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Vers un conflit sino-américain
en mer de Chine ?
Par Scott Ritter

lundi 20 juillet 2020, par Comité Valmy


Vers un conflit sino-américain en mer de Chine ?

Les Etats-Unis déclarent illégales les revendications territoriales de la Chine, mais chien qui aboie ne mord pas. Les États-Unis sont militairement et économiquement impuissants.

La déclaration de Mike Pompeo selon laquelle les revendications de Pékin dans la mer de Chine méridionale sont illégales a été considérée par certains comme un pas spectaculaire vers la guerre. Mais ce ne sont que des fanfaronnades, car les États-Unis savent qu’ils ne sont pas encore capables de prendre des mesures militaires.

Le Secrétaire d’État Mike Pompeo a publié cette semaine une déclaration rejetant —en tant que politique officielle des États-Unis— les revendications territoriales de la Chine dans la mer de Chine méridionale, affirmant qu’il n’y avait aucune base légale pour les revendications de la Chine, et accusant Pékin d’utiliser des tactiques d’intimidation contre les États du littoral ayant des revendications concurrentes .

« Nous disons clairement », lit-on dans le communiqué, « que les revendications de Pékin sur les ressources marines dans la majeure partie de la mer de Chine méridionale sont totalement illégales, tout comme sa campagne d’intimidation pour les contrôler. Le monde ne permettra pas à Pékin de traiter la mer de Chine méridionale comme son empire maritime. »

Dans le cadre de sa politique autoproclamée de «  ligne en neuf traits », la Chine revendique environ neuf dixièmes des 3,5 millions de kilomètres carrés de la mer de Chine méridionale. En plus d’affirmer des revendications territoriales sur les hauts-fonds et les îles existants, la Chine a construit une série d’îles artificielles fortifiées qu’elle a utilisées pour affirmer sa présence dans la région. Cinq autres pays —les Philippines, le Vietnam, le Brunei, la Malaisie et Taïwan— contestent les revendications de la Chine et ont déposé divers recours légaux au fil des ans, dont certains ont été reconnus valides par l’arbitrage des Nations Unies.

Jusqu’à la déclaration de Pompeo, la politique officielle des États-Unis au sujet des revendications territoriales de la Chine était celle de la neutralité. Maintenant, les États-Unis se sont alignés contre la Chine de manière dramatique. Le timing de la déclaration de Pompeo n’était pas anodin.

Il y a moins de deux semaines, la marine américaine a entrepris une nouvelle série d’exercices de « liberté de navigation » visant à faire savoir à la Chine que ses aspirations territoriales en mer de Chine méridionale ne resteraient pas incontestées. Le déploiement de deux groupements tactiques de porte-avions était un étalage sans précédent de force militaire, remarquable non seulement par la taille et la portée de l’exercice, mais surtout par le contexte dans lequel il a été mené.

Hier, le Royaume-Uni, le plus proche allié des États-Unis, a déclaré qu’il avait l’intention de stationner l’un de ses nouveaux porte-avions dans la région, apparemment comme une mesure pour contrer une « Chine de plus en plus assertive ».

La Chine a, ces derniers mois, arboré publiquement son propre arsenal militaire, en particulier deux classes de missiles, connues sous le nom de DF-21 et DF-26, qui ont reçu le surnom de « tueurs de porte-avions » pour des raisons évidentes.

Le Global Times, un journal de langue anglaise publié sous les auspices du Parti communiste chinois, a fait référence à ces missiles dans un tweet publié en réponse au déploiement des porte-avions américains, notant que « la Chine dispose d’un large choix d’armes anti-porte-avions comme les #missiles DF-21D et DF-26 ‘tueurs de porte-avions’. La mer de Chine méridionale est parfaitement à la portée de l’armée populaire de libération chinoise (APL) ; tout mouvement de porte-avions américains dans la région est à la discrétion de l’APL. »

Le chef de l’information de la marine américaine, le contre-amiral Charlie Brown, a envoyé un tweet en réponse, déclarant : «  Et pourtant, ils sont là. Deux porte-avions @USNavy opérant dans les eaux internationales de la mer de Chine méridionale. #USSNimitz et #USSRonaldReagan ne sont pas intimidés #ANotreDiscretion. »

Les fanfaronnades de l’amiral Brown dissimulent la réalité : les missiles tels que les DF-21 et DF-26, appelés armes « anti-accès / déni de zone » (AA / AD), représentent un nouveau visage de la guerre maritime qui rendent les groupements tactiques de porte-avions américains complètement obsolètes.

Cela se reflète dans de nouvelles directives émises par le commandant du Corps des Marines visant à restructurer sa capacité de frappe amphibie pour refléter cette nouvelle réalité. « Les visions d’une armada navale de masse à neuf milles marins au large de la mer de Chine méridionale se préparant à lancer la force de débarquement… sont impraticables et déraisonnables », a noté le général David Berger. «  Nous devons accepter les réalités créées par la prolifération des missiles de précision à longue portée, des mines et autres armes intelligentes, et rechercher des moyens innovants pour surmonter ces capacités de menace. »

L’importance des directives du commandant est qu’elle sont basées sur la réalité, pas sur la théorie ; le Corps des Marines subit actuellement une restructuration radicale de son organisation et de ses capacités de combat, supprimant les capacités dites « héritées » telles que les blindés lourds et la police militaire en faveur d’une nouvelle structure « expéditionnaire » qui opèrera à partir de bases avancées dans le Pacifique et utilisera ses propres capacités de frappe à longue portée pour perturber un adversaire potentiel —en l’occurrence, la Chine.

Alors que certains commentateurs fébriles ont pris les paroles de Pompeo comme établissant le fondement juridique de l’utilisation de la force militaire contre Pékin, la vérité est que ni le Corps des Marines ni la marine américaine ne sont en mesure d’exécuter avec succès une campagne militaire contre la Chine dans la mer de Chine méridionale aujourd’hui, et qu’une telle capacité n’est pas envisageable dans les années à venir. La déclaration pompeuse du Secrétaire Pompeo n’est qu’une gasconnade : des mots qui ne peuvent pas être appuyés par la force sont, pour être francs, vides de sens.

La déclaration de Pompeo n’a pas précisé quelles conséquences les États-Unis sont prêts à imposer au cas où la Chine continuerait d’affirmer avec agressivité sa « ligne en neuf traits », pour la simple raison qu’aucune conséquence significative ne peut être imposée.

Les fanfaronnades de Pompeo semblaient davantage viser à creuser un fossé entre la Chine et ses partenaires commerciaux de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN), dont beaucoup ont des différends territoriaux avec la Chine dans la mer de Chine méridionale, qu’à déclencher une guerre.

La Chine cherche depuis des années à renforcer ses liens économiques et sécuritaires avec le bloc ASEAN, à la grande consternation des États-Unis. En effet, l’un des principaux obstacles rencontrés par les États-Unis pour affronter la Chine dans la mer de Chine méridionale est la réticence des nations mêmes que Pompeo a cherché à courtiser dans sa déclaration qui visait à aliéner les relations avec la Chine, dont le statut de partenaire commercial le plus puissant de la région sur le plan économique ne peut pas être ignoré par la plupart des pays de l’ASEAN.

A cet égard, la décision précipitée du Président Trump de se retirer du Partenariat transpacifique (TPP) en 2018 est revenue hanter les décideurs politiques américains : dépourvus de toute alternative économique viable dirigée par les États-Unis, les pays de l’ASEAN n’ont d’autre choix que de graviter vers la Chine.

En posant un marqueur selon lequel elle considère que la totalité des revendications de la Chine dans la mer de Chine méridionale comme légalement inadmissibles, l’administration Trump cherche à influencer l’arène diplomatique où les maints différends entre la Chine et les États du littoral de la Chine méridionale seront traités durant un avenir prévisible.

En dehors des mots, cependant, les États-Unis ont un levier limité : les exercices de liberté de navigation irritent la Chine, mais n’ont rien fait pour stopper son expansion dans la région, et au lendemain de l’effondrement du TPP, les États-Unis n’ont pas proposé de stratégie de développement économique régional cohérente pour contrer celle de la Chine.

La question cruciale est de savoir dans quelle mesure les pays riverains de la mer de Chine méridionale sont prêts à se rallier autour de la nouvelle politique déclaratoire américaine concernant les ambitions de la Chine dans la mer de Chine méridionale. Faute de la puissance militaire nécessaire pour contraindre la Chine au changement ou des moyens économiques d’offrir une alternative significative à l’influence économique de la Chine, la déclaration de Pompeo n’est guère plus que des paroles creuses masquant l’impuissance croissante des États-Unis.

Le fait que la seule réponse significative à la position de la Chine dans la mer de Chine méridionale poursuivie par les États-Unis soit une restructuration radicale du Corps des Marines uniquement conçue pour affronter militairement la Chine dans la région devrait être inquiétant pour tous ; en ne soutenant pas une rhétorique forte avec des options politiques significatives, les États-Unis risquent de se replier dans un coin dans lequel la seule solution sera l’outil militaire offert par les marines. Le monde entier devrait espérer et prier pour qu’on n’en arrive pas à ça.

Scott Ritter
15 juin 2020

Traduction : lecridespeuples.fr

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