COMITE VALMY

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Farkhunda Naderi, ex-députée afghane :
«  Je n’accepte pas d’entendre que la communauté internationale ne pourrait rien faire 
par Pierre Barbancey

lundi 16 août 2021, par Comité Valmy


Farkhunda Naderi, ex-députée afghane :
«  Je n’accepte pas d’entendre que la communauté internationale ne pourrait rien faire 

L’ancienne députée et militant féministe Farkhunda Naderi, sous le choc de la prise de pouvoir par les talibans, espère un sursaut de la communauté internationale pour éviter un désastre. Depuis Tachkent, en Ouzbékistan, où elle se trouve bloquée, elle répond aux questions de l’Humanité. Entretien

Quel est votre sentiment en voyant les talibans camper aux portes de Kaboul et s’installer au pouvoir  ?

Farkhunda Naderi Je me sens vidée. Il est temps d’agir pour éviter de nouvelles atrocités. J’empêche les sentiments qui m’envahissent de prendre le dessus. Nous avons une respon­sabilité, celle de sauver des vies autant que faire se peut, prévenir des ­nouvelles violences, les haines et la destruction des villes, du pays et du peuple. Je me dis dans le même temps que pendant toutes ces années nous n’avons pas suffisamment élevé la voix pour dénoncer la corruption.

Je me dis aussi que dans le monde, après toutes les décisions qui ont été prises concernant l’Afghanistan, on sait que notre pays appartient à cette com­munauté mondiale. Que les Afghans ne sont pas des êtres imaginaires mais qu’ils existent vraiment. Il s’agit donc de faire en sorte que l’histoire ne se répète pas en termes de désastre pour ce pays. Tout le monde regarde Kaboul. La ville est comme en observation.

Les talibans négociaient au Qatar tout en menant la guerre qu’ils ont gagnée. Que faut-il faire  ?

Farkhunda Naderi Les talibans ne veulent pas diriger un pays qui n’aurait aucune légitimité et en l’absence de connexion avec ses voisins, avec la région et avec le monde. Rien n’est impossible. Au début de la pandémie, personne ne savait comment faire et maintenant il y a des vaccins. C’est pareil pour l’Afghanistan. S’il y a une volonté commune de faire quelque chose, ce n’est pas impossible. Les talibans sont des êtres humains comme n’importe qui. Ils ont leurs vues, leur logique, leur philosophie politique. Mais nous savons tous que l’Afghanistan est un pays dépendant. Un peu comme si le pays était sur une table d’opération et que les autres nations se rassemblaient autour, dans une situation d’urgence, parce qu’il serait entre la vie et la mort. Il est possible d’intervenir, d’arrêter cette guerre et de trouver un accord.

Et si personne ne se préoccupe de savoir s’il y a la paix en Afghanistan, je pose la question au monde entier  : pensez-vous vraiment que, dans ces conditions, vous aurez la paix dans n’importe quel endroit de la planète  ? Les talibans sont assis à la table des discussions. Ce qui veut a priori dire qu’ils veulent aller vers l’instauration de la paix. C’est le moment pour eux de le prouver. Je sais que c’est dur et difficile, mais ce n’est pas impossible. Je suis une femme afghane, j’ai été membre du Parlement, j’ai travaillé pour ce pays, je suis née dans la guerre, j’ai grandi dans la guerre. Je n’ai cessé de voir l’Afghanistan s’effondrer. Dans le même temps, je veux rester optimiste et pleine d’espoir. Et le monde peut faire plus que moi. Je n’accepte pas d’entendre que la communauté internationale ne pourrait rien faire.

Les talibans ont avancé très vite, pratiquement sans combats. Comment en est-on arrivé là  ?

Farkhunda Naderi Je pense que l’extrémisme se nourrit de la pauvreté et du manque d’éducation. Quel sentiment peut exister chez ces milliers de gens déplacés  ? Que peuvent-ils penser s’ils ne rencontrent aucune attention humaine  ? Il n’est pas normal que 25 à 30 millions de personnes souffrent à cause de la ­corruption et du combat entre les deux camps. L’un et l’autre sont responsables de la situation du peuple. Je crois néanmoins qu’en ce moment, il faut prendre soin de l’Afghanistan, et ne pas se tourner vers des tribunaux pour juger des responsables. Il est temps de redonner de l’espoir et de la prospérité.

Nous sommes tous comptables. Je pense à tous ces déplacés qui n’ont même pas de quoi manger. Le monde doit vraiment agir. Je sais qu’il en va avant tout de notre responsabilité. Mais à égalité avec nos partenaires qui se trouvaient en Afghanistan et qui n’ont pas été assez persévérants pour imposer des réformes et faire suffisamment pres­­sion pour ne pas quitter le pays en le ­laissant dans cette situation. C’est honteux. L’extrémisme n’existe pas qu’en Afghanistan, le monde entier est menacé. Personne ne peut prétendre qu’il est à l’abri.

Lundi 16 Août 2021,


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