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Ne dites pas à Onfray qu’il y avait
des communistes dans le Front Populaire.
par Jacques-Marie BOURGET

mercredi 9 septembre 2020, par Comité Valmy


Ne dites pas à Onfray qu’il y avait
des communistes dans le Front Populaire.

Affublé de Philippe de Villiers, de Robert Ménard, de Didier Raoult, d’Alain de Benoist, le suprême narcissique Michel Onfray, après des heures de rames, a franchi le cap qui le conduit vers l’océan des certitudes d’extrême droite. Enfin le philosophe de troisième cycle est à sa place, accessible à la bénédiction de Marine Le Pen.

Onfray mieux de se taire, de la fermer. Ça fait courant d’air en ces temps où vole le Covid de sens. Car on ne lui a rien demandé au philosophe des Relay de gare. Même pas l’heur, celui de plaire ou de déplaire. Mais ces gens-là, BHL et lui, le Normand double crème, se sentent mourir s’ils ne sont pas sous les feux de la rampe là où, s’il le faut, on avance en rampant, non pas jusqu’à la lumière, mais l’illumination cathodique.

Voilà donc, dans une nouvelle livraison de sa pensée ris de veau, qu’il nous prépare façon « Front Populaire ». Dont il serait le Blum, alors qu’il semble oublier que ce Front-là était plein de ces cocos qu’il abhorre. En lançant son attrape-nigaud, le philosophe du bocage poursuit sa démonstration : il ignore trop de choses pour être cru, en particulier l’Histoire. Mais le niveau va monter avec les conseils venus de son nouveau confident – que l’on croyait oublié à jamais - Philippe Douste-Blazy. Responsable de notre diplomatie, il le fût ( !) ce comique était si étranger aux affaires que les langues de vipères, qui pullulent au sein des excellences, le surnommait « Mickey d’Orsay » ou le « Con d’Orsay ». On se demande d’ailleurs pourquoi ? Un ministre en charge du destin de la planète qui confond la Thaïlande avec Taïwan, Kosovo et Croatie, ce n’était pas si grave. Faute d’histoire, voilà donc un conseiller qui va pouvoir alimenter Onfray en précisions géographiques.

Le plus modeste des hommes a droit à sa part de vanité, la mienne est d’avoir, très tôt, flairé le Villiers sous les sabots du philosophe de Troisième cycle. Un ami du journal qui m’employait à l’époque m’avait suggéré de m’intéresser à un « intellectuel marginal qui, à Caen, avait lancé une « Université Populaire » ». L’idée était pour me plaire. D’autant qu’il se proclamait « anarchiste ». Mais, à l’examen, j’ai découvert que le « peuple » qu’enseignait Onfray n’était qu’une troupe de petits bourgeois et bourgeois normands, qui ne s’étaient jamais fait d’ampoules aux mains, sauf les jours de grand vent en faisant du voilier. Cette sorte de Rotary de la pensée « ready made » étant, pour le plus gros, financé par des fonds publics. A ce moment-là, concomitance, la publication d’un bouquin particulièrement cucul, signé de notre herbager, m’avait poussé à préférer aller boire un verre au bar plutôt que m’infuser une marinade de Nietzsche façon Onfray. Ce qu’il aime, Michel, c’est la justice. Celle par exemple qui aurait voulu que les sous des contribuables de Caen continuent d’être mobilisés afin de lui payer son « université » en solo. Le tout, donc, pour occuper à l’heure du thé des retraités qui hésitent à tuer le temps entre le macramé, la gemmologie ou le yoga. Quand on est las d’enseigner la philo à Saint Ursule, un lycée technique privé catholique, le mieux est de s’offrir sa Sorbonne perso. Un jour la ville de Caen et le département du Calvados ont dit « niet ».

Le problème c’est qu’Onfray n’est pas Gaston Bachelard qui a largement rattrapé son retard initial, perdu comme employé de la Poste. Notre préposé a obtenu une licence en Maths, une agrégation de Philo et un doctorat de Français, avant de publier « La Psychanalyse du feu » et autres Bibles. Michou, lui, a calé après un doctorat de troisième cycle à 27 ans, et puis c’est tout. Voilà l’étendue des connaissances qui lui permettent de l’ouvrir à tout propos, et aussi les portes de sa boutique franchisée : « Chez Platon tout est bon ». Le dommage c’est que notre philosophe de grande surface n’ait pas eu l’idée d’étudier aussi l’histoire.

Alors qu’aujourd’hui Michel Onfray se rêve président de la République, avec Villiers Premier ministre, Raoult à la santé (ne pas confondre avec la prison, merci) et Marine Le Pen à l’intérieur, je constate que le personnage n’a que peu changé. En vingt ans, cet homme qui n’écrit que sur papier de soi, a juste monté de quelques grades dans l’amour de lui-même, escaladé des étoiles dans son destin cosmique.

Ce qui m’intéresse de façon non pas « universitaire » mais « primaire », c’est de tenter de dire -un petit peu-, « Ce dont Onfray est le nom ». Prenons Onfray et les Palestiniens, un sujet qui m’habite. A ce propos le petit docteur en philo (donc moins gradé que BHL !) nous explique que si les Palestiniens sont aujourd’hui un peuple martyrisé sur une terre qu’on leur vole, c’est qu’ils furent jadis nazis. Et ils sont justement punis de leur vieil engagement de « collabos » entre 1933 et 1945... Et pour nous démontrer ça, il nous explique que « Husseini, le grand mufti de Jérusalem, était un partisan d’Hitler et a fait le voyage à Berlin ». Exact, mais dans ce grotesque lancé d’histoire en pièces détachées, Onfray ne nous parle pas du contenu de ces nombreux travaux publiés sur la collaboration entre les nazis et des chefs miliciens juifs, l’idée étant de faire guerre commune contre les anglais qui occupaient la Palestine. Lisez Hanna Arendt, elle a noté ce détail. Les Palestiniens ne sont pas plus les acteurs de leur malheur que ces hommes et femmes de confession juive ne le furent dans le cycle de la barbarie qui les a détruits. Pour revenir au non exemplaire Husseini, rappelons à notre Michel que le chef des palestiniens de ce temps n’était pas le mufti mais Abdallah I, roi de Transjordanie. Loin du rôle « capital » que veut aujourd’hui attribuer au mufti -en reconstruisant l’histoire-, le sagace chercheur Netanyahou, c’est qu’Husseini a quitté la Palestine en 1937 pour vivre entre l’Irak, au Liban et en Bosnie. Là il a retrouvé les pères des futurs amis de BHL, ceux qui formaient alors la Légion Handschar, une unité combattante nazie et musulmane. Des miliciens qui n’avaient rien de Palestinien.

Charger un peuple des initiatives mortifères de cet imam, c’est accuser tout le clergé français de collaboration au prétexte que monseigneur Mayol de Lupe était, sous sa soutane, un hitlérien tricolore. Et Awni Abd al-Hadi ? Tu ne connais pas non plus, cher Michel ? Pourtant c’est un ancien de la Sorbonne, qui a contribué à la fondation du Fatah en 1959, un « modéré » mais tellement suivi par le peuple que les Anglais l’ont exilé au Caire. « Les Palestiniens collaborateurs des nazis entre 1930 et 1945 », je crois que même tes nouveaux amis du CRIF n’avaient jamais osé l’écrire. Mais l’honneur de l’Université est sauf puisque tu n’as jamais eu l’occasion d’enseigner tes sottises dans un cénacle autre que le tien.

En dépit d’une relation commune, le professeur Raoult, quand il a un peu de temps après la publication d’un nouveau livre, plus vite écrit qu’imprimé, Onfray aime bien broyer du Mélenchon. Si on écoute le conteur normand, JLM fût, naguère un fanatique d’Ahmadinejad, le flic qui a présidé l’Iran pendant quatre ans, de 2005 à 2013. Voilà, à ce propos, ce que nous livre l’universitaire du petit soir :

« Dire que Ahmadinejad qui à l’époque voulait rayer Israël de la carte était un personnage très sympathique parce qu’il était un ennemi des Américains, ce sont quand même des choses dites par Mélenchon, eh bien ce sont des propos qu’on peut tenir comme ça en l’air, sans que ce soit extrêmement conséquent.

C’est très conséquent de défendre un individu qui veut rayer Israël de la carte, on ne peut pas défendre Ahmadinejad simplement parce qu’il est un opposant des États-Unis quand il a dit qu’il fallait rayer Israël de la carte, qu’est-ce que ça veut dire, c’est un propos qu’Adolf Hitler aurait pu tenir. On ne peut pas dire d’un côté qu’Ahmadinejad est quelqu’un de défendable et de l’autre côté descendre en disant “le fascisme ne passera pas”... » ... « Eh bien non, le CRIF a eu raison, de dire à Mélenchon qu’il n’avait pas sa place ici, que les Insoumis n’avaient pas leur place ici, un peu de décence. » Par cet « ici » l’intellectuel XXL fait allusion à l’interdiction faite par le CRIF à Mélenchon d’assister à la manifestation d’hommage à Madame Knoll, une vieille dame de confession juive massacrée par deux barbares. Donc, puisqu’il ne condamne pas Ahmadinejad quand il appelle à « rayer Israël de la carte », JLM n’a pas le droit d’assister à une « marche blanche ».

Ne parlant pas le farsi, afin de connaitre le véritable propos tenu par le sinistre président iranien, je me suis replié sur l’outil du savoir des sots, Wikipédia. Voilà ce que nous dit cette encyclopédie sans philosophes :

« En octobre 2005, lors d’un discours en l’honneur de l’Ayatollah Khomeiny Ahmadinejad a déclaré, reprenant les propos de ce dernier, que « ce régime qui occupe Jérusalem doit disparaître de la page du temps », formule qui fut généralement rapportée en Occident sous la forme « Israël doit être rayé de la carte ».

Les commentaires d’Ahmadinejad ont été condamnés par la plupart des gouvernements occidentaux, l’Union européenne, la Russie, le Conseil de sécurité des Nations unies et le secrétaire général Kofi Annan. Les dirigeants égyptiens, turcs et palestiniens ont aussi exprimé leur inconfort face à cette remarque d’Ahmadinejad.

Une controverse sur la justesse de la traduction a ensuite vu le jour. Des spécialistes comme Juan Cole de l’Université du Michigan et Arash Norouzi du projet Mossadegh soulignant que la déclaration originale en persan ne signifiait pas qu’Israël devait être rayé de la carte, mais plutôt que le régime s’effondrerait de lui-même.

Pour être précis ce Juan Cole, autre thuriféraire – avec Mélenchon - du président iranien, est bien mieux diplômé qu’Onfray. Voici son petit CV : « "Juan" Cole est un universitaire américain, historien du Moyen-Orient moderne et d’Asie du Sud, commentateur politique, et intellectuel public. Il est professeur d’Histoire à l’Université du Michigan. »

L’autre expert, Arash Norouzi, qui donne quitus à Ahmadinejad, est un exilé et opposant farouche au régime des mollahs. Ça ne fait rien, puisant dans son puits d’où sort toute vérité Onfray, qui maîtrise aussi bien le farsi que le bas-normand, nous dit ce qu’Ahmadinejad n’a jamais dit.

L’ignoble pour finir. Quand Onfray écrit n’importe quoi sur Freud ou Camus, ce n’est pas grave puisque leur œuvre et de grands chercheurs sont là pour nous informer. Mais quand il s’en prend au jeune héros martyr Guy Môquet pour - c’est un tic - le qualifier de « collabo de nazis », le comique cesse de nous faire rire.

C’est une règle connue des braqueurs, ils savent que c’est idiot de se pointer seuls à la caisse. Alors ils y vont à deux. C’est ce qu’ont fait il y a quelque temps Jean-Marc Berlière et Franck Liaigre, deux universitaires qui s’attaquent à la mémoire d’un mort adolescent. Dans un bouquin répugnant : « L’Affaire Guy Môquet, enquête sur une mystification officielle ». Michel Onfray tombe sur ce bouquin qui le subjugue, et le kantique d’Argentan (ville admirable pour avoir vu naître de vrais créateurs, André Mare et Fernand Léger), ne peut refréner son lucratif métier de briseur d’idoles : allons-y pour cracher sur la tombe du gamin au cadavre percé.

Attention, lecteurs, tenez-vous fermement au comptoir, voilà ce que le normand dit en novembre 2011 : « Je viens de lire un livre terrible intitulé L’Affaire Guy Môquet sous-titré Enquête sur une mystification officielle publié dans la très sérieuse maison d’édition Larousse dans une collection dirigée par Emmanuel Thiébot qui fit un temps partie de l’équipe de l’Université Populaire de Caen. Bravo aux auteurs Jean-Marc Berlière et Franck Liaigre. Que dit ce livre ? Que Guy Môquet ne fut pas résistant. Thèse sidérante tant elle va contre la mythologie qui fait de ce jeune garçon de seize ans fusillé par les nazis l’emblème de la résistance communiste à l’occupant allemand. »

Et voilà une deuxième mort pour Guy Môquet. Pas scientifique pour un sou, Onfray jubile à la publication d’une thèse policière qui lui va si bien. Sans émettre un doute après que Berlière et Liaigre ont rigolé dans un cimetière de Châteaubriant. Pourquoi fouiller plus si la thèse convient à vos fantasmes ? Certain de lui, dans sa posture ordinaire, Onfray nous dit le pourquoi de sa certitude : « le livre a été publié par Emmanuel Thiébot, un type très sérieux ». Je me suis donc lancé dans une recherche sur le béton produit par ce Thiébot. J’ai trouvé qu’il était « diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris », donc de Sciences Po. Par pudeur cet éditeur-historien doit taire ses tonnes de doctorats et toutes ses recherches publiées dans des revues hautement spécialisées. Il a sûrement tout ça, mais caché pour être heureux.

Glissement progressif de la douleur, l’idée de gauche aujourd’hui est effacée en même temps que son histoire. Et Onfray se veut timonier, son plan est affiché dans son « think-tank » dont les chars font de notre passé table rase. Pour retrouver le temps du travailleur soumis et sans droits, de l’économie sans entraves, de l’impôt et de la solidarité zéro, faisons abus de la gomme à effacer les luttes, refusillons les héros qui sont morts pour la liberté et la dignité. La parole est maintenant donnée aux menteurs, aux imposteurs, aux blanchisseurs de sépulcres. Moi ça m’est un peu égal de vivre ça, je n’en verrai pas le terme. Mais pour ceux qui devront continuer de vivre dans les canots de sauvetage de l’histoire... Va falloir qu’ils rament. A bord de votre radeau vous pourrez lire le prochain opuscule d’Onfray « Il n’y a jamais eu de communistes dans le Front Populaire ».

Jacques-Marie BOURGET
27 mai 2020


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