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Qu’en est-il de la désescalade dans le Donbass ?
Par The Saker

samedi 24 avril 2021, par Comité Valmy


Qu’en est-il de la désescalade dans le Donbass ?

On observe, chez certains, un fort sentiment de soulagement : Le ministre de la Défense russe, Shoigu, a déclaré que les militaires déployées par la Russie dans l’ouest du pays allaient désormais regagner leurs bases habituelles. Bien sûr, les Ukrainiens affirment qu’ils ont « dissuadé une attaque russe » tandis que les Russes disent que «  l’Occident a compris le message ». Est-ce le cas et, si oui, qui a raison ?

Eh bien, je pense que nous pouvons écarter d’emblée les absurdités ukrainiennes. Personne, à part les Ukrainiens eux-mêmes, ne croit sérieusement que la Russie a «  baissé les yeux », ne serait-ce que parce que détruire l’ensemble de l’armée ukrainienne prendrait moins d’une semaine à la Russie. En fait, les Ukrainiens le savent très bien, mais ils ne veulent pas l’admettre.

Remarquez que si les Ukrainiens affirment avoir dissuadé la Russie, cette dernière ne prétend pas avoir dissuadé les Ukrainiens, mais déclare que l’ours russe a rugi suffisamment fort pour dissuader l’Occident uni. Nous avons là un indice important de ce qui s’est réellement passé.

Je pense toutefois que les raisons derrière ce mouvement initial des troupes ukrainiennes, qui ont amené une importante force blindée jusqu’à la ligne de contact, sont toujours là. En d’autres termes, rien n’a été résolu.

Voici ce qui s’est passé : en réponse à la menace des Ukrainiens et des États-Unis/OTAN, la Russie a simplement démontré sa capacité à concentrer rapidement une force vraiment énorme (2 armées et 2 divisions aéroportées) le long de sa frontière. Elle a également redéployé la flottille de la mer Caspienne dans la mer Noire, a fait venir de grands navires de débarquement et, d’une manière générale, a « montré ses muscles militaires » afin de transmettre un message clair aux Ukrainiens, aux Européens et aux États-Unis :

•Aux Ukrainiens : attaquez le Donbass et vous mourrez, quant à l’Ukraine, elle se brisera en plusieurs nouveaux États successeurs.
•À l’UE : si une guerre éclate, vous perdrez même le peu d’autonomie qui vous reste et votre économie ne sera pas compétitive face aux États-Unis.
•Aux États-Unis : si une guerre éclate, vous serez confrontés à un choix difficile : perdre la face ou déclencher une guerre totale contre la Russie.

Oui, jusqu’à présent, cette stratégie s’est avérée très efficace. Les Ukrainiens étaient clairement terrifiés et l’UE n’a montré aucun enthousiasme pour cette guerre (à l’exception du Royaume-Uni, qui ne risque pas grand-chose, et des Polonais, spécialistes des décisions historiques stupides). Quant à « Biden », il a compris qu’une guerre totale contre la Russie était suicidaire.

Sommes-nous donc maintenant hors de la zone de danger ?

Absolument pas. Il y a encore une chose que l’Occident est déterminé à réaliser : combattre la Russie jusqu’au dernier Ukrainien. Pour les néoconservateurs américains, voir les deux frères slaves s’entre-tuer est un vieux rêve qu’ils aimeraient voir devenir une réalité. En outre, les États-Unis ont encore besoin de mettre l’UE à genoux sur le plan économique pour la forcer à acheter de l’énergie, des services et des biens aux États-Unis. Enfin, et surtout, l’Ukraine a perdu tout l’attrait qu’elle pouvait avoir pour les États-Unis : la seule chose que l’Ukraine peut encore offrir est d’être une épine dans le pied de la Russie.

Et puis, il y a le régime « Ze » de Kiev : non viable, non réformable, l’Ukraine a été complètement désindustrialisée et maintenant les Ukrainiens meurent en grand nombre de la pandémie de Covid-19 : Le Banderastan est l’État défaillant par excellence, pire que de nombreux États africains, en fait.

Oui, « Ze » s’est vu dire par ses maîtres de « se calmer » et, jusqu’à présent, il a obéi, mais cela ne résout aucun de ses problèmes. Pire, il y a beaucoup d’escadrons de la mort ukrainiens bien armés qui ont encore les moyens de créer une sorte d’incident qui relancerait toute l’affaire. En outre, il convient de rappeler que les Britanniques et les Ukrainiens ont tous deux fait leurs preuves en matière d’opérations secrètes, qui, par définition, incluent les opérations sous faux drapeaux.

En d’autres termes, rien n’a vraiment changé. Oui, en ce moment, l’oncle Shmuel essaie de déterminer quelles sont ses options, et il proposera un plan corrigé (rappelez-vous, les néoconservateurs sont stupides, oui, mais ils sont aussi intelligents à court terme, de manière « horizontale »). Pour l’instant, «  Biden » panse ses plaies après l’embarrassant coup de théâtre de la tentative de meurtre de Lukashenko et les absurdités (franchement stupides) en provenance de la République tchèque. Certains signes montrent qu’au moins les Allemands se rendent compte de ce qui se passe réellement et de qui essaie vraiment de les entuber (alors que la plupart de la classe politique allemande est corrompue jusqu’à l’os, certains politiciens allemands sont sensibles à l’humeur des milieux d’affaires allemands).

Pour faire simple : tout ce que nous observons aujourd’hui est un sursis à court terme, rien de plus.

Les Russes le savent, et on peut dire sans risque de se tromper que si certaines de leurs forces vont manifestement battre en retraite, d’autres vont rester. Plus important encore, maintenant que ce redéploiement opérationnel de formations clés a été répété, très publiquement, les Russes ont montré aux États-Unis et à l’OTAN que la Russie peut faire face à toute menace militaire (à l’inverse, il faudrait des mois à l’OTAN pour amener une force suffisamment importante en Europe de l’Est pour représenter une menace crédible).

Enfin, « Ze » a fait un discours plutôt ridicule en disant à Poutine qu’ils devraient se rencontrer. La réponse de Poutine a été parfaite : vous voulez me rencontrer pour discuter de nos relations bilatérales (que vous avez d’ailleurs détruites) – bien sûr. Aucun problème. Mais si vous voulez discuter du Donbass, vous devez engager des discussions directes avec la LDNR, comme le stipulent l’accord de Minsk et la formule Steinmeier, que vous avez signés. En d’autres termes, retour à la case départ.

Nous ne sommes pas en présence d’une, mais de deux «  épines » : l’Ukronazi Banderastan est sans aucun doute une épine dans le pied de la Russie, tandis que la LDNR est une épine dans le pied du Banderastan. Devinez quel camp peut supporter son épine plus longtemps que l’autre ?

Beaucoup l’ont oublié, mais dans un moment de colère, Porochenko a dit à Poutine « prenez le Donbass si vous le voulez », et Poutine a refusé. Depuis lors, les Russes ont montré à maintes reprises qu’ils ne veulent PAS du Donbass. Au mieux, ils pourraient avoir à le prendre pour le sauver d’un génocide, mais même dans ce cas, les Russes n’ont pas l’intention d’envahir le reste de l’Ukraine pour avoir à gérer 1) les insurrections ukrainiennes et 2) la reconstruction de cet État en faillite à partir de son point zéro actuel. Et c’est là la pire menace russe, non seulement pour l’Ukraine, mais pour toute l’Europe : La Russie ne veut PAS, ou n’a pas besoin, de l’Ukraine et elle ne s’en emparera pas, même en cas de guerre totale. Tout au plus, la Russie répétera ce qu’elle a fait lors de la guerre du 08.08.08 [En Ossétie, NdT] : défaire le régime nazi en anéantissant l’armée ukrainienne, puis laisser le régime s’effondrer naturellement.

Quoi qu’il en soit, j’écrirai une analyse plus détaillée de cette situation la semaine prochaine, mais pour l’instant, je pense que tout ce qui se passe est une désescalade limitée et temporaire, et non un quelconque retour à une situation même semi-normale (et les Ukrainiens continuent d’assassiner des civils de la LDNR tous les jours, y compris à l’arme lourde).

The Saker
Le 23 avril 2021

Traduction : le Saker Francophone

– Source
The Saker’s Blog


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