COMITE VALMY

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2084
par Richard Labévière

jeudi 14 janvier 2021, par Comité Valmy


2084

Un vieil ami syrien vient de nous envoyer ce commentaire : « avec les difficultés de circulation liées à la Covid, les Américains organisent maintenant des tentatives de coup d’État à domicile. Le confinement a, au moins cet effet salutaire ! ». Et il fallait voir la mine de chien battu de ce pauvre Ulysse Gosset, enchaîné à son pupitre de BFM (Bête et franchement médiocre), annonçant les plus sombres prédictions après l’envahissement du « sanctuaire de la démocratie » (dixit) ! Bien-sûr nous eurent droit à toutes les platitudes habituelles du genre : « Etats-Unis, démocratie exemplaire, première du monde, blabla blabla », etc., etc…

En 1949, l’écrivain George Orwell publiait son fameux roman 1984 (Nineteen Eighty-Four). Il y décrit une Grande-Bretagne trente ans après une guerre nucléaire entre l’Est et l’Ouest censée avoir eu lieu dans les années 1950 et où s’est instauré un régime de type totalitaire fortement inspiré à la fois du nazisme et du stalinisme. La liberté d’expression n’existe plus. Toutes les pensées sont minutieusement surveillées, et d’immenses affiches sont placardées dans les rues, indiquant à tous que « Big Brother vous regarde » (Big Brother is watching you).

Avec la traçabilité numérique, le Journal de 20 heures et autres drones, nous avons dépassé ce stade depuis bien longtemps, étant pleinement entrés dans une implosion permanente du politique et de la gestion des choses. Le sociologue Jean Baudrillard l’annonçait depuis la fin des années 1970 : « il viendra bientôt un jour où toutes nos pratiques politiques et administratives ne seront plus que simulacres et faux semblants dont l’obsession première sera d’exorciser un temps sur lequel nous aurons perdu toute espèce de prise et de moyen d’agir… ». Il concluait par cette question prémonitoire : « que feront les gouvernants lorsqu’il n’y aura plus de gouvernés ? ».

Cet insubmersible constat, n’empêche surtout pas Ulysse Gosset de se demander pourquoi l’enceinte du Capitole américain n’était pas plus fermement défendue par les forces de l’ordre ! Du reste, à elle seule, la sociologie des envahisseurs résume tout : bien-sûr des Trumpistes d’extrême-droite, des militants d’extrême-gauche, des indiens métropolitains – mendiants home-less/job-less -, une bonne dose de curieux et une cohorte de journalistes… Toujours est-il que cet aéropage de chasseurs de bisons n’est porteur d’aucun projet alternatif, ni d’aucune espèce de revendication institutionnelle particulière, arguant vaguement un refus de l’impôt fédéral sur le revenu. De nos jours, on appelle cela du « populisme », ce qui ne veut pas dire grand-chose, si ce n’est que ce mécontentement provient du « peuple ». Mais lequel ? Le peuple, c’est comme les trains, ça peut en cacher un autre…

Et ce pauvre Ulysse Gosset, toujours lui, peinant à trouver ses mots – entre le déroulement factuel de la jacquerie et la franche désapprobation – revient invariablement sur l’aspect bigarré de cette foule improbable sans vraiment insister sur le fait que c’est bien le président Donald Trump lui-même qui a appelé ses partisans à marcher ainsi sur le Congrès, même cette consigne avait été formulée après d’autres appels émanant de groupuscules d’extrême-droite. Toujours est-il que cette pantalonnade est profondément révélatrice d’une crise profonde la représentation. Et celle-ci ne touche pas seulement les États-Unis, mais concerne directement la plupart des « démocraties parlementaires ». A part la Suisse peut-être… A voir !

Toujours est-il que cet assaut d’opérette a bien fait rigoler les Chinois et les Russes, toujours promptement invités à « démocratiser » leurs institutions. Même si l’histoire de ces deux pays n’est pas vraiment exemplaire en matière de libertés civiles et politiques, elle reste parfaitement révélatrice du fonctionnement des « machineries de pouvoir », pour reprendre les termes de Michel Foucault.

Et on aura beau relire Le Prince, Mein Kampf ou Le Léviathan, il s’agira bien de revenir – à un moment ou un autre – à la question d’Ernest Renan : « Qu’est-ce qu’une nation ?1 ». Sans ressortir tous les poncifs d’une déglingue continue de l’École et de l’université, du niveau qui baisse ou qui s’effondre, la question reste bien celle du « lien social », des rationalités qui font que tel ou tel groupe humain continue à se reproduire comme groupe en revendiquant – de manière plus ou moins affirmée – une « identité commune ».

Autant le fil rouge du 1984 d’Orwell était la privation de liberté, celui de 2084 touche à la redondance d’une multiplication de libertés devenues « simulacres », autre concept-clé de Baudrillard. Dans cet ordre d’idées, les envahisseurs du Capitole auraient mieux fait d’investir le siège des grandes banques de Wall-Street et les rédactions des grands médias américains qui asservissent le sens, l’intelligence et les désirs.

Avec 2084, nous entrons dans une nouvelle période de glaciation, marquée par une généralisation absolue des outils numériques – qui n’épargne rien -, pas même les niches les plus intimes de l’existence !

Que faire ? se demandait Lénine. Lire, écrire, transmettre, accoucher les âmes recommandait le vieux Socrate. Essayons cela ! Encore tous nos vœux pour les temps qui viennent. Nous en aurons besoin.

Richard Labévière
11 janvier 2021

Note

1 « Qu’est-ce qu’une nation ? » est une conférence donnée par Ernest Renan à la Sorbonne en 1882, et publiée par la suite dans les Discours et conférences, en 1887. Ce discours reste, avec La Vie de Jésus, le texte le plus connu de Renan. Dans la préface du recueil de 1887, Renan consacre une large partie à l’importance qu’il accorde au texte de sa conférence, où il dit avoir « pesé chaque mot avec le plus grand soin ».

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