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Editorient

LA FRANCE FAIT UN CADEAU
AU FASCISTE ERDOGAN !
par Richard Labévière

mercredi 30 septembre 2020, par Comité Valmy


LA FRANCE FAIT UN CADEAU AU FASCISTE ERDOGAN !

Plus de 300 journalistes professionnels sont emprisonnés en Turquie pour « délit professionnel » et « soutien à des organisations terroristes ». Le 27 août dernier, l’avocate Ebru Timtik est morte en prison après 238 jours de grève de la faim, afin de réclamer un procès équitable.

Depuis juillet 2016, les reconductions régulières de l’état d’urgence en Turquie entraînent de graves violations des droits humains concernant plusieurs centaines de milliers de personnes, selon un rapport, dernièrement publié par le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH). Ce rapport fait état de cas de torture, de mauvais traitements, de détentions arbitraires, de privation arbitraire du droit au travail, ou encore d’atteintes à la liberté d’association et d’expression. Les auteurs de ce texte montre comment l’état d’urgence est utilisé par Ankara « pour étouffer toute forme de critique ou de dissidence à l’égard du gouvernement ».

Le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Zeid Ra’ad Al Hussein, souligne, dans ce rapport, le nombre « ahurissant » de près de 160.000 personnes arrêtées depuis le début de l’état d’urgence. Il note aussi que 152 000 fonctionnaires ont été renvoyés, « dont beaucoup de manière arbitraire ». Des enseignants, juges et avocats ont été licenciés ou poursuivis. Le rapport note également qu’environ 300 journalistes ont été arrêtés au motif que leurs publications contenaient « des sentiments d’apologie au terrorisme » ou d’autres « infractions verbales » ou « d’appartenance » à des organisations terroristes. Plus de 100.000 sites web ont été bloqués depuis 2017, dont de nombreux pro-kurdes et des chaînes de télévision par satellite.

FEMMES ENCEINTES EMPRISONNEES

L’une des conclusions les plus alarmantes du rapport, selon M. Zeid, est « la manière dont les autorités turques ont détenu une centaine de femmes enceintes ou venant d’accoucher, principalement au motif qu’elles étaient associées à leurs maris [respectifs], soupçonnés d’être liés à des organisations terroristes ». Toujours selon le Haut-Commissaire, certaines de ces femmes ont été détenues avec leurs enfants et d’autres ont été « violemment séparées d’eux ». Témoignage d’une femme turque interrogée par le HCDH dont le conjoint est suspecté d’être proche du réseau de Fethullah Gülen : « ils m’ont emmené au poste de police. Ils ont appelé le procureur et lui ont dit au téléphone ‘nous avons arrêté la femme d’un terroriste’. Puis le policier a commencé à me menacer de me déshabiller et de me montrer aux soldats détenus. Il a mis ses mains sous mon t-shirt et a commencé à l’enlever. J’étais incapable de réagir ». Au total, le Haut-Commissariat aux droits de l’homme estime qu’environ 600 femmes avec de jeunes enfants sont détenues en Turquie, dont une centaine de femmes enceintes ou venant d’accoucher.

Le HCDH reconnaît cependant dans son rapport que la Turquie doit faire face à « des défis complexes » pour « répondre à la tentative de coup d’État du 15 juillet 2016 et à un certain nombre d’attentats terroristes ». Mais le rapport indique également que le simple nombre et la fréquence des décrets d’urgence, ainsi que l’absence de lien entre ces décrets et la menace nationale semblent pointer une utilisation des pouvoirs d’urgence pour étouffer toute forme de critique ou de dissidence à l’égard du gouvernement.

Les services du Haut-Commissaire Zeid exhortent le gouvernement de la Turquie à faire en sorte que ces allégations de violations graves des droits de l’homme fassent l’objet d’une enquête et que leurs auteurs soient traduits en justice. Pour avoir une vision exhaustive de la situation, le HCDH demande à nouveau un accès complet à la région. Le rapport a été notamment établi sur la base de 104 discussions avec des victimes, des témoins et des proches de victimes. Il est également basé sur une analyse d’informations gouvernementales ; ainsi que des documents relevant du domaine public, des images satellite et du matériel audiovisuel, entre autres matériels appropriés.

L’AFFAIRE MEHMET YALCIN

Malgré cette situation très particulière et un sérieux incident en Méditerranée entre une frégate française et des bâtiments militaires turcs1, la France éternelle vient faire de faire un « cadeau » – parfaitement incompréhensible – au régime fasciste de Recep Erdogan. Le 28 août dernier, le tribunal administratif de Bordeaux ordonne la libération du Kurde Mehmet Yalcin du centre de rétention où il attendait son expulsion. Mais le réfugié espère encore… Il venait de déposer une demande d’asile en France, la justice estimant que le temps de la procédure, la privation de liberté était illégale. En réponse, la préfecture l’assigne à résidence, décision cassée par le tribunal administratif !

Mais le 15 septembre à 6 heures du matin, une vingtaine de policiers font irruption à son domicile et l’interpellent en présence de sa femme et de ses trois enfants pour un « simple entretien administratif »… En fait, balayant la demande d’asile en cours, qui n’a pas de caractère suspensif, la préfecture de Gironde a décidé de l’expulser ! Il est conduit au commissariat de l’aéroport de Mérignac, puis transféré en région parisienne avant d’être embarqué dans un avion pour… Istanbul !

« Ne cherchez pas querelle à la Turquie ! », venait de menacer Erdogan en s’adressant à Emmanuel Macron, mais de là à lui faire un tel « cadeau », il y avait de la marge…

AU NOM DES FRERES MUSULMANS

Pendant ce temps, des navires turcs de forage effectuent toujours des prospections gazières et pétrolières totalement illégales dans les eaux territoriales grecques. D’autres bâtiments de guerres turcs violent allègrement l’embargo des Nations unies sur les armes pour la Libye. Ils acheminent du matériel de guerre et des mercenaires jihadistes, dernièrement engagés en Syrie contre l’armée nationale syrienne – ces mêmes jihadistes qui tuent des gens dans les rues des villes européennes…

Le bras tendu, les quatre doigts pointés – signe de ralliement des membres de la Confrérie des Frères musulmans -, Erdogan joue la carte de l’Islam politique, poursuivant un double objectif : resouder sa base électorale (notamment dans les campagnes) alors que la situation économique intérieure est passablement déglinguée ; et, prétendre au leadership du monde musulman sunnite à la place de l’Arabie saoudite, quand bien même la Turquie n’est pas un pays arabe.

Et sa logomachie « néo-ottomane » ne se limite pas au bassin méditerranéen, mais cible l’ensemble des pays de l’ancienne aire de l’influence turkmène en Asie centrale, ainsi qu’en Afrique. Par exemple, avec l’aide du Qatar, Ankara cherche à équiper un port militaire en mer Rouge, dans la presqu’île de Suakin, c’est-à-dire juste en face du port saoudien de Djeddah ! En Somalie, des « conseillers militaires turcs » forment les activistes de plusieurs factions islamistes proches des tristement célèbres « Shebab » et d’autres égorgeurs patentés.

La plupart – peu ou prou – partagent l’idéologie mortifère des Frères musulmans, et touchent toujours de somptueux subsides de l’Arabie saoudite, des Emirats arabes unis et du Koweït notamment. Et c’est justement pour s’imposer face à ces « concurrents » qu’Erdogan déborde d’activisme islamiste. Le mouvement turc d’extrême-droite – Les Loups gris – et d’autres formations paramilitaires ont rejoint les services spéciaux de l’armée turque, afin de porter assistance aux « mouvements amis », nous explique un officier supérieur de l’armée turque qui vient d’échapper récemment à une arrestation, dument notifiée par un tribunal militaire d’Ankara… La même source se fait encore plus alarmiste : « vous les Européens, vous ne vous rendez pas compte de la transformation en cours en Turquie. Erdogan et ses complices transforment, actuellement le régime parlementaire en une véritable ‘machinerie fasciste’, piétinant allègrement l’ensemble des libertés civiles et politiques pourtant inscrites dans notre constitution… ».

Suite aux différentes provocations d’Erdogan, on pouvait s’attendre à quelques protestations et mises en garde de l’Union européenne, voire à une convocation extraordinaire du Conseil de sécurité des Nations unies. Plusieurs pays écopent de sanctions économiques pour moins que cela… Mais rien ne se passe, rien ne bouge et la Turquie d’Erdogan bénéficie d’un incompréhensible blanc-seing, Washington étant tétanisé par une possible distanciation d’Ankara de l’OTAN afin se rapprocher de Moscou et de Pékin… Cette « prime à la canaille » est d’autant plus incompréhensible qu’Ankara menace dangereusement les équilibres traditionnels qui prévalaient, jusque-là, en Méditerranée et en mer Rouge. Maintenant, qui peut remettre à sa place le fasciste Erdogan ? Rien à attendre des Etats-Unis, du Conseil de sécurité, de l’Union européenne, ni de Madame Merkel. En épaulant la Grèce en mer Egée, la Marine nationale de notre pays montre toute son utilité et ses capacités de « marine de combat », démontrant que la Méditerranée n’a certainement pas vocation à devenir un lac turc !

Contrer le fasciste Erdogan et ses coups de force extérieurs constitue, aussi un moyen efficace de soutenir les démocrates turcs de l’intérieur, qui se battent pour sauver leur pays et leur dignité.

Richard Labévière
28 sepyembre 2020

1 « Affaire Courbet : terrorisme turc et réponses munichoises » – Prochetmoyen-orient.ch, 22 juin 2020.

Proche&Moyen-Orient.ch
Observatoire Géostratégique


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