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L’empoisonnement de la démocratie française
Par Maxime Tandonnet

mardi 16 février 2021, par Comité Valmy


Marine Le Pen et Gérald Darmanin lors du débat du jeudi 11 février. STEPHANE DE SAKUTIN/AFP

L’empoisonnement de la démocratie française

FIGAROVOX/TRIBUNE - Pour Maxime Tandonnet, le débat télévisé de jeudi dernier entre Gérald Darmanin et Marine Le Pen, illustre une confiscation de la politique médiatique nationale par le duo RN/LREM. Un duo pourtant loin d’être représentatif de la réalité politique de la France profonde.

Fin observateur de la vie politique française et contributeur régulier du FigaroVox, Maxime Tandonnet a notamment publié André Tardieu. L’incompris (Perrin, 2019).

Le débat du jeudi 11 février entre M. Darmanin, pour la majorité présidentielle et Mme le Pen candidate RN aux élections présidentielles ne peut pas être analysé comme une simple anecdote de la vie politique française. Il fut bien au contraire un événement significatif dans la préparation des prochaines élections présidentielles. Rarement, dans l’histoire politique récente de ce pays, le jeu des manœuvres politiciennes n’avait atteint un tel degré de perfection.

En effet, par un formidable contre-pied historique, le contradicteur de Mme le Pen, au nom de la majorité présidentielle, accordait pour la première fois un véritable label d’honorabilité à la présidente de ce parti en lui reprochant sa « mollesse » et son manque de « dureté ».

De fait, ces formules confortaient la stratégie de dédiabolisation de Mme le Pen en balayant l’image d’extrémisme qui s’attache à ce parti depuis 50 ans. L’objectif évident de cette étonnante pirouette : consacrer Mme le Pen comme la principale opposante officielle du président Macron, candidat à sa réélection. En effet face à cette dernière, l’équipe dirigeante au pouvoir mise, sans doute à juste titre, sur le fait qu’une majorité de Français choisira in fine la continuité contre le risque de l’aventure et du chaos.

La candidate du RN a de son côté saisi la main tendue. Échange de bons procédés : « J‘ai lu votre livre [sur l’islamisme] avec beaucoup d’attention. Et à part quelques incohérences, j’aurais pu le signer, ce livre ». Mme le Pen, à la stupéfaction générale, accordait ainsi à l’ouvrage d’un membre imminent de la majorité présidentielle un brevet de fermeté.


Un abîme s’est creusé entre la confiscation
de la politique médiatique nationale par le duo
et la réalité politique de la France profonde.


Cet échange exprimait ainsi une alliance objective entre lepénisme et macronisme, les deux formations politiques du « nouveau monde », opposées à celles de « l’ancien monde » qui se reconnaissent encore dans le clivage droite/gauche. Ces deux courants, dominants dans les sondages, consacraient ainsi une sorte de « Yalta* » de la politique française en leur faveur. M.Darmanin, se permettait même de donner des conseils à Mme le Pen pour le débat présidentiel, anticipant sur le second tour considéré comme inéluctable le Pen/ Macron en vue de la réélection probable de ce dernier.

Au-delà d’une habileté électorale indéniable et partagée, cette convergence entre les deux courants, lepénisme et macronisme, n’est pas sans fondements objectifs. Tous deux sont nés d’un reniement (l’ancien FN d’une part, le parti socialiste de l’autre). Tous deux ont développé un culte de la personnalité exacerbé excédant tout ce que la Ve République a connu en termes de personnalisation du pouvoir. Tous deux doivent leur succès au goût des provocations et des coups médiatiques. Tous deux réhabilitent des postures idéologiques exacerbées qui écrasent le monde des réalités (« mondialisme post frontières » contre « néo-nationalisme »).

Cette alliance objective porte à son paroxysme la tragédie démocratique française. Un abîme vertigineux s’est creusé entre la confiscation de la politique médiatique nationale par le duo ainsi constitué et la réalité politique de la France profonde.

Le résultat national des dernières élections municipales de 2020, en termes de rapports de forces politiques, souligne que dans ses profondeurs, le pays rejette catégoriquement l’emprise de ce nouveau cartel. Huit mois après le scrutin, les chiffres viennent (enfin) d’être rendu publics grâce à la détermination de M. le député Olivier Marleix, révélés par le Figaro. Ils sont absolument sidérants au regard du rabâchage sondagier sur l’écrasante suprématie lepéniste et macroniste dans les intentions de vote.


Les deux courants qui prétendent au monopole
de la représentativité politique n’atteignent
même pas à eux deux 6% des suffrages nationaux !


Et, même si le contexte local des municipales doit être pris en compte, ces résultats qui portent, eux, sur un vote effectif, offrent un tout autre regard sur le paysage politique français et rebattent les cartes d’un jeu que certains présentent comme définitivement plié :

2,65% à l’extrême gauche ;

29, 63% à la gauche ;

4,38% aux Verts ;

15,98% au Centre (dont 2,22% à LREM, le parti du chef de l’État) ;

33, 71% à la droite ;

3,33% à l’extrême droite (dont RN).

Une droite nettement majoritaire sur le terrain, une gauche solide, LREM et RN ultra-minoritaires dans les urnes : le triomphe du « nouveau monde » ne serait-il qu’une gigantesque mystification ? Les deux courants qui prétendent au monopole de la représentativité politique n’atteignent même pas à eux deux 6% des suffrages nationaux ! Au-delà de la particularité locale du scrutin, la faiblesse de leurs deux scores reflète la fragilité de leur implantation dans l’opinion.

Deux univers politiques parallèles semblent ainsi coexister. Le « nouveau » où s’ébat, impérial, le tandem lepénisme/macronisme, mêle les apparitions médiatiques, les jeux de posture et les combines, le matraquage télévisuel et les manipulations sondagières. Le second, celui de la politique traditionnelle sur un axe droite/gauche subsiste, presque intact, dans les profondeurs de la vie quotidienne et des réalités de terrain. Lequel des deux l’emportera à la fin ?

Seuls, le niveau de lucidité et la force de caractère du peuple français en décideront. Il en va tout simplement de l’avenir de la démocratie française.

* En référence au sommet de Yalta de février 1945, consacrant le partage de l’Europe en zones d’influence.


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