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Dans l’Humanité du 13 mars 1993

Actualiser l’esprit du CNR

Rélexion collective à l’occasion du cinquantième anniversaire du CNR

jeudi 20 septembre 2018, par Comité Valmy


Actualiser l’esprit du CNR

Dans l’Humanité du 13 mars 1993 : une réflexion collective à l’occasion du cinquantième anniversaire du CNR

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Francette Lazard.

Francette Lazard, directrice de l’Institut de recherches marxistes, s’inspirant du débat ouvert par le film « l’OEil de Vichy », déclare d’emblée que « le document brut ne suffit pas à pénétrer dans les réalités contradictoires d’une époque et qu’il y a vraiment besoin de la confrontation des témoins et des historiens pour approcher un objet aussi chaud que l’histoire du Conseil national de la Résistance ».

Rappelant la récente ouverture des archives du PCF, elle affirme que ce n’est pas « la magie des chiffres ronds, des cinquantenaires et autres bicentenaires, qui fait des grandes célébrations des moments si passionnés de confrontations et de débats ». Elle ajoute : « Si ce moment clé de notre histoire qu’est la Résistance suscite actuellement des affrontements aussi vifs », peut-être est-ce parce que la compréhension des enjeux de l’époque - totalement différents de ceux d’aujourd’hui - peut faciliter l’enracinement du peuple français dans les profondeurs de son rassemblement d’hier. L’oratrice note ici que « la qualité des avancées de l’époque : service public, Sécurité sociale, etc., les met sous menace d’être démantelés par le système actuel ». Le programme du Conseil national de la Résistance est en danger aujourd’hui : mieux vaut le questionner avec le regard pluraliste des témoignages et du débat.

Robert Chambeyron

Robert Chambeyron, secrétaire général adjoint du CNR, met en garde : « Un peuple sans mémoire est aussi sans avenir. »

Le 27 mai prochain sera la date du 50e anniversaire de la séance constitutive du CNR, sous la présidence de Jean Moulin. Ce fut le « confluent de toutes les forces saines de la nation ». L’événement, dit-il, « a marqué un tournant décisif dans la lutte : l’espoir change de camp…
Le CNR, en même temps que l’instrument déterminant de la lutte pour la Libération, va devenir le garant de la souveraineté nationale. (…) Il mènera une réflexion politique en profondeur qui aboutira, en mars 1944, à un programme progressiste, qui n’est pas celui de tel ou tel parti », mais qui reste notamment marqué par le fait que « c’est dans le peuple que la Résistance a trouvé ses combattants les plus résolus ». Il s’agissait bien, ajoute-t-il, « de créer les nouvelles bases d’une société nouvelle ». Avec, au « programme », une véritable démocratie, la participation du peuple à la gestion et à la direction des affaires du pays ; le droit de vote pour les femmes ; la proclamation du droit, pour tous, au travail ; la nationalisation des secteurs industriels et financiers stratégiques, etc.
Robert Chambeyron conclut : « La « guerre froide » et les déchirements au sein de la Résistance n’ont pas permis que soit appliqué dans sa totalité le programme du CNR (…), mais l’esprit dont il s’inspira conserve toute sa validité. »

Germaine Willard

L’historienne Germaine Willard insiste sur l’« originalité française » du CNR.
Il y a, dit-elle, entre ses forces constitutives, des différences qui ne sont « pas de second ordre », mais aussi « des points d’accord fondamentaux ».
L’objectif était « de libérer la France et de reconstruire la nation ».
Deux événements expliquent, selon elle, l’évolution vers la création du CNR : l’épilogue de la bataille de Stalingrad qui fait naître « l’espoir d’une défaite de l’Allemagne nazie », et l’instauration du Service du travail obligatoire (STO), « symbole de l’aggravation de l’oppression qui s’abat sur le peuple français ». L’historienne note ensuite comme « caractéristique du cas français (…), la place importante du mouvement ouvrier organisé dans la Résistance ». A l’époque, fait-elle valoir, « la reconquête de l’indépendance nationale passe par la liquidation du régime de Vichy et la mise en place d’institutions véritablement représentatives de la nation :
exigence d’autant plus forte que les alliés occidentaux, notamment américains, envisagent, sous la forme extrêmement préoccupante d’une occupation militaire soutenue par les autorités de Vichy, le statut de la France libérée ». C’est le CNR qui va « donner aux institutions déjà en place à Londres leur légitimité », et « apparaître aussi comme un véritable gouvernement provisoire ».

Claire Andrieu

Claire Andrieu, historienne elle aussi, « part de l’actualité, c’est-à-dire de la remise en cause de l’héritage de la Résistance, et même d’une certaine mémoire de cette époque ».
Cela s’inscrit dans l’actuel contexte d’« ultralibéralisme ». Evoquant ce qu’a pu représenter le CNR, elle suggère qu’il a été en son temps l’expression de la « réalité » de la Résistance unie. Elle ajoute que la question des nationalisations a constitué « une pierre d’achoppement » et, qu’après des hésitations, le PCF « s’est rendu à l’idée que ce programme pouvait faire l’union des Français ».
Citant Jacques Duclos, Claire Andrieu définit ces nationalisations comme « la restitution à la nation des grandes banques, des assurances et de tous les grands moyens de production ». Cette idéalisation de l’intervention de l’Etat et de maîtrise par lui de l’économie a été sérieusement contestée depuis… Après le retour de De Gaulle au pouvoir, on a assisté, dit-elle, à la fin d’un moment de la conscience collective qui ne voulait voir, dans les Français d’après guerre, que des résistants. Des documentaires et des fictions, souvent relayés par les médias, ont favorisé ce glissement vers l’extrême droite. Ainsi, ont refait surface les thèses collaborationnistes, et, dans la foulée, a pu se propager le discours révisionniste. Claire Andrieu estime que « ce mouvement de balancier » n’est pourtant pas irréversible, pourvu que nous restions vigilants.

André Carrel

André Carrel, qui était vice-président du Comité parisien de libération, témoigne du « grand bond » que le CNR fit faire à la Résistance.
En amont, l’activité de la classe ouvrière, la manifestation des étudiants du 11 novembre 1940, la grève des mineurs, le coup de feu de Fabien. Le problème posé aux résistants était alors de vaincre l’attentisme qui régnait dans le pays. « Nous voulions, déclare-t-il, que le peuple soit présent lors de la libération du pays, comme acteur plutôt que comme spectateur. » De ce point de vue, la création de comités départementaux a joué un rôle capital. Elle s’est accompagnée de la création de milices patriotiques, qui ont joué dans la libération du territoire un rôle majeur.

En aval, « le Comité parisien de libération, rappelle son vice-président, avait réussi à réunir en son sein toutes les composantes de la Résistance. Cela a constitué une formidable impulsion à la lutte des masses populaires » dans toutes les branches d’activité.

André Carrel, qui représente « l’Humanité » à la tribune, met ensuite en valeur les ordonnances d’août 1944 sur la presse. « Il s’agit là d’un très grand moment émancipateur de notre histoire. Non seulement la presse de la collaboration fut mise en cause, mais aussi la toute-puissance de l’argent sur l’ensemble de la presse. »

Charles Lederman

Le sénateur Charles Lederman ne partage pas l’optimisme de Claire Andrieu. Il réagit plutôt vivement. Selon lui, le « balancier » ne prend pas « la bonne direction ».
Il énumère tout ce qui a nourri son inquiétude, depuis des années, à commencer par « la première tentative de livrer une bataille médiatique contre la Résistance » : le film réalisé par Mosco, pour la télévision, sur les FTP-MOI du « groupe Manouchian ». Il cite successivement le procès Barbie, les attaques dont les témoins ont fait l’objet, et les affabulations auxquelles s’est livré Me Verges, défenseur du « boucher de Lyon » ; puis l’arrêt de la cour d’appel de Paris dans l’affaire Touvier, véritable tentative de « réhabilitation de Vichy »… Charles Lederman verse ensuite au dossier la promotion médiatique de Volton, qui désigne Pierre Cot, Jean Moulin et d’autres résistants notoires comme autant de « complices des Soviétiques ». Il affirme que c’est chez les anciens résistants, et chez ceux qui veulent rétablir la vérité, que se trouve la promesse d’un retour, dans le bon sens, du « balancier ».

L’historienne précise alors son propos. Des historiens pétainistes se sont exprimés - fait sans précédent - dans les universités. Elle ajoute que cela a incité d’autres historiens à enquêter, à procéder à des vérifications. De ce point de vue, dit-elle, le résultat est défavorable au révisionnisme.

Jean Magniadas

Jean Magniadas, économiste de la CGT, conteste que le programme du CNR soit d’inspiration keynésienne :
« Ce théoricien anglo-saxon n’a jamais parlé des comités d’entreprise. Il ne faut pas non plus confondre son « étatisme » avec l’idée de nationalisation telle qu’elle est à l’oeuvre dans les projets du CNR. D’ailleurs, Keynes n’a pas le privilège de l’« étatisme ». Cette tendance était aussi présente dans les milieux vichyssois. » L’orateur ne pense pas que l’actuel retour à l’étatisme - dont Clinton aux Etats-Unis est le symbole - ait quelque chose à voir avec la démarche progressiste et démocratique qui anime le texte du CNR. Il ajoute que les « recettes keynésiennes » n’ont pas le pouvoir de sortir la France de sa crise actuelle. Ce qu’il y avait dans le creuset de la Résistance, c’était plutôt « des idées démocratiques de gestion qui, elles, sont intéressantes à développer aujourd’hui ».

Auguste Gillot

Auguste Gillot, ancien représentant du PCF au CNR, rappelle que ce qui a précédé la constitution de cet organisme, « c’est un puissant mouvement de masse qui a été créé en France », et que le CNR résulte de « toute une série d’actions menées depuis le début de l’Occupation, d’abord en vue d’organiser la défense de Paris », puis pour conduire « une guerre nationale pour l’indépendance de la France et les libertés ».
« L’appel du 10 juillet, dit-il, de Jacques Duclos et de Maurice Thorez, a joué un grand rôle. » « La première exigence du programme du CNR, à la discussion à laquelle j’ai participé, était de faire en sorte que la France soit libérée par les Français et de préparer l’insurrection nationale. L’essentiel est que la France est restée la France, et ce fait historique mérite d’être transmis à tous les échelons de l’enseignement, dans toutes les écoles françaises. Ce sera le moyen d’obtenir que rien ne tombe dans l’oubli, de tous les crimes d’Hitler et des crimes de Pétain ; et de faire savoir à la jeunesse que la Résistance fut et restera l’honneur de notre pays. Le CNR a été constitué le jeudi 27 mai 1943 à Paris, non loin de la Mutualité, tout près du métro Saint-Sulpice, et c’est au même endroit que l’Association des anciens combattants volontaires de la Résistance et ses amis invitent, dès maintenant, la population d’Ile-de-France à se rassembler dans l’union et le souvenir, jeudi 27 mai 1993, à 18 heures. »

Daniel Virieux

Daniel Virieux, historien, attaché au musée de la Résistance, évoque le processus de construction et d’unité dans lequel s’est inscrit le CNR.
Il a pu consulter des archives comme celles de Pierre Villon. Pour accélérer le processus de coordination dont il était chargé, Jean Moulin a dû faire preuve d’une certaine dureté vis-à-vis des mouvements de résistance existants. Il s’est opposé à la présence, en même temps que le Parti communiste, du Front national, qui avait été créé à son initiative. Jean Moulin a repris à son compte le souci de rassembler, qui était déjà celui du Front. Il estimait que la diversité doit être source de richesse et d’identification. La direction du CNR s’étendait de Louis Marin, penseur chrétien de droite, aux représentants du PCF. Une union aussi large contenait évidemment un ferment de division. Les différentes parties se mirent d’accord pour éviter de courir ce risque devant l’ennemi qui occupait le territoire national. Il y avait à ce sujet, entre Jean Moulin et Pierre Villon, du Front national, plus qu’une convergence. Cela a bien évidemment marqué l’organisation et le programme de la Résistance.

Jean-Paul Scott

Jean-Paul Scott, historien, intervient sur les répercussions de la dynamique d’unité sur le contenu du programme.
La première partie concerne l’action immédiate, la seconde, les réformes de structure plus lointaines. Les deux parties sont dialectiquement liées. Les communistes et les syndicalistes voulaient lutter contre l’attentisme et mettre la question de la libération de la France par les Français au premier plan des conditions permettant d’affirmer l’indépendance du pays et la nécessité de réaliser ensuite un ensemble de transformations sociales. Les nationalisations, par exemple, auraient été impossibles sans une libération populaire. Le programme du CNR a été interprété de diverses façons par ses différents partenaires, de A. Parodi à Marcel Paul. La dynamique s’est prolongée et a atteint son apogée en 1946. Pourquoi le CNR s’est-il mis à battre de l’aile ? D’où sont venues les difficultés entre socialistes et communistes ? Qu’est-ce qui a permis de réduire rapidement la dynamique d’unité à des jeux politiciens ? La faiblesse du CNR ne réside-t-elle pas dans une pratique critiquable des relations d’unité ? Autant de questions auxquelles il convient d’apporter aujourd’hui une réponse pour actualiser l’esprit du CNR à notre époque.

Compte rendu Jean Morawski et Arnaud Spire

"APRES 20 ANS ET EN PLEINE CONNAISSANCE DE CAUSE"

Note du Comité Valmy.

Dans sa contribution Jean-Paul Scott souligne :"Les communistes et les syndicalistes voulaient lutter contre l’attentisme et mettre la question de la libération de la France par les Français au premier plan des conditions permettant d’affirmer l’indépendance du pays et la nécessité de réaliser ensuite un ensemble de transformations sociales."
A sa manière le Général De Gaulle à reconnu la pertinence de cette vision. Dans un discours le plus souvent ignoré, Charles de Gaulle déclarait le 26 août 1964 à propos de la Libération de Paris :

" Aujourd’hui, après vingt ans, et en connaissance de cause, la patrie doit reconnaître quel service décisif pour son avenir lui aura été rendu dans sa capitale... Il fallait d’abord que Paris, lui-même combattit pour briser ses chaines, au lieu d’être un enjeu passif entre l’ennemi et ses alliés"...

Cité par Gérard SCHMITZ, Comité Valmy, ancien FTP
et volontaire à la Cie du Vercors.
Mise en ligne CV : 23 décembre 2008

3 Messages de forum

  • Actualiser l’esprit du CNR à notre époque...

    22 décembre 2008 20:43, par BENBARA Abdallah

    Plusieurs des témoins cités sont décédés,il faut faire l’éducation des jeunes générations pour cette période essentielle dans l’Histoire de notre pays.Il faut étre trés vigilant car l’expérience Historique est trés difficile à transmettre.

    vive la REPUBLIQUE,vive la FRANCE

    • Actualiser l’esprit du CNR à notre époque... 29 décembre 2008 17:34, par flageollet

      Bonjour,

      Pourriez-vous me guider dans l’histoire des comités de libération, locaux et départementaux, en 1945 ( ?). Crées par qui, le CNR ? Y en a-t-il eu partout ? Merci

  • Actualiser l’esprit du CNR

    2 novembre 2014 18:26, par Comité Valmy

    "Entre les communistes et nous, il n’y a rien..." disait André Malraux... Le nous évoquait évidemment les gaullistes !

    Il s’en explique, souvent et de différentes façons par le fait, que l’on peut constater que la 2ème Guerre mondiale achevée, il n’y eu aucune autres forces politiques capables de soutenir l’indépendance nationale à des fins de mise en place d’une politique combattant l’ultralibéralisme, qui mit à mort le programme du CNR, élaboré par la Résistance intérieure et entériné par Charles de Gaulle.

    Ainsi, par une longue marche forcée, il fut mis fin à l’existence de la République Française souveraine et progressiste.

    Geneviève Blache
    Résistance et Renouveau Gaullien


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