COMITE VALMY

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Dr Kierzek : « Un confinement national
n’aurait pas beaucoup de sens »
Par Paul Sugy

samedi 30 janvier 2021, par Comité Valmy


Dr Kierzek : « Un confinement national
n’aurait pas beaucoup de sens »

FIGAROVOX/ENTRETIEN - Mesure « radicale » et « moyenâgeuse » selon le médecin urgentiste, un reconfinement du pays entier aurait davantage d’impact (effet nocebo) sur le moral des Français que sur la propagation du virus, très hétérogène selon les territoires.


Gérald Kierzek est médecin urgentiste et chroniqueur santé, Directeur médical de Doctissimo, et auteur notamment de Coronavirus, comment se protéger ? (Éditions de l’Archipel, mars 2020).


FIGAROVOX.- Est-on de nouveau, selon les indicateurs partagés par les autorités, « dépassés » par le virus ? Cette expression semble vous agacer…

Gérald KIERZEK.- Non, nous ne sommes pas dépassés par le virus, de même que nous ne l’avons jamais été. Nous n’avons jamais été dans une situation, hospitalière notamment, de débordement avec des refus d’admissions, des patients manquant d’oxygène ou encore des gens faisant la queue aux urgences.

Il est d’ailleurs frappant, en tant que professionnel de terrain, de mesurer la différence entre la réalité et la représentation du public ou des médias : on a l’impression de services d’urgences saturés, de patients mourant quasiment sur les trottoirs des hôpitaux sans avoir jamais vu aucune image, et pour cause. Les services de réanimation ont dû augmenter leurs capacités lors du premier confinement, essentiellement dans deux régions françaises (Grand Est et Île-de-France) mais les autres régions ont été épargnées. Lors du deuxième confinement, ce sont des régions n’ayant pas subi de « première vague » qui ont été à leur tour touchées mais par exemple à Paris la situation n’a pas été celle d’un débordement capacitaire et il n’y a pas eu de deuxième vague ! En novembre 2020, les hôpitaux d’Île-de-France ont même pu accueillir des patients d’autres régions, preuve que leurs capacités le permettaient. Encore une fois, nous devons faire face à une sous-capacité chronique de nos hôpitaux avec un manque de lits qui se fait sentir chaque hiver particulièrement, a fortiori en cette période. À date, les malades de réanimation sont autour de 3000 pour 5000 lits au total. Et si l’on craint une augmentation, augmentons les lits et pas seulement de réanimation ! La prise en charge du COVID s’est largement améliorée depuis mars 2020 : en le diagnostiquant tôt (scanner) et le traitant tôt (oxygène, cortisone, antibiotiques, anticoagulants,…) on évite la réa !


On gère une épidémie de courbes de tests positifs
au lieu de gérer un nombre de patients.


Ce qui m’agace, c’est le discours anxiogène permanent, laissant croire que l’hôpital ne pourra soigner les Français ; donnons-lui les moyens plutôt que de regarder passivement des courbes d’hospitalisation monter. Idem pour les courbes de tests d’ailleurs : on gère une épidémie de courbes de tests positifs au lieu de gérer un nombre de patients. Tous les médecins de terrain, généralistes en particulier, et les données de surveillance épidémiologiques comme le Réseau Sentinelles , montrent un plateau haut de cas mais pas de débordement justifiant une panique, accentuée par des modèles mathématiques ne prenant pas en compte la contagiosité et dangerosité en vie réelle puisqu’ils se fondent uniquement sur le taux de reproduction et pas l’immunité. Et je ne parle pas des variants ou « mutants » qui alimentent cette peur inutilement.

Le ministre de la Santé a reconnu
lors d’une conférence de presse ce jeudi
l’inefficacité du couvre-feu à 18h. Était-elle prévisible ?

Le couvre-feu à 18h est une mesure dont l’efficacité réelle est difficile à évaluer et à prouver. On voit à longueur de journées des courbes de tests positifs et/ou d’hospitalisation qui montent ou qui baissent et la mise en parallèle des mesures prises par les autorités. Mais quel est leur impact réel ? Quelle est la causalité entre la mesure décidée et la baisse ou la hausse des indicateurs ? L’évolution naturelle de l’épidémie, ce que l’on appelle en médecine l’histoire de la maladie, comporte une augmentation des cas, puis un pic ou un plateau et enfin une décrue, couvre-feu ou pas. À regarder de près les courbes, on s’aperçoit souvent que la baisse commence souvent avant la mise en place des mesures. Par ailleurs, attention à ne pas confondre concomitance temporelle et causalité ; certaines études montrent que c’est la structure de la population et en particulier l’âge ou les comorbidités qui déterminent les décès et non les interventions de type couvre-feu ou confinements. Nous sommes en hiver, les conditions des infections respiratoires sont favorables (vie en intérieur, températures, transports,…) et je ne suis pas sûr que le couvre-feu à 18h change vraiment la donne.

L’utilité du confinement elle-même fait débat. Aux États-Unis, le nombre de cas dans les États n’est pas du tout proportionné à la sévérité des mesures mises en place. Bien sûr, un nouveau confinement freinerait sans doute la propagation du virus et de ses variants mais les preuves de son efficacité sont-elles suffisamment certaines pour que l’on puisse courir le risque économique et psychique que ce nouvel enfermement comporte ?

Le confinement est une mesure radicale et moyenâgeuse. Si vous enfermez tout le monde, vous diminuez bien sûr la transmission mais de manière temporaire. Vous enfermez le virus au sein des familles, ce qui n’empêche pas les contaminations intrafamiliales ou dans des clusters (EHPAD, lieux de soins,…) et les décès des plus fragiles. Mais surtout au déconfinement, quand vous soulevez le couvercle, la tendance repart et sans mesure visant à éradiquer le virus, les épisodes de confinement-déconfinement deviennent cycliques avec le fameux stop-and-go.


Le confinement national n’a pas beaucoup de sens.


Le confinement national n’a par ailleurs pas beaucoup de sens. En début d’épidémie, devant l’inconnu de la maladie et en mesure d’urgence, peut-être était-il justifié mais avec le recul, la meilleure prise en charge et surtout l’hétérogénéité de la situation sur le territoire, il serait plus dangereux qu’autre chose. Dans les Côtes d’Armor, il n’y a pas d’épidémie ! Nous sommes donc face à une épidémie localisée à des territoires voire à des lieux précis ; les mesures doivent être adaptées à la situation de ces territoires. Si la question du confinement se pose, ou de mesures restrictives, elles doivent être différenciées et non nationales. Attention aussi aux effets de panique liés aux indicateurs utilisés. Les taux d’incidence dépendent du nombre de tests réalisés : la région PACA teste cinq fois plus que la Vendée par exemple ; la concentration de populations fragiles n’y est pas la même non plus. En médecine, il faut raisonner avec la balance bénéfices-risques. Les bénéfices d’un enfermement général sont probablement inférieurs aux risques encourus, économiques ou psychiques. Attention aussi à la mise à l’arrêt des hôpitaux, aux déprogrammations ou annulations d’interventions chirurgicales aux effets désastreux. Il faut sortir de la prophétie autoréalisatrice : on supprime des chirurgies et on ouvre des lits-covid « en prévision de » et ensuite on peut dire : « regardez on a dû supprimer des chirurgies et ouvrir des lits-covid, c’est bien la preuve que l’épidémie explose ! »

Pensez-vous, comme le Professeur Raoult,
que l’on risque de « rendre tout le monde fou » ?

Cette crise mine le moral. Les discours anxiogènes sont très délétères, entraînant un quasi-effet nocebo sur la population qui se sent malade sans l’être. Le stop-and-go sans perspective de sortie, sans espoir, use. Les étudiants vivent dans des conditions précaires, enfermés dans des surfaces réduites sans interactions sociales avec des cours à distance. Les liens intergénérationnels sont interrompus pour ne pas dire rompus avec beaucoup de culpabilisation. Tout cela concourt à une situation psychique peut-être plus inquiétante que la situation virale. La communication médicale a beaucoup joué et en ce sens certains médecins ont une responsabilité terrible. La mienne est d’apaiser, de replacer les données dans leur contexte et de redonner espoir. La médiane d’âge des décès est de 85 ans et le taux de mortalité du coronavirus est de moins de 0,1%. Chaque mort est insupportable, surtout quand il s’agit d’un de vos proches, mais la mort fait partie de la vie. Cette maladie n’est ni ebola ni la peste. La vaccination, le diagnostic et le traitement des malades voire l’augmentation de nos capacités hospitalières sont des repères tangibles sur lesquels on doit communiquer largement pour ne pas désespérer les gens.


Les plus de 65 ans doivent au moins
avoir un rendez-vous de vaccination,
le fait d’avoir l’échéance est un soulagement.


L’idée d’un confinement par âge
ne vous convainc pas davantage, pourquoi ?

Les plus âgés et fragiles sont déjà confinés ! en EHPAD ou en autoconfinement volontaire. Misons plutôt sur une stratégie active. La vaccination des personnes à risque est capitale. Les plus de 65 ans doivent au moins avoir un rendez-vous de vaccination, même si la date est dans quelques semaines ; le fait d’avoir l’échéance est un soulagement. Il faut aussi se poser la question éthique d’une limite à la vaccination. Si vacciner les plus de 65 ans semble raisonnable compte tenu de leur risque de contracter une forme grave, quid de la vaccination de personnes en fin de vie ou grabataires ? L’éthique est la grande oubliée de cette crise.

Enfin, une stratégie active repose aussi sur un dépistage efficace, rapide et répété, notamment dans les lieux de soins : les hôpitaux sont des clusters, comme tous les lieux fermés avec une concentration de personnes. Il est urgent de traquer les lieux de propagation du virus avec des méthodes modernes (tests salivaires, tests de groupe,…) plutôt que de faire peur et d’isoler un peu plus encore les personnes âgées.

29 janvier 2021


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