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Poutine a durablement désinfecté le Kremlin
de ses atlantistes nuisibles
Par Tom Luongo

mercredi 29 janvier 2020, par Comité Valmy


Poutine a durablement désinfecté le Kremlin
de ses atlantistes nuisibles

Ce fut le plus grand choc de la journée de mercredi. Le gouvernement russe a démissionné. La veille, le président Vladimir Poutine avait prononcé son discours sur l’état de la nation et présenté une liste de modifications constitutionnelles.

Ce discours a provoqué une refonte du gouvernement russe.

Le plan de Poutine est de déléguer une partie du pouvoir écrasant du président au législateur et au Conseil d’État, tout en renforçant la capacité de la Cour constitutionnelle à contrôler la législation.

Selon l’agence TASS :

Dans son discours sur l’état de la nation de mercredi, Poutine a présenté un certain nombre d’initiatives modifiant le cadre des structures du pouvoir à tous les niveaux, des autorités municipales au président. Les initiatives prévoient notamment que les pouvoirs législatif et judiciaire, y compris la Cour constitutionnelle, seront étendus. Le président a également proposé d’élargir le rôle du Conseil d’État russe. Poutine a suggéré de donner à la Douma (chambre basse du Parlement) le droit d’approuver la nomination du Premier ministre, des vice-premiers ministres et des ministres du pays.

Le plus grand choc a été qu’en réponse à cela, le Premier ministre, Dmitri Medvedev a dissous le gouvernement actuel et a démissionné de son poste de Premier ministre.

En quelques heures, pour le remplacer, Poutine a recommandé le chef du Service fédéral des impôts, Mikhail Mishustin au poste de Premier ministre. La Douma d’État a approuvé la recommandation de Poutine et Mishustin a prêté serment, tout cela en une journée.

Bien que cela se soit produit soudainement, cela ne devrait pas non plus être une surprise. Ces changements ont été discutés pendant des mois avant le discours de Poutine. Et il est clair depuis quelques années que celui-ci s’est engagé dans la deuxième phase de son plan à long terme de reconstruire d’abord, puis de refaire ensuite la Russie pendant son mandat.

La première phase consistait à sauver le pays de l’effondrement économique, sociétal et démographique. Ce danger était très sérieux lorsque Poutine a succédé à Boris Eltsine.

Cela signifiait reprendre le contrôle des ressources d’État stratégiques, reconstruire l’économie et la défense de la Russie, stabiliser sa population, obtenir un semblant de contrôle politique au sein du Kremlin et redonner espoir à un pays qui en avait désespérément besoin.

Des analystes hostiles, nationaux et étrangers, ont constamment critiqué Poutine pour ses tactiques. La dépendance de la Russie à l’égard du secteur des matières premières pour relancer son économie a été considérée comme une faiblesse structurelle. Mais, une évaluation honnête de la situation soulève la question : « Comment Poutine aurait-il pu éloigner la Russie du bord de cet abîme ? »

Ces mêmes experts ne semblent jamais avoir eu de réponse.

Et lorsque ces critiques ont pu répondre que Poutine a empêché de continuer à piller les richesses naturelles de la Russie, étant donné que ce sont des personnes liées à des intérêts financiers en Occident leur réponse a généralement été de continuer à laisser faire le pillage.

Ne vous y trompez pas, la plupart des soi-disant experts de la Russie, qui étaient dans les environs, sont de retour à Wall Street, profondément enracinés, grâce à William Browder et à son partenaire criminel Mikhail Khordokovsky.

Presque tous au Sénat américain sont, soit gravement compromis, soit simplement une variété bio de néocons toujours déterminés à soumettre la Russie à leurs plans hégémoniques.

Leurs voix devraient être fortement dénoncées car ce sont les mêmes criminels qui détruisent activement la politique américaine et européenne aujourd’hui.

En Occident, ces événements ont été manipulés pour suggérer que Poutine consolidait son pouvoir. Selon les premiers rapports, il supprimerait la restriction de deux mandats consécutifs à la fonction présidentielle, et cela ouvrirait la voie à son maintien en fonction après l’expiration de son mandat actuel en 2024.

C’est, comme toujours en ce qui concerne la Russie, l’opposé de la vérité. La recommandation de Poutine est de supprimer le mot « consécutif » de la Constitution en précisant qu’un président ne peut jamais exercer que deux mandats. De plus, ce président devra avoir résidé en Russie au cours des 25 dernières années.

Personne ne sera autorisé à gouverner la Russie, comme il l’a fait, après son départ. Parce que Poutine comprend que la présidence russe, sous la constitution actuelle est de loin trop puissante, et laisse le pays vulnérable à la merci d’un homme corrompu qui ne serait pas un patriote.

Il y a un certain nombre de problèmes que la plupart des commentateurs et analystes occidentaux ne comprennent pas à propos de Poutine. Leur insistance à ne le présenter que dans les pires termes est lassante et insensée pour quiconque passe un peu de temps, même superficiellement, à l’étudier.

Ces événements des derniers jours en Russie sont le résultat final d’années de travail de la part de Poutine pour purger le gouvernement russe et le Kremlin de ce que The Saker appelle la cinquième colonne atlantiste.

Et ils étaient enfouis comme des tiques dans une bureaucratie corrompue, dont la mise au pas a occupé l’essentiel des vingt ans de Poutine au pouvoir.

Ce fut une route longue et difficile dont je ne comprends moi-même que les détails superficiels. Mais il est clair qu’à partir de 2012 environ, Poutine a commencé à passer à la seconde phase de la renaissance stratégique de la Russie.

Et cette deuxième phase consiste à créer une Russie stable et à élever ses institutions vers un modèle plus durable.

Une fois le taux de natalité amélioré et l’effondrement démographique évité, la prochaine chose à faire était de réformer une économie à juste titre critiquée pour être trop fortement dépendante des revenus du pétrole et du gaz.

Et c’est une tâche beaucoup plus difficile. Cela signifiait prendre le contrôle de la banque centrale russe et du secteur financier. Poutine a eu cette opportunité lors de la baisse des prix du pétrole en 2014.

Profitant de la crise comme prétexte, Poutine a commencé le découplage de l’économie russe de l’Occident. Pendant les premières années du boom de sa présidence, les revenus pétroliers ont renforcé à la fois les coffres de l’État russe et les soi-disant oligarques que Poutine combattait activement pour le contrôle des ressources du pays.

Il a averti les PDG de Gazprom, Rosneft et Sberbank qu’ils étaient trop fortement exposés au dollar américain dans les années précédant la chute des prix du pétrole en 2014-2016.

Et lorsque les États-Unis ont sanctionné la Russie en 2014 pour la réunification avec la Crimée, ces entreprises ont toutes dû se rendre à Poutine pour être renflouées. Leur dette libellée en dollars a été échangée contre de la dette en euros et en roubles par le biais de la Banque de Russie et il a demandé à la banque centrale de laisser baisser le rouble, de cesser de le défendre.

Supporter le choc inflationniste était dangereux mais nécessaire pour que la Russie devienne une force économique véritablement indépendante.

Depuis lors, la lutte contre la bureaucratie formée par le FMI au sein de la Banque de Russie a été un bras de fer pour définir la politique monétaire en fonction des besoins de la Russie et non de ce que la communauté internationale exigeait.

Cette présidence forte a été une énorme bénédiction. Mais, maintenant que le travail est presque terminé, elle peut devenir une malédiction.

Poutine comprend qu’une Russie débordant de pétrole est une Russie dirigée par la facilité, elle devient paresseuse. Contrairement à l’opinion populaire, Poutine ne veut pas que le prix du pétrole revienne à près de 100 dollars le baril.

Parce que l’avantage comparatif de la Russie dans le pétrole et le gaz est si élevé par rapport à tous les autres sur la scène mondiale, et aussi aux autres industries nationales, que l’argent retarde l’innovation et l’investissement dans les nouvelles technologies et l’élargissement de l’économie nationale du pays.

Et tel est l’objectif de Poutine depuis un certain temps maintenant. Le pétrole et le gaz sont des actifs géostratégiques qui renforcent la position de la Russie en tant que puissance régionale, établissant des liens avec ses nouveaux partenaires tout en ouvrant de nouveaux marchés pour les entreprises russes.

Pour l’avenir, ce n’est pas la fin de l’histoire russe, mais le début.

Et la lente privatisation de ces industries se produit, avec des sociétés comme Gazprom et Rosneft qui ont vendu leurs propres actions excédentaires pour lever des capitaux et en mettre une plus grande part entre les mains du public.

Encore une fois, tout cela fait partie de la prochaine étape du développement, et la démocratisation d’une partie du pouvoir du président est nécessaire, si la Russie veut lui survivre lorsque Poutine quittera la scène.

Parce que c’est une chose qu’un homme aux capacités et au patriotisme hors du commun exerce ce pouvoir de manière responsable. C’est une autre chose de croire que la Russie peut trouver un autre homme comme Poutine pour le remplacer.

Ainsi, ce dernier montre à nouveau sa prévoyance et sa prudence en poussant pour ces changements maintenant. Cela montre qu’il se sent rassuré que cette nouvelle structure isolera la Russie des menaces extérieures tout en renforçant la scène politique intérieure.

Gilbert Doctorow a une excellente réaction initiale à ce tournant dramatique de Poutine que j’encourage tout le monde à lire en entier. Le point subtil qu’il fait est le suivant :

Pour comprendre ce qui va suivre, vous devez tenir compte d’une déclaration d’une importance vitale que Poutine a faite quelques instants avant de présenter ses propositions de réformes constitutionnelles. Il a déclaré à son auditoire que son expérience avec les dirigeants des différents partis de la Douma à intervalles réguliers toutes les quelques semaines montrait que tous étaient profondément patriotes et travaillaient pour le bien du pays. En conséquence, il a déclaré que tous les partis de la Douma devraient participer à la formation du cabinet.

Et donc, nous verrons probablement dans les prochains jours que les candidats à un certain nombre de ministères fédéraux dans le nouveau cabinet post-Medvedev proviendront précisément de partis autres que Russie unie. En effet, sans introduire le mot « coalition » dans son vocabulaire, Vladimir Poutine a préparé le terrain pour la création d’une grande coalition pour succéder à la domination d’un parti, Russie unie, dont Dimitri Medvedev était le président nominal.

Le résultat final de cette décision de déléguer les nominations ministérielles à l’ensemble de la Douma est de garantir qu’un président fort qui, selon Poutine, est la meilleure chose pour la Russie, soit tempéré par un cabinet issu de l’ensemble de l’électorat, y compris le Premier ministre.

Cela n’ouvre pas la porte à des systèmes parlementaires européens dysfonctionnels, ni ne la ferme à un président fort dirigeant la Russie pendant les périodes de crise.

Une fois les amendements à la constitution finalisés, Poutine soumettra l’ensemble du dossier au vote populaire.

C’est la première étape de cette refonte indispensable de l’ordre constitutionnel de la Russie, et les néocons occidentaux sont probablement stupéfaits et babas sachant qu’ils ne peuvent plus attendre de voir Poutine disparaître pour enfoncer leurs crocs dans son successeur le plus probable.

Parfois, les changements les plus importants se produisent sous notre nez, en évidence. Comparez cela avec la farce et l’hostilité ouverte du cirque politique à Washington D.C. et vous comprendrez dans quelle direction les deux pays se dirigent.

Tom Luongo
− Le 17 janvier 2020

Traduction le Saker Francophone

− Source tomluongo.me


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