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Apologie du mètre
ou Contre les Terre-platistes
Jacques Maillard et Valentin Martin

mercredi 2 décembre 2020, par Comité Valmy


Apologie du mètre ou Contre les Terre-platistes

Durant ces derniers mois, tout au long de la crise du coronavirus, notre gouvernement s’est illustré par une série de mesures et de contre-mesures dont chacun a pu apprécier le bon sens, la rationalité et la cohérence (masques interdits un jour et obligatoires le lendemain, absence de contrôle aux frontières puis confinement de populations saines...). C’est forts de cette sagesse et de ce sens de la responsabilité, que nos chefs se sont autorisés à ouvrir une chasse impitoyable au.x dangereuses forces de l’irrationnel qui entravaient leur chemin. En effet, de dangereux conspirationnistes n’ont cessé de multiplier leurs analyses scandaleuses. Par exemple, mettant en valeur les conflits d’intérêts entre le lobby pharmaceutique d’une part et le monde politique, médiatique et scientifique d’autre part (affaire de l’article falsifié du « Lancet » sur la chloroquinine, qui déclencha l’interdiction de la molécule), ils allaient même jusqu’à énoncer que cette crise avait été préparée par les grands de ce monde lors d’une répétition générale (« Event 201 »), afin de remodeler la planète à leur convenance, fût-ce de façon brutale (« Big reset »). De sagaces journalistes et d’enthousiastes politiques ne manquèrent pas de comparer ces thèses aux théories les plus folles, comme le terre-platisme !

Egalement soucieux de déjouer les sophismes des terre-platistes, nous aimerions revenir sur un élément fondamental de la rationalité scientifique et de la mesure : le système métrique. Sa mise à mal par nos élites actuelles (au même titre que la langue française face à l’anglais) nous montrent à quel degré celles-ci tiennent en estime la rigueur et la raison.

Comme toujours, la mise en place des directives de l’Union Européenne permet une régression au profit des capitalistes et au détriment, non seulement des peuples, mais aussi du progrès intellectuel. En effet, il est un domaine concernant tout le monde, la vie de tous les jours, l’ensemble de la production et des échanges, et qui n’a pas été détecté par les habituels « lanceurs d’alertes ». Parmi les nombreuses attaques contre la raison au profit d’une nouvelle barbarie, la remise en cause du système métrique comme instrument universel de mesure est un indice important de cette régression.

Petit rappel historique

Le système métrique est issu de la volonté des républicains français, ancrée dans une vieille tradition historique nationale, de construire un système universel, rationnel et cohérent, lié à des quantités physiques naturelles. Déjà Colbert, surintendant des Bâtiments, Arts et Manufactures de Louis XVI, chercha à unifier les poids et mesures. Turgot, ministre des Finances de Louis XVI, proposa un étalon commun pour les poids et mesures.

En 1791, il fut choisi comme « unité naturelle et universelle » le « quart du méridien terrestre », c’est-à-dire l’arc d’un quartier de Terre, par l’Académie des Sciences, et le mètre fut défini comme le « dix millionième partie du quart de circonférence terrestre » (décret du 1er août 1793), car cette mesure ne « renferme rien ni d’arbitraire, ni de particulier à la situation d’aucun peuple sur le globe ».

Le système métrique décimal qui en découlait pour toutes les autres grandeurs fut institué par le décret du 7 avril 1795. Celui-ci supprima et interdit toute autre unité de mesure. Les premiers étalons du mètre et du kilogramme furent fabriqués en 1799 et déposés aux Archives de la République, dédiés « à tous les hommes et à tous les temps ».

Ensuite, en France, le système métrique fut imposé par le Code pénal (article R643-2), qui punit l’utilisation d’autres mesures : « L’utilisation de poids ou mesures différents de ceux qui sont établis par les lois et règlements en vigueur est punie de l’amende prévue pour les contraventions de la 3e classe. »

Le mètre et le système métrique avaient plusieurs avantages :

1 Reliant au rayon de la terre, par un système décimal, les mesures de temps, de masse, de poids, de surface, de volume de vitesse, et d’énergie, il permettait des calculs rapides de distance, de durée, etc

2 Il était basé sur la base décimale de calcul, contrairement aux autres systèmes mélangeant les facteurs 12, 5 ou autres, dans les mesures et dans les valeurs des monnaies.

3 Ce système donnait des relations simples entre des quantités diverses, en particulier permettant des comparaisons rapides de prix et de coûts (décret de 1795 : un franc vaut 5 grammes d’argent), en surface, en volume, en argent, en énergie, en temps…

Il remplaçait les anciennes mesures qui variaient selon la ville, l’Etat, la province, la corporation. En effet, en 1795, il existait en France plus de sept cents unités de mesures.

A quelques exceptions notables, ce système fut ensuite adopté partout dans le monde. La Convention envoya, durant la guerre, des scientifiques pour essayer de convaincre le parlement britannique d’adopter un tel système, ce qu’il refusèrent. A cette époque des conventions garantissaient aux scientifiques des sauf-conduits pour voyager même en temps de conflit international. Aujourd’hui, le système de mesure international (SI) reste un service public mondial avec la langue française comme langue officielle, son centre en France, où sont entreposées les références, dont le kilogramme. Seuls trois pays au monde, dont les Etats-Unis n’ont pas adopté le système international d’unités. C’est inacceptable pour les USA. Une célébrité américaine, le directeur du National Cowboy Hall of Fame, déclara ainsi que le système métrique était « définitivement communiste ».

La prolifération des pouces

La loi française concernant les poids et mesures était certainement trop simple (elle interdit tout ce qui n’est pas métrique). Il fallait donc que les directives de l’Union Européenne, fer de lance du commerce transatlantique, oeuvrent à sa modernisation. La Commission européenne, aidée par des lobbies divers et variés notamment américains et pro-américains, a produit à ce sujet un océan de directives et de documents.
Certes, le projet initial des directives sur les poids et mesures était d’unifier le système de mesures sur le mètre (métrification). Cela visait notamment le Royaume Uni. Après le Brexit, on peut légitimement s’interroger sur le succès de cette politique. Le feuilleton des directives des poids et mesures s’est achevé par l’amendement de 2009 à la directive 2009/3EC du 11 mars 2009, qui pour ne pas froisser nos voisins d’outre-Atlantique et pour ne pas créer de barrières « non tarifaires » au commerce international, finit par autoriser les unités non métriques : « Il est approprié de maintenir l’autorisation d’indications supplémentaires ».

C’est ainsi que dans notre vie quotidienne nous nous retrouvons envahis par des produits vendus en pouces et autres mesures en dérivant. Ainsi comme l’explique la Commission européenne, dans son rapport sur les Unités de Mesure (2009), de nombreuses industries opèrent en unités non métriques : les lessives, les armes à feux, les bicyclettes, les vannes, la taille des caractères, la puissance des climatiseurs, le baril de pétrole, la taille des chaussures, la taille des vêtements, la taille des écrans, les mesures de pression dans le domaine médical, la taille des aiguilles médicales, les tuyaux, la taille des feuilles de papier... On pourrait aussi ajouter l’aéronautique qui reste en pieds à la demande des anglo-saxons.

Et le rapporteur de conclure : de par l’importance du commerce transatlantique, « imposer un étiquetage fondé sur le seul système métrique engendrerait une lourde perte financière » (enforcing metric-only labelling in the EU from 2010 onwards would lead to considerable costs amounting, Report on the public consultation on the COMMISSION STAFF WORKING DOCUMENT on units of measurement (Directive 80/181/EEC) Comme on pouvait s’y attendre, cette tolérance imposée par la Commission vis-à-vis des unités non-métriques, s’est immédiatement traduite dans la législation française. Ainsi la Cour d’Appel Rennes, dans un arrêt du 25 mars 2011 a rejeté la plainte d’une association de consommateurs contre une enseigne qui commercialisait des écrans en pouces, considérant que « le fait d’exprimer la dimension d’un écran par la longueur de sa diagonale en pouces n’apparaît pas comme une pratique commerciale déloyale ».

Défense et illustration de l’arnaque

Cette nouvelle législation européenne avait le charme de permettre aux produits américains d’envahir notre marché, et de rendre caduques certaines de nos industries, vouées d’ailleurs à être rachetés par de généreux fonds de pension anglo-saxons. En effet, en France, les systèmes industriels sont conçus aux dimensions du système métrique, et non du système anglo-saxon (SAE, Society of automotive engineering), basé sur le pouce et sur des fractions de pouce. Ces systèmes sont souvent incompatibles. Par exemple un perçage de 8mm est proche d’un perçage de 5/16 de pouce, mais toutefois différent, mais il n’y a pas de corrélation pour un perçage de 10 mm. Idem pour la tuyauterie. Le filetage métrique (norme ISO), qui est le plus répandu dans le monde, est également incompatible avec le filetage non métrique américain (UNC, UNF) basé sur le pouce. Ainsi une vis "américaine" ne rentrera jamais dans un écrou métrique. En remettant en question le système métrique, il faudra aussi abandonner nos machines, qui ne seront devenues trop difficiles à installer, connecter et réparer.

Mercure, dieu du commerce et des voleurs, apprécierait certainement ce genre de réformes. Devant ces unités de mesure obscures, il devient impossible pour le consommateur de comparer, de vérifier, de mesurer les produits concernés.

Il est clair que de la part des Anglo-saxons, il s’agit d’imposer une chose irrationnelle, mais utile au commerce : les comparaisons de prix sont beaucoup plus difficiles, c’est le règne des experts qui s’exerce sur les marchés internationaux, des transports, des matières premières (gallons, onces, barils...), des services.
Ainsi on peut trouver 455 grammes au lieu du demi Kilo dans un pot de miel : le prix n’est donc plus directement convertible, sauf si vous avez fait de petits exercice de calcul mental lors de vos études et gardé la main.
Il est clair que les traités de libre échange avec les USA en général, et le TAFTA qui est en négociation en particulier, même s’il est gelé depuis 2016, vont provoquer une nouvelle invasion des mesures anglo-saxonnes.
Cette régression permet donc de brouiller les comparaisons de prix, facilitant les arnaques de tous genres.

Et le retour des Terres platistes ?

Le choix du mètre fondé sur une fraction de la circonférence terrestre est aussi lié à une conception physique de la Terre, qui avait longtemps été voué aux gémonies par les divers obscurantistes d’antan, et qu’on croyait enterrer, à tort.

« L’horizon terrestre optique »

Derrière la remise en cause du système métrique, se cache aussi la destruction de la compréhension rationnelle et unifiée de la nature. Apprendre à calculer une surface, et un volume à partir d’une longueur dans des unités communes, est la base du raisonnement mathématique. Relier les différentes grandeurs mesurables dans la nature aux unités de base est la base du raisonnement physique. A une époque, où des dirigeants déclarent que l’enseignement des mathématiques est devenu inutile, et que l’instruction devait se limiter aux Trois I de Berlusconi (Impresa, Inglese, Informatica, soit Entreprise, Anglais, Informatique), le recul du système métrique (hors milieux scientifiques) dans les esprits européens n’aurait rien d’étonnant. Cela constitue un recul notable de la raison, et laisserait le terrain libre à l’acceptation des théories les plus farfelues.
Un sondage de l’IFOP de 2019 conclut que 9% des Français penseraient que la Terre est plate.

Le caractère abscons des directives européennes serait ainsi le reflet de l’obscurantisme de sa politique.
Quand les Français reviendront à cette loi exigeant l’utilisation du système métrique et la vente de quantités comparables simplement , même si cela doit changer les brochures, et rétablir la décence et la rationalité dans les mesures, en un mot retrouver le sens de la mesure ?

Jacques Maillard et Valentin Martin
Comité Valmy

30 novembre 2020


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