COMITE VALMY

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Communiqué de l’Association des Libres Penseurs de France

La République laïque française assujettie à l’Etat théocratique du Vatican !

samedi 27 décembre 2008, par Comité Valmy


Jusqu’où vont aller les attaques contre la laïcité dans notre pays ? C’est maintenant le monopole de la collation des grades universitaires qu’on est en train de liquider, et cela au profit … de l’ « Etat » du Vatican.

Depuis 1870, l’Etat français a seul, sur son territoire, le droit de reconnaître et délivrer les diplômes préparés dans les universités. Or un accord, signé le 18 décembre dernier par le ministre des affaires étrangères Bernard Kouchner et Leurseigneur Mauberti, secrétaire pour les relations du Saint Siège avec les Etats, permettra au Vatican de reconnaître les diplômes d’enseignement supérieur délivrés par les facultés catholiques françaises qu’il désignera, non seulement pour les disciplines canoniques (théologie, droit canon), mais aussi pour les « disciplines profanes », c’est-à-dire toutes les autres disciplines ! Cela signifie que le Vatican serait habilité à désigner les établissements qui pourront former, dans leurs disciplines, des enseignants de l’enseignement public ! Et, bien entendu, cette reconnaissance s’accompagnerait de l’aide financière de l’Etat.

Cet accord avait déjà été envisagé par Nicolas Sarkozy, l’an dernier, dans son discours du Latran. Or ses dispositions sont inconstitutionnelles, puisque le Conseil d’Etat a estimé, le 26 janvier 1984, que « ce principe du monopole de la collation des grades universitaires s’impose même au législateur ». Ne s’agissant pas d’une simple circulaire, mais d’un Accord diplomatique entre la France et le Vatican, conforme aux accords de Bologne signés par les Etats de l’Union Européenne, le Parlement sera-t-il consulté ? S’il entrait en application, cela signerait la disparition de la laïcité à la française.

La réaction des laïques de notre pays doit être à la hauteur de l’attaque subie. Pour leur part, les Libres Penseurs de l’Association Des Libres Penseurs de France (A.D.L.P.F., section de l’Union Mondiale des Libres Penseurs) engagent vivement les parlementaires à s’opposer à cet accord et se déclarent prêts à se joindre à toutes les initiatives unitaires pour faire obstacle à ce grave recul de la liberté de conscience et de l’indépendance nationale, à cette liquidation de près d’un siècle et demi d’acquis républicain.

Cet événement montre la pertinence de la revendication de l’A.D.L.P.F. en lutte pour le retour à la non reconnaissance du Saint Siège et, donc, pour la rupture des relations diplomatiques avec cette entité qui n’a rien d’un Etat, mais qui n’est qu’une machine de guerre destinée, contre la liberté de conscience, à imposer les dogmes et principes d’une religion même à ceux qui ne s’en réclament pas.

Le Conseil d’Administration de l’ADLPF Paris, le 28 décembre 2008.

4 Messages de forum

  • Disciplines canoniques et disciplines profanes : les premières ne concernent que les croyants, et en vertu de la laïcité de l’Etat, et de la séparation de l’Eglise et de l’Etat, celui-ci n’a rien à en dire, n’a pas à statuer à leur égard, ni bien sûr à payer quoi que ce soit qui les concerne. Pour les disciplines dites profanes, toutes les autres, leur contenu est affaire de raison, et appartient donc à toute l’espèce humaine, l’élaboration des nouvelles connaissances est publique, et construite dans la discussion et la critique publiques, avec pour seul critère la raison. C’est pourquoi il avait été décidé que la vérification des connaissances et l’attribution des diplômes seraient publiques (la soutenance des thèses est toujours publique par tradition, n’importe qui peut y assister et questionner), et sous le contrôle des fonctionnaires de l’Etat, ce que l’on a appelé le monopole public de la collation des grades universitaires. Il est justifié par principe, par la compétence et l’intégrité et l’indépendance desdits fonctionnaires et de tout le système de l’Education nationale, et continue de l’être tant que ceux-ci conservent ces qualités. Mais il n’est plus justifié en raison ni en droit si ces qualités défaillent. Or, c’est ce que nous constatons, à notre grand désespoir.

    Mais aussi bien l’Association des Libres Penseurs de France que la Fédération de la Libre Pensée, et ceux qui s’en inspirent, sont en retard de plus d’un siècle sur le triste état de l’éducation nationale et la façon dont sont décernés les diplômes, je dis bien les diplômes publics, examens et soutenances de thèses. Il faut d’abord balayer devant sa porte. Quand les diplômes publics seront décernés selon des critères justes, ceux des connaissances et de la raison, et non la démagogie, la complaisance et le favoritisme, je critiquerai seulement les religieux. Vous ne pouvez ignorer que les examens, bac et autres, sont publiquement et massivement surnotés, falsifiés, pour arriver au taux de réussite préétabli, par démagogie politicienne. N’oubliez pas que l’université publique de la Sorbonne s’est déshonorée en acceptant la soutenance de thèse d’astrologie d’Elisabeth Tessier, elle n’a pour l’instant pas de leçon à donner aux autres. L’université Diderot se déshonore presque autant, de façon moins voyante, en déversant à tire-larigot des thèses de didactique des mathématiques, soutenues par des gens qui ont un niveau inférieur à une classe de troisième. L’EHESS porte aux nues des gens comme Thomas Piketty dont les connaissances en statistique sont à peu près du niveau de la classe de première, et cependant il surpasse les "chercheurs" de l’IREDU (Dijon) qui eux ignorent qu’il existe des fonctions de deux variables : pour modéliser des phénomènes de sciences humaines, bonjour les dégâts. Vous voyez le niveau des gloires de l’université française publique. Ceci pour quelques cas que je connais ...

    Donc, chers amis, regardez d’abord un peu l’évolution du monde autour de vous. Le monopole de la collation des grades suppose pour être défendu sans nuances que l’université publique soit sans tache ; nous en sommes loin, hélas.

    Il ne s’ensuit pas que les religieux corrigeraient les examens plus honnêtement, je n’ai pas dit cela. Mais l’enjeu est la vérité et la construction du savoir. Si les religieux décernent des diplômes non mérités, acquis par le favoritisme, les partenaires sociaux et économiques sanctionneront très vite les fautifs. De même que la réalité sociale sanctionne immédiatement et cruellement les malheureux jeunes abusés par les diplômes en fausse monnaie. Délivrés, à ma honte, par des collègues sous injonction du ministère. Souvent, mais pas toujours.

    • Pas compris ta pensée, mais peut-être n’est-elle pas assez claire ! Ou alors, je suis trop con...
      • L’extrême résumé peut être ceci : Le monopole de la collation des grades suppose pour être défendu sans nuances que l’université publique soit sans tache ; nous en sommes loin, hélas.

        Donc, nous ne pourrons défendre ce monopole que en réformant sévèrement l’état de l’école, de ses diplômes.

    • Chère Isabelle,

      Outre que le niveau des thèses et autres diplômes d’enseignement supérieur n’est pas toujours aussi lamentable que vous le dites (pour ma part, et bien que linguiste, je pense que les "sciences humaines" sont en soi faillibles ; les travaux en sciences "dures", même s’ils sont faussés par les puissances économiques, sont en général d’un niveau fort satisfaisant), je pense que vous mélangez deux choses bien distinctes, ce qui est difficilement pardonnable, vu votre souci de rigueur.

      L’une est le niveau requis pour la collation des diplômes, une vaste question que je n’aborderai pas dans un cadre aussi exigu.

      L’autre est la souveraineté d’un État. Il se trouve qu’en France nous vivons depuis 103 ans dans un État totalement laïc, ce dont je me félicite, car la laïcité garantit le respect de l’idéologie de chacun, et pas seulement des adeptes d’une idéologie (religieuse ou profane) dominante. Personnellement j’y trouve une liberté supplémentaire pour les chrétiens eux-mêmes, catholiques et autres, et une conformité à leurs propres textes (relisez la première lettre de Pierre(qui n’était pas de lui), entre autres, car celles de Paul de Tarse et les Évangiles eux-mêmes sont incontestablement d’inspiration "laïque" ).

      Je gage que l’immense majorité des Français est très attachée à la laïcité. N’oublions pas en outre que le nombre des pratiquants religieux est faible, qu’il s’agit majoritairement de personnes âgées, et que l’Islam est très largement représenté en France, où il y a aussi des Juifs et biensûr des protestants et des orthodoxes. Et bien d’autres. Avec partout des degrés de pratique variables.

      Une option préférentielle pour le catholicisme est donc en totale rupture avec la tradition française, et plutôt que d’accorder la collation des grades et diplômes à d’autres que l’Université (pourquoi alors ne pas reconnaître ce droit à n’importe qui, instituer un baccalauréat musulman, et un doctorat en médecine bouddhiste, que sais-je ?) il faudrait peut-être s’appliquer à chercher les raisons de la baisse de niveau que vous dénoncez. Pour ma part, je pense que TF1 y est pour beaucoup...

      Bonne année


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