COMITE VALMY

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L’écologie est notre avenir…
malheureusement.
par Descartes

lundi 6 juillet 2020, par Comité Valmy


L’écologie est notre avenir… malheureusement.

La soirée électorale du dimanche 28 juin dernier passera probablement à l’histoire comme l’une des soirées les plus étranges en mémoire. Sur les plateaux, on voyait un certain nombre de politiciens – et de politiciennes, n’oublions pas les femmes – plus ou moins ahuris venant commenter des résultats impossibles à commenter. Car en effet, quelle leçon tirer de la victoire de la liste « En avant Trifouillis-les-oies » (EELV+LREM+MODEM+dissidents PS) dans une triangulaire avec « Trifouillis à un avenir ! » (LFI+Ensemble+dissident PCF) et « Ensemble pour Trifouillis » (PS+PCF+dissidents LFI+dissidents MODEM), chacune bien entendu avec un généreux complément d’associatifs divers et autres « personnalités de la société civile » (millionnaire local, activiste animaliste, militant mémoriel, etc.) ? Ici, la liste gagnante regroupe le PS et LREM sous la direction d’un écologiste. Là-bas on y voit un maire adhérant à LREM conduisant une liste où figurent des personnalités venant de LR mais aussi du PS. Plus loin, on voit la « gauche » rassemblée derrière un homme d’affaires local connu pour ses affaires douteuses…

Ces élections n’ont fait que confirmer ce qu’avaient montré les présidentielles de 2017 : la naissance d’une politique dominée par les jeux personnels et où la logique collective du parti politique ne joue qu’un rôle mineur. On l’a vue à Paris, avec d’un côté une maire qui cachait sans vergogne l’étiquette PS, et de l’autre deux candidats LREM dont on aurait du mal à dire en quoi ils étaient différents, une fois l’équation personnelle évacuée.

Mais il semblerait, à écouter les commentateurs politiques, qu’il y ait une nouveauté dans l’air : je fais référence, vous l’aurez compris, à la « vague verte ». Une « vague » qui doit beaucoup plus aux circonstances qu’à un mouvement de fond. Si des personnalités écologistes ont conquis la mairie des grandes villes, c’est parce que l’écologie est devenue le minimum commun dénominateur idéologique des classes intermédiaires, ce qui permet aux personnalités labellisées « écolo » de prendre la tête des coalitions improbables de la carpe et du lapin. Et d’être élues dans un contexte où l’abstention est massive, surtout dans les couches populaires.

Dans les années 1980, il était presque inconcevable de faire de la politique sans proclamer son attachement à la construction européenne et à une future Europe fédérale. A droite comme à gauche, on communiait dans l’idéal « européen », sauf bien entendu les éternels reprouvés, les « populistes » du FN et du PCF. Aujourd’hui, avec la même passion aveugle, le discours politique fait de l’écologie le nouvel horizon indépassable. Hier, l’Europe était notre avenir. Aujourd’hui, c’est l’écologie. Les partis, les syndicats, les hommes et femmes politiques sont sommés de montrer leur fibre écologique, sans quoi ils sont rejetés dans les poubelles médiatiques, qu’il ne faudrait pas confondre avec les poubelles de l’histoire.

Mais pour que tout le monde puisse se reconnaitre dans une même étiquette, il faut un travail conséquent de vidange idéologique. Plus l’écologie devient consensuelle, et plus l’écologie perd son unité idéologique pour être remplacée par des écologieS ajustées aux intérêts de tel ou tel groupe politique, économique ou social. Quand on voit que le MEDEF et LFI proclament tous deux que l’avenir sera écologique ou ne sera pas, on est forcé de se demander s’ils parlent de la même chose. L’écologie aujourd’hui, comme l’Europe hier, est devenue une auberge espagnole où chacun trouve ce qu’il veut bien y amener. Dis-moi ce que tu veux justifier, et je te dirai quel écologiste tu es : on trouvera des « écologistes » qui vous expliqueront que le capitalisme avec son besoin de production de masse est le pire ennemi de l’environnement, d’autres « écologistes » vous expliqueront au contraire que le capitalisme, grâce à son efficacité productive est la clé de la réduction de la pression sur les écosystèmes. Vous trouverez des « écologistes » qui font de la lutte contre le réchauffement climatique la priorité des priorités, et des « écologistes » pour qui la suppression du nucléaire vaut bien un peu plus de charbon et de lignite. Il y a des « écologistes » qui vous parlent de décroissance, et d’autres qui vous disent qu’on peut « sauver l’emploi ». Pour résumer, on peut dire que toutes les écologies sont dans la nature… et toutes les contradictions aussi.

Pour illustrer ce propos, permettez-moi une petite digression : voici ce qu’a déclaré à propos des plans de sauvetage économique Julien Bayou, secrétaire national du parti qui se voit demain diriger les destinées du pays pour le conduire vers le paradis écologique, j’ai nommé, EELV : « Il faut sauver les emplois et non les actionnaires (…). Il faut tirer les leçons de ce qu’on a mal fait pour les mines de charbon : elles étaient condamnées et il y a eu un acharnement thérapeutique pour sauver les patrons des mines et on a laissé et les salariés et les régions sur le carreau » (Matinale de France Inter, 1er juillet 2020).

Si Bayou connaissait un peu l’histoire de France, il saurait qu’à l’époque où l’on a fermé les mines de charbon les « patrons des mines » avaient disparu depuis fort longtemps. Dès 1944, les houillères sont nationalisées par bassin. Ainsi, par exemple, une ordonnance du 28 novembre 1944 crée les « houillères nationales du nord et du pas de calais » et leur confie les biens et le fonds de commerce des « patrons des mines » de la région. La loi du 17 mai 1946 relative à la nationalisation des combustibles minéraux solides réorganise un secteur totalement nationalisé, et les statuts des Charbonnages de France, qui chapeaute des Houillères de bassin sont fixés par décret le 16 janvier 1947. Quand les mines commencent à être fermées, dans les années 1970, les « patrons des mines » n’existent plus depuis trente ans.

Vous me direz que Bayou n’est pas le seul politicien qui, ignorant de l’histoire industrielle de notre pays, peut dire n’importe quoi. C’est vrai. Mais dans le cas présent, il met le doigt dans le problème fondamental qui a toujours empêché l’écologie de devenir en France une puissance politique à l’image de ce qui se passe en Autriche ou en Allemagne. On fait traditionnellement de la France un pays d’idéologies, au contraire des pays anglo-saxons qui seraient pragmatiques. En fait, c’est l’inverse : nous sommes le pays de Descartes et de Voltaire, c’est-à-dire, un pays fondamentalement sceptique. Chez nous, le goût des grandes idées et des grands combats est contrebalancé par un solide « bon sens paysan » qui regarde aux intérêts plus qu’aux idées. En Allemagne, beaucoup d’idées deviennent rapidement des mystiques. Pas en France. Et c’est pourquoi les écologistes français ne peuvent pas se contenter de parler des petits oiseaux et des forêts vénérables, mais doivent pour attirer l’électeur – et surtout l’électeur populaire – parler d’emploi, de pouvoir d’achat, de niveau de vie. Plus qu’ailleurs, les écologistes français sont poussés à parler autant de la fin du monde que des fins de mois.

Au fond, toute la question « écologique » est de savoir si l’on peut améliorer ou même conserver notre qualité de vie tout en réduisant la production de biens. Et à cette question, nos « écologistes politiques » n’apportent aucune réponse rationnelle. Ils se contentent d’en faire un article de foi. On nous explique ainsi que si chacun cultivait ses tomates, la pression écologique serait moindre que si on en achète des tomates cultivées dans des grandes exploitations et transportés aux quatre coins du monde. Mais est-ce vrai ? Cultivées par des agronomes, dans des installations étudiées pour réduire les coûts – et donc les intrants – et optimisées en permanence, la productivité est bien plus élevée que dans des milliers de petits jardins tenus par des amateurs. Au final, on utilise moins d’engrais, moins de pesticides, moins d’eau, moins de travail humain. Et même si une partie de cet avantage est perdu dans le transport, le bilan est au final probablement favorable à la solution industrielle – sans quoi on comprend mal comment elle a réussi à s’imposer.

Sur cette question se greffe une autre : si demain on allait jusqu’au bout, et qu’on devait réduire le niveau de vie des populations pour réduire la pression sur l’environnement, comment cette réduction serait répartie ? Qui seraient les perdants et les gagnants du partage ? Là encore, c’est un sujet qu’on évite soigneusement. Ou plutôt, on l’évacue comme le fait Bayou en suggérant qu’on fera payer « les patrons ». Or, on sait bien que cela ne suffira pas. C’est le problème de « l’effet pyramide » : les riches sont très riches et consomment beaucoup, mais sont très peu nombreux. Les pauvres, eux, n’ont pas beaucoup mais sont une masse. D’où la célèbre formule d’Alphonse Allais, devenue la devise des ministres des finances : « il faut aller chercher l’argent là où il est, chez les pauvres ». Gageons que c’est sur eux que reposera l’essentiel de la « frugalité ». Ce n’est d’ailleurs pas nouveau : depuis la réforme franciscaine, on ne manque pas d’exemples où les classes dominantes ont prêché les vertus d’une modestie qu’elles ne pratiquaient guère.

Avec son discours « anti-patrons », Bayou et ses amis cherchent à donner l’illusion qu’on peut concilier écologie et emploi si seulement on se concentre sur les intérêts des salariés. Et cela, ne l’oublions pas, en soutenant un contexte européen qui fait de la concurrence l’alpha et l’oméga de l’organisation économique. Or, on voit bien la contradiction sous-jacente : la concurrence implique une augmentation permanente de la productivité des facteurs – puisque seuls les plus « compétitifs » survivront. Or, si la productivité augmente la seule manière de maintenir l’emploi est d’augmenter la production de manière concomitante… ce qui aboutit à une plus grande pression sur l’environnement.

On comprend mieux alors la fonction de l’idéologie « écologique » : il s’agit de donner un sens à la baisse du niveau de vie des couches populaires. C’est-à-dire, présenter la frugalité qu’on compte imposer sous les traits d’une vertu qu’il faut pratiquer. Oui, on envoie à la casse la voiture que vous avez eu tant de mal à vous payer et que vous n’avez pas l’argent pour renouveler, mais c’est pour la bonne cause. La référence aux mines dans le commentaire de Bayou n’est pas une coïncidence. Le but de tout ça, c’est d’expliquer aux couches populaires qu’il faut se serrer la ceinture, et pour cela on inverse les termes : on se serait « acharnés » à maintenir les mines ouvertes « pour sauver les patrons des mines », alors que la réalité est exactement l’inverse : on s’est « acharné » à fermer une industrie nationalisée « condamnée » non pas pour des raisons écologiques, qui n’intéressaient personne à l’époque, mais parce que ces mêmes « patrons » trouvaient plus rentable d’acheter du charbon sud-africain exploité dans des conditions infra-humaines plutôt que du charbon français extrait par des mineurs sous statut. Et que lors de la fermeture on a fait pleuvoir des subventions sur toutes sortes d’activités – dont beaucoup étiquetées « écologiques » – qui ont périclité les unes après les autres au fur et à mesure que l’on a fermé les robinets à subventions et que la construction européenne – que les « écologistes » adorent – a rendu la délocalisation plus rentable.

Mais cette opposition « mineurs-patrons » a une autre fonction : il s’agit aussi d’occulter le rôle des classes intermédiaires dans l’affaire : toute la faute va aux « patrons » imaginaires qu’on a « sauvés ». Pourquoi Bayou, à l’heure de donner des exemples d’activités tenues à bout de bras par les aides et qu’on aurait dû laisser tomber prend pour exemple les mineurs, et non pas le petit commerce, écrasé par les grandes surfaces, ou les journaux, rendus obsolètes par les médias numériques ? Parce que les perdants, dans ces transformations, sont sa « clientèle ». Pas étonnant que la carte des succès écologiques recoupe admirablement celle de l’implantation des classes intermédiaires… et que les écologistes soient « passionnément européens » alors que l’Europe a montré ses effets néfastes, y compris dans le domaine environnemental. Comme quoi, on peut défendre la « libre concurrence » et la « libre circulation » qui provoque des délocalisations massives et lâche des dizaines de milliers de camions sur les routes, et se dire « écologiste »…

C’est cet ensemble de contradictions qui empêche l’écologie de devenir autre chose que ce qu’elle est : une religion. Elle a ses dogmes, que nous sommes priés d’accepter sans discuter sous peine d’être mis au feu comme hérétiques. Elle a ses prêtres – Greta Thunberg, Nicolas Hulot – censés avoir un lien privilégié avec la divinité qui transforme la moindre banalité sortie de leur bouche en texte sacré, digne de noircir les pages des journaux « de référence ». Elle a aussi ses rituels, comme les « grèves scolaires » et autres « manifestations du vendredi » qui ne changent rien mais permettent aux fidèles de se sentir en communion les uns avec les autres. C’est « le soupir de la créature accablée, l’âme d’un monde sans cœur, (…) l’esprit d’un état de choses où il n’est point d’esprit. Elle est l’opium du peuple ».

Alors, en 2022, aurons-nous un président écologiste, une majorité écologiste à l’Assemblée ? Sans aucun doute. De la même façon qu’il sera favorable à la construction européenne, quoi que cela puisse vouloir dire. On imagine mal un candidat élu en 2022 qui ne jurerait ses grands dieux sur l’écologie. Et s’il ne l’est pas, il s’y convertira. Après tout, si Paris vaut bien une messe, l’Elysée vaut bien un discours de Greta Thunberg.

Descartes
le 5 juillet 2020

« pro rege saepe, pro patria semper »


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