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L’initiative française
face aux tiraillements régionaux et internationaux
Par Scarlett HADDAD / OLJ

jeudi 3 septembre 2020, par Comité Valmy


L’initiative française
face aux tiraillements régionaux et internationaux

La visite du président français, Emmanuel Macron, au Liban a ouvert de nouvelles perspectives pour le pays, qui se débat dans une série de crises successives, chacune plus complexe que l’autre. Les évaluations des résultats de cette visite varient d’un camp à l’autre et il est sans doute encore trop tôt pour en mesurer toute la portée et les conséquences. Il y a ainsi ceux qui estiment que cette visite marque le début d’une prise en charge du dossier libanais par la France et son président. Ceux-là assurent déjà, à l’instar de l’ancien ministre Wi’am Wahhab, dans ce qui voudrait ressembler à une boutade mais qui en dit long sur leur état d’esprit, que le Liban a remplacé les « barazeks » (spécialité syrienne) par les croissants, dans une allusion claire à l’établissement d’une sorte « de mandat français revisité ». D’autres, au contraire, estiment que la « feuille de route » que le président français a annoncée mardi, dans sa conférence de presse, pour le prochain gouvernement, assortie de délais précis (près de deux mois pour la formation du gouvernement et le déclenchement des réformes demandées par la communauté internationale) devrait se heurter à une sérieuse opposition de la part de plusieurs parties régionales et internationales.

Selon les partisans de cette thèse, la France est en train de remplir une sorte de vide, ou de temps mort, jusqu’aux élections américaines et la voie que pourraient prendre par la suite les relations américano-iraniennes. Sa démarche réaliste d’inclure toutes les parties libanaises, y compris le Hezbollah, dans un processus de dialogue interne et de participation pour éviter les entraves que pourraient mettre les parties exclues ne plaît pas à tout le monde, selon les partisans de cette thèse. Cette démarche s’inscrirait donc en porte-à-faux avec la politique américaine et saoudienne d’isoler le Hezbollah pour mieux l’affaiblir. Selon les partisans de cette thèse, en poussant les différentes parties à s’entendre sur l’identité du nouveau président du Conseil et en incitant le chef du courant du Futur à s’impliquer dans la désignation du successeur de Hassane Diab, Macron a offert une bouée de sauvetage à la classe politique et au Hezbollah en particulier, tout en allant à l’encontre de la politique américaine et saoudienne au Liban. Preuve en est que le secrétaire d’État américain adjoint pour le Proche-Orient, David Schenker, s’est rapidement rendu à Beyrouth pour une visite de plusieurs jours, au cours desquels il devrait multiplier les rencontres avec des représentants de la société civile, sans doute pour tenter d’entraver l’initiative française pour la formation rapide d’un gouvernement. De même, une partie de la rue libanaise n’a pas apprécié ce qu’elle appelle « le renflouement » de la classe politique et le processus de désignation d’un nouveau président du Conseil, lequel, selon elle, n’a pas tenu compte de la volonté de changement qui s’est exprimée à travers les manifestations populaires. D’ailleurs, des manifestations ont eu lieu mardi, alors que le président français était encore à Beyrouth, dans un message clair de refus à sa démarche. Enfin, toujours selon ceux qui ne voient pas que l’initiative française se dirige vers un succès, il ne faudrait pas oublier l’opposition de la Turquie qui ne voit pas d’un bon œil le nouveau rôle de la France au Liban et qui a une certaine influence dans le pays, notamment à travers certains groupes sunnites.

Ces deux thèses contradictoires montrent qu’un certain flou continue de régner autour des développements régionaux et locaux dans les trois prochains mois.

Toutefois, le président français a été d’une grande franchise lors de la conférence de presse qui a clôturé sa visite au Liban. Interrogé sur d’éventuelles oppositions régionales et internationales à son initiative, il a clairement déclaré qu’avant de la lancer, il était entré en contact avec les Américains et avec les Européens. Il en avait même parlé avec le prince héritier d’Arabie Mohammad ben Salmane et aucune partie n’avait exprimé son opposition à cette démarche. (Le président Macron n’a pas déclaré avoir contacté les responsables turcs, mais la question portait spécifiquement sur les Américains). Il a aussi déclaré que ses interlocuteurs politiques libanais se sont engagés à faciliter la formation d’un nouveau gouvernement dans un délai de 15 jours. Ce gouvernement devrait déclencher les réformes dans un délai d’un mois. Il a aussi annoncé une troisième visite au Liban au mois de décembre pour le suivi du processus. Cela signifie, selon des sources politiques libanaises, que l’initiative française est assortie d’un calendrier concret. Ce qui lui donne du sérieux et de la crédibilité, notamment en raison de la propension de certaines parties libanaises à gagner du temps, en cherchant à noyer le poisson. Selon ces mêmes sources, le président français a montré aussi bien lors de la conférence de presse que dans tous ses entretiens au Liban qu’il maîtrisait bien le dossier et qu’il s’était fixé un objectif précis qu’il s’emploiera à atteindre en avançant entre les mines. Pour ces mêmes sources, suites aux crises successives dont la tragédie du port est la dernière en date, le Liban était au bord de l’effondrement et la France a compris cela. Elle voulait donc éviter à tout prix cet effondrement qui provoquerait une situation incontrôlée et incontrôlable. L’administration américaine ne veut pas non plus l’effondrement total du Liban, même si elle ne compte pas modifier sa politique à l’égard du Hezbollah. La position du secrétaire d’État adjoint David Hale au cours de sa dernière visite à Beyrouth était claire à ce sujet.

À partir de ce point commun entre la France et les États-Unis, le président français a décidé d’agir, avec l’aval des Américains. Certes, il y aura des oppositions, le dossier libanais étant complexe et impliquant de nombreuses parties régionales et internationales, mais pour les prochains mois, il semble que la France soit la seule à avoir un projet précis et à être acceptée par la plupart des parties...

OLJ / Scarlett HADDAD,

le 03 septembre 2020


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