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Céline Pina : « La loi sur le séparatisme mériterait
des clarifications sur la définition de la laïcité »
Par Paul Sugy

mardi 8 décembre 2020, par Comité Valmy


Céline Pina : « La loi sur le séparatisme mériterait
des clarifications sur la définition de la laïcité »

FIGAROVOX/ENTRETIEN - L’essayiste salue les efforts faits pour lutter contre le séparatisme ainsi que la dissolution du CCIF, mais appelle à davantage contrôler les initiatives clientélistes de certains élus locaux et à clarifier la définition de la laïcité.

Ancienne élue locale, Céline Pina est essayiste et militante. Elle est la fondatrice de « Viv(r)e la République », elle a également publié Silence coupable (Kero, 2016).

FIGAROVOX. - La suppression du CCIF est un acte politique fort, mais est-elle efficace ? N’est-ce pas une hydre ?

Céline PINA. - Quand vous voulez mettre une alarme pour protéger votre maison, beaucoup de gens vous diront : « si le cambrioleur veut rentrer, il rentrera ». Sauf que le fait d’avoir une alarme a un effet dissuasif et fait baisser le nombre de vols. La protection n’est pas absolue mais a son efficacité. C’est pareil pour les associations islamistes comme le CCIF. La dissolution est un coup dur qui a pour premier effet de dévoiler la réalité violente et factieuse de cette association. Elle ne représente pas les musulmans mais sert les intérêts des islamistes. C’est officiellement dit et reconnu.


Le CCIF est chargé de faire croire à la persécution
des musulmans sur le sol français.


L’organisation appartient en effet à la nébuleuse des Frères musulmans, elle a une part de clandestinité, ceux qui y appartiennent l’affichent rarement. On arrive cependant facilement à les reconnaitre car ils ont tous les mêmes références idéologiques et honorent les mêmes hommes (Al Qaradawi, cheikh Dedew...). Le fondateur de l’association et ceux qui lui ont succédé comme Marwan Muhammad, sont très proches des Frères musulmans. Ils participent à une partie de leur stratégie : séparer les musulmans du reste de la population. Pour cela, alors que la religion musulmane est la religion la moins attaquée en France (ce sont les chrétiens et les juifs qui sont les cibles les plus importantes), le CCIF est chargé de faire croire à la persécution des musulmans sur le sol français, une persécution assimilée à la shoah, d’où le port de l’étoile jaune répandue par les islamistes dans les manifestations contre une soi-disant « islamophobie ». Le CCIF a ainsi truqué ses chiffres comptabilisant en acte antimusulmans les opérations de police suite aux attentats de Paris ou l’expulsion d’un imam appelant les jeunes au jihad. Il est par ailleurs très introduit auprès de l’ONU, du Conseil de l’Europe et de l’Union européenne où il porte un faux discours de persécution et met en accusation la France, l’accusant des pires maux en instrumentalisant les musulmans et en trichant sur les faits. Dissoudre le CCIF était donc essentiel. D’ailleurs, nous en avons la confirmation parce que cela fait réagir. Et violemment.

Les Frères musulmans, loin d’être stupides, font faire le sale boulot par les associations qui sont sous influence islamiste mais qui ont une image prestigieuse ou vertueuse. C’est pour cela qu’aujourd’hui, ils sont en train de faire monter au front la LDH, qui a beaucoup fait pour la légitimation d’un certain Tariq Ramadan, ils recherchent aussi le soutien d’élus. À LFI, chez EELV, et ils les trouvent chez certaines figures de parti comme Danièle Obono.


Les islamistes n’ont plus besoin de militer
pour imposer un signe sexiste sur notre sol,
certains chrétiens s’en chargent...


C’est révélateur de l’exactitude de nombre de choses que disaient les lanceurs d’alerte sur le lien entre gauchistes, islamistes, associatifs et politiques. Cette cartographie devient publique et c’est un progrès. Jusqu’à présent les islamistes étaient chez eux en France et beaucoup de leurs satellites arrivaient à franchir les portes de l’école. Pour eux c’est essentiel car leur cible est avant tout la jeunesse. Ici je pense notamment à l’association Lallab par exemple. On peut citer également Coexister qui légitime l’islamisme en lui tendant la main et en le faisant passer pour une représentation modérée de l’islam. Dans les faits cela amène Coexister à organiser le hijab day à Science po. Les islamistes n’ont plus besoin de militer pour imposer un signe sexiste sur notre sol, certains chrétiens s’en chargent... Ces gens ne portent pas eux-mêmes un discours islamiste mais le légitiment et le relaient auprès des jeunes.

À ce titre, si la dissolution du CCIF est nécessaire, il faut aussi être clair avec les alliés objectifs des islamistes. Il faut leur retirer tout agrément leur permettant d’intervenir au sein de nos institutions et auprès des jeunes. Il faut se pencher sur la situation de la Ligue de l’enseignement, du planning familial, de la FCPE… Ces associations sont des cibles de l’entrisme islamiste et chez certaines le noyautage est bien avancé. Les signes qui le prouvent : quand des associations, souvent de gauche à l’origine, naguère fondées pour défendre l’émancipation, se mettent à défendre le voile, le rétablissement du blasphème, le respect de la religion et un discours sur la persécution des musulmans, cela donne de forts indices. Or ce travail de légitimation effectué auprès des jeunes paye : le sondage de Marianne le prouve qui voient certains jeunes se moquer de l’égalité femmes/hommes pour préférer la défense du port du voile et épouser un discours de persécution des musulmans que la réalité dément : les islamistes depuis 2015 ne cessent de commettre crimes et attentats sur notre sol mais les actes antimusulmans restent très marginaux.

Ces jeunes n’ont pas conscience qu’ils sont manipulés et que derrière la promotion du voile se cache l’avancée du sexisme, ils ont le sentiment d’agir au nom de la justice et du respect, alors qu’en réalité ils consacrent une violence et une injustice que subissent les femmes, une violence qui est renseignée et documentée et qui se traduit par l’inégalité en droit de la femme dans les pays musulmans. Et bien ils préfèrent nier cette réalité-là qu’interroger les intentions d’une religion pour qui le rétablissement du sexisme devient un incontournable. Pourtant la diffusion de ces représentations fait des dégâts : dans la jeunesse, les rapports filles-garçons se dégradent et il ne faut pas être sorcier pour comprendre d’où cela vient.

Des relais de complaisance ou des municipalités, comme la mairie de Grenoble, accueillent les mouvements islamistes pour des conférences ou encore les subventionnent. Pensez-vous que nous devons aller encore plus loin dans les mesures législatives pour éviter ce genre de relai ?

Bien sûr ! Utilisons le mot adéquat : on appelle cela du clientélisme. L’idée est d’échanger des faveurs : « tu me finances, je te soutiens » ; « tu sers mes objectifs du moment, je fais voter la communauté que j’influence pour toi. » C’est comme cela que, dans nombre de villes de banlieue notamment, on gagne les élections. Or normalement le budget de la commune n’est pas l’argent de poche du maire, c’est de l’argent public, il est censé oeuvrer à l’intérêt général et non aux obsessions et engagements personnels de l’édile. Quand la démonstration est faite que les associations subventionnées trichent sur leur objet et loin de servir l’intérêt général attaquent nos fondamentaux, on ne devrait pas les subventionner. La France n’est pas un terrain vague sans histoire ni identité. Nous sommes définis, nous avons des principes, des idéaux, des lois et l’esprit de ces lois. Tout n’est pas permis et aucun maire ne dirige une principauté qui échappe à la hiérarchie des normes et à l’esprit de la République. Des subventions à la discrétion du maire, cela s’appelle un outil de corruption. Ici le contrôle protège la démocratie de l’autocratie.


Tout n’est pas permis
et aucun maire ne dirige une principauté
qui échappe à la hiérarchie des normes et
à l’esprit de la République.


C’est indispensable : les islamistes aujourd’hui arrivent à se faire élire. Dans certaines villes de banlieue, ils ont accès au pouvoir. Tout le monde a le droit de se présenter à une élection, mais il faut réactiver le contrôle de légalité et mettre sous surveillance certaines municipalités car ce type de maire n’a pas beaucoup d’attachement à la démocratie, ils ne servent pas l’idéal républicain mais la stratégie de déstabilisation et de prise du pouvoir des frères musulmans. En général dans ce genre de municipalités on confond représentation du peuple et caïdat, et l’abus de pouvoir est un risque important.

À Grenoble le maire n’est pas lui-même islamiste mais il a toutes les complaisances pour les mouvements sous influence islamiste, comme Alliance citoyenne, les promoteurs du burkini et du sport voilé. Eric Piolle appartient à EELV et les écologistes soutiennent les islamistes, ils ont participé à la marche contre l’islamophobie organisée par le CCIF où Allah Akbar a été hurlé juste à côté du Bataclan, ils viennent d’être très ambigus et ont été incapable de voter unanimement au sein du Conseil de Paris pour que Samuel Paty soit honoré. Cet homme qui s’imagine candidat à la Présidence de la République affiche une certaine proximité avec les « racialistes », ces nouveaux racistes qui font des Noirs des victimes, des Blancs des bourreaux et imaginent que les rapports entre les hommes ne se caractérisent que par la domination. Depuis son arrivée, la ville se dégrade et l’insécurité explose.

Il devient de plus en plus important de vérifier les actes des collectivités locales parce que ce ne sont pas des petites principautés. Soyons clairs, le clientélisme est le nom élégant d’une forme de corruption et il n’est pas souhaitable que dans les villes cette corruption explose. Malheureusement, nous avons beaucoup désarmé les contrôles de légalité au sein des Préfectures. Il faut les réarmer, redonner du pouvoir au préfet et ne pas hésiter à utiliser plus fréquemment la mise sous tutelle.

De manière générale, pensez-vous qu’il manque des mesures concrètes dans cette loi ? Quelle est votre appréciation générale ?

Cette loi va dans le bon sens. Elle est même courageuse sur certaines mesures. Elle renforce les pouvoirs du préfet et au vu des dérives de trop de maires, c’est légitime. Le renforcement du contrôle de légalité était une nécessité. Pareil pour l’extension de Tracfin qui permet de mieux contrôler l’argent des pays du golfe et de la Turquie dont on sait qu’il sert à financer mosquées fondamentalistes, publication jihadistes et/ou haineuses, librairies islamistes et associations satellites. La lutte contre les écoles clandestines et l’interdiction sauf dérogation de l’école à la maison est également une bonne mesure.

En revanche, ce qui m’inquiète et enléverait toute une partie de la pertinence de cette loi, serait qu’à côté de cet os à ronger, la substantifique moelle soit raflée par les islamistes et que derrière la mise en avant de cette loi, on assiste à un happening sur ce qui intéresse vraiment l’Islam politique : le fait de contrôler l’islam de France en ayant le contrôle de la formation des imams et surtout en se donnant les moyens de crée une société des purs (les musulmans partageant l’idéologie des islamistes) contre celle des impurs (tous les autres). Créer une société halal grâce à la taxe du même nom qu’Emmanuel Macron avait promise à Hakim El Karoui…

Après je suis une militante sur ces questions et réussir à satisfaire un militant c’est parfois aussi impossible que réussir l’ascension du Mont Blanc en chaussette-claquette. J’aurai aimé sans doute plus d’investissement sur la laïcité, une réflexion sur la formation des acteurs de l’État afin que sur ces questions il y ait une doctrine partagée, une attention plus forte portée à l’école, un volet sur la discipline à rétablir pour que les juifs puissent être accueillis à l’école de la république et surtout, surtout un peu de courage sur la question du voile.

La lecture des juristes est à ce titre toujours éclairante et Alain Supiot, un grand esprit de notre temps dit des choses extrêmement justes et profondes quand il analyse l’avis rendu par la CNCDH sur la laïcité en septembre 2013. Il remarque que « le principe de laïcité n’oblige pas seulement l’État et ses agents, mais aussi les personnes privées, qui sont tenus de le respecter. » La paix et la tranquillité publique, observait déjà Spinoza, « ne peuvent se maintenir si chacun doit vivre selon le jugement particulier de sa pensée. Un régime où chacun entendrait vivre selon sa propre loi religieuse en ignorant les exigences d’une loi commune serait intenable » (Traité théologico-politique). Et pour cela, il faut accepter une certaine discrétion et d’en rabattre un peu sur ses croyances.

J’en arrive à mon dernier point, le regret que la laïcité ne fasse pas l’objet d’une définition explicitant le rôle qu’elle joue dans notre fonctionnement politique. En effet, si elle est bien citée dans l’article 1 : « la France est une république indivisible et laïque » le terme n’est plus réemployé ni explicité ensuite. Il ne figure pas dans la loi de 1905. Or faute de définition ou d’une traduction claire en droit, le mot se prête à toutes les distorsions. La preuve, les islamistes instrumentalisent la laïcité en la décrivant comme une société protectrice des religions. Sauf que ce n’est pas son rôle.


Je regrette que la laïcité ne fasse pas l’objet
d’une définition explicitant le rôle qu’elle joue
dans notre fonctionnement politique.


La laïcité a deux dimensions et relire Alain Supiot à ce sujet est éclairant. Premièrement, c’est l’idée que la paix civile est trop importante pour être laissée aux religieux. Là réside la volonté de séparer les Églises de l’État. Pour cela l’État ne négocie pas, il pose un acte de souveraineté pur signifiant que les lois s’imposent à tous quelles que soient les croyances de chacun. Le croyant peut ne pas y adhérer, mais il doit s’y soumettre. Alain Supiot rappelle très justement que la neutralité et la protection de la liberté du principe de laïcité n’obligent pas seulement l’État et ses agents, mais aussi les personnes privées, qui sont tenus de le respecter. On ne fait pas dépendre l’obéissance aux lois civiles de leur conformité aux croyances religieuses de chacun. On peut donc être hostile par conviction religieuse à la notion d’égalité des droits ou la liberté d’expression, mais cela ne se négocie pas, qui vit en France doit respecter cette égalité et supporter d’entendre ce qui est susceptible de le contrarier.

Deuxièmement la laïcité c’est aussi l’idée d’émancipation des esprits par la raison. Là est l’héritage des Lumières. Il n’y a pas d’instruction à chercher dans une transcendance divine : la légitimité du pouvoir ne vient pas d’une référence extérieure, mais elle naît de la capacité des hommes à se doter de règles et de lois par le débat et la quête de l’intérêt général. Cette dimension émancipatrice du principe de laïcité est souvent oubliée.

Emmanuel Macron, est soutenu par la population sur ces questions, mais il est attaqué par une partie du monde médiatico-politique, il se heurte au gauchisme culturel, à une majorité qui ne comprend rien à ces questions et se voit attaqué à l’international. Il a néanmoins fait des pas substantiels avec cette loi. En tout cas, il en a bien plus fait en la matière, que ne l’ont réalisé ces prédécesseurs, Sarkozy ou Hollande. Nous pouvons toujours dire qu’il ne va pas assez fort, pas assez loin ou pas assez vite, mais au moins il agit. Si nous voulons que les gens aient du courage, il faut aussi savoir reconnaitre quand ils en font preuve.

7 décembre 2020


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