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« Covid-19 : nous ferons tout pour qu’il y ait un après », par le docteur Christophe Prudhomme

dimanche 5 avril 2020, par Comité Valmy


Le quinquennat Macron a lui aussi fortement fragilisé l’hôpital public. Une augmentation du budget hospitalier de 5%, soit 4 milliards d’euros, aurait permis de faire face avec efficacité à la crise du Coronavirus et de sauver de nombreuses vies. Mais depuis des années les alertes ne sont pas entendues.

Interview du porte-parole de l’Association des médecins urgentistes de France

Médecin urgentiste à l’hôpital Avicenne dans le 93, en Seine-Saint-Denis, Christophe Prudhomme, est porte-parole de l’association des médecins urgentistes de France, et délégué à la CGT. Depuis des années, il contribue à alerter les gouvernements successifs, et se bat pour obtenir des moyens, de plus en plus insuffisants, pour l’hôpital public. En 2017, le président Macron déclarait notamment que, « pilier de notre système de santé », l’hôpital coûtait « très cher » et proposait dans le cadre de son programme « d’améliorer l’organisation des soins ». Il déclarait également à l’époque vouloir voir se mettre en place « un système où les gens restent le moins longtemps possible à l’hôpital », sa stratégie d’action étant de désengorger les urgences en dirigeant les gens vers d’autres structures plus adaptées. Nous avons interrogé Christophe Prudhomme pour QG sur la crise du Covid-19, ses racines et ses implications sur l’hôpital public français

QG : Le programme du candidat Macron d’il y a trois ans est-il appliqué en 2020, et quelles en sont les conséquences ?

Christophe Prudhomme : Oui bien sûr ! Il a été au bout de son projet car il a poursuivi et amplifié la fermeture des lits d’hôpitaux de proximité, au profit des grandes métropoles.

Le constat que nous faisons, c’est qu’en 20 ans, 100.000 lits ont été supprimés, avec seulement pour 2019 plus de 4.500 lits en moins sur le territoire national. Par exemple en Alsace, 1ère région touchée de plein fouet par la réduction de lits, le manque est criant aujourd’hui en pleine pandémie, puisqu’en passant simplement de l’autre côté de la frontière, Outre-Rhin, on constate que le double de lits est disponible !

En Seine-Saint-Denis, mon département, le plan de Monsieur Hirsch venu pleurer récemment sur les ondes de France Inter, était d’initier la fermeture, heureusement incomplète, d’un des deux sites de l’hôpital Jean Verdier, où il y a un an il y avait un service de réanimation, et qui avait été transformé en unité de soins continus. Or dans un tel type d’unité de soins, on ne peut ventiler les patients, contrairement aux services de réanimation spécifiquement équipés pour ça. C’est précisément ce manque de lits en réanimation qui engendre la crise que l’on connaît actuellement. La fermeture du site a donc été suspendue, et on a de nouveau équipé les lits de cet hôpital, pour réouvrir la réanimation.

QG : Nous sommes désormais en pandémie, avec plus de 3 milliards d’humains confinés actuellement dans le monde, depuis que l’Inde et une partie de l’Amérique du Sud a aussi opté pour cette mesure. Est-ce que cette crise était prévisible par les scientifiques ? Y a t-il en France une sorte de cellule de veille au sujet des risques pandémiques ?

Oui, cette crise était prévisible, sauf que, comme pour la crise financière de 2008, on n’écoute pas les prévisionnistes qui remettent en cause la mondialisation libérale.

Tous les experts sont pourtant clairs : le problème aujourd’hui est bien, entre autres, la déforestation au niveau de la planète, qui met en contact les hommes, avec des espèces animales qui depuis 50 ans, nous transmettent des maladies comme, entre autres, Ebola et maintenant le Coronavirus. La situation d’aujourd’hui était donc bel et bien prévisible, et il faut savoir la vérité, qui est que pour les urgentistes, depuis quinze ans, c’est la croix et la bannière pour trouver des places en réanimation, et cela même en dehors de toute crise sanitaire ! Depuis 15 ans, on sélectionne les patients, voilà la vérité. La situation est exposée brutalement en ce moment, avec cette crise, mais en réalité elle existe depuis longtemps.

QG : Quelles sont les conséquences de la diminution du nombre de lits sur la qualité des soins ? Peut-on parler de privatisation en cours du système de santé en France ?

La politique du tout ambulatoire c’est de la foutaise, ça ne fonctionne pas. D’ailleurs, les plans hospitaliers, vendus par les différents ministres de la Santé, et par Monsieur Macron, sont de diminuer le nombre de lits, mais comme on ne peut renvoyer les gens chez eux, on fabrique des « hôtels hospitaliers » qu’on confie à de grands groupes hôteliers privés. Les malades dorment donc dans ces hôtels pour revenir en consultation le lendemain, ou ils appellent le 15, si leur état se détériore durant la nuit !

Monsieur Hirsch, nous a vendu une société privée de conciergerie appelée Happytal, qui est mandatée par l’hôpital pour vendre des services annexes, tout spécialement et systématiquement aux patients des chambres individuelles, remboursées par l’assurance maladie complémentaire, et qui est censée donner des ressources supplémentaires pour l’hôpital. Le plus scandaleux est que Happytal s’est créée dans le cadre d’un « incubateur » de start-ups, financé par l’Université Paris V- René Descartes. Ils mettent à disposition des entrepreneurs, des structures universitaires, c’est du gros business !

QG : Que pensez-vous des annonces faites par le président de la République cette semaine, le 25 mars, à Mulhouse ?

Pour la petite anecdote, voir le Président de la République, dans un endroit où il n’y a pas de malades, porter un masque FFP2 à côté de militaires équipés eux, de simples masques chirurgicaux, c’est quand même un peu fort ! Sur le fond du discours, il fait des promesses, sur un ton larmoyant, compassionnel, sans citer aucun chiffre.

Si on prend en considération les promesses faites, il y a du reste vraiment un problème. Si on travaille jusqu’à 60 h par semaine, il est légitime qu’on soit payé en heures supplémentaires, donc majorées. Ce n’est pas un cadeau mais simplement l’application du Code du Travail. Par ailleurs, là ou des augmentations de salaires ont été demandées, il propose une simple prime ! Il n’a apporté aucune réponse aux revendications posées depuis un an maintenant, l’arrêt des fermetures de lits, l’arrêt des fermetures de services, la réouverture de lits là où il y a des besoins, des effectifs supplémentaires en somme, que nous avons déjà chiffrés.

Ce sont 100.000 effectifs à l’hôpital, 200.000 en Ehpad, qui sont nécessaires en supplément. Nous demandons, pour financer tout cela, une loi rectificative de la loi de finances de la Sécurité Sociale, qui a été établie avec un large consensus, puisque l’ensemble des organisations syndicales (y compris la CFDT), avec des collectifs, des associations représentatives de citoyens, comme la coordination des comités de défense des hôpitaux et des maternités de proximité, ou encore le « printemps de la psychiatrie ». Nous avons tous déterminé qu’il nous faut tout de suite une augmentation du budget hospitalier de 5% c’est à dire de 4 milliards d’euros.

Le Président utilise un langage guerrier, moi je vais utiliser un langage médical. Quand je prescris un traitement à un malade, je lui prescris une dose chiffrée. Avec Macron on a un traitement sans dose… donc le traitement n’est pas valable.

QG : Quelles leçons tirer de tout cela pour « l’après », d’ailleurs pensez-vous qu’il y aura un avant et un après ?

Nous ferons tout pour qu’il y ait un « après ». Les plaintes commencent déjà à se multiplier contre les dirigeants politiques, il faudra qu’ils assument leurs responsabilités.

D’ailleurs Macron n’a pas pu, comme il le souhaitait, afin de ne pas avoir à rendre de comptes bien sûr, dissoudre la Cour de Justice de la République (1). C’est tant mieux, les plaintes y seront instruites. D’autant que l’opinion se retourne peu à peu contre le gouvernement. On le voit dans les récents sondages réalisés, avec une nette baisse de confiance en la capacité de celui-ci à gérer correctement la crise sanitaire actuelle.

Nous ne nous priverons pas de nous servir des événements actuels pour remettre les pendules à l’heure. Tout ce que nous avons pu dire sur l’importance des services publics, sur la relocalisation de l’industrie, sur le fait que la santé ne pouvait pas être considérée comme une marchandise, tout cela prend une dimension cruciale aujourd’hui, nous serons donc beaucoup plus forts désormais, pour argumenter.

Propos recueillis par Nathalie Athina

(1) La Cour de justice de la République est compétente pour juger les membres du gouvernement (Premier ministre, ministres, secrétaires d’État), pénalement responsables des actes accomplis dans l’exercice de leurs fonctions, qualifiés de crimes ou de délits au moment où ils ont été commis. Les infractions n’ayant aucun lien avec la conduite de la politique de la nation sont du ressort des juridictions pénales de droit commun.


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