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Corée du Nord,
un appel à la reprise des discussions ?
par Stéphane Lefevre

jeudi 12 novembre 2020, par Comité Valmy


Missile X Pyongyang le 10/10/2020 – crédit image KCTV

Corée du Nord, un appel à la reprise des discussions ?

Le 10 octobre 2020, à 0h00 précise (heure de Pyongyang), débutait la grande parade militaire nocturne, une première dans l’histoire de la RPDC, célébrant le 75ᵉ anniversaire du Parti des Travailleurs de Corée, un des trois partis politiques existant en Corée du Nord (1).

Ce défilé, qui a duré presque trois heures, a montré des types d’armes jusque-là tenus secrets, comme les systèmes de missile mer-sol Pukguksong-4A et le missile balistique X, d’environ 23 mètres de long. La présentation du missile Pukguksong-4A est très éclairante sur les réelles capacités de la dissuasion nord-coréenne. Son apparence extérieure est similaire à celle du lanceur chinois multi-têtes JL-2. Si son diamètre est plus important que ceux de ses prédécesseurs dans la gamme Pukguksong, sa longueur est moindre, ce qui le rend adaptable au lancement à partir d’un submersible.

Selon les agences de renseignement sud-coréennes (source Yonhap), ce submersible, justement, est en voie de finalisation, sur la base navale de Sinpo. Son tonnage estimé de 3000 tonnes, lui permettrait de transporter entre trois et quatre de ces missiles, capables chacun de parcourir, selon Kwon Yong-soo, ancien professeur à l’Université de la défense Nationale de Corée du Sud, plus de 7000 kilomètres. Il peut être équipé en armement conventionnel, mais aussi avec des têtes nucléaires.

Le missile X, deuxième plus grand lanceur balistique au monde, après le SS18 soviétique (nom de code OTAN « Satan ») pose plusieurs problèmes. Le premier est son rayon d’action, certainement supérieur aux 13000 km de son prédécesseur, le Hwasong 15. Aucune partie du territoire américain, et européen non plus, n’est désormais à l’abri. Le spécialiste Markus Schiller estime que sa taille et son diamètre lui permettent d’embarquer 100 tonnes de carburant liquide. Le Professeur Chang-Young-Keun, de la Korea Aerospace University de Séoul, est formel en expliquant que ce missile est doté, dans sa partie avant, d’une nouvelle technologie « Vehicle Post-Boost » ; cette dernière étant capitale pour le développement d’un lanceur à têtes nucléaires multiples.

Cela aura donc une conséquence directe pour la défense nord-américaine qui devra investir un milliard de dollars par ICBM nord-coréen, pour tenter de la contrer (2). Cela correspond à la fabrication de 12 à 16 missiles intercepteurs, dédiés à un seul engin menaçant. Engin qui plus est, vu sa taille et sa technologie, serait difficile à neutraliser par une ou plusieurs frappes préventives, selon les experts américains.

Ce défilé, ou plutôt cette démonstration de force, n’est pas sans poser quelques questions. Premièrement, la République Populaire Démocratique de Corée est sous le coup de sanctions internationales renforcées depuis ses essais nucléaires et balistiques de 2017. Par conséquent, ce pays a-t-il violé lesdites sanctions ? Concernant les essais nucléaires et balistiques, il n’y a pas eu transgression, le moratoire décrété le 1er janvier 2018 par Kim Jong Un ayant été respecté puisqu’aucun essai nucléaire n’a eu lieu depuis cette date. En revanche, ce n’est pas le cas concernant le développement d’armes balistiques. En effet, les essais des lanceurs multiples ainsi que de nouveaux propulseurs au cours de l’été 2019 ont été réalisés en violation des résolutions onusiennes, sans pour autant provoquer de réaction de la part des USA.

Deuxièmement, comment expliquer que la Corée du Nord ait pu développer de tels engins avec un régime de sanctions aussi dur ? Peut-être est-ce un nouvel élément de preuve de l’inefficacité et de l’inutilité de ces types de sanctions, puisqu’elles n’empêchent ni le développement d’une défense de dissuasion moderne ni le développement économique au final (développement finalement stoppé par la pandémie du SARS-COV2, comme dans de nombreux autres pays du monde).

Au premier abord, cet étalage de puissance nucléaire, peut donner l’impression d’une volonté guerrière de la part du régime de Pyongyang, ou bien d’une manipulation voire d’une volonté d’intoxication. La promotion du responsable des forces stratégiques nord-coréennes, le général 4 étoiles Pang Doo –Séoob au poste de Chef d’Etat-Major Général adjoint de l’Armée Populaire de Corée, c’est-à-dire numéro 4 des forces armées, est une preuve que ces équipements sont fonctionnels, puisque leur responsable de projet a été récompensé, la RPDC n’ayant pas l’habitude de récompenser les échecs dans son programme dissuasif.

Il est donc désormais indéniable que la Corée du Nord a intégré le club des puissances nucléaires, avec de réelles capacités technologiques. Néanmoins, cette démonstration de force ressemble plus à un appel du pied pour une reprise des discussions, de la part d’un pays qui souhaite traiter d’égal à égal avec ses voisins et les grandes puissances. Peut-être faudrait-il enfin les envisager en considérant la Corée du Nord comme un pays sérieux et responsable, avant que les exigences nord-coréennes ne deviennent plus importantes, au fur et à mesure de l’accroissement de ses capacités militaires ? La nouvelle administration américaine prendra-t-elle en compte cette situation et envisagera-t-elle de nouvelles discussions ? Ou bien Kim Jong Un se rappellera-t-il au bon souvenir de Joe Biden en procédant à un nouvel essai, nucléaire ou balistique, continuant ainsi à alimenter une situation qui perdure depuis 1950 et où chacun des deux Etats joue une partition bien rodée du « meilleur ennemi ».

Stéphane Lefevre
9 novembre 2020

(1) Il existe 2 autres partis politiques en RPDC, le Parti Social Démocrate de Corée et le Parti Chondogyo-Chong-u ( Parti nationaliste et traditionnaliste )

(2) Inter Continental Balistic Missile


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