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La mallette nucléaire : l’interrupteur
de la Troisième Guerre mondiale
par Alexandre Lemoine

mercredi 1er juillet 2020, par Comité Valmy


La mallette nucléaire : l’interrupteur
de la Troisième Guerre mondiale

Les dirigeants des plus grandes puissances mondiales nucléaires sont accompagnés par des officiers portant des mallettes noires. Ces dernières contiennent les codes de vie et de mort des milliards d’êtres humains. Qu’y a-t-il à l’intérieur, quelle est la différence entre les mallettes nucléaires des différents pays et est-il possible de provoquer une apocalypse en appuyant sur le bouton rouge ?

Les mallettes nucléaires accompagnent constamment les dirigeants des Etats-Unis, de la Russie et de la France. Elles permettent aux chefs d’Etat de donner l’ordre d’utiliser l’arme nucléaire à tout moment.

Ces mallettes sont à l’origine de deux peurs

La première est commune pour tous – la peur d’une attaque nucléaire rapide et soudaine. Quand les missiles ennemis ont décollé et chaque minute compte, le chef des armées doit avoir la possibilité de donner l’ordre de riposter partout et à tout moment.

La seconde est la peur américaine spécifique. Jusqu’aux années 1970 le Pentagone ne cachait pas sa volonté de frapper quelque part avec une bombe nucléaire. C’était le cas en Corée, à Cuba et au Vietnam. Pour qu’un général lambda ne mette pas en œuvre les scénarios du Docteur Folamour, le président doit posséder "l’interrupteur principal". Sans lui le lancement n’aura pas lieu, même si quelqu’un le voulait.

Le "ballon" nucléaire américain sur la place Rouge

Les Américains ont été les premiers à avoir l’idée d’une mallette nucléaire. Une fois la crise des missiles de Cuba réglée, Kennedy a décidé de faire d’une pierre deux coups. Avoir la possibilité de lancer des missiles à tout moment et empêcher les militaires de déclencher une guerre nucléaire à son insu.

Les mallettes nucléaires apparues à son époque sont devenues un élément clé de la gestion des forces nucléaires américaines. Elles sont transmises à chaque nouveau président, ainsi qu’au vice-ministre, au secrétaire à la Défense et à son adjoint. Si le président était tué avant l’attaque, la procédure serait initialisée par le vice-président.

Le contenu des mallettes de 20 kg en titane en cuir noir est un secret d’Etat. On ignore même s’il existe à l’intérieur le fameux "bouton rouge" ou si tout se limite aux instructions et aux listes de codes à transmettre. Bien qu’on remarque une antenne sur les photos. Qui plus est, la mallette doit certainement posséder un dispositif de liaison par satellite pour pouvoir donner un ordre à tout moment partout dans le monde.

Pour leur rondeur et cuir noir les mallettes ont été surnommées "ballons de foot nucléaires" (nuclear football ou même simplement football). Leurs porteurs attachés à la mallette par un câble d’acier suivent leur président partout. Ils se relayent chaque jour en fonction de l’emploi du temps – il s’agit de cinq officiers de différentes branches de l’armée américaine avec un grade de commandant ou supérieur et ayant le plus grand niveau d’accès Yankee White.

Sur l’une des photos les plus célèbres du dispositif nucléaire figure la mallette portée par le commandant Woody Lee sur la place Rouge pendant la visite de Ronald Reagan en URSS en 1988.

Le biscuit avec les codes

Si le président décide d’utiliser l’arme nucléaire, il doit lancer la procédure de liaison avec le secrétaire à la Défense, le comité des chefs d’état-major, le centre de commandement du Pentagone et le Commandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord (NORAD). Il doit le faire s’il a le temps. Le plus important est de contacter le secrétaire à la Défense, car sans la confirmation de sa mallette le lancement n’aura pas lieu.

La prochaine étape – une carte de la taille d’une carte bancaire appelée "biscuit". Les dirigeants américains la portent généralement sur eux, l’oubliant dans les poches ou la perdant parfois. Elle contient les codes quotidiennement mis à jour pour confirmer l’identité du président américain. Aucune électronique : les mots de passe sont imprimés en colonne. Tous ne sont pas authentiques et le président doit se souvenir chaque jour lequel est correct aujourd’hui.

En communiquant au centre de commandement du Pentagone le code personnel du "biscuit" et les codes de lancement d’un scénario concret de frappe nucléaire à partir du manuel de la mallette, le président presse de manière figurée (ou peut-être réelle) le bouton rouge.

Ici aussi il existe la règle de deux : l’ordre présidentiel d’utiliser l’arme nucléaire ne sera pas exécuté par le Pentagone sans la confirmation du secrétaire à la Défense à partir de sa mallette. En présence des deux confirmations la machine de guerre doit exécuter immédiatement l’ordre même s’il implique le plus grand massacre de l’histoire.

D’un côté, si le chef du Pentagone refusait de confirmer le lancement, le président a le droit de le relever immédiatement. Le pouvoir de confirmer le lancement passe alors au secrétaire par intérim suivant dans la liste. Si le président l’a relevé également, il faut suivre la liste. De l’autre – le vice-président et les membres du cabinet peuvent priver d’urgence le président de ses pouvoirs conformément au 25e amendement.

Il pourrait y avoir d’autres procédures secrètes en la matière, mais elles ne sont pas secrètes pour rien.

Cinq minutes avant la fin du monde en BD

Après la confirmation par les codes du chef du Pentagone, les ordres et les instructions arrivent au centre de commandement avant d’être envoyés aux silos et aux sous-marins.

En cas de confirmation par le secrétaire à la Défense, entre l’ouverture de la mallette et le lancement des missiles ne s’écoulent que cinq minutes.

Pour y parvenir à l’époque de Carter, le seul président qui a étudié sérieusement le contenu de la mallette, les instructions ont été simplifiées jusqu’à "l’état d’une BD".

Votre mot, monsieur Kazbek

L’analogue soviétique de la mallette nucléaire est apparu vingt ans plus tard, en 1983. Les détenteurs des premiers prototypes étaient le ministre de la Défense Dmitri Oustinov, le chef d’état-major Nikolaï Ogarkov, puis le secrétaire général Konstantin Tchertchenko. La première mallette entièrement prête et fiable a été remise à Mikhaïl Gorbatchev.

La mallette soviétique puis russe est un dispositif électronique. Doté d’un bouton "Lancer". Toutefois il n’est pas rouge, il est blanc. C’est le bouton "Annuler" qui est rouge. Contrairement à l’américaine dont le contenu des premiers modèles a été récemment dévoilé dans les médias.

L’élaboration du terminal portatif "Cheget" du système automatisé de contrôle des forces nucléaires stratégiques Kazbek a commencé à l’époque de Leonid Brejnev. Il était sérieusement préoccupé par les missiles nucléaires américains de moyenne portée déployés en Europe avec un temps d’approche extrêmement court. Dans ces conditions le secrétaire général devait avoir la possibilité de donner l’ordre de riposter à tout moment et n’importe tout. Avant cela, il devait se rendre personnellement au poste de commandement central des forces stratégiques russes (RVSN).

Le dispositif a été rendu le plus simple d’usage possible : son premier utilisateur était Leonid Brejnev très âgé qui avait du mal avec les hautes technologies. Il a été hérité de Gorbatchev par Eltsine et il est utilisé aujourd’hui par Vladimir Poutine.

Le terminal est équipé non seulement d’un bouton de lancement, mais également d’un système de liaison d’urgence avec les forces armées et certainement le centre de commandement des RVSN. Les détails de la procédure restent confidentiels.

Les opérateurs de la mallette suivent le président constamment. En Russie, contrairement aux Etats-Unis, les porteurs de la mallette ne se succèdent pas. Ce sont des officiers de grade de lieutenant-colonel ou supérieur qui y veillent. Ils doivent connaître à la lettre les étapes et les procédures. En Russie, tout comme aux Etats-Unis, le président n’a pas à connaître même les instructions les plus simples.

L’usage de la mallette nucléaire en Russie ne prévoit pas la règle de deux, mais la règle de trois. Hormis le président, le lancement doit être confirmé par les mallettes du ministre de la Défense et du chef d’état-major. Pour une meilleure protection les dispositifs possèdent des cartes élaborées à l’époque soviétique avec des codes, mais peu d’informations sont connues à leur sujet.

Apparemment, il est impossible de lancer des missiles tout simplement même à partir de trois mallettes. D’abord le système Kazbek doit passer en état opérationnel – après la détection d’une agression nucléaire par les systèmes de surveillance et la confirmation par l’opérateur du centre principal de prévention d’une attaque de missiles à Solnetchnogorsk. Les mallettes sont reliées à Kazbek non seulement partout sur la planète, mais continuent même de fonctionner après une attaque nucléaire avec des impulsions électromagnétiques que cela implique.

Au cas où tous les détenteurs des mallettes ne pouvaient pas les utiliser, il existe en Russie le système appelé Périmètre ou "main morte". Il garantira une riposte en tirant des missiles sans les mallettes.

La mallette nucléaire française

A ce que l’on sache, hormis la Russie et les Etats-Unis, seule la France possède une mallette nucléaire. Logiquement, les Chinois devraient également en avoir une, mais il n’existe aucune confirmation de cela.

Le "ballon nucléaire" français est apparu pratiquement en même temps qu’aux Etats-Unis, sous la présidence de Charles de Gaulle. Le général préférait manœuvrer entre les Etats-Unis et l’URSS, mais garder la poudre "nucléaire" au sec.

De toute évidence, l’approche française ressemble à l’américaine, mais avec la frivolité et le style français. A l’époque de Charles de Gaulle, les codes étaient remplacés seulement tous les deux mois. Le général portait la carte blanche des codes sur une chaîne en or dans un médaillon à côté du portrait de sa fille défunte qu’il ne quittait jamais, même la nuit.

De Gaulle n’était pas restreint par la "règle de deux" et pouvait personnellement décider de lancer une attaque nucléaire. C’est son successeur, François Mitterrand, qui a décidé d’instaurer la double confirmation du lancement. Désormais, personne ne possède le code intégral pour confirmer le tir de l’arme nucléaire française, pas même le président. Le lancement nécessite d’unir deux pièces du puzzle ou plus.

Toutefois, ces procédures sont également simplifiées au maximum pour agir en quelques minutes. Il existerait également un canal de liaison vidéo pour une identification supplémentaire du président.

Selon des fuites dans la presse, la mallette française est très solide, tout en étant légère – rien à voir avec les 20 kg américains. En revanche, hormis les équipements de liaison spéciale et des instructions elle contient un kit de survie et même une bouteille d’eau.\

Alexandre Lemoine

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