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La vitamine D combat-elle le Covid ?
Par Mattha Busby pour The Guardian

lundi 1er février 2021, par Comité Valmy


Capsules d’oméga dorées comme le soleil sur fond jaune. Le médicament solaire : la vitamine D se crée dans les couches inférieures de la peau grâce à l’absorption de la lumière du soleil et joue un rôle central dans la fonction immunitaire et métabolique. Bon marché, largement disponible, pourrait-elle nous aider à repousser le virus ? Ne devrions-nous pas tous nous soigner grâce aux propriétés du soleil ?
(Crédit photo : Getty Images
)

La vitamine D combat-elle le Covid ?

En mars, alors que les décès dus aux coronavirus au Royaume-Uni commençaient à augmenter, deux hôpitaux du nord-est de l’Angleterre ont commencé à prescrire des doses extrêmement élevées de vitamine D à leurs patients. Des études ont suggéré qu’avoir un niveau suffisant de vitamine D – qui se crée dans les couches inférieures de la peau grâce à l’absorption de la lumière du soleil – jouait un rôle central dans la fonction immunitaire et métabolique et réduisait le risque de certaines maladies respiratoires contagieuses. Mais ces conclusions ont été contestées et aucune décision officielle n’en est résulté. Lorsque les Départements d’endocrinologie et des troubles respiratoires du Newcastle-upon-Tyne Hospitals (NHS FoundationTrust) ont recommandé de façon informelle à ses cliniciens de prescrire de la vitamine D, la décision a été considérée comme inhabituelle.

Quelque temps après, les cliniciens et les endocrinologues du monde entier ont commencé à se demander si des niveaux suffisants de vitamine D pourraient avoir un impact positif sur les taux de mortalité liés aux coronavirus. Certains considéraient cet apport nutritif comme un traitement efficace bien qu’inconnu de tous ; d’autres l’ont qualifié d’inutile, une perte de temps. En mars, les conseillers scientifiques du gouvernement ont examiné les preuves existantes et décidé qu’elles n’étaient pas suffisantes. Mais en avril, des dizaines de médecins ont écrit au British Medical Journal expliquant que le fait de corriger les carences en vitamine D était « une procédure simple et sans danger » qui « constituait, de manière convaincante, un remède potentiel, significatif et réalisable pour réduire les effets du Covid-19 ».

Dans les hôpitaux de Newcastle, les patients présentant une carence en vitamine D ont reçu des doses orales extrêmement élevées du nutriment, souvent jusqu’à 750 fois la mesure quotidienne recommandée par Public Health England. En juillet, des cliniciens ont écrit à la revue Clinical Endocrinology pour partager leurs premiers résultats. Sur les 134 premiers patients atteints de coronavirus recevant de la vitamine D, 94 avaient été guéris, 24 recevaient toujours des soins hospitaliers et 16 étaient décédés. Les cliniciens n’avaient pas clairement associé les niveaux de vitamine D aux taux de mortalité globaux, mais seuls trois patients recevant des niveaux élevés de nutriment sont décédés, et tous étaient fragiles et avaient 90 ans ou plus.

De plus en plus, d’autres ont suivi l’exemple des médecins de Newcastle et ont commencé à prendre eux-mêmes la vitamine. Au cours des premiers mois de la pandémie, environ 1 000 membres du personnel du NHS ont reçu des packs ‘de bien-être’ gratuits – contenant de la vitamine C, de la vitamine D et du zinc – suite à une initiative volontaire de la part de Frontline Immune Support Team, répondant à une demande informelle des cliniciens. Et comme les ventes de compléments alimentaires de vitamine D ont considérablement augmenté, certains médecins l’ont recommandée de manière informelle aux patients. Dans une lettre, l’Association britannique des Médecins d’Origine Indienne a conseillé à ses membres de prendre le nutriment, bien que cela ne soit pas une recommandation officielle. « Nous pensons que la carence en vitamine D3 est un facteur de risque majeur d’infection grave au coronavirus, pour laquelle il existe de plus en plus de preuves, indique la lettre en question. Les personnes nées avec une peau plus foncée reçoivent moins de rayonnement UV dans les couches plus profondes de la peau où la D3 est produite, et sont donc sujettes à une carence en vitamine D plus sévère, à la fin de l’hiver, dans les latitudes nordiques, que leurs homologues à la peau plus claire. »

« Toutes ces démonstrations indiquent clairement que la vitamine D a un effet réel » : le député conservateur David Davis avec le député travailliste Rupa Huq. (Crédit photo : Suki Dhanda/The Observer)

A partir d’avril, Public Health England avait révisé ses directives en matière de vitamine D, ayant pris conscience de l’exposition réduite des gens au soleil pendant le confinement. Alors que précédemment il avait seulement été suggéré de prendre de petites doses en hiver, il était désormais conseillé à tout le monde de prendre une dose quotidienne toute l’année, conseil donné jusque-là uniquement aux personnes de couleur, aux personnes vivant en maison de retraite et aux enfants de 1 à 4 ans. Mais Public Health England n’a pas lancé de campagne d’information pour informer le public de ce changement, ni pour conseiller aux personnes les plus à risque d’augmenter leur consommation, de sorte que la majorité des gens n’ont pas pris conscience de l’effet potentiel du nutriment.

En 1940, alors que le gouvernement de Churchill craignait que la population ne soit particulièrement exposée au rachitisme, les fabricants de margarine reçurent l’ordre d’enrichir leurs produits en vitamine D « pour préserver l’état nutritionnel de la nation ». (À l’époque, on pensait généralement que le nutriment avait un impact sur la solidification des os et la masse musculaire, non sur la santé immunitaire ou métabolique.) Jusqu’en 2013, l’enrichissement de la margarine a été exigé par la loi, avant que le gouvernement ne décide que c’était un adjuvant inutile. L’inclusion de nutriment dans les matières grasses à tartiner était devenue la norme, mais il n’y a plus d’obligation légale de le faire.

Pour l’ancien secrétaire d’Etat chargé du Brexit, David Davis, le refus d’enrichir plus d’aliments en vitamine D semble inacceptable. Comme les cliniciens au plus fort de la première vague de la pandémie, il ne pouvait pas comprendre pourquoi la vitamine D n’était pas considérée comme un traitement vital contre les coronavirus. Davis est un député conservateur qui a un diplôme en Sciences moléculaires. En mai, il a exhorté le secrétaire à la Santé, Matt Hancock, à réexaminer les preuves et à envisager un programme de complémentation gratuite pour inverser les carences en vitamine D, citant la lettre envoyée au BMJ. On estime que jusqu’à 40% de la population est carencée en vitamine D cet hiver. Davis, qui a 71 ans et qui prend quotidiennement un complément très concentré de vitamine D, estime que le programme pourrait aider à atténuer les risques, en particulier chez les personnes les plus sensibles – les personnes âgées, les obèses et les gens de couleur.

Tandis qu’il suppliait le gouvernement britannique de prendre des mesures, des études se poursuivaient dans le monde entier et les preuves de l’efficacité de la vitamine D se multipliaient. Une étude expérimentale française menée dans une maison de retraite auprès de 66 personnes a suggéré que la prise régulière de compléments en vitamine D était « associée à un Covid-19 moins sévère et à un meilleur taux de survie ». Une étude portant sur 200 personnes en Corée du Sud a suggéré qu’une carence en vitamine D pourrait « diminuer les défenses immunitaires contre le Covid-19 et provoquer un aggravement de la maladie ». Des recherches préliminaires menées par le Queen Elizabeth Hospital Foundation Trust et l’Université d’East Anglia ont révélé une corrélation entre les pays européens à faible taux de vitamine D et les taux d’infection à coronavirus. Dans l’ensemble, les pays proches de l’équateur ont été moins touchés par le Covid-19 que ceux qui sont plus éloignés, bien que le Brésil et l’Inde soient des exceptions notables. Une autre étude, menée par le Singapore General Hospital, et publiées par le journal Nutrition, a démontré que le traitement des patients avec une combinaison de vitamine D, de magnésium et de vitamine B12 était associé à une « réduction significative » dans les pays les plus touchés.

Un seul patient qui avait reçu de la vitamine D a dû être hospitalisé en soins intensifs et il s’en est sorti.

Un certain nombre d’autres études ont abouti à des rapports similaires, mais c’est une étude espagnole, menée début septembre, qui a pratiquement prouvé de manière incontestable que les faibles niveaux de vitamine D ont un rôle décisif dans l’augmentation des taux de mortalité. Dans cette étude, 50 patients atteints de Covid-19 ont reçu une dose élevée de vitamine D, tandis que 26 autres patients n’ont pas reçu le nutriment. La moitié des patients qui n’avaient pas reçu de vitamine D ont dû être placés en soins intensifs et deux sont décédés plus tard. Un seul des patients qui avaient reçu de la vitamine D a dû être hospitalisé en soins intensifs et il a ensuite été libéré sans autre complication.

Pour Davis, toutes ces recherches émergentes pointaient vers l’efficacité de la vitamine D, ce qui rendait incompréhensible l’apparente réticence à travers le monde des gouvernements, des organisations philanthropiques et du secteur privé à financer des études de haute qualité.

« Toutes les études d’observation montrent les effets majeurs de la vitamine D sur l’infectiosité, la morbidité et la mortalité, dit Davis. Cette maladie existe majoritairement au-dessus de 40 degrés de latitude, car c’est là que le rayonnement UV disparaît en hiver. Toutes ces preuves réunies, dit-il, montrent très, très clairement que la vitamine D a un effet réel ».

Pourtant, le National Institute for Health and Care Excellence (NICE) et Public Health England, après avoir examiné la capacité potentielle de la vitamine D à réduire le risque de coronavirus, ont continué à annoncer qu’il n’y avait pas suffisamment de preuves pour agir. Les recherches ont été jugées de mauvaise qualité – pas assez nombreuses, pas assez convaincantes. A la suite de ces déclarations, Davis a été très désappointé. « Si vous connaissez quelque chose qui pourrait potentiellement sauver des dizaines de milliers de vies – des centaines de milliers, voire des millions, dans le monde entier – et que vous vous dites : il n’y a pas assez de preuves mais cela va tout de même dans le bon sens, alors vous devez faire quelque chose à ce sujet, non ? »

En octobre, Davis a conclu une alliance improbable avec Rupa Huq, la députée travailliste, ancienne professeure de sociologie, qui est également de plus en plus convaincue des mérites de la vitamine D, et le couple a commencé à faire pression sur le gouvernement.

Un mois plus tôt, Davis avait écrit un article pour le Telegraph affirmant que la lutte contre la carence en vitamine D de la Grande-Bretagne pourrait sauver des milliers de vies. Huq écrivit ensuite dans le Times que conseiller énergiquement aux gens de prendre des compléments de vitamine D devrait être « une évidence ». Elle a souligné que les pays où les niveaux de vitamine D sont élevés, tels que la Finlande (qui enrichit les produits laitiers avec le nutriment) et la Nouvelle-Zélande (qui, depuis 2011, prescrit de la vitamine D aux résidents des foyers d’accueil, de tous âges, et où les gens vivent plus en plein air), sont des pays, et ce n’est pas un hasard, où les cas positifs et les décès dus au coronavirus dans les deux pays ont été rares. Ils ont tous deux également souligné à quel point les personnes noires, asiatiques et celles issues des minorités ethniques – qui ont des niveaux plus élevés de mélanine dans la peau, ce qui tend à réduire la nécessité de création de vitamine D grâce au soleil – ont été affectées de manière disproportionnée par le virus, avec une disparité écrasante parmi les médecins.

Pour les experts britanniques de la Santé publique, sans doute méfiants face aux affirmations excessives quant aux bienfaits de la vitamine D, le fait de minimiser le lien avec le coronavirus reposait principalement sur des études plus anciennes et il n’y avait pas de nécessité d’effectuer plus de recherche. Ainsi, un article récent de NICE, basé sur des niveaux de vitamine D mesurés depuis 14 ans, n’a trouvé aucune corrélation entre les niveaux de vitamine D et une gravité ou une mortalité plus importantes de la maladie due au Covid-19. Mais dans un autre article, les auteurs appelait à mettre en place des tests rigoureux pour vérifier si la vitamine D jouait un rôle bénéfique dans la prévention des réactions sévères aux coronavirus. « Pour l’instant, recommander une complémentation en vitamine D pour réduire les risques de Covid-19 semble prématuré. Car, bien que cela ne puisse causer que peu de dommages, cela pourrait conduire à une fausse assurance et à des changements de comportement qui pourraient augmenter le risque d’infection », ont-ils conclu. Cela stupéfie Davis et Huq, qui pensent qu’il est temps de commencer à remédier à la carence du Royaume-Uni.

Hancock a accepté de rencontrer Davis et Huq quinze jours après la publication de l’étude espagnole. Le secrétaire à la Santé avait précédemment affirmé, faussement, que des scientifiques du gouvernement avaient mené un essai sur la vitamine D, démontrant qu’elle ne « semblait pas avoir d’impact », alors qu’en fait, aucun test de ce type n’avait eu lieu. Lors d’une réunion le 8 octobre, Hancock a révélé qu’il faisait face à la résistance des cliniciens du ministère de la Santé et des Affaires sociales (DHSC), mais qu’il était néanmoins disposé à modifier la décision du gouvernement, et il déclara plus tard publiquement qu’il n’y avait « aucun risque » à prendre des compléments de vitamine D.

« Hancock a insisté, pendant longtemps, sur le fait qu’il n’y avait pas de corrélation, dit Huq. Mais on voyait bien qu’il n’était pas totalement convaincu, et il a accepté de délivrer un message de santé publique recommandant la vitamine D. » Dans l’intervalle, les décès dus au coronavirus ont continué d’augmenter et, aux États-Unis, le Dr Anthony Fauci, directeur de l’US National Institute of Allergy and Infectious Diseases, a déclaré que la carence en vitamine D avait un impact sur la sensibilité des gens à l’infection à coronavirus et ajouté : « Je n’ai pas d’objection à recommander à tous - car je le fais moi-même - de prendre des compléments de vitamine D. »

À la fin du mois de novembre, le gouvernement a annoncé qu’il offrirait quatre mois de compléments alimentaires de vitamine D gratuits à tous les résidents en maisons de retraite et aux soignants - quelque 2,7 millions de personnes - à compter de ce mois, le service pénitentiaire fournissant également des compléments gratuits à tous les détenus. Hancock a également ordonné à NICE (qui définit les directives cliniques du NHS) et à Public Health England de publier des recommandations sur la vitamine D pour le traitement et la prévention du coronavirus. La question semble maintenant si urgente au DHSC qu’il a suggéré aux gens d’acheter leurs propres compléments pour s’assurer qu’ils ont des niveaux suffisants, avant même les livraisons gratuites. « Un certain nombre d’études indiquent que la vitamine D pourrait avoir un impact positif sur la protection contre Covid-19 », a déclaré Hancock.

Cependant, NICE a de nouveau statué qu’il n’y avait pas suffisamment de preuves pour prouver une corrélation entre la carence en vitamine D et la gravité du Covid, mais, pour ce qui semble être la première fois, le Comité de nutrition du PHE a déclaré que la vitamine D « pourrait apporter un avantage complémentaire dans la réduction du risque dû à des infections respiratoires aiguës. » Pendant ce temps, NICE appelait tardivement à plus de recherche.

Sans l’action de Davis et Huq, de nombreux partisans de la vitamine D pensent que le gouvernement n’aurait pas agi comme il l’a finalement fait. Mais Huq, qui prend également des comprimés de vitamine D tous les jours, a des sentiments mitigés. « Je trouve, plutôt décevant, que le gouvernement ait traîné les pieds là-dessus. Mais je suis heureuse qu’il ait du changement, même si tard, et j’espère que l’arrivée des vaccins contre le coronavirus ne les fera pas changer d’avis. »

L’échec en ce qui concerne le financement des études sur la vitamine D reste une frustration majeure. « Notre problème est que les principaux bailleurs de fonds n’ont pas soutenu les essais cliniques de complémentation en vitamine D pour prévenir le Covid-19, malgré le fait que plusieurs groupes de recherche au Royaume-Uni aient soumis des propositions », me disait Adrian Martineau, professeur d’Infection respiratoire et d’Immunité à la Queen Mary University de Londres, qui a pu lancer un essai clinique financé par une organisation caritative en octobre pour déterminer si la vitamine D protège contre le Covid-19. Il n’a pu lancer cet essai que « parce que les organismes de bienfaisance et les philanthropes nous ont apporté un soutien financier et sont intervenus là où le gouvernement ne le faisait pas ».

Écrivant dans le Lancet en août, il a déclaré : « Il semble qu’il n’y ait aucun inconvénient à promouvoir avec enthousiasme tout effort visant à atteindre les apports nutritionnels de référence en vitamine D… Il n’y a rien à perdre à cela et potentiellement beaucoup à gagner. » Bien que des doses extrêmement élevées et régulières de vitamine D puissent être toxiques, elle est par ailleurs inoffensive.

Le Dr Aseem Malhotra, cardiologue et écrivain, a été déçu par l’absence de leadership pour s’assurer que les personnes de couleur ont des niveaux suffisants de nutriments. « Le racisme structurel a réellement un effet », dit-il. « Mais cela ne devrait pas être le message principal. On aurait dû dire : Que tout le monde prenne de la vitamine D et laisse tomber la malbouffe. Je pense que c’est une évidence, car la vitamine D n’est pas nocive et elle est bon marché. C’est assez scandaleux que cela n’ait pas été réglé jusqu’à présent. »

Davis croit désormais que le gouvernement va se concentrer de plus en plus sur les défenses immunitaires. « Le Covid vous tue si vous avez un système immunitaire affaibli, dit-il. C’est pourquoi la vitamine D a un effet beaucoup plus général que, disons, les vaccins. Nous allons gagner cette bataille à long terme. Je regrette simplement ceux qui sont morts inutilement. »

Mattha Busby
le 10 janvier 2021

Lien de l’article en anglais :

https://www.theguardian.com/lifeandstyle/2021/jan/10/does-vitamin-d-combat-covid


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