds , private equity , marchés financiers : les frères ennemis ? » ( auxquels participent notamment Elie Cohen et Patrick Arthus.) Qui est Bertrand Jacquillat ? C’est un professeur à l’Institut d’Études Politiques de Paris (« Sciences Po ») que ses élèves ont l’habitude de dénommer en se moquant de lui, « le tout marché » c’est-à-dire un partisan du marché à tout prix ... En vrac nous citerons ici quelques unes de leurs citations bêtes et navrantes :
    - « Le private equity (1) pourra t-il continuer à se développer s’il est régulé ? ... Le private equity est doublement irremplaçable, à la fois parce qu’il se substitue à la forte diminution du crédit bancaire aux PME et parce qu’il n’est pas régulé . » !

    (1) Private equity : terme anglais ( repris par nos économistes qui ne savent pas parler français...). Le " capital-investissement" est une activité financière consistant pour un investisseur à entrer au capital de sociétés qui ont besoin de capitaux propres. Le terme de capital-investissement concerne généralement l’investissement dans des sociétés non cotées en bourse (d’où son nom de capital non coté ou de private equity en anglais en opposition au terme "public equity" ). En français cela correspond aux notions de capital fermé en opposition au capital ouvert .( wikipedia - Internet.)
    - « ... Par ailleurs l’amélioration de la valorisation boursière des firmes qu’ils ciblent (les Hedge funds) (1) reste pérenne après leurs interventions. » « La crise de l’été 2007 a pour origine un dysfonctionnement de l’économie réelle, à savoir l’attribution de crédits immobiliers inconsidérés à des opérateurs potentiellement insolvables. Le dysfonctionnement était d’autant plus flagrant que de nombreux crédits bénéficiaient pour leur remboursement d’un délai de grâce allant jusqu’à deux ans, supportaient une importante prime de risque et étaient libellés à taux flottant. Ce dysfonctionnement fut relayé par des comportements peu responsables de certains opérateurs et une ignorance de ce qu’était la titrisation et de ce qu’elle impliquait .( Ah les vilains ! ) Cette crise de liquidité qui ne semble pas avoir de conséquences macroéconomiques importantes ne remet nullement en cause la pertinence et l’intérêt de la titrisation d’une part, l’activité des Hedge funds d’autre part. » Sans continuer ce long catalogue on conclura par ces mots prémonitoires et définitifs d’un des économistes :  « En définitive, une vigilance extrême dans la gestion du risque de contrepartie au sein des prime brokers est le meilleur moyen de se protéger contre le risque systémique issu de l’activité des Hedge funds. Elle pourra être obtenue par un renforcement de la discipline de marché ou par une rigueur accrue des dispositifs prudentiels . » Au même moment paraît le livre de deux journalistes « économiques » Olivier Pastré et Jean Marc Sylvestre « Le roman vrai de la crise financière ». Ce livre paru en mai 2008 a donc été achevé en mars-avril 2008. Il avait - apparemment - l’objectif de « sensationnaliser » l’opinion à la crise qui venait... Quand on relit ce livre aujourd’hui on est surpris par le ton enjoué et persifleur du livre, mais surtout on ne comprend vraiment pas ce qui s‘est passé : la crise analysée par ces deux personnages est purement financière, de courte durée et elle passera comme toutes les autres ... Voici du reste la phrase qui conclue réellement ce livre( à l’avant -dernière page) : "Qu’on sauve le système aujourd’hui ( par les banques centrales !) c’est bien , mais qu’on ne recherche pas les coupables, il y a quand même un problème..." et Voilà tout !

    Quelles différences entre la crise de 1929 et celle d’aujourd’hui ?

    La crise d’aujourd’hui est incomparablement plus forte, à tous les points de vue, que la crise de 1929 :
    - Elle survient dans un monde qui a vu son nombre d’habitants multiplié par trois et demi depuis 1929 . - Ce monde a été intégralement gagné par le mode de production capitaliste : la Russie, la Chine, les anciens pays coloniaux d’Asie et d’Afrique sont devenus des pays peu ou prou producteurs de

    (1) Hedge funds : " fonds alternatifs ou fonds de couverture" utilisant l’effet de levier et jouant sur tous les placements possibles (obligations, actions - à la hausse ou a la baisse - matières premières, oeuvres d’art ...) . Ces fonds sont éminemment spéculatifs et ils se montaient en novembre 2007 à 10000, pour un montant de 1700 milliards de dollars / ils ont depuis perdu plus de 50 % de leur valeur. matières premières, de produits industriels et sont devenus exportateurs. L’Amérique du sud (en pleine évolution) est devenue productrice de pétrole et nargue l’Amérique du Nord.
    - Au niveau économique ( à dollars équivalents (1) ) la crise de 1929 ne portait que sur quelques centaines de milliards de dollars dans le monde : on peut aujourd’hui estimer que le montant des pertes supportées par les banques, les entreprises petites et moyennes - et par aussi quelques très grosses entreprises - par les travailleurs et les petites gens en général , porteront sur quelques dizaines de milliers de milliards de dollars dans le monde. Beaucoup plus que la crise de 1929 ! (2) Ce qui fait dire aujourd’hui à ce grand historien américain Immanuel Wallerstein chercheur au département de sociologie (3) que : "...La situation devient chaotique, incontrôlable pour les forces qui la dominaient jusqu’alors, et l’on voit émerger une lutte, non plus entre les tenants et les adversaires du système, mais entre tous les acteurs pour déterminer ce qui va le remplacer. Je réserve l’usage du mot "crise" à ce type de période. Eh bien, nous sommes en crise. Le capitalisme touche à sa fin." Et plus loin il ajoute : " La période de destruction de valeur qui clôt la phase B d’un cycle Kondratieff (4) dure généralement de deux à cinq ans avant que les conditions d’entrée dans une phase A, lorsqu’un profit réel peut de nouveau être tiré de nouvelles productions matérielles décrites par Schumpeter (5) , sont réunies. Mais le fait que cette phase corresponde actuellement à une crise de système nous a fait entrer dans une période de chaos politique durant laquelle les acteurs dominants, à la tête des entreprises et des Etats occidentaux, vont faire tout ce qu’il est techniquement possible pour retrouver l’équilibre, mais il est fort probable qu’ils n’y parviendront pas."

    (1) le dollar s’est déprécié depuis 1929 d’environ 5 fois. (2) il faut savoir que les pertes subies par la bourse de New York en octobre 1929 (plus la dépréciation qui a suivie et s’est poursuivie après la guerre ) était à l’époque de l’ordre de 20 à 25 milliards de dollars ... A quoi il faut évidemment ajouter toutes les pertes subies par les nations "développées". Bien sûr il ne faut pas oublier que la crise de 1929 a eu un effet terrible en matière politique : montée et victoire du nazisme et guerre mondiale... Quand nous disons que la crise d’aujourd’hui est beaucoup plus forte que celle de 1929 nous ne prenons en compte que les chiffres bruts. (3) Immanuel Wallerstein est aussi l’auteur de : « Le système du monde du XVème à nos jours. » editions Flammarion. ( 3 tomes.) ( 4) cycle dit de Kondratieff : cycle long d’environ 60 ans (ou plus ) comprenant deux phases : phase A et phase B. ( La phase A est une période de prospérité obtenue par les gains de la production et de la consommation. La phase B au contraire commence par une longue période de spéculation et de financiarisation) : "Nous sommes aujourd’hui dans la dernière partie d’une phase B de Kondratieff, lorsque le déclin virtuel devient réel, et que les bulles explosent les unes après les autres : les faillites se multiplient, la concentration du capital augmente, le chômage progresse, et l’économie connaît une situation de déflation réelle." ( Ainsi tout le monde croyait à une hausse régulière du pétrole : c’est à une baisse à laquelle on a assisté en raison de la baisse de la production générale suivie d’une baisse de la consommation , ce qui est la règle dans toute crise du capitalisme . Idem en ce qui concerne toutes les matières premières industrielles et agricoles.) (5) Schumpeter célèbre économiste de la première moitié du XXème siècle (il est décédé en 1951) dont le dernier livre : "Capitalisme, socialisme et démocratie" (éditions Payot) sonne le glas du capitalisme et annonce la victoire du socialisme dans le monde ( il faut dire qu’il s’agit d’un socialisme mal défini ... ) On peut évidemment douter de la justesse précise , en termes de temps et de durée, des cycles dits de Kondratieff . Ce que l’on peut dire néanmoins c’est que les cycles normaux de durée de l’expansion du capitalisme sont de moins en moins longs. Si à l’époque de Marx on parlait de cycles de dix ans environ on sait aujourd’hui grâce à l’expérience, que les cycles sont d’environ six à sept ans : crise des anées 1975 - 1977, crise des années 1982 - 1983 suivie de la crise des anées 1990, de la crise asiatique de 1996 -1997, suivie de la crise Enron (éclatement de la bulle Internet ) des années 2001 - 2002 et faillite du géant Enron ... Mais cette fois (à partir de l’an 2007) c’est autrement plus sérieux et les gouvernants ont peur du lendemain ! On les comprend parfaitement . Mais au fait, il convient de se poser la question : d’où vient la crise ? Pourquoi les gouvernants (qui prônent le capitalisme) sont-ils incapables d’y apporter une réponse positive ? Pourquoi banquiers, industriels et grands commerçants restent ils tétanisés devant la crise en attendant des jours meilleurs ? Voilà les questions auxquelles je vais essayer d’apporter une réponse logique, simple, et ... marxiste !

    La crise en régime capitaliste .

    La réponse apportée par Marx si on la dépouille de tous ses artifices, est d’une grande simplicité : il y a deux grands pôles économiques, celui de la production des moyens de production et celui de la production des moyens de consommation. Il est évident que ces deux pôles doivent être à égalité pour que l’économie fonctionne sans à coups . C’est ainsi que les salaires totaux des deux pôles doivent être égaux au total des moyens de consommation produits. Mais le profit est le but unique poursuivi par les capitalistes (on le voit admirablement dans la crise actuelle) et non pas la recherche de tel ou tel équilibre économique. La course au profit amplifie le développement des moyens de production au détriment des moyens de consommation ( qui sont dépendants du salaire des travailleurs des deux secteurs.) Or la course au profit fait toujours miroiter aux yeux des capitalistes la nécessité d’une production toujours assise sur de nouveaux moyens de production basés sur une toujours plus grande productivité. Comme le dit Marx ( Capital page 1027 ) : "Plus les forces productives se développent, plus elles entrent en conflit avec les fondements étroits sur lesquels reposent les rapports de consommation." Plus loin (page 1031) Marx accentue son analyse et indique que " En même temps que baisse le taux de profit , la masse des capitaux croît , alors que se produit une dépréciation du capital existant, laquelle arrête cette baisse et imprime un mouvement d’accélération à l’accumulation de valeur-capital. En même temps que se développent les forces productives, la composition supérieure du capital , autrement dit la diminution relative de la partie variable (1) par rapport à la partie constante (2) s’accentue... (1) capital variable : montant brut des salaires et charges versés par le capital . (2) Capital constant : montant de la part des machines et montant des matières premières investies dans le produit fini vendu. Le capital constant =C le capital variable = V. le rapport C/V s’appelle composition organique du capital. Ainsi nous voyons sous nos yeux s’écrouler la grande aventure du libéralisme de la mondialisation et de la main invisible d’Adam Smith du marché prônée par Friedman et Hayek qui s’est traduite par un viol gigantesque des populations de différents pays ( Amérique latine, Russie, Pays de l’est, Afrique et d’ Asie - Indonésie, Birmanie, Chine, Inde, Pakistan - etc.) Sans oublier les pays du Moyen orient : Arabie saoudite, Koweit, Doubaï et bien entendu Israël. Avec récemment la guerre introduite en Irak et en Afghanistan . (1) Avec , bien sûr la tentative en partie réussie en Europe occidentale et aux Etats-Unis de faire appliquer par les gouvernements les principes du "tout pour le marché"...

    Que faire contre la crise , quel programme adopter ?

    Nous devons être conscients qu’il s’agit d’une lutte longue, qui durera 5, 10 , 20 ou davantage d’années ... et qui devra(it) se conclure (2) par les mesures suivantes, si l’on prend par exemple le cas de la France :
    - Nationalisation sous contrôle des travailleurs de toutes les banques de dépôt et de crédit.
    - Contrôle rigoureux des banques étrangères privées sur le territoire national : contrôle des opérations d’import - export de "monnaie" avec examen détaillé des comptes. Expulsion des Banques ne respectant pas ces conditions.
    - Nationalisation sous contrôle des travailleurs de tous les grands groupes industriels et commerciaux : sidérurgie, automobile, eau, électricité, énergie nucléaire (avant sa mise en liquidation), énergies diverses ( pétrole), bâtiment, grandes surfaces , groupes de presse et de publicité ,etc.
    - ré-institution des droits de douane à la frontière de la France en attendant que les ( ou des) pays européens fassent de même et que se recrée une Europe véritable, sociale et démocratique... ( Il faudra quelques années pour retrouver une Europe moins nombreuse en pays, mais évidemment plus volontaire et qui servira d’exemple aux peuples voisins.)
    - Retour au franc ( retrait de l’euro). Banque de France sous le contrôle des travailleurs . - Contrôle des travailleurs sur la production de leurs entreprises.( Pour les entreprises de plus de 10 personnes.)
    - Généralisation de l’auto-gestion : (notamment de toutes les entreprises menaçant de délocaliser), avec le soutien financier de l’Etat.
    - Retour aux 35 heures première étape vers les 32 heures. Produire moins et mieux !
    - Plan écologique de grande ampleur portant sur : la production d’énergies renouvelables, la lutte contre les dévastations du CO2, la lutte pour une voiture propre etc. etc.

    (1) On lira à ce propos " La stratégie du choc" de Naomi Klein - paru chez Actes Sud mai 2008 - qui montre politiquement comment l’école de Chicago animée par Milton Friedmann , s’est comportée dans le monde à commencer par le Chili en 1973 et la chute d’Allende ... (2) A ce sujet il est certain que les affirmations de I. Wallerstein qui prévoit que la crise actuelle signifiera « la fin du capitalisme » sont incertaines : ce pourrait être aussi une fin dictatoriale, sanguinaire, marquée par un développement de la population, un manque de subsistances pour les nourrir toutes, un manque d’eau consécutif à une désertification forcée d’une grande partie de l’univers ... Arrêtons là !


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