COMITE VALMY

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Créolisation : « La France Insoumise
clarifie son virage communautariste »
Par Laurent Herblay (FigaroVox et Blog gaulliste libre)

jeudi 8 octobre 2020, par Comité Valmy


Jean-Luc Mélenchon, président de La France Insoumise. Francois Bouchon / Le Figaro/François Bouchon / Le Figaro

Créolisation : « La France Insoumise
clarifie son virage communautariste »

FIGAROVOX/TRIBUNE - Le président de La France Insoumise glisse du modèle français assimilateur - exigeant en terme de sacrifices pour le nouveau venu - au modèle anglo-saxon, analyse Laurent Herblay. Selon lui, il est regrettable que Jean-Luc Mélenchon passe d’une défense du creuset républicain à un éloge du melting pot à l’anglaise.

Laurent Herblay est auteur du blog gaulliste libre depuis 2007, ancien porte-parole de Debout la République et de Nicolas Dupont-Aignan pour l’élection présidentielle de 2012.

Le mot « créolisation », utilisé par Jean-Luc Mélenchon a suscité des polémiques, auquel il a répondu dans une tribune dans L’Obs. L’occasion de clarifier, s’il y en avait encore besoin, le virage communautariste de La France Insoumise, aggravé par une nouvelle importation anglo-saxonne, le refus de toute alternative. Pour lui, « la créolisation n’est ni un projet, ni un programme. C’est un fait qui se constate ».

Le modèle français et le français au rebut

Au moins, la citation d’Edouard Glissant a le mérite de la clarté, évoquant une « transformation continue », des « chocs de culture » ou « la création d’une culture ouverte et inextricable ». Nous sommes bien dans cette logique très anglo-saxonne où plusieurs cultures co-existent et où la culture nationale serait à la fois en retrait et en évolution permanente, sous l’influence de toutes les influences qui la traversent. C’est ce que confirme cette autre citation d’Edouard Glissant : « la créolisation est un mouvement perpétuel d’interpénétrabilité culturelle et linguistique qui fait qu’on ne débouche pas sur une définition de l’être ».

Cette vision, c’est celle d’un monde globalisé sans frontières où tout se mélange, tout a la même valeur, où les racines finiraient par être complètement oubliées, l’être ne pouvant être défini. C’est bien le melting-pot anglo-saxon, par opposition au creuset républicain Français.

De manière révélatrice, Mélenchon ne voit rien à redire à l’invasion linguistique du globish, soutenant que « les références culturelles anglo-saxonnes qui étaient très minoritaires sont devenues majoritaires et une forte imprégnation en est résultée. Elle se lit sur les façades des commerces, le vocabulaire ordinaire, les émissions de télé, les modes et la musique.


De manière révélatrice, Mélenchon ne voit rien à redire
à l’invasion linguistique du globish


De fait, il s’agit de la forme de créolisation la plus aboutie et elle surplombe toutes les autres ». Il est tout de même assez incroyable qu’un homme qui a une certaine culture comme lui ne soit pas choqué par cet aplatissement linguistique, qui va du commerce à toute la culture. Cette seule perspective linguistique infirme la citation de Glissant puisque cette évolution aboutit à une uniformisation et un appauvrissement de nos cultures.

Mélenchon a raison de pointer la tension qui existe entre l’universalisme et les différences. Mais justement, c’est là qu’il y a des projets différents. Et ceux de la France ne sont pas ceux du monde anglo-saxon. Dans notre pays, l’universalisme prime sur les différences. Comme le notait bien Malika Sorel dans « Le puzzle de l’intégration », son premier livre, même s’il ne s’agit pas d’oublier ses racines, dans notre modèle un plus grand effort d’assimilation est demandé aux immigrés. Mais en contre-partie, l’intégration y est bien meilleure.

Si le modèle anglo-saxon demande moins d’efforts, en préservant des communautés plus distinctes, en revanche, l’intégration est nettement moins bonne. C’est ce que montre l’effarante condition des noirs outre-Atlantique, qui souffrent encore de ségrégation, cette ségrégation qui y était encore légale quand Gaston Monnerville était le président du Sénat en France

Le modèle républicain français impose aux individus de mettre le commun universel avant les différences. C’est pour cela que nous avons la loi de 1905 et que les religions sont consignées à la sphère privée. Sans craindre d’être contradictoire, Mélenchon critique la volonté d’assimilation qui impose « un renoncement à ce qui les distingue de la culture dominante » en évoquant le « corps, à ce qu’on en montre ou pas, ce que l’on en affiche selon qu’on est un homme ou une femme », évoquant à mi-mot le voile.


Si la créolisation existe, attisée par certains,
elle n’est qu’un projet qui peut parfaitement
être combattu démocratiquement


Mais ce faisant, il utilise le grand détournement des mots bien décrypté par Fatiha Agag-Boudjahlat. Il parvient à sous-entendre que l’interdiction de la burqa, du burkini ou du voile serait un comportement de dominants, alors même que ces bouts de tissus sont des moyens de la domination patriarcal islamiste sur les femmes ! C’est leur interdiction qui libère au contraire les femmes dominées de leurs dominants.

Et pour couronner le tout, Mélenchon fait un décalque du discours économique de Thatcher, selon laquelle « il n’y aurait pas d’alternative », pour sa vision communautariste. Pour lui, la créolisation ne serait pas un projet ou un programme, mais un fait. S’il a raison de dire que « le peuple français actuel n’est plus le peuple de 1958 », cette constatation ne clôt pas le débat, au contraire.

Non seulement cette évolution peut pousser, a contrario, à réaffirmer plus fortement en quoi nous tenons à notre modèle républicain universaliste opposé au communautarisme. Mais en plus, il est extrêmement clair que c’est le projet de certains, comme lui, de le remettre en cause et de pousser une évolution à l’anglo-saxonne. Ce faisant, il exprime une forme de déni du débat démocratique. Libre à lui de défendre un projet communautariste de créolisation de notre société, mais libre aussi à d’autres de défendre une autre voie.

Par-delà l’opposition complète à ce funeste projet de société, il est frappant de constater la dérive personnelle de Jean-Luc Mélenchon. Si la créolisation existe, attisée par certains, elle n’est qu’un projet qui peut parfaitement être combattu démocratiquement. Le simple fait de le refuser confirme la tonalité totalitaire inquiétante du personnage, que les insultes outrancières comme Isabelle Saporta n’arrangent pas…

le 29 septembre 2020


Cet article est repris sur le Blog gaulliste libre de Laurent Herblay :
Le révoltant TINA communautariste de Mélenchon


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