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Une visite française de haut niveau
sur fond de bras de fer irano-US
Par Scarlett HADDAD / OLJ

samedi 18 juillet 2020, par Comité Valmy


Jean Yves Le Drian et le général Aoun en mars 2017

Une visite française de haut niveau
sur fond de bras de fer irano-US

Ce que les diplomates ne disent pas clairement, les militaires le font. Au cours de sa visite au Liban, la semaine dernière, le commandant du US Central Command – le commandement militaire américain en charge de la région du Moyen-Orient –, le général américain Kenneth McKenzie, aurait clairement dit à ses interlocuteurs que l’administration américaine « veut amener l’Iran à la table des négociations à genoux ». Il a aussi ajouté : « Si les Iraniens ne viennent pas grâce aux sanctions économiques, nous avons plusieurs autres moyens pour les obliger à le faire, notamment l’usage de la force. »

Ces propos, qui ont été recoupés par plusieurs sources concordantes, tendraient à montrer que le bras de fer qui se joue actuellement entre les États-Unis et l’Iran, et qui pèse sur l’ensemble de la région, dont le Liban, n’est pas près d’être réglé ou de baisser d’intensité. Cette fois, l’administration du président Donald Trump semble déterminée à aller jusqu’au bout, pour des raisons qui lui sont sans doute propres. Ce qui est souvent dit sur le pragmatisme américain et sur le fait que les administrations successives ont toujours dans leurs tiroirs des plans de rechange prêts à être appliqués, au cas où le plan initial échoue, ne semble pas devoir s’appliquer aujourd’hui. Le Liban, de par son emplacement géographique et en raison du développement du Hezbollah depuis le retrait israélien sans contrepartie en 2000 en dépit de toutes les tentatives pour l’affaiblir – qu’il s’agisse d’une guerre militaire en 2006 ou des tentatives de l’entraîner dans des conflits internes–, est pratiquement au cœur de cette confrontation entre les États-Unis et l’Iran. Toutes les tentatives menées jusqu’à présent par le gouvernement présidé par Hassane Diab pour chercher à épargner le Liban n’ont pas réussi à modifier la position des États-Unis. Il y a eu ainsi la relaxe de l’ancien geôlier de Khiam Amer Fakhoury qui, malgré l’opposition du Hezbollah, a été décidée sur une base légale et juridique, dans le but d’amadouer l’administration américaine, selon certaines sources. Il y a eu aussi, lors de la formation du gouvernement, la décision du Hezbollah d’accepter de participer à cette équipe à travers des personnalités qui n’ont aucun lien direct avec lui (l’un des deux ministres considérés comme proches du Hezbollah a même la nationalité américaine) et dont les noms lui ont été proposés par M. Diab lui-même. Il y a eu encore le fait que le Hezbollah n’a aucune part dans les nominations financières et administratives qui ont été récemment avalisées par le gouvernement, ayant préféré laisser le président de la Chambre, Nabih Berry, choisir les personnalités chiites. Malgré tout cela, la position américaine est restée la même.

Selon des sources gouvernementales, il y aurait eu toutefois un léger allégement dès que le cabinet a commencé à prendre des mesures concrètes pour trouver des solutions de rechange au blocus indirect auquel le pays est soumis. Ainsi, dès que l’ambassadeur de Chine est venu officiellement au Sérail pour faire des propositions concrètes de coopération et d’investissement chinois dans certains secteurs au Liban, des responsables américains ont indiqué que la loi César, qui vise à sanctionner tous ceux qui coopèrent avec le régime syrien de quelque façon que ce soit, n’est pas dirigée contre le Liban. De plus, face aux propositions iraniennes d’aider directement le Liban notamment en matière de pétrole et d’énergie, la porte de l’Irak s’est soudainement ouverte. Et comme le pétrole irakien ne semble pas conforme aux besoins du Liban, c’est le Koweït qui se prépare à aider le pays dans ce domaine en promettant d’accorder en contrepartie des facilités de paiement qui devraient s’échelonner sur deux ans. Le Qatar devrait lui aussi proposer une certaine aide à travers le renforcement des échanges commerciaux. Mais toutes ces initiatives ne sont pas destinées à assurer une sortie de crise. Elles ont un plafond clair : il s’agit de donner un peu d’oxygène pour maintenir le pays en vie, sans lui permettre pour autant de retrouver la santé.

Profitant de cette petite marge qui lui a été accordée, le gouvernement cherche à agir, tout en étant confronté à l’état dramatique dans lequel se trouvent les institutions de l’État et l’administration en général, minées par le laisser-aller, le clientélisme et la corruption. Plus même, il doit aussi composer avec les parties politiques qui sont en général très contentes de le voir assumer les responsabilités de leurs propres erreurs et essuyer la colère de la population en cette période difficile, tout en attendant le bon moment pour se retourner contre lui et revenir en force sur le devant de la scène, une fois que la situation régionale et internationale le permettra.

C’est dans ce contexte compliqué, où les petites brèches ne suffisent pas à éclairer le quotidien, que le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian effectuera en principe une visite à Beyrouth entre le 22 et le 24 du mois. Selon les milieux gouvernementaux, il devrait rencontrer les officiels libanais, mais aussi un éventail élargi de personnalités, et devrait de nouveau insister sur la nécessité pour le gouvernement de procéder à des réformes structurelles indispensables à toute relance économique. Toutefois, la version française des réformes est différente de celle des Américains, lesquels, sous ce titre, cherchent essentiellement à atteindre leur objectif principal qui consiste à isoler le Hezbollah et à l’étouffer économiquement... En dépit de ces nuances entre les Français et les Américains, le Liban attache une grande importance à la visite du ministre français, la première de ce niveau depuis la formation du gouvernement...

Scarlett HADDAD,
le 18 juillet 2020


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