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La Pologne, agent d’intimidation
et facteur de pression américaine en Europe.
par Alain Jejcic

dimanche 13 décembre 2020, par Comité Valmy


La Pologne, agent d’intimidation
et facteur de pression américaine en Europe.

Mateus Piskorski, politologue polonais, fondateur et dirigeant du parti politique Zmiana (Changement) et fondateur du Centre Européen d’Analyse Géopolitique, s’est entretenu avec Boris Nadj, journaliste à Pečat (11/12/2020), hebdomadaire politique serbe. Les propos tenus par Piskorski détonnent par rapport au politiquement correcte polonais totalement asservi à l’Amérique. Intéressants donc, on les reprend dans leur intégralité ci-après.
« Cheval de Troie russe en Europe », pour les officiels polonais, Piskorski réfute la critique en mettant en avant que Zmiana, en préconisant la normalisation des relations avec la Russie, est le « parti de la paix ». « Nous sommes pour la sortie de la Pologne de l’OTAN, précise-t-il à son interlocuteur serbe, l’OTAN s’étant transformé au fil du temps en une alliance militaire agressive, instrument de la politique américaine. Je ne veux pas que des soldats américains stationnent en Europe. Si nous avons besoin d’une défense, nous devons concevoir avant toute chose un concept politique, base de notre système de défense. Je souhaite que l’Europe agisse sur la scène internationale, en facteur indépendant des États-Unis d’Amérique.
 »

Commençons notre entretien par la Pologne. Que se passe-t-il dans ce pays aujourd’hui ?

Le régime autoritaire néo-conservateur du parti Droit et justice vient d’initier un nouveau conflit pour alimenter la division sociale et politique du pays. Sincèrement, je ne connais pas la véritable raison pour laquelle on a décidé d’ inscrire l’interdiction de l’avortement dans le code pénal polonais. Ce thème demeurait latent durant les 27 dernières années en dépit du fragile compromis de 1993. Peut-être ont-ils voulu résoudre quelques autres problèmes par cette controverse ? Le temps va le montrer.

La déchristianisation a pris de l’ampleur en Pologne. D’après les enquêtes de Pure research center (sous toute réserve), la Pologne serait à l’heure actuelle le leader mondial dans le domaine de la sécularisation des jeunes.

Oui, cela n’est pas exagéré. Je pense que le rapport de Pure research présente plus ou moins une image véridique de la situation. Les raisons de cet état de choses sont multiples et assez compliquées. Je crois que ce processus va se poursuivre dans les décennies à venir pour, au bout du compte, faire de la Pologne un état sécularisé sensiblement comparable aux pays de l’Europe occidentale. Cette sorte d’évolution sociale et idéologique est probablement en cours et ne saurait être évitée dans d’autres pays catholiques, du moins en Europe. A vrai dire, cela a déjà eu lieu en Espagne, en Irlande et quelques autres pays.

Dans l’orthodoxie, l’islam, le bouddhisme, les prêtres assument le rôle de guide, d’autorité spirituelle, avez-vous écrit « en travaillant avec les gens qui doutent en se tenant au bord de la vie ». En Pologne, « le clergé se consacre aux problèmes quotidiens d’organisation en participant aux débats nationaux ». L’église catholique polonaise est-elle en crise ? Est-elle devenue étrangère à la réalité spirituelle du pays ?

Bon, je ne fais qu’exposer mon avis personnel, observateur extérieur n’étant pas membre de l’église catholique. L’église en Pologne connaît une crise profonde depuis des décennies, jusqu’alors dissimulée par le pape polonais Jean-Paul II. Après le décès de ce denier, son autorité a considérablement baissé. La hiérarchie locale est corrompue par les abus sexuels et autres scandales. La vie spirituelle, la théologie, les questions philosophiques sont laissées de côté pour se consacrer toujours plus aux questions institutionnelles, voire même aux problèmes financiers. La coexistence avec les structures de l’état a submergé l’église polonaise de problèmes quotidiens et l’intégrer au matérialisme ambiant. Ils sont littéralement achetés ; ils ont soutenu toutes les réformes politiques douteuses. Finalement, l’église a légitimé la soi-disant thérapie de choc qui a dévasté l’économie polonaise par la privatisation et la dérégulation dans l’esprit du consensus de Washington. Le problème à présent est qu’aucune autre structure n’est venue remplacer l’église dans son rôle de guide spirituel. Il y a, par conséquent, un vide dans le système des valeurs. La crise du post-capitalisme à laquelle nous sommes confrontés est difficile à supporter pour des gens dépourvus d’orientations morale et étique.

« La force de l’église catholique ne réside pas dans l’assistance aux messes dominicales ou autres célébrations … La force de l’église réside dans le nombre d’individus que les prêtres sont en mesure de convaincre de l’importance de certaines valeurs spirituelles ». Le parti au pouvoir en Pologne, Droit et justice, réduit la question de l’avortement « à l’intervention d’apparatchiks et fonctionnaires impies dans la vie intime des familles polonaises ».

Cela est vraie. Je suis convaincu que l’autorité des prêtres ne peut pas être remplacée par l’autorité des juges et des policiers. Je pense que la force réelle des institutions ecclésiastiques peut être mesurée par le niveau de leur influence morale sur le public. L’église n’a aucun besoin d’imposer des lois si son message est éthiquement et moralement suffisamment puissant. L’église est une institution de niveau métapolitique et son influence ne devrait pas être conçue à partir d’alliances avec les structures étatiques. Cela étant mise à part, à l’heure actuelle, le parti au pouvoir est capable de faire chanter la hiérarchie de l’église polonaise. Depuis plusieurs années ils rassemblent des informations détaillées et des documents sur les abus internes de l’église. Déjà en 2006, lorsque le parti Droit et justice est arrivé au pouvoir, ses responsables, à l’occasion d’une réunion avec les représentants de la hiérarchie catholique, ont fait savoir à leurs interlocuteurs qu’ils disposaient de documents forts compromettants qu’ils n’hésiteraient pas à publier au cas où l’église agirait à l’encontre de leur orientation politique. L’église polonaise est en grande partie sous contrôle de l’élite politique au pouvoir.

Quels autres problèmes assaillent la Pologne d’aujourd’hui ? La Pologne achète le gaz et les armes américaines. A la demande des États-Unis elle augmente le budget militaire.

L’ancien ministre des finances et vice-premier ministre du gouvernement polonais, Grzgorz Kolodko, par ailleurs professeur d’économie, a récemment publié un livre consacré à l’histoire du budget polonais de la défense. Selon lui, le gouvernement a prévu de dépenser à l’horizon 2030 deux cent milliards de dollars pour des équipements militaires en achetant principalement des armements américains, autrement dit en dégageant 2.5 % du PIB pour les besoins militaires. Ceci fait du budget polonais le budget le plus militarisé d’Europe. Avec ces fonds, comme l’écrit Kolodko, on pourrait résoudre plusieurs sérieux problèmes sociaux comme, par exemple, l’augmentation des salaires des personnels soignants, des enseignants, lutter contre le smog et autres problèmes écologiques.

Un autre problème est le gaz américain, Washington a promis à Pologne qu’elle allait devenir le centre pour l’exportation du gaz en Europe. Les Américains ont sommé les Polonais non seulement d’acheter le gaz liquéfié aux compagnies américaines à un prix supérieur de celui du marché mais également de perturber les relations entre l’UE et la Russie en bloquant le projet « North Stream II ». Comment dès lors, en se fondant sur les faits, ne pas reconnaître que en la Pologne l’agent américain au service de sa politique vis-à-vis de la Russie et de l’Europe continentale ?

Comment commentez-vous les événements de Biélorussie ? Selon les accusations du président Lukashenko la Pologne aurait été transformée en un centre logistique en vue de déstabiliser la Biélorussie mais, comme il semble, sans y parvenir ?

Ici nous avons à faire avec une tentative d’organiser une « révolution de couleur », totalement dépourvue de motivations sociales. Je crois qu’à plusieurs occasions des agents étrangers ont essayé de prendre le contrôle de mouvements sociaux réellement existants, fondés sur des problèmes économiques et sociaux. Dans le cas de la Biélorussie il n’y avait aucune revendication sociale, l’économie du pays est en effet saine, en bon état comme l’est le niveau de couverture sociale alors que, contrairement aux autres états post-soviétiques, les inégalités sociales sont minimes. Les manifestations n’avaient aucun fondement, elles étaient arbitraires, factices, seule raison pouvant être évoquée pour les expliquer était une sorte de fatigue due à la longue présidence d’Alexandre Lukashenko. En fait, il y a deux problèmes : un manque d’idéologie étatique quand bien même les autorités biélorusse ont tenté d’en élaborer une il y a une quinzaine d’années ; et la formation d’une nouvelle génération qui travaille majoritairement dans le domaine informatique à Minsk et autres grandes villes du pays. La Pologne a pris sa part dans cette affaire mais plutôt en tant que sous-traitant pour les structures financées par Soros. La nouveauté a été la mise en œuvre du réseau social « Telegram », coordonné par des ressortissants biélorusses expatriés en Pologne. Maintenant, le président Lukashenko doit se consacrer à l’élimination des causes à l’origine des problèmes, à réformer le système politique, à créer des stimulants attractifs pour les jeunes générations. Mais, au fond, il a démontré qu’il est possible de s’opposer efficacement aux tentatives de déstabilisations et d’interventions venues de l’étranger.

Les rapports avec Moscou, sans doute la question de politique étrangère majeure de la Pologne, ont abouti à leur point de congélation. Comment voyez-vous l’avenir, immédiat et à plus longue échéance ?

Des choses peuvent changer dans deux cas de figure. D’abord, dans le cas de changement globaux dans les rapports russo-américains ; les contenus des ordres que reçoit le satellite polonais sont modifiés. En second lieu, au cas où la désaméricanisation de l’Europe réussie, la Pologne va devoir – probablement sous la pression allemande – adapter sa politique aux normes et aux intérêts européens. Il existe une autre option, très optimiste mais en l’état très peu réaliste : que la Pologne devienne un état indépendant et qu’elle se dote d’une politique étrangère de souveraineté nationale.

Entre temps il semblerait que États-Unis eux -mêmes aient été victimes d’une sorte de « révolution de couleur ». En Pologne les élections américaines ont été vécues comme « les plus importantes de la planète », plus importante mêmes que les élections nationales. Beaucoup de commentateurs ont, plus ou moins, ouvertement soutenu Trump, jugé mieux apte à poursuivre sur « la ligne dure » contre la Russie.

Il n’y aura pas de changements dramatiques. Les élections américaines ne vont pas avoir d’influence notable sur la dépendance polonaise à l’égard de Washington. L’état profond est là et il va rester là. La tactique va peut être changer mais élites corporatives américaines vont continuer à contrôler la Pologne. Peut être vont-elles augmenter leur pression à propos de certaines questions idéologiques. Mais, d’un autre côté, y compris Paul W. Jones, l’ambassadeur de Trump à Varsovie, a déployé un étendard arc-en-ciel sur son ambassade et s’est fait le promoteurs des affaires LGBT. Les intérêts américains en Pologne sont en lieu sur, garantis par les mentalités dépendantes et les phobies des élites polonaises.

En empruntant le langage de commentateurs politique polonais je vous demanderais : Trump aime-t-il vraiment la Pologne, et Biden pas ?

Personne n’aime la Pologne. Tous veulent gagner de l’argent en profitant des phobies polonaises.

Que va-t-il changer dans les rapports de l’Amérique au « reste du monde » ? (« Peu ou rien », puisque ces élections sont importantes uniquement pour les Américains car la politique étrangère va continuer à être du domaine des agences nationales de renseignement ?) « Le système électoral américain est la négation du principe démocratique », avez-vous dit récemment.

Il se pourrait que des changements aient lieu au niveau tactique, mais les objectifs fondamentaux vont demeurer le mêmes. Le but est le monde unipolaire et l’hégémonie globale. L’administration de Trump était plus directe en annonçant de nouvelles guerres économiques et blocages par Twitter interposé. Les hommes de Biden préfèrent les opérations secrètes, le lancement de « révolutions de couleurs » etc. Récemment j’ai eu l’occasion de m’entretenir sur ce thème avec Dan Kovalik, un analyste et auteur politique américain. Il m’a dit que, selon lui, il n’y a pas eu de grandes variations dans la conduite de la politique étrangère des Etat-Unis depuis la fin de la Seconde guerre. J’ai le sentiment qu’il a raison.

Les attaques terroristes à Paris et à Vienne sont restés dans l’ombre des élections américaines. Que va-t-il advenir de l’Europe ? S’agit-il de la guerre contre l’islamisme comme l’a remarqué récemment le président Macron ?

C’est un faux problème qui n’existe pas. Comparez le nombre des victimes de ces attaques avec le nombre des assassinats et de suicides quotidiens en Europe. Les hommes à l’origines de ces attentats étaient peut être tout simplement des fous, peut être jusqu’à un certain point ont-ils été motivés par un islam mal interprété. Emmanuel Macron ne devrait pas franchir la frontière de l’islamophobie et là je suis d’accord avec le diagnostique d’Alain Soral et autres penseurs français qui mettent en avant les intérêts atlantiques et sionistes comme arrière fond de ce genre de rhétorique. Si l’Europe conduisait une politique indépendante dans le Proche orient et en Afrique du nord nous ne serions pas confrontés à des problèmes d’émigration à partir de ces pays démembrés. En Libye nous aurions au pouvoir Moamer Khadafi en Syrie un gouvernement stable sous la présidence de Bachar al Assad. Par conséquent, le problème réside dans la politique d’appui à la déstabilisation des pays islamiques. L’Occident est seul à avoir provoqué la vague d’émigration dont il est victime.

Tout a commencé en Pologne avec le mouvement syndicale Solidarnosc et le pape Wojtila. Quel est votre regard sur ce mouvement aujourd’hui ?

Solidarnosc n’est plus une organisation syndicale. C’est une structure auxiliaire de l’état polonais. J’ai, il n’y a pas longtemps, entendu une remarque intéressante de son fondateur et dirigeant, l’ancien chef d’état Lech Walensa, disant que Solidarnosc était sous contrôle intégrale du parti Droit et Justice. Le papa Wojtyla est mort et avec lui son mythe dépérit également.

Alain Jejcic
le 12 décembre 2020


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