COMITE VALMY

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« Berbériser » la France
par Boualem SNAOUI

jeudi 29 avril 2021, par Comité Valmy


« Berbériser » la France

Il y a des moments dans la vie militante qui s’abattent sur votre tronche comme un boomerang, et si vous n’êtes pas outillé, cela vous propulse dans un coma politique indescriptible, avec un diagnostic implacable, grandeur nature, sur la désintégration de la gauche officielle française, au point d’exposer devant vos yeux, même bandés, les plans les plus inimaginables de la « théorie de la régression féconde », élaborés dans les laboratoires coloniaux. Si la méfiance est naturelle vis à vis du camp d’en face, qui est clairement identifié, qu’on connaît, qu’on a l’habitude de combattre, eh bien ce n’est pas souvent le cas avec les « Camarades » des luttes sociales et politiques, avec qui on a battu le pavé de semaine en semaine, depuis des décennies. Du coup, même à gauche de la gauche, concernant le « hirak de la banane », tu protèges en permanence tes arrières des coups politiques tordus.

L’affaire n’est pas mince, puisqu’avec quelques ami-E-s et camarades, nous nous sommes rendus à un rassemblement de soutien aux prisonniers politiques palestiniens et sahraouis, organisé entre autre par la CNT (Confédération Nationale du Travail) qui, en principe, défend les travailleurs, sur la place de la Réunion, à Paris 20ème, le samedi 17avril 2021. Il est vrai qu’on savait qu’un groupe de « hirakistes porteurs de bananes », serait de la partie sur cette place, et qu’il allait assurer le spectacle politique. En principe, la tradition à gauche en France fait qu’entre militants, le débat a toujours été possible, même si les sujets sont très divergents. Contrairement à l’habitude, ce jour là, dès les premiers échanges avec ces individus se présentant sous l’appellation de « démocrates », mais surtout détenteurs du sceau du « hirak à la banane », des camarades et moi-même avons été excommuniés de notre « citoyenneté », et chassés de « la démocratie » participative : il faut le dire, avec la bénédiction des camarades de la CNT ! Une scène surréaliste, où le débat argumenté a été éjecté illico presto, au risque de voir « la construction berbériste » en carton s’effondrer. En plus, pour couronner le tout, deux agents de la Préfecture de Paris se sont présentés pour proposer de prêter main forte aux camarades ( ?) de la CNT, afin d’« éloigner » une vraie Camarade, celle-là qui exprimait sa réprobation quant à cette grossière manœuvre de détournement des justes causes. C’est le type de scène que même les scénaristes d’Hollywood n’auraient même pas pu imaginer.

Les temps ont vraiment changé, et la preuve a été étalée, encore une fois, sous nos yeux, avec cette intervention de la Police Nationale dans un débat contradictoire entre militants de gauche, en faveur d’une organisation syndicale. Le plus drôle, c’est lorsqu’un militant de cette organisation est venu nous flageller au moyen d’une antienne de la presse dominante : « Ce que nous faisons, c’est démocratique ». C’est comme si on avait encore des doutes, notamment avec les partis politiques de gauche qui se réunissent en vue des prochaines élections présidentielles, sans doute pour choisir la couleur du LBD (Lanceur de Balles de Défense de la Police Nationale) et la nature écologique des balles avec lesquelles seront éborgnés les citoyens de France.

Les « porteurs de bananes » sont donc venus, ce samedi 17 avril 2021, porter un coup de massue et décrédibiliser, au nom de la démocratie, la lutte et la solidarité avec les prisonniers politiques du monde entier. La stratégie adoptée, qui rappelle bizarrement les guerres de la 4ème génération, est généralisée donc y compris au sein de la mouvance de gauche en France : il s’agit d’infiltrer les mouvements politiques et sociaux, avec des sujets fallacieux, pour semer la discorde, et détourner les mobilisations. Dans notre cas précis, en face de combattants de la liberté encore incarcérés, ces partisans de Bernard Lugan sont venus glisser sur le plateau de lutte un chansonnier ubuesque poursuivi en Algérie pour « association de malfaiteurs », « diffusion de fausses informations de nature à troubler l’ordre public », « atteinte à la vie privée d’un enfant et son exploitation à des fins contraires à la morale », « incitation à la débauche » et « détention de stupéfiants ».

Comment des organisations de gauche peuvent-elles présenter sur la même estrade, à pied d’égalité, de tels individus avec des militants et des prisonniers de la justice et de la liberté ? Comment des organisations de gauche et gauche radicale peuvent-elles participer à ce jeu politique malsain, qui consiste à dissoudre les batailles menées depuis des générations ? Désolé, Camarades cela n’a rien à voir avec la lutte des travailleurs, et pour moi il s’inscrit dans l’agenda fabriqué dans les laboratoires coloniaux du néolibéralisme destructeurs des peuples. J’ai déjà eu, dans le passé, l’occasion de citer des organisations comme CANVAS, elle-même tentacule de la National Endowment for Democracy (NED), l’Open Society Institute du milliardaire américain George Soros (qui, comme tout le monde le sait, ne veut que du bien aux travailleurs dans le monde) et Freedom House, toile de l’Agence pour le développement international des États-Unis (Usaid) et son Bureau des initiatives de transition (OTI), comme l’a décrit, Ahmed Bensaada dans son excellent et juste travail sur les révolutions colorées.

Cela confirme que les guerres de quatrième génération et « la stratégie du choc », par lesquelles le peuple algérien est clairement visé aujourd’hui, agrègent aussi les mouvements de solidarité en France. Le même principe, qui consiste à introduire dans les luttes sociales et politiques, de faux militants, de faux journalistes, de faux médias, de faux écrivains, de faux prisonniers d’opinion, de fausses causes, de faux leaders, de fausses informations, de faux débats, …etc, est glissé pour porter atteinte au cœur des valeurs de gauche et dynamiter les organisations qui les portent.

Et la gauche s’interroge encore : Pourquoi les pauvres votent-ils à droite ?

La machination ne s’arrête pas là, puisque la place de la Réunion a été tellement tapissée des nombreux drapeaux de Jacques Bénet, appelé communément de l’autre côté de la rive « La Fourchetta » -la fourchette-, au point même que le chat du drapeau de la CNT a cessé de miauler au vu de l’abandon du combat de classe, troqué pour un combat des races.

J’ai déjà disserté précédemment sur l’origine coloniale voilée de ce drapeau, dans mon « Coran berbériste » et mon « Kabyle AOC », comme sur les activités de l’académie berbère construite aussi par Mohand Arab Bessaoud, ou encore par Youssef Achour, pour les besoins du choc des civilisations spécialement conçu en France pour l’Algérie. Youssef Achour n’est autre que ce militaire français engagé dans l’armée française entre 1939 et 1940, nommé sous-préfet et élu sénateur d’Algérie le 31 mai 1959. Il a été décoré de l’Ordre du Mérite agricole, probablement pour son labeur sur le terrain de l’instrumentalisation ethnique et culturelle.

Le procès visant les membres de cette académie pour racket de commerçants, en juillet 1980, est venu éclairer le visage du berbérisme, comme modèle de domination du peuple algérien. L’un des animateurs de ce groupe berbériste, Mohand Bessaoud, secrétaire de cette association, et très proche de Jacques Bénet, a été Inculpé de menaces verbales avec ordre et sous condition, ainsi que de violences avec préméditation et coups et blessures volontaires ; il se voyait reprocher d’avoir tenté d’extorquer des fonds à ses compatriotes, soi-disant pour la cause berbère. Le journal « Le Monde » en date du 14 juillet 1984, rapporte que « vingt plaintes furent enregistrées par le Parquet. Neuf furent retenues. Elles émanaient toutes de tenanciers de bars ou de commerçants dont les vitrines avaient été brisées et qui avaient été victimes de violences physiques ». Pour les enquêteurs, cela ne faisait aucun doute, il s’agissait de racket déguisé sous le prétexte d’une noble cause.

L’un des premiers stratèges du « berbérisme » en France, braqué contre l’Algérie, n’est autre que Benard Logan, ce penseur d’extrême-droite qui se déguisait alors, en cours, en officier du 6e régiment des lanciers du Bengale, pour faire chanter l’hymne de l’armée coloniale à ses étudiants de l’Université Lyon-III. Cet « expert du génocide Tutsi », n’est autre que le compagnon de Jean-Pierre Strirbois, d’Alain Renault, le bras droit de François Duprat et de Bruno Gollnisch, dont le CV est consultable sur http://francegenocidetutsi.org/QuiEstBernardLugan.pdf.

Monarchiste, cet ancien de l’Action Française, défenseur de la colonisation, comme le rapporte Sophie Landin dans le journal Le Monde du 7 octobre 2001, qui déclara que « l’Afrique noire a toujours été un continent récepteur et non concepteur », fait partie de ces figures de l’extrême-droite en Europe avec qui le royaume du Maroc entretient, à l’abri des regards, de surprenantes relations. Les thèses et les idées de ce défenseur de l’apartheid en Afrique du Sud, sont donc relayées par tout l’arc-en-ciel des partis politiques, allant de la gauche radicale à l’extrême droite, en passant par certains syndicats en France.

Les dessous de cette stratégie de la sélection ethnique des populations, joliment légendée « berbère », paraît plutôt obéir à un processus voilé, décrit même par Salluste comme des hommes « …rudes, grossiers, nourris de la chair des fauves, mangeant de l’herbe comme des bêtes… ».

Le projet politique sous-jacent de diabolisation à venir, qui n’est plus un secret du système et des pouvoirs, a été rendu plus lisible dans le magazine belge néerlandophone Knack, repris notamment par le site du Daily Mail. C’est sous la plume de Jean-Paul Mudlers, associé à Marc Vermeeren, un passionné de l’histoire d’Hitler, dit-il, que l’on découvre ce travail politique profond, qui prépare les esprits à la future phase voilée de diabolisation de populations sélectionnées « berbères » et génétiquement identifiées comme étant liées à Adolf Hitler. Pour donner du crédit à ce travail politique préliminaire, il s’adosse à la science en faisant appel à la génétique des populations au moyen d’un pont héréditaire berbère- nazis, dénommée Halopgroupe E1b1b (Y-ADN).

C’est pour cela que nous sommes droit de nous interroger sur l’unanimité de la célébration de cette appellation « berbères », confectionnée dans les laboratoires coloniaux pour des soldats déguisés en société civile, et rapprochés génétiquement des nazis. Le Parle-ment Européen aussi, dans sa résolution d’urgence (disent-ils) du 26 novembre 2020, a presque « exigé » -point 12- de la résolution –le remplacement du drapeau national algérien par celui de Jacques Bénet.

Encore mieux, une course politique identitaire est organisée depuis Paris, et propulsée en Algérie pour atteindre le peuple, auquel est associé l’extrême-droite du MAK (se présentant comme Kabyles génétiquement sélectionnés) qualifié de « vent de fascisme » par le défunt chanteur Idir. Le drapeau de cette filiale politique « berbériste » a été brandi lors du meeting de Jean Luc Mélenchon du 18 mars 2017 à la Place de la République, au moment où aucun autre drapeau, en dehors du drapeau français, n’était toléré. La presse algérienne vient de rendre public la mise hors d’état de nuire d’une cellule terroriste qui planifiait des attentats terroristes lors des marches et des rassemblements en Algérie. Des armes de guerre et des explosifs ont été saisis et étaient « destinés à l’exécution de plans criminels, et une dangereuse conspiration ciblant le pays… ». Les services de sécurité algériens précisent que « ce plan a levé le voile sur l’implication de plusieurs membres du mouvement séparatiste ‘MAK’, ayant bénéficié d’entraînements au combat à l’étranger avec le financement et le soutien de pays étrangers ».

Leur leader, ce moine généticien kabyle, qui a traité les pays africains de « déchets » et qui complote contre l’Algérie –dixit Patrick Le Hyaric-, a été reçu mardi 19 janvier 2021 par le sénateur Richard Yung, jeudi 18 février 2021 par le député (UDI) Philippe Vigier, et le lundi 15 mars 2021 par le député du 18e arrondissement de Paris, M. Pierre-Yves Bournazel, probablement pour préparer une séance de formation culinaire autour du couscous des ondes médiatiques FM du « leurre beurre » où tourne en boucle les chansons du « hirak à la banane » pour l’Algérie, et Imane Karkibou qui chante la monarchie jolie. Même la musique est canalisée dans le sens du vent.

Finalement, c’est le député M’jid El Guerrab, surnommé le député « aux coups de casque » par un journal à éviter, qui est venu inaugurer le jeudi 18 février 2021 à l’Assemblée Nationale française, la nouvelle voie pour « berbériser » la France, en s’exprimant en berbère d’une région à définir au Maroc, sans attirer l’attention de Marine. J’ose imaginer si l’un des députés français s’était aventuré à s’exprimer en corse, en basque, en breton, en catalan, en alsacien, ou mieux encore en langue arabe !!! notamment au regard du vote très instructif des députés concernant la loi relative à la protection des langues régionales du 08/04/2021.
Ce qui est plaisant dans cette histoire, c’est qu’ils veulent tous « berbériser » la France, démocratiquement, alors que juste pour les Corses, notre commandeur Macron qui avait exprimé son opposition à l’officialisation de la langue corse, avait déclaré le 7 février 2018 : « dans la République française, il y a une langue officielle, le français ». Alors « berbérisons » la France.

Boualem SNAOUI
26 avril 2021

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