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Avion ukrainien abattu par l’Iran : acte délibéré, dissensions internes ou bavure ? par Moon of Alabama

mardi 14 janvier 2020, par Comité Valmy


Voir ci-dessous la retranscription intégrale de la conférence de presse du Général Amir-Ali Hajizadeh, Commandant des Forces aérospatiales du Corps des Gardiens de la Révolution (IRGC), tenue le 11 janvier au sujet de l’incident, ainsi que les remarques du Major-Général Hossein Salami, Commandant de l’IRGC, face au Parlement iranien le 12.

Après la destruction du vol ukrainien PS752, la grande question en Iran et au sein de ses cercles militaires et politiques est la suivante : qu’est-ce qui a mal tourné ?

Une analyse des circonstances dans lesquelles l’incident s’est produit montre malheureusement que rien n’a mal tourné. Les décisions stratégiques et tactiques qui ont été prises étaient toutes rationnelles et cohérentes. Mais malheureusement, des catastrophes peuvent se produire même lorsque tout le reste a fonctionné comme prévu.

Le Iran Front Page vient de publier une transcription complète en anglais de la conférence de presse du Général de brigade Amir-Ali Hajizadeh, commandant des forces aérospatiales du Corps des Gardiens de la Révolution. Il a également mis en ligne une vidéo sous-titrée en anglais de la conférence. Le récit des faits par Amir-Ali Hajizadeh est hautement plausible et ne contient aucune contradiction.

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Une lecture détaillée de son discours clarifie également certaines idées fausses présentes dans les rapports et commentaires précédents :

En ce qui concerne les détails de l’incident, je dois dire ceci : eh bien, vous savez que les conditions dans la région sont restées tendues et que le risque de conflit était très élevé pendant plus d’une semaine. C’était vraiment sans précédent par rapport à tout ce que nous avons pu voir durant les années précédentes, même depuis la Révolution de 1979. Le risque de conflit était très élevé ; les forces armées américaines et iraniennes étaient toutes deux en état d’alerte maximale. Les Américains avaient également menacé de frapper 52 sites en Iran.

Il s’agit d’un point majeur qu’il faut garder à l’esprit. Il y avait vraiment une menace des États-Unis, et tout le monde pensait que la guerre allait éclater dans les quelques minutes ou dans les prochaines heures. Les décisions prises sous un tel stress ont logiquement plus de chances d’être erronées :

Ce que nous savons d’après nos enquêtes et ce que nos amis nous ont expliqué, c’est que cette nuit-là, à partir du [mardi] soir, le niveau de préparation était celui de conditions de guerre ; le niveau d’alerte le plus élevé a été communiqué à tous les systèmes par la défense antiaérienne intégrée. Dans ces circonstances, un certain nombre de systèmes de défense antiaérienne a été ajouté au réseau de défense antiaérienne de Téhéran. Le premier système, qui est à l’origine de l’incident, a été déployé à Bidganeh, dans l’ouest de Téhéran.

Un système de défense antiaérienne intégré fournit une image complète de la situation aérienne à toutes les unités connectées. Les radars fixes, les unités de missiles de défense et les centres de commandement et de contrôle sont reliés par des lignes fixes sécurisées et non par radio.

Mais le système mobile Tor M1 qui a abattu l’avion de ligne ukrainien a été ajouté en tant que système autonome. C’est un système relativement ancien. Ses opérateurs n’avaient qu’une connexion radio vocale vers d’autres parties du réseau. S’ils avaient une connexion de données, c’était aussi par radio et avec très peu de débit. Le système n’avait pas une image complète de la situation aérienne. Son propre radar a une portée de détection maximale de 25 kilomètres. Dans la plupart des situations pratiques, ce sera beaucoup moins que cela. Bidganeh, où le système a été déployé, est une installation stratégique de production et d’essai de missiles située à environ 30 kilomètres de l’aéroport de Téhéran. L’opérateur du système Tor ne savait pas qu’un avion civil venait de décoller :

À plusieurs étapes, le niveau d’alerte 3, qui est le niveau le plus élevé, a été communiqué avec insistance à l’ensemble du réseau. Tous les systèmes de défense antiaérienne étaient donc au niveau d’alerte le plus élevé. À plusieurs reprises, ces systèmes, dont celui impliqué dans l’incident, ont été informés par le réseau intégré que des missiles de croisière avaient été tirés sur le pays. A plusieurs reprises, ils ont reçu des informations affirmant que « les missiles de croisière arrivent, préparez-vous ».

Il s’agit de la situation normale de « brouillard de guerre » dans laquelle la désinformation ou les interférences électroniques provoquent de fausses alarmes et où la confusion s’installe.

Vous voyez donc que les systèmes étaient au niveau d’alerte le plus élevé, où vous n’avez plus qu’à appuyer sur un bouton. On leur avait dit que des missiles de croisière arrivaient, et l’unité de défense antiaérienne s’est engagée dans cet incident et a tiré un missile. Nous avons organisé un entretien avec cet opérateur, qui sera publié prochainement dans le cadre du plan visant à faire publiquement toute la lumière sur le problème. Il déclare dans cette interview que « nous avons demandé à plusieurs reprises que l’espace aérien du pays soit débarrassé des vols [civils]. » Au niveau d’alerte 3, cela est normal ; de telles demandes sont faites ; eh bien nos chers frères n’ont pas donné suite à cette requête pour certaines considérations. Les avions volaient donc malgré la situation de guerre.

C’est là le principal problème : il est d’ordre politique, et non militaire.

L’intention stratégique de l’Iran après l’assassinat par les États-Unis de son héros national, Qassem Soleimani, était de riposter à l’assassinat de leur Général et de prouver ainsi qu’ils ne craignaient pas les États-Unis et leurs menaces. Le barrage de missiles contre une base américaine en Irak, en guise de représailles, a été lancé malgré des avertissements et menaces très sévères de guerre contre l’Iran.

Les impacts précis sur les cibles sélectionnées, principalement des hangars de maintenance, constituaient un avertissement qui démontrait les capacités de l’Iran. Je pense que c’était nécessaire et valait le risque.

Le niveau politique a décidé qu’en laissant l’espace aérien ouvert et en agissant comme si tout était normal, il favoriserait son objectif stratégique. La fermeture de l’espace aérien aurait permis aux États-Unis d’affirmer que l’Iran craignait sa riposte et avait fait preuve de faiblesse. La décision de ne pas fermer l’espace aérien était, à mes yeux, stratégiquement correcte. Mais elle avait des coûts tactiques qui se sont révélés élevés.

Dans les moments où l’incident s’est produit, cette unité de défense antiaérienne se rend compte qu’il y a une cible, qu’elle a identifiée comme un missile de croisière, à une distance de 19 kilomètres. […] Compte tenu des informations transmises à cet opérateur, à savoir qu’il s’agit d’une situation de guerre et qu’un missile de croisière a été tiré, ce malheureux l’identifie comme un missile de croisière.

Le Tor M1 a été développé en 1991. Les signaux radar qu’il génère sont affichés sur un écran à tube analogique. Les « signaux » du radar sur l’écran sont difficiles à distinguer. Au mieux, on a la vitesse, la distance et la direction de la cible et il faut en tirer des conclusions. Le Boeing a diffusé le signal ADS-B civil habituel, mais il faut s’attendre à ce qu’un missile de croisière américain puisse faire et fasse de même. La vitesse du Boeing 737, qui était toujours en montée, était d’environ 250 nœuds ou 460 kilomètres à l’heure. Cela correspond à l’ordre de vitesse d’un missile de croisière typique. L’avion a eu besoin d’un peu moins de 8 secondes pour parcourir un kilomètre. Cela laissait peu de temps à l’opérateur du Tor pour prendre une décision et réagir.

Eh bien, dans une telle situation, il était obligé de contacter, d’obtenir l’approbation (de ses supérieurs). C’est là que cet opérateur a fait l’erreur ; mais à ce moment, son système de communication était apparemment perturbé, que ce soit à cause des systèmes de brouillage (ennemis) ou du trafic élevé. Pour cette raison, il n’a pas pu contacter [ses commandants]. Il avait 10 secondes pour prendre la décision ; il pouvait décider de frapper ou non [la cible]. Dans de telles circonstances, il décide de prendre cette mauvaise décision ; il a fait feu, le missile a été tiré et l’avion a été touché à cet endroit. Puis il est revenu par cette piste, et voici le point où il a touché le sol.

La communication radio peut être peu fiable. Les personnes de l’autre côté de l’appel parlaient peut-être à quelqu’un d’autre ou n’ont pas pu réagir immédiatement. Le personnel de défense antiaérienne est formé pour toujours présumer l’interférence électronique des forces ennemies. Les États-Unis se sont vantés publiquement de leurs cyberattaques contre les systèmes des Gardiens de la Révolution. Les attaques aériennes américaines sont généralement précédées par une vague de contre-mesures électroniques.

Dans ces circonstances (niveau d’alarme maximal, avertissements annonçant l’arrivée de missiles de croisière hostiles, cible inconnue volant vers un objectif vraisemblablement militaire, manque de communication, peu de temps de décision), l’opérateur du système Tor a fait ce pour quoi il avait été formé.

En tant qu’ancien officier militaire, je ne vois aucune faute dans ce que ce soldat a fait. C’est pourquoi je trouve erronée cette déclaration du Président iranien Rouhani :

Dans une déclaration distincte, Rouhani a qualifié le lancement de missile d’ « erreur impardonnable », et il a déclaré que les responsables devaient « remédier aux failles des systèmes de défense du pays pour s’assurer qu’une telle catastrophe ne se reproduise jamais ».

L’intention stratégique de l’Iran est de résister à la pression américaine et de faire preuve de défiance. La fermeture de l’espace aérien aurait contredit cet objectif. L’attaque contre le vol PS752 s’est produite lors d’un engagement tactique d’une petite unité mobile qui a fait ce qu’elle était censée faire. Des problèmes de communication se produisent tout le temps pendant les situations de guerre. Ils causent souvent des victimes mais sont inévitables.

Lors de sa conférence de presse, le Général Hajizadeh a affirmé que son organisation était coupable :

Nos chers frères de l’Organisation de l’aviation ont catégoriquement rejeté la possibilité qu’un missile ait frappé l’avion ; ils ont agi en fonction de ce qu’ils savaient. Je dois dire qu’ils n’étaient pas coupables et n’ont rien à voir avec cela. Tout le blâme est sur nous ; ils sont innocents. L’avion était également sur sa trajectoire, il n’a pas fait d’erreur. Il a fait ce qu’il fallait, tout comme l’Organisation de l’aviation. Tout le monde a fait ce qu’il fallait. Une seule de nos forces a fait une erreur. Puisqu’elle est sous notre commandement, nous en sommes responsables. Nous devons rendre des comptes.

C’est la bonne chose à dire en matière de relations publiques. Mais l’incident lui-même n’est pas une erreur militaire.

Ce que l’on peut critiquer, c’est la lenteur avec laquelle le commandement militaire iranien a réagi après l’incident. Il a probablement lancé une enquête interne en disant à tout le monde de ne pas en parler. Peut-être a-t-il fallu trois jours aux généraux pour chercher une faille ou une excuse impossible à trouver car tout ce qui s’était passé s’est produit pour des raisons rationnelles. Les systèmes de défense antiaérienne doivent être dispersés pour les rendre moins faciles à attaquer. Des pannes de communication sont à prévoir lors d’une guerre. Les soldats sont entraînés à agir de manière autonome en cas d’échec des communications. Ils ont fait ce qu’ils avaient à faire.

Il est triste que cet incident se soit produit et que 176 personnes aient perdu la vie. Mais si l’on veut trouver un coupable, il faut chercher celui qui a causé toute cette situation. Cette personne n’est pas le modeste sergent qui a appuyé sur le bouton. Cette personne est le Président américain Donald Trump.

12 janvier 2020

Traduction : lecridespeuples.fr

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Voir également la conclusion du Saker sur cet incident :

Cet accident ne dit ABSOLUMENT RIEN sur « le régime » ou sur « les mollahs » ou toute autre chose. Il y a eu pas mal d’avions de ligne civils abattus par erreur et même délibérément, et il y en aura d’autres. Blâmer « le régime » pour cet échec monumental est tout simplement illogique à l’extrême. Ce genre de logique erronée fait que certains blâment toujours « le régime » lorsque des accidents se produisent dans un pays que l’on n’approuve pas, mais blâment seulement le « destin » ou la « volonté de Dieu » ou même la « loi de Murphy » lorsque des accidents (même ÉNORMES) arriver dans les pays politiquement corrects. Ce n’est pas seulement désespérément partisan, c’est également infantile.

Cependant, il est également probable qu’il y a eu PLUSIEURS personnes dans la défense anti-aérienne iranienne qui ont fait preuve d’insouciance criminelle et que ceux-ci doivent être punis, et pas seulement des boucs émissaires comme le pauvre commandant de batterie (qui a pris la bonne décision en fonction des éléments en sa possession au moment d’agir), mais plus haut, au niveau de la responsabilité politique et managériale : colonels et généraux. Pas « le régime » mais des colonels et généraux SPÉCIFIQUES, oui.

Quant aux actions du « régime », je les trouve presque idéalement honnêtes, ouvertes, rapides et honorables. En fait, presque trop honorables. Je comprends que l’IRGC est une organisation d’élite qui exigera que certains de ses dirigeants « s’empalent sur leurs propres épées » (endossent la responsabilité et démissionnent), mais je crains en fait que les autorités iraniennes soient presque TROP disposées à accepter le blâme. Je pense toujours qu’il y a encore beaucoup trop de questions sans réponse et jusqu’à ce que nous obtenions des réponses claires et extrêmement détaillées, nous devons attendre avant de tirer des conclusions.

Comparez cela avec ce que font les États-Unis lorsqu’ils abattent des avions de ligne (soit quand ils l’admettent, comme popur l’Iran Air 665, ou quand ils le couvrent, comme pour le TWA 800 ou l’Itavia Flight 870 ou, plus important encore, tous les avions de ligne soviétiques CIVILS abattus au-dessus de l’Afghanistan par des insurgés dirigés par la CIA !).

Avant d’en finir, faisons une dernière comparaison : comparons la façon dont la SUISSE neutre, démocratique, noble et autrement « civilisée » a agi lorsque, par la faute TOTALE des contrôleurs aériens suisses, un avion de passagers russe et un avion cargo américain se sont heurtés sur le sud de l’Allemagne. Voyez par vous-mêmes et regardez l’excellent film réalisé sur le père d’une des victimes.

Si, dans ce cas, la Suisse a vraiment atteint un 0/20 honteux, alors l’Iran mérite un 20/20 solide, du moins d’après toute comparaison objective.

12 janvier 2020

Traduction : lecridespeuples.fr

 

 

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Traduction intégrale de la conférence de presse du Général Hajizadeh, Commandant des forces aérospatiales des Gardiens de la Révolution, le 11 janvier 2020.

Source : https://ifpnews.com/irgc-releases-details-of-accidental-downing-of-ukrainian-plane

Transcription  :

Au nom de Dieu, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux.

J’ai entendu parler de l’accident tragique et déchirant de l’avion de ligne de la compagnie aérienne ukrainienne alors que je me trouvais dans l’ouest du pays, surveillant nos attaques de missiles contre les bases américaines (en Irak). Lorsque j’ai été assuré qu’une telle chose s’était effectivement produite, j’ai vraiment souhaité être mort et ne pas avoir vu cela se produire. Nous avons sacrifié nos vies pour le peuple pendant toute notre existence, et aujourd’hui, nous mettons notre réputation entre les mains de Dieu Tout-Puissant en apparaissant devant les caméras pour nous expliquer dans des circonstances aussi difficiles. Avant tout, je dois dire que les instances supérieures et le pouvoir judiciaire enquêteront et investigueront sur l’incident, et les informations (en notre possession) seront complétées. Je dois dire dès maintenant que nous acceptons l’entière responsabilité de notre action et obéirons à toute décision que nos fonctionnaires prendront (à notre encontre).

C’est ce que je voulais d’abord vous dire. Mais en ce qui concerne les détails de l’incident, je dois dire ceci : eh bien, vous savez que les conditions dans la région sont restées tendues et que le risque de conflit était très élevé pendant plus d’une semaine. C’était vraiment sans précédent par rapport à tout ce que nous avons pu voir durant les années précédentes, même depuis la Révolution de 1979. Le risque de conflit était très élevé ; les forces armées américaines et iraniennes étaient toutes deux en état d’alerte maximale. Les Américains avaient également menacé de frapper 52 sites en Iran.

Par conséquent, toutes les unités offensives et défensives étaient en état d’alerte maximale. Les systèmes de [défense antiaérienne] déployés à Téhéran ainsi que la défense antiaérienne de Téhéran étaient dans la même situation. Ce que nous savons d’après nos enquêtes et ce que nos amis nous ont expliqué, c’est que cette nuit-là, à partir du [mardi] soir, le niveau de préparation était celui de conditions de guerre ; le niveau d’alerte le plus élevé a été communiqué à tous les systèmes par la défense antiaérienne intégrée. Dans ces circonstances, un certain nombre de systèmes de défense antiaérienne a été ajouté au réseau de défense antiaérienne de Téhéran. Le premier système, qui est à l’origine de l’incident, a été déployé à Bidganeh, dans l’ouest de Téhéran.

À plusieurs reprises, le niveau d’alerte 3, qui est le niveau le plus élevé, a été communiqué avec insistance à l’ensemble du réseau. Tous les systèmes de défense antiaérienne étaient donc au niveau d’alerte le plus élevé. À plusieurs reprises, ces systèmes, dont celui impliqué dans l’incident, ont été informés par le réseau intégré que des missiles de croisière avaient été tirés sur le pays. A plusieurs reprises, ils ont reçu des informations affirmant que « les missiles de croisière arrivent, préparez-vous ».

Vous voyez donc que les systèmes étaient au niveau d’alerte le plus élevé, où vous n’avez plus qu’à appuyer sur un bouton. On leur avait dit que des missiles de croisière arrivaient, et l’unité de défense antiaérienne s’est engagée dans cet incident et a tiré un missile. Nous avons organisé un entretien avec cet opérateur, qui sera publié prochainement dans le cadre du plan visant à faire publiquement toute la lumière sur cet incident. Il déclare dans cette interview que « nous avons demandé à plusieurs reprises que l’espace aérien du pays soit débarrassé des vols [civils]. » Au niveau d’alerte 3, cela est normal ; de telles demandes sont faites ; eh bien, nos chers frères n’ont pas donné suite à cette requête du fait de certaines considérations. Les avions volaient donc malgré la situation de guerre.

Dans les moments où l’incident s’est produit, cette unité de défense antiaérienne se rend compte qu’il y a une cible, qu’elle a identifiée comme un missile de croisière, à une distance de 19 kilomètres. Je vous l’explique maintenant sur cette carte. Voici l’endroit où l’unité de défense antiaérienne était déployée… Voici la ville de Téhéran… Voici l’unité de défense antiaérienne déployée ici à 00h00 (mercredi), et elle était prête. Et voici l’aéroport Imam Khomeini. Cet avion décolle d’ici et prend cette direction. Cela signifie que c’est le point d’impact. Compte tenu des informations transmises à cet opérateur, à savoir qu’il s’agit d’une situation de guerre et qu’un missile de croisière a été tiré, ce malheureux l’identifie comme un missile de croisière.

Eh bien, dans une telle situation, il était obligé de contacter, d’obtenir l’approbation (de ses supérieurs). C’est là que cet opérateur a fait l’erreur ; mais à ce moment, son système de communication était apparemment perturbé, que ce soit à cause des systèmes de brouillage (ennemis) ou du trafic élevé. Pour cette raison, il n’a pas pu contacter [ses commandants]. Il avait 10 secondes pour prendre la décision ; il pouvait décider de frapper ou non [la cible]. Dans de telles circonstances, il décide de prendre cette mauvaise décision ; il a fait feu, le missile a été tiré et l’avion a été touché à cet endroit. Puis il est revenu par cette piste, et voici le point où il a touché le sol. Je dois expliquer quelques points ici.

Avant l’annonce des Forces armées, l’Organisation de l’aviation du pays a fermement défendu [sa position] et a insisté sur le fait qu’aucun missile n’avait touché l’avion, et que la question faisait l’objet d’une enquête. Je dois d’abord dire qu’ils agissaient sur la base de ce qu’ils savaient ; ils n’étaient pas au courant de cet incident. Je dois préciser que lorsque j’ai été informé de l’incident mercredi matin, je l’ai immédiatement signalé aux responsables du pays. Ils m’ont dit [à leur tour] que « nous avons touché une cible ».

Mais cette symétrie m’a rendu suspicieux. J’étais à l’ouest du pays ; je me suis immédiatement dirigé vers Téhéran. À mi-chemin, j’ai appelé des responsables et leur ai dit : « Cela s’est produit ; je pense que nous avons très probablement frappé notre propre avion ». À mon arrivée à Téhéran, j’ai constaté que l’état-major des forces armées avait formé une commission d’enquête et avait totalement mis en quarantaine l’équipe et toutes les personnes impliquées dans l’affaire. Nous n’avions donc pas le droit de dire quoi que ce soit à qui que ce soit. Nous avions annoncé la nouvelle [aux responsables], mais une enquête devait être menée. Il a fallu quelques jours pour rendre la nouvelle publique, mais ce n’était pas parce que quelqu’un voulait cacher la vérité ; c’est plutôt la procédure normale : l’état-major général doit investiguer le problème.

Eh bien, ils l’ont fait. C’est vendredi matin que presque toutes les informations ont fini d’être recueillies, et ce qui s’était réellement passé était clair. Eh bien, certaines personnes ont fait des erreurs ; des choses se sont passées ; et après cela, l’état-major a fait connaître le problème. Regardez, je me répète ; j’ai informé les responsables dans la première heure où j’ai reçu la nouvelle ; à partir de ce moment-là, il était entre les mains de l’état-major général, qui, selon lui, devait investiguer et évaluer le problème. Ils l’ont vraiment fait rapidement et ont mené l’enquête en 48 heures.

Nos chers frères de l’Organisation de l’aviation ont catégoriquement rejeté la possibilité qu’un missile ait frappé l’avion ; ils ont agi en fonction de ce qu’ils savaient. Je dois dire qu’ils n’étaient pas coupables et n’ont rien à voir avec cela. Tout le blâme est sur nous ; ils sont innocents. L’avion était également sur sa trajectoire, il n’a pas fait d’erreur. Il a fait ce qu’il fallait, tout comme l’Organisation de l’aviation. Tout le monde a fait ce qu’il fallait. Une seule de nos forces a fait une erreur. Puisqu’elle est sous notre commandement, nous en sommes responsables. Nous devons rendre des comptes.

Après les enquêtes, nos amis [à l’état-major général] ont fait connaître le problème ; mais l’Organisation de l’aviation, sur la base de sa propre expérience (après tout, ils ne sont pas militaires) a fait valoir que si un missile frappe un avion, il doit exploser dans les airs. Eh bien, ils ont dit que l’avion n’avait pas été détruit ; il a fait demi-tour et a voulu atterrir. Vous voyez, puisque l’avion a été touché à basse altitude par un missile à courte portée avec une petite ogive et une fusée de proximité, il a explosé à proximité [de l’avion] ; l’avion a donc pu voler pendant un certain temps ; il n’a pas explosé dans les airs. Après avoir touché le sol, il s’est désintégré.

Donc personne au sein de l’Organisation de l’aviation n’était au courant, et je me dois de défendre mes chers frères dans cette institution. C’est ce qui s’est réellement passé ; donc ni les Forces armées, ni les Gardiens de la Révolution (ni l’Organisation de l’aviation) n’ont voulu cacher la vérité. Mais il y avait une procédure à suivre, qui est maintenant terminée.

Nous sommes profondément navrés pour cet incident. Nous partageons le deuil des familles de nos martyrs et nous compatissons avec eux. Nous avons perdu nos êtres chers et nous en sommes désolés. Ils sont en fin de compte le prix du méfait, des tensions et des mesures des États-Unis dans la région.

Cette nuit-là, nous étions totalement préparés à une guerre totale. J’étais dans l’ouest du pays et je m’attendais à une guerre à tout moment. Parce qu’il y avait de nombreux avions survolant la région ; des avions de guerre, certains bombardiers qu’ils avaient amenés dans la région. Nous faisions face à la possibilité de missiles de croisière lancés contre nous et de voir ces avions de guerre pénétrer notre espace aérien (pour nous frapper). Nous nous étions préparés à une guerre totale. Eh bien, malheureusement, une grande catastrophe s’est produite en raison d’une décision précipitée prise par un individu.

[Répondant à une question sur l’autorité qui a refusé d’accorder une autorisation d’interdiction de vols civils.]

Écoutez, je ne veux jeter le blâme sur personne (en m’exprimant aujourd’hui). Nous donnons simplement les détails [d’un incident]. Les autorités compétentes doivent enquêter ; elles enquêteront et clarifieront ces questions. Je pense que dans des conditions de guerre, les autorités compétentes auraient dû le faire [établir une zone d’exclusion aérienne] mais cela ne s’est pas produit.

Maintenant, le problème n’était pas entre les mains de l’Organisation de l’aviation. On ne leur a pas demandé de [restreindre les vols]. La faute en revient aux Forces armées. Donc quelle que soit l’erreur ou la faute commise, tout problème (ou manquement) doit être imputé aux Forces armées. Il n’y a eu aucune faute de la part du secteur public et de la compagnie des aéroports. Ils n’ont rien fait de mal. D’autres étaient responsables à cet égard. Ils devaient contrôler et commander la situation, tout comme cette nuit-là, je commandais et contrôlais nos attaques de missiles dans l’ouest du pays ; de même, dans ce secteur, d’autres frères étaient aux commandes, et ils ont dû prendre les décisions.

***

Déclaration de Hossein Salami, Commandant de l’IRGC, face au parlement, le 12 janvier.

« Je préfèrerais avoir été à l’intérieur de cet avion, m’être écrasé et avoir brûlé avec nos chers compatriotes plutôt que d’avoir assisté à cet incident tragique. » C’est par ces mots que le Commandant en chef du Corps des Gardiens de la Révolution islamique iranien a exprimé sa profonde tristesse suite à la récente destruction d’un avion civil ukrainien au-dessus de Téhéran.

Le Général de division Hossein Salami a fait ces remarques lors d’une allocution durant une session du Parlement iranien dimanche, où il a déclaré qu’il n’avait jamais ressenti une plus grande honte de sa vie.

« Je jure sur la vie de mes enfants que nous [à l’IRGC] n’avons d’autre souhait que d’être mis en pièces pour la sécurité, le bien-être et la paix de notre peuple », a-t-il déclaré.

Le Boeing 737-800, qui devait faire une escale à Kiev avant de se rendre à Toronto, sa destination finale, a été abattu par erreur le 8 janvier, quelques heures après que l’Iran a tiré des missiles sur deux bases militaires américaines en Irak voisin. Les 176 personnes à bord ont été tuées et 147 d’entre elles étaient des Iraniens (dont une partie avait la double nationalité canadienne).

« Après l’assassinat et le martyre de notre bien-aimé commandant [le lieutenant. Gen. Qassem Soleimani] et de ses camarades [par les forces américaines en Irak], nous nous sommes retrouvés dans l’atmosphère psychologique d’une guerre inconnue avec les États-Unis », a déclaré le Général de division Salami.

Le Commandant en chef de l’IRGC a souligné : « Il y avait une très forte pression du public pour des représailles et nous, comme vous et encore plus que vous, avons été influencés par cet incident. »

Salami a ajouté que la réaction de représailles de l’Iran à l’assassinat ciblé du lieutenant-général Qassem Soleimani devait être « proportionnée » au crime américain, précisant : « Cette fois, nous n’avons pas fixé nos objectifs en fonction des pertes humaines, [parce que] notre objectif n’était pas de tuer les soldats ennemis et cela n’avait pas d’importance pour nous. »

Vendredi dernier, des frappes aériennes américaines ont assassiné le lieutenant-général Qassem Suleimani, commandant de la Force Quds de l’IRGC, et Abu Mahdi al-Muhandis, commandant en second des unités de mobilisation populaire (Hashd al-Cha’bi) irakiennes, entre autres, après avoir pris pour cible leurs véhicules à Bagdad. Les assassinats ont eu lieu sous la direction du Président américain Donald Trump, le ministère américain de la Défense ayant revendiqué la responsabilité de la frappe. Les deux commandants tués étaient en première ligne dans la lutte contre Daech.

Source : http://english.almanar.com.lb/913893

Traduction : lecridespeuples.fr

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