COMITE VALMY

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"Monsieur Jean-Yves Le Drian, pas une fois vous n’avez condamné cette agression brutale au Haut-Karabakh"
Par Robert Guédiguian , Simon Abkarian et Serge Avédikian

vendredi 6 novembre 2020, par Comité Valmy


"Monsieur Jean-Yves Le Drian,
pas une fois vous n’avez condamné
cette agression brutale au Haut-Karabakh"

Lettre ouverte

Simon Abkarian, Serge Avédikian et Robert Guédiguian interpellent le ministre des Affaires étrangères sur la situation dramatique au Haut-Karabakh.

Simon Abkarian est un acteur, dramaturge et metteur en scène français, d’origine arménienne
Serge Avédikian est un acteur et réalisateur français d’origine arménienne
Robert Guédiguian est un réalisateur de cinéma, producteur et scénariste français d’origine arménienne et allemande

Au lendemain de l’appel d’élus de tous bords et de toute la diaspora Arménienne de France, pour une reconnaissance d’une Artsakh indépendante, vous vous êtes fendu d’une réponse des plus laconique. Ces quelques mots dits du bout des lèvres nous exposent la "neutralité" de la France et sa "nécessité" de rester dans le cadre légal du groupe de Minsk. Pas une fois vous n’avez suggéré une idée ou une proposition qui aurait pu dire votre inquiétude quant aux bombardements de la coalition Turco/Azérie sur la population civile de l’Artsakh. Pas une fois vous n’avez condamné cette agression massive, brutale et généralisée.

L’Arstakh abandonné

L’Arstakh est le nom véritable de cette région que les Tatars, pardon les Azéris, appellent Karabagh. Mais je suppose que vous le savez. N’êtes-vous pas agrégé d’histoire ? Vous devez donc savoir dans quelles circonstances l’Azerbaïdjan fut inventée en 1918 et pourquoi Lénine, qui croyait faire basculer Mustapha Kemal dans le camp bolchévique, laissa Staline dépecer l’Arménie et livrer le Nakhitchévan et l’Artsakh à l’Azerbaïdjan. Il est vrai que nous les Arméniens ne sommes d’aucun intérêt à la France sinon en temps de guerre, Manouchian et les milliers de volontaires engagés dans la légion d’orient vous le diront. Mais puisque c’est du passé, passons. Et si ce passé venait à resurgir nous serions là, n’en doutez pas.


Vous réduisez le champ diplomatique
à la faveur d’un pragmatisme économique et financier


Pour le moment, nous ne pesons rien dans votre vision marchande du monde, votre "neutralité" est somme toute logique. Vous rajoutez dans votre discours et c’est cela qui m’interpelle "Notre longue relation avec l’Azerbaïdjan, ex-république soviétique, dotée d’importantes réserves en hydrocarbures, représente des débouchés importants pour nombre d’entreprises internationales."

Vous réduisez le champ diplomatique à la faveur d’un pragmatisme économique et financier. Je sais d’un point de vue marchand, l’éthique ça ne vaut rien elle n’est qu’une vieillerie caduque que l’on range dans le tiroir du temps où s’entassent valeurs et vertus d’un monde déchu. Reliques d’un autre siècle qui font sourire les jeunes dieux. Vous parlez de l’Azerbaïdjan, une dictature autocratique, comme d’un pays démocratique. « Notre longue relation ? » Relation de quelle nature Monsieur le ministre et longue depuis quand ?

Vous savez comment Aliev opprime son peuple, envoie les fils de ses minorités Lezghiens et Talish combattre un ennemi qui n’est pas le leur. Vous savez que sa famille pille et détourne la manne pétrolière dont les réserves, je le dis au passage, n’en ont plus pour très longtemps.

Vous savez les pogroms qui éclatèrent au lendemain du référendum de l’Artsakh, quant à son désir d’émancipation, lorsqu’en 1987 elle demanda son autonomie et l’indépendance. Demande qui fut acceptée par la chambre des députés puisqu’elle était en phase avec la loi de l’URSS de Gorbatchev. Mais avant d’être ratifiée, les pogroms de Soumgaït et de Bakou contre les Arméniens vivants pacifiquement en Azerbaidjan, fermèrent la voix démocratique et ouvrirent les portes d’une guerre qui dura trois ans.


Vous, manifestement, vous êtes fort
en matière d’abstraction.Je vous en félicite


Et puisque votre passion première fut l’histoire contemporaine, vous savez aussi les pogroms perpétrés dans cette même région, par les Tatars, pardon les Azéris, à l’encontre des Arméniens en 1906 puis entre 1918 et 1920. Oui elle est longue l’histoire Monsieur le ministre et elle est sanglante. Nous pensions, naïvement peut-être, qu’elle avait atteint son triste terme en 1915. Man,ifestement ces messieurs de "deux peuples, une seule haine", veulent finir le travail de leurs ancêtres.

Erdogan promet, je cite : "Si vous continuez de vous comporter de cette manière, demain, aucun Européen, aucun Occidental, ne pourra plus faire un pas en sécurité, avec sérénité dans la rue, nulle part dans le monde." Quant à Aliev, il déclare "nous chasserons les Arméniens comme des chiens et les noierons dans leur sang". Ou encore "Ils (les Français) n’ont qu’à donner Marseille aux Arabes". Voilà le niveau de haine et de bêtise auxquelles les gouvernements d’Erevan et de Stepanakert sont confrontés.

Vous, manifestement, vous êtes fort en matière d’abstraction. Je vous en félicite.

L’Artsakh est notre Alsace Lorraine, nous ne la lâcherons jamais. Comprenez-vous ? Nous n’avons d’autres choix que de résister, tenir tête à un envahisseur qui rêve à notre destruction. Cette guerre qui frappe le peuple arménien de plein fouet n’est en rien un conflit local. Les conseillers militaires turcs et pakistanais, les brigades djihadistes coupeurs de têtes, venues de Syrie, de Lybie, et d’Afghanistan l’attestent. Tendez bien l’oreille à ce que dit Erdogan et vous comprendrez mes alarmes. L’homme est fidèle à ses paroles. Son ambition revancharde pétrie de haine et de colère est sur le point de prendre son essor. À moins de l’arrêter dans son élan, il sera trop tard et pas seulement pour les Arméniens. Bientôt c’est la Grèce qu’il jettera dans la mêlée sanglante et les Balkans suivront. Votre obsession financière a-t-elle eu raison de votre raison ? Ne voyez-vous pas ce qui se trame ? Les habitants de l’Artsakh et de l’Arménie ne sont pas des acteurs de la région, Ils sont la région et ce depuis plus de deux mille ans. Ils en sont la porte, les gardiens immuables.

À vous de savoir ce qu’ils protègent, n’êtes-vous pas agrégé d’histoire ?

Veuillez accepter, Monsieur le ministre, mes salutations républicaines les plus sincères.

Robert Guédiguian

Simon Abkarian

Serge Avédikian


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