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Le médecin, la chloroquine et le bureaucrate :
une fable (bien) française
Par Roland Hureaux

mercredi 6 mai 2020, par Comité Valmy


Le professeur Raoult. Son traitement à la chloroquine a été refusé par un mélange de dogmatisme et d’aveuglement. Photo © GERARD JULIEN / AFP

Le médecin, la chloroquine et le bureaucrate :
une fable (bien) française

L’affaire Raoult montre une fois de plus toute la difficulté qu’il y a pour un système sclérosé à admettre qu’il se trompe, souligne l’essayiste et ancien haut fonctionnaire Roland Hureaux. Tribune.

La lutte entre les personnalités inspirées, innovantes et vraiment compétentes et les bureaucrates de tout poil a sûrement commencé dès le temps du scribe assis du musée du Louvre (Egypte, IIIe millénaire avant J-C) .Entre le ministère de la santé, bureaucratie crispée sur ses postions et tous ceux qui veulent promouvoir, faute d’autres, l’usage de la chloroquine contre le Covid-19, parmi lesquels, entre autres, le professeur Raoult de Marseille, il n’est pas difficile de reconnaître une très vieille querelle.

Des bureaucrates stérilisants, la France en a eu plus que son lot au cours de son histoire récente. Le général Bazaine rayait du tableau d’avancement tout officier qui se mêlait d’écrire : ainsi fut barré le plus grand théoricien militaire français, Charles Ardant du Picq et fut perdue lamentablement la guerre de 1870. En 1897, une Académie de médecine arrogante refusa de reconnaître la découverte d’Ernest Duchesne du caractère répulsif de certaines moisissures à l’égard des bacilles, principe de la pénicilline, laquelle devait nous revenir du Royaume-Uni trente ans après. Quand on sait que les millions de décès de la grippe espagnole de 1918 furent surtout dus aux des complications microbiennes, que d’effroyables conséquences !

En 1930, en France et en Allemagne, des hommes politiques accrochés à l’étalon-or refusaient de dévaluer alors que les Etats-Unis et le Royaume-Uni le faisaient massivement. Entre 1930 et 1940, notre état-major s’arc-boutait derrière la ligne Maginot, mettant impitoyablement au rancart tous ceux qui contestaient cette stratégie uniquement défensive et qui prétendaient que les chars devaient être utilisés en masse et à l’offensive. Pensée unique, caporalisme : prime à la médiocrité et immense désordre dans la logistique, comme aujourd’hui au ministère de la santé.

Un exemple encore : dans les années 1980, il était tenu pour évident dans les hautes sphères de l’Etat qu’un pays avancé devait se débarrasser progressivement de son industrie. Ceux qui ne le pensaient pas étaient tenus pour des passéistes inadaptés à la « mondialisation heureuse ». Nous voyons le résultat. Au même moment, était promue la concentration de la population dans les métropoles et le dépérissement du monde rural, impliquant la disparition programmée des petites communes.

Les autres pays n’échappent pas à l’ostracisme, mais la France cumule une bureaucratie particulièrement obtuse et, heureusement, beaucoup de créatifs. Le conflit actuel entre le ministère et les tenants de la chloroquine est la continuation de cet antique affrontement. D’un côté, une technocratie hostile aux voix divergentes, de l’autre, un homme seul, aux positions de bon sens.

Du fait de cette fréquence historique, la psychologie des bureaucrates nous est devenue familière. Ils ont généralement le cul serré, vous regardent de travers, mais deviennent solennels et tranchants devant les caméras. Calés sur quelques idées fixes, fermés au débat, ils deviennent méchants quand ces idées sont remises en cause. Dans le cas d’espèce, ils disent que la chloroquine a des effets secondaires pas encore testés ; c’est faux : on les connait et ils sont rares. Par ailleurs quel médicament n’en a pas ? Ils disent aussi qu’on ne peut pas la mettre entre les mains des généralistes.

L’ancien ministre Philippe Douste-Blazy a raison de dire que ce médicament très simple est utilisé massivement depuis soixante ans et que ses effets sont enseignés dans toute les facultés de médecine. Et même s’il n’était pas testé, qu’a-t-on d’autre ? Face à un incendie, qui va dire que l’extincteur ne peut être utilisé parce qu’il n’a pas encore été testé ? Refusant la contradiction – et pour cause car il sait quelque part qu’il a tort – le bureaucrate n’argumente pas au fond mais cherche à disqualifier : le franc-tireur est présenté comme un orgueilleux (on dit aujourd’hui un mégalo), quelqu’un qui n’a pas le sens du collectif (ah ! le travail en équipe ! vieux cache-sexe du conformisme), qui ne songe qu’à se faire de la publicité etc. Cela dans un débat qui devrait rester technique.

On peut se demander ce que sont les motivations de ces gens. L’idéologie est souvent la cause mais, en l’espèce, on ne la voit guère. Sinon que comprenant que, de fait, Raoult s’en prend à la politique du gouvernement Macron, tous ceux qui partagent l’idéologie du président sur les grands sujets politiques, prennent en grippe Raoult et la chloroquine. Ainsi Cohn-Bendit qui, sans aucune qualification sur le sujet, lui demande de se taire. Depuis longtemps, le ci-devant révolutionnaire a choisi son camp : toujours celui de l’institution contre les esprits libre. La chloroquine finira-t-elle par être tenue pour fasciste ?

Il y a ensuite le conformisme de gens qui ont fait toute leur carrière du côté du manche. Être du côté de l’institution donne un sentiment de puissance aux plus insignifiants. Face à quelqu’un qui ne défend que le bon sens et le bien commun, ils sont perdus, eux qui ne pensent que carrière. Ils imaginent que le franc-tireur veut prendre leur place. Même désarroi chez les gens de cabinet et autres communicants qui ont depuis longtemps perdu l’habitude de raisonner sur le fond, seulement de calculer les effets d’annonce.

Il y a aussi la vanité un peu narcissique du pseudo expert qui se pose comme tel en allant contre le sens commun, supposé vulgaire. Il y a enfin la répugnance de toutes les bureaucraties à reconnaitre leurs erreurs, sauf quand elles deviennent si patentes qu’il n’est plus possible de les nier. Et encore font-elles alors le plus souvent de fausses concessions : on dit qu’on utilisera la chloroquine, mais on ne le fait pas.

Face aux logiques bureaucratiques devenues folles, c’est au pouvoir politique de rectifier le tir, mais pour l‘actuel président, énarque de base de l’espèce la plus conformiste, les propositions de la sphère technocratique semblent infaillibles. Y a-t-il autre chose ? Quand on ne comprend pas, dit-on, c’est qu’il y a un loup. Comment, devant tant d’irrationalité, empêcher le public d’imaginer que les intérêts de laboratoires pharmaceutiques désireux de développer des médicaments plus chers que la chloroquine, sont, comme on disait, « déterminants en dernière instance » ?

Le conflit est loin d’être terminé. Sa renommée internationale protège le professeur marseillais qui, sans elle, aurait été déjà impitoyablement broyé par la machine. Il reste que si vous ressentez les premiers symptômes du virus couronné, dans la majorité des hôpitaux français, vous ne serez à ce jour ni testé immédiatement ni même traité sauf à avoir moins de 70 ans et être à la dernière extrémité. La révolte contre les apparatchiks est toujours légitime ; elle l’est plus que jamais face à la pandémie que nous connaissons.

Roland Hureaux
Mercredi 6 mai 20


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