COMITE VALMY

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Musulmans français
ou Français musulmans ?
par Hedy Belhassine

mardi 17 novembre 2020, par Comité Valmy


Musulmans français ou Français musulmans ?

Il n’existe pas de mot pour traduire caricature dans la langue du Coran. Le blasphème n’existe plus en droit français.

Le 31 octobre dernier sur Al Jazeera la télévision du Qatar, le Président Macron a tenté de lever ce qu’il a appelé un « malentendu ». «  Ces dessins sont faits en France, ça n’est pas la loi de l’islam qui s’applique en France, c’est la loi du peuple français souverain...beaucoup de pays dans le monde ont renoncé à la liberté d’expression ces dernières décennies parce qu’il y a eu des polémiques, par la peur, par le chaos justement des réactions. » Brillant plaidoyer bien argumenté qui aura peut-être contribué à réduire le fossé d’incompréhension entre le Président de la France et le « monde musulman »

Dans ses questions le journaliste a évoqué les « musulmans français ». Dans ses réponses le Président a parlé des « Français de confession musulmane ».

L’ordre de priorité des mots est révélateur de l’équivoque.

Charlie intégriste

Le 9 novembre 1970 Hara-Kiri, journal auto-qualifié "bête et méchant", offensait la mémoire du Général de Gaulle qui venait de décéder. Immédiatement l’hebdomadaire était interdit de parution sur ordre de Matignon : « dangereux pour la jeunesse ». Il reparaissait quelques jours plus tard sous le titre de Charlie Hebdo.

Le journal faisait alors rire avec les dessins de Reiser et réfléchir avec les chroniques de Fournier qui éveillèrent à l’écologie toute une génération. Pour attirer le lecteur, la page de couverture se devait d’être racoleuse, graveleuse, irrévérencieuse. Nul n’était n’épargné, pas même les handicapés.

Charlie n’a pas changé il est toujours l’adolescent irresponsable qui fait tache dans le paysage de la presse « convenable ».

Contrairement à Libé qui s’est embourgeoisé, il est resté gauchiste anti tout qui chie sur tout. Il dessine en couverture « le cul des juives » ou caricature le christ avec des yeux de couilles et un nez de pénis.... Les jeunes Gaulois du Quartier latin ricanent, les vieux bourgeois s’indignent. D’innombrables procès n’en viennent pas à bout. Souvent au bord du dépôt de bilan, l’hebdo a été sauvé par le prophète des musulmans qui lui a valu au lendemain du massacre de sa rédaction par Al Qaïda un tirage de cinq millions d’exemplaires !

Le titre est désormais immortel, il est martyr, il appartient à la République. Aucun pouvoir ne saura le soumettre car il détient le bouton rouge d’une guerre entre les Francs et les Mohamétants.

Pour Charlie, Dieu, que la République ignore, n’existe pas. Depuis cinquante ans, il le fait savoir. Sa croisade contre les religion est une sorte de radicalisme de la laïcité, idéologie tout aussi intolérante que celles qu’il combat. Ses coups de poings dans la plaie font mal, mais ils alertent peut-être de maux plus grands encore.

L’Islam est en crise

Cette évidence proférée par Emmanuel Macron n’est pas nouvelle. Elle s’affiche dans la confrontation millénaire entre chiite et sunnite cristallisée depuis cinq ans dans la guerre par procuration entre l’Iran et l’Arabie Saoudite au Yémen. Elle s’exprime aussi en Libye où depuis dix ans par mercenaires interposés le Qatar et la Turquie affrontent les Émirats Arabes Unis, l’Arabie Saoudite et l’Égypte. On pourrait ajouter à ces conflits une dizaine de points chauds en Afrique, en Asie et au Levant où les musulmans s’entretuent sous les yeux des marionnettistes évangélistes américains, juifs israéliens, orthodoxes russes, catholiques européens et mécréants de tous horizons.
Les attentats de Conflans et de Nice commis par des immigrés errants solitaires et incultes sont aussi les conséquences d’une guerre froide secrète. Les caricatures de Charlie ont été montées en épingle dans les pays sous influence des Frères musulmans : Turquie, Qatar, Tunisie, Pakistan, Bengladesh, Gaza, Tripoli ; elles ont été modérément diffusées dans les camps d’en face pourtant tout autant intolérants : Arabie, Émirats, Égypte, Algérie mais qui sont les alliés de la France dans cette confrontation idéologique au sein de l’islam.

Il y a 1,8 milliard de musulmans dans le monde. Seuls quelques petits millions d’entre eux vivent dans un espace de liberté, ceux de France en font partie. Ils n’ont pas bougé et ce n’est pas la peur de la répression qui les auraient empêché de descendre dans la rue. Ils ont à l’unisson de la nation été choqués par les assassinats et leurs infâmes motifs. Ils ont sans doute pensé comme l’islamologue tunisien Youssef Seddik, « que le blasphème n’engage que celui qui le profère...que les musulmans cessent de pousser des cris d’orfraie pour des faits qui ne les concernent pas... » (Jeune Afrique 6 nov 2020)

Les occidentaux aussi doivent faire le ménage chez eux

Alors que la Chine, le Japon et la Russie ont leur propre moteur de recherche, l’alliance des opiums des peuples wahhabites et évangélistes diffuse en occident les messages de Google. Car Google est salafiste. Le chercheur Hugo Micheron révèle : « Si vous faites une recherche quelconque sur l’islam dans Google... huit pages sur dix correspondront à des orientations les plus orthodoxes, voire ouvertement salafistes. » (audition du 21-01-20 au Sénat).

Autre curiosité du paysage, au milieu de la tempête contre Macron, le Premier ministre canadien Trudeau a cru bon – pour faire plaisir à ses clients du Golfe - de déclarer que la liberté avait des limites !... Sous-entendant celle du sacré.

Trudeau retarde de cinq siècles. Ses ancêtres qui posèrent le pied sur les rives du Saint-Laurent, racontaient qu’à Paris en 1529, un bourgeois perdant une partie de dés s’était s’exclamé « merde à la Vierge Marie et à Dieu ! ». Arrêté et jugé, il avait été brûlé en Place de Grève sous les yeux d’une foule satisfaite qui psalmodiait l’Ancien Testament : « celui qui blasphème au Nom du Seigneur sera mis à mort : toute la communauté le lapidera » (Lévitique 24, 13-16).

Au nom de la liberté Trudeau voue au bûcher posthume Rabelais, Voltaire, Céline, San Antonio, Coluche, Desproges, Bedos...et d’autres milliers de milliers d’impertinents anonymes. A-t-il jamais visité Paris où chaque jour, 27 000 touristes se pressent autour du Sacré Coeur près duquel se trouve la statue du Chevalier de la Barre qui fut supplicié, décapité, brûlé en 1766 à l’âge de vingt ans pour avoir négligé d’ôter son chapeau au passage d’une procession ? Quelques années plus tard, la tourmente révolutionnaire coupait la tête du roi puis guillotinait 30 à 40 mille suspects dont quelques milliers de prêtres réfractaires (les Bienheureux Martyrs), pendant qu’à Paris on pillait et détruisait les églises. Trois générations plus tard, pour mettre un terme définitif à l’ingérence de dieu dans le gouvernement des hommes, la nation se séparait définitivement de la religion.

La laïcité est la France

On ne peut comprendre la laïcité à la Française si on ignore son histoire. Chaque français est d’abord un citoyen. Cette qualité prime sur les croyances et les pratiques religieuses. Les quelque 5 millions de citoyens musulmans s’y obligent car «  La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale... ». L’article premier de la Constitution devrait être affiché au tableau de toutes les écoles de France.

C’est à cause de cet ancrage singulier que les Français sont pris pour cibles par les intégristes qui ont pour « mission » d’islamiser le monde. En France, ils sont une minorité de criminogènes, mais le réservoir d’illuminés incultes est immense.

En absence de toutes statistiques, plusieurs rapports d’études concordent pour dire que la moitié des musulmans vivant en France sont pratiquants. Ils se rendent régulièrement dans l’une des 2 600 salles de prières et mosquées.

L’inquiétude vient d’instituts de sondage qui révèlent que plus du quart d’entre ces pratiquants, soit plusieurs centaines de milliers pensent que « la charia devrait s’imposer aux lois de la République ». Ce chiffre ahurissant est alarmant car il révèle la faillite de l’éducation nationale.

Musulman et étranger de naissance

En France, on naît musulman par généalogie, on le devient par le regard de l’autre.

La religion se transmet de père en fils. L’attribution du prénom est un marqueur social qui suivra le musulman toute sa vie. Face à Kevin ou Aurélie religieusement anonymes, Abdallah et Fatma porteront le label de leur dieu. C’est pourquoi certains parents donnent à leurs enfants des prénoms « séculiers » Sonia, Eddy ou bi-religieux : Sarah ou Adam, Maryam ou Elias. Comme dans toutes les religions, croyance et ferveur se nourrissent ensuite de l’éducation des parents et de l’enseignement des catéchistes.

Parce que les musulmans de France sont plus ou moins lointainement issus de l’immigration, leur citoyenneté est ouvertement déniée. Ainsi, au lendemain des attentats le ministre de l’Intérieur Darmanin est allé en tournée en Afrique du Nord pour soumettre une liste de fichés « S » à expulser vers leur pays d’origine. Alger et Tunis ont fait remarquer que la plupart des individus désignés étaient citoyens français, nés en France.

Comment se démarquer de cette identité étrangère et de cette double suspicion d’allégeance à un pays étranger et à une religion prétendument hostile à la république ?

Bi-citoyen « Malgré-nous »

Tout comme la religion musulmane, la nationalité dans les pays arabes s’acquiert automatiquement par filiation. Ainsi, de jeunes français descendants d’immigrés ont rarement ou jamais mis les pieds au pays de leurs ancêtres dont ils ne parlent pas la langue. Ils sont pourtant des nationalisés du destin, des « Malgré nous » du nom des Alsaciens incorporés par les Allemands. Cette condition serait supportable si elle n’était pas source de méfiance et de tracasseries. «  J’avais sans cesse le sentiment d’être jugée. En France je m’exaspérais que l’on me renvoie à mes origines, comme si j’étais étrangère. En Tunisie, on s’étonnait que je ne parle pas la langue de mon pays d’origine » confie la journaliste Sana Sbouai (La Presse tn 19-07-19)

La confusion entre nationalité d’origine et religion remonte à la colonisation. Ainsi en 1923, la France décide d’encourager l’intégration par la naturalisation des élites tunisiennes dans son protectorat. Pour endiguer le flot des candidats surtout attirés par le supplément de revenu, « le tiers colonial », les nationalistes parmi lesquels Bourguiba proclament avec les oulémas que la naturalisation vaut conversion et que par conséquent les nouveaux français ne peuvent prétendre au repos dans un cimetière musulman. Cette instrumentalisation de la religion réussit au-delà de toute espérance. Aujourd’hui encore, la confusion nationalité-religion continue de tourmenter les esprits.

La terre française est t-elle mécréante ?

Des récentes statistiques concordantes révèlent que 80% des musulmans de France se font inhumer à l’étranger. Les intégristes prétendent que la terre française est mécréante mais restent muets quand on leur demande de définir ce qu’est une « terre musulmane ». Ils évoquent aussi le manque de place dans les rares carrés réservés des cimetières municipaux où comme les juifs, ils réclament d’être inhumés à part. Et les mairies ne font pas preuve de bonne volonté. Ce qui peut se comprendre.

De l’autre côté de la Méditerranée, on encourage le « rapatriement » (de quelle patrie ?) des corps. Ainsi, l’état tunisien prend à sa charge l’intégralité des frais dès la déclaration de décès au Consulat. Marocains et Algériens sont organisés en associations de solidarité plus ou moins efficaces. Sur le net, une entreprise de pompes funèbres affiche un prix d’appel de 4 050 euros pour un service vers la Turquie, 2 500 vers le Sénégal, 1 900 vers le Pakistan, 1 700 vers le Mali....Le business est florissant. Nul ne s’interroge sur la fuite des défunts. La mort emporte la citoyenneté française du musulman.

Un destin de Morisque

En 1492 après la chute de Grenade les musulmans et les juifs recevaient l’ordre de se convertir ou de s’exiler, mettant fin à 800 ans de présence musulmane en Espagne. En 1609, ceux qui avait accepté de se convertir au prix d’incessantes persécutions de l’inquisition, étaient finalement expulsés. Près d’un million de Morisques s’installeront en Afrique du Nord et reprendront la religion musulmane ou juive que leurs grands parents avaient reniée. Certains de leurs descendants se sont installés en France au 20ème siècle.

Musulmans de France où Français musulmans, qui pourrait prédire que leur sort ne sera pas finalement comme celui des Moriques, les oubliés de l’Histoire.

Hedy Belhassine
jeudi 12 novembre 2020

HYB


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