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Référendum : « Un gouvernement qui a fermé Fessenheim n’est pas crédible lorsqu’il parle d’environnement » - Par Ferghane Azihari

mercredi 23 décembre 2020, par Comité Valmy


Le Président de la République Emmanuel Macron. GONZALO FUENTES/REUTERS

Référendum :
« Un gouvernement qui a fermé Fessenheim
n’est pas crédible lorsqu’il parle d’environnement »

FIGAROVOX/TRIBUNE - La proposition d’Emmanuel Macron de convoquer un référendum sur le climat pourrait ouvrir la voie à des mesures autoritaires dirigées contre la liberté de circuler, de subvenir à leurs besoins ou de se reproduire, regrette le délégué général de l’Académie libre des sciences Fergane Azihari.

Ferghane Azihari est délégué général de l’Académie libre des sciences humaines (ALSH) et prépare un essai sur la question écologique.

« Toute Société dans laquelle la garantie des Droits n’est pas assurée, ni la séparation des Pouvoirs déterminée, n’a point de Constitution », dit l’article 16 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789.

L’énoncé a le mérite d’exposer clairement le rôle des constitutions. Celles-ci sont « des actes de défiance envers le pouvoir », comme le rappelait utilement l’écrivain Benjamin Constant.

Les constitutions ne sont pas des tracts

Leur rôle consiste à limiter les pouvoirs des détenteurs de la violence légale. En dépit de la tentation politique de céder à toutes les humeurs du moment, la constitution n’est donc pas un tract destiné à accueillir des slogans vagues, aussi bienveillants soient-ils. C’est notamment pourquoi la proposition d’Emmanuel Macron de convoquer un référendum pour mentionner dans la constitution que « la République garantit la préservation de la biodiversité, de l’environnement et lutte contre le dérèglement climatique » est tout à fait malvenue.

Bien sûr, cette conception traditionnelle de la constitution n’est pas un prétexte à l’immobilisme. Au contraire, elle est la condition de l’autonomie de la société civile, seule sphère légitime à définir des projets collectifs ainsi que les moyens d’y parvenir. La faculté de jouir d’un environnement sain fait assurément partie de ces objectifs. Les hommes n’ont ni attendu l’arrivée du Conseil constitutionnel ni l’émergence de l’écologie politique dans la deuxième moitié du XXe siècle pour se préoccuper de la qualité de leur environnement. Elle est partie intégrante du confort recherché en ce bas monde.


L’histoire de l’humanité est aussi celle de sa lutte pour un environnement plus chaleureux pour l’homme


C’est pourquoi l’histoire de l’humanité est aussi celle de sa lutte pour un environnement plus chaleureux pour l’homme. Cette réalité est occultée par le déclinisme des écologistes, pour qui la société industrielle a expulsé les hommes d’un état de nature édénique.

Ainsi pour l’écologiste Barry Commoner, les réalisations techniques de la modernité « constituent, par rapport à l’environnement d’incontestables échecs ». Les adeptes de ce récit nostalgique devraient revisiter l’histoire de notre espèce pour réaliser que la modernité n’a pas à rougir de son bilan.

La clef d’un environnement toujours plus hospitalier pour l’homme réside dans l’innovation

Les pollutions de l’air et de l’eau font de moins en moins de victimes à mesure que les sociétés se développent, au Nord comme au Sud. La richesse et l’innovation permettent l’accès à des technologies qui rendent notre planète toujours plus hospitalière. La diminution des décès liés aux catastrophes naturelles dans un monde toujours plus peuplé d’êtres humains est un signe supplémentaire du succès de la civilisation prométhéenne. Et s’il est vrai que la modernité a favorisé l’émergence de nouveaux risques, elle recèle en son sein les solutions pour les maîtriser.

Face au changement climatique anthropique, les environnementalistes sincères savent que le nucléaire est destiné à devenir la pièce maîtresse de la civilisation industrielle de demain. L’atome est en effet la seule source d’énergie pilotable, décarbonée, et affranchie des contraintes topographiques de l’hydraulique. D’où l’indécence de l’attitude qui consiste, pour un gouvernement qui n’a pas empêché la fermeture de Fessenheim, à s’autoproclamer le gardien de notre planète.

Le plus incroyable, en effet, est que ce gouvernement persiste, en dépit de cette fermeture, à croire qu’il a encore une once de crédibilité quand il parle d’environnement. Tout observateur lucide peut constater que sa seule ambition est de courir après les voix d’une extrême-gauche qui s’intéresse moins au sauvetage de la planète qu’à sa revanche sur la chute du mur de Berlin.

Si le gouvernement veut montrer qu’il est sérieux sur le plan climatique, il peut rouvrir immédiatement Fessenheim. Autrement, toutes ses prises de parole en matière environnementale devront être accueillies avec le plus grand dédain.

À quoi bon modifier la constitution ?

Dès lors que les sociétés humaines peuvent améliorer leur rapport avec leur environnement sans injonction constitutionnelle, on voit mal à quoi sert le référendum proposé par Macron. D’autant que la protection de l’environnement et de la biodiversité est une notion trop vague. Si elle devait être invoquée devant le juge constitutionnel, ce serait d’une manière imprévisible. L’environnement n’étant pas une partie prenante bien identifiable, le sens donné à sa protection ne peut être qu’équivoque.

En effet, celui qui clame son amour pour la nature et son mépris de la pollution n’a encore rien dit. Il ne dit rien des espèces et des habitats qu’il souhaite protéger. Il devra pourtant faire des choix discriminants. Il ne dit rien des concessions acceptables pour protéger les espèces qu’il affectionne, alors que l’homme ne peut pas s’abstenir d’interférer avec son milieu à n’importe quel prix. Il ne dit rien des seuils de nuisance tolérables, alors que toute société humaine doit accepter un niveau de pollution minimum sans quoi elle s’empêche de vivre. La protection de l’environnement fait donc appel à des arbitrages dont la qualité est subjective.


Cette mesure peut donner des instruments supplémentaires à un clergé écologiste désireux de préempter l’environnement au service d’une lecture fondamentaliste de la nature


Toute la question est de connaître l’identité des personnes légitimes à effectuer ces arbitrages. Laisse-t-on ces décisions discrétionnaires à la société civile ? Ou doivent-elles relever d’une « tyrannie bienveillante », selon la formule du philosophe Hans Jonas ? La question semble tranchée pour la ministre de la transition écologique, qui s’est félicitée que la constitutionnalisation de la « protection de l’environnement » - déjà amorcée par la Charte de l’environnement - permette de multiplier les contraintes qui s’abattront sur les Français.

C’est là l’autre risque de cette mesure. Elle peut donner des instruments supplémentaires à un clergé écologiste désireux de préempter l’environnement au service d’une lecture fondamentaliste de la nature : une planète qu’il faudrait libérer d’une action humaine nécessairement intrusive.

Le triomphe de cette lecture fondamentaliste ouvrirait potentiellement la voie à des mesures autoritaires dirigées contre la liberté des hommes de circuler, de subvenir à leurs besoins ou de se reproduire, conformément aux vœux des néo-malthusiens les plus intransigeants. Au mieux cette initiative constitutionnelle demeurera symbolique et sans effet. Au pire donnera-t-elle une teinte de vert au despotisme doux que Tocqueville redoutait, en dénaturant notre constitution définitivement.

Ferghane Azihari
17 décembre 2020


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